HORN, MIKE HORN

HORN, MIKE HORN

MIKE HORN EST-IL TRANSGENIQUE ?

MIKE HORN EST UN PHÉNOMÈNE. CET AVENTURIER EXTRÊME, HORS NORME, POURRAIT FAIRE PASSER BEAR GRYLLS POUR UN PROMENEUR DU DIMANCHE ET NICOLAT HULOT POUR UN TECHNOCRATE. MAIS QU’EST-CE QUI LE POUSSE À FLIRTER SI INTENSÉMENT AVEC SES PROPRES LIMITES ?…

PAR AGNÈS GASIOT
Image : Chris Brinlee Jr

Il y a les aventuriers férus de montagne qui gravissent les sommets, ceux qui préfèrent braver les océans… Et puis, il y a Mike Horn. L’aventurier tous terrains. L’homme pour lequel : « il y a beaucoup d’ours dans la vie de tous les jours ».
Né en Afrique du Sud, citoyen du monde, mais Vaudois d’adoption, Mike Horn est un aventurier extrême professionnel. Rien qu’en 2015, il traversait 13 pays, entre la Suisse et le Pakistan, pour un road-trip dont l’ascension du K2 était le point d’orgue. L’année d’après, il embarquait sur son voilier, le Pangeae, pour son projet «Pole2pole360°», un tour du monde de 2 ans, par les pôles, à pied, en bateau, en 4×4 et en ski-kite. Comme pour se payer une bonne tranche… de globe. Pas de temps mort. Le temps, c’est de la découverte. Il ne faut pas gâcher. Il nous en avait pourtant accordé un peu, en 2014, alors qu’il rentrait tout juste de son ascension du Makalu.

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Arrivée en Antarctique ©Dmitry Sharomov

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©Etienne Claret

BIG MIKE

Makalu, c’est l’Himalaya, la 5e plus haute montagne du monde. 8485 m. C’est un peu comme s’il venait défier les Dieux, au plus près. Chatouillant les aisselles de Thanatos, puis tournant les talons en disant : “Non. Vous ne m’aurez pas encore…”
Avec son ami Fred Roux, mais sans oxygène et sans sherpa, ils atteignent le sommet après avoir attendu 3 semaines la bonne fenêtre météo. Depuis 1955 et Lionel Terray, seulement 206 alpinistes ont gravi ce terrifiant «8000», 22 n’en sont jamais revenus, dont un «himalayiste» jurassien, quelques jours avant eux. Mike connaît les risques. Il aime la difficulté. Il aime se surpasser, grimpe «libre», sans corde et sans harnais. Pas le droit à l’erreur, à cette altitude : 7 % d’oxygène, ça change un homme. “Tu es là, mais pas vraiment là… Tu sens que tu t’éloignes de la vie… Il te faut 2 heures pour faire 100 m, tu dois gérer tes ressources, te programmer pour descendre, pour rentrer à la maison, ne pas t’asseoir car tu es tellement fatigué que si tu t’endors, tu ne te réveilles pas. Fred est arrivé avant moi. En descendant, il est passé devant moi, m’a regardé, mais il ne me voyait pas… Je n’avais aucune importance, ça m’a choqué de le voir comme ça. On ne peut pas s’aider. J’avais mal au ventre, je ne me sentais pas bien du tout…” Chacun mobilise ses ressources pour sa propre survie. Réflexe animal. Il le sait, la frontière est ténue et au-delà de cette limite, c’est l’au-delà tout court. Mike rentrera en pleine nuit, sain et sauf.

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©Borge Ousland

BOULI-MIKE

Pour lui, le calcul est simple : on vit 30 000 jours (en moyenne et non garanti) et chacun d’entre eux compte. Le bonhomme n’a pas trop envie de dormir, il sait qu’il y a trop d’occasions de se dépasser, de choses à voir, à faire, à découvrir, à apprendre… A l’observer, ce n’est pas une flamme qu’on distingue au fond de son regard, mais tout un brasier, une énergie vitale sans commune mesure, à l’image de ses exploits. C’est clair, son quotidien ne ressemble pas au nôtre. Le voilà qui vous explique la psychologie des ours polaires, comment, selon la position de leurs oreilles, de leurs pattes et les traces qu’ils laissent dans la neige, il va comprendre si l’ours a faim (et aura donc potentiellement envie de le manger…) et adapter sa réaction… Un peu comme nous face aux monstres quand vient l’heure du dîner, à peu de choses près.

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Traversée de l‘Arctique, hiver 2019 ©Etienne Claret

CLAP HORN ?

Mais en 2015, sa rage de vivre est ébranlée par la mort de son épouse Cathy, emportée par un cancer du sein. L’incroyable Mike révèle alors ses failles, sa vulnérabilité. “Moi qui ne m’avoue jamais vaincu, je n’étais qu’impuissance”, écrira-t-il dans L’Antarctique, le rêve d’une vie (Editions XO, mai 2018). “Perdre ma femme, c’était pire que perdre la vie.” “Vis pour moi, vis pour nous deux”, lui enjoint-elle pourtant, juste avant de mourir. Elle le connaît suffisamment pour savoir que ses mots seront le carburant qu’il lui faut pour repartir.
Et il repart. Toujours plus loin. Toujours plus risqué. En décembre 2019, il frôle d’ailleurs le point de non-retour. Piégé par la fonte des glaces que le réchauffement climatique a accélérée, à court de nourriture, il est récupéré de justesse par un brise-glace norvégien, après 87 jours d’une traversée de l’Arctique entamée avec son comparse explorateur Borge Ousland. Il faut rapidement remonter en selle après une chute de vélo. Mike, lui, a déjà largué les amarres pour affronter le Grand Nord à nouveau. Le 7 juillet dernier, il a quitté Brest, direction le Groenland. Comme le Cap du même nom, qu’on a longtemps dit infranchissable, Mike Horn est inarrêtable.

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©Dmitry Sharomov

QUELQUES EXPLOITS AU COMPTEUR
1995 Record du monde de descente de la plus haute chute d’eau (22 m) en hydrospeed au Costa Rica.
1997 Descente de l’Amazonie en hydrospeed, sans assistance (7 000 km).
1999 Tour de la Terre en suivant la ligne de l’Equateur en solitaire et sans moyen de transport motorisé (en 16 mois).
2002-2004 Tour du monde en suivant le cercle polaire (à pieds, en vélo, voilier, ski tracté par voile de kite).
2006 Il rallie le Pôle Nord avec Borge Ousland (1000 km de nuit sur des plaques de glace mouvantes, durant l’hiver arctique par -60° avec un traîneau de 160 kg de vivres et de matériel).
2008-2012 Expédition Pangaea, 4 ans autour du monde en voilier, pour sensibiliser des jeunes de tous les pays à la protection de l’environnement.
2016-2018 Pole2Pole, tour du monde en passant par les deux pôles.
2017 Premier homme à traverser intégralement l’Antarctique sans moteur et en solitaire (5 100 km en 57 jours).

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©Mercedes Benz

GRAINE D’AVENTURIER… Sa mère notait sur un cahier les questions que Mike lui posait vers 2-3 ans : “Est- ce que je peux marcher sur les nuages?” “Pourquoi y’a du soleil?” “A quoi servent les feuilles ?” Une curiosité précoce sur la nature, son fonctionnement et déjà un intérêt marqué pour sa liberté : “je ne veux pas d’une ombre qui me suit tout le temps”. Son père lui a toujours laissé une grande liberté. A 8 ans, il peut aller où il veut, du moment qu’il rentre à la maison pour 18 heures. Mike commence alors à marcher autour de chez lui. Puis 5 km. Puis se dit qu’en courant, il irait plus loin et verrait plus de choses. En vélo, il pousse son champ de découverte… Un jour, il dit à son père qu’il part voir son cousin… L’un d’eux habite à 10 km, l’autre à 300… Ne voyant pas Mike de retour à 18 heures, son père comprend très vite lequel des deux il s’est mis en tête d’aller visiter. “J’ai reçu une éducation positive. Mon père ne me disait jamais: “attentiooon!!” ou “ne fais pas ça !”, mais: “ok, Mike tu peux t‘approcher de la falaise pour profiter du paysage, mais il y a un risque de tomber.” Ça m’a aidé à devenir ce que je suis aujourd’hui.”

+ d’infos : http://mikehorn.com

In sta gram… Namibie

In sta gram… Namibie

CLAIR DE DUNE

DES MAJESTUEUSES AIGUILLES D’ARVES AUX DUNES DE SABLE ROUGE DU DÉSERT DE NAMIBIE, ALEXIS MARCELLIN CAPTURE LA FORCE DE LA NATURE.
SON OBJECTIF ? LE RIVER SUR CE QU’OFFRE LE MONDE POUR MIEUX LE METTRE EN LUMIÈRE…

PAR CÉLINE LECLAIRE
PHOTOS : ALEXIS MARCELLIN

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Alexis Marcellin

Originaire d’une région propice aux photos de paysage, la Maurienne, Alexis, ingénieur en microélectronique de 33 ans, a trouvé sur les sommets alpins de quoi assouvir sa passion. Installé aujourd’hui près de Grenoble, il arpente dès qu’il le peut son terrain de jeu favori : les montagnes ! Vercors, Chartreuse, Belledonne… aucun massif n’a été épargné par son appareil photo. Enfant d’Instagram, il s’en sert beaucoup pour s’inspirer et programmer ses futures escapades, mais aussi pour dévoiler sa vision du monde et ses coups de cœur.
Quand l’envie de découverte se fait sentir un peu plus, c’est carrément à l’autre bout du monde qu’il promène son objectif : dans les grands parcs de la côte ouest des Etats-Unis, sur les bords des lacs du Canada, au cœur de la Malaisie, dans l’Islande enneigée, sous les aurores boréales de Norvège, sur les falaises d’Hawaï… et dans le désert de Namibie, il y a quelques années.

SECONDE NATURE

Quitter les montagnes enneigées des Alpes pour les dunes ensablées de Namibie le temps d’une parenthèse ensoleillée ne pouvait pas laisser indifférent cet amateur de nature version grandiose… “Attiré par ses paysages et sa culture, c’est un pays qui était sur ma to do list depuis un petit moment… Alors, quand une agence de voyage m’a contacté pour aller leur faire des photos et me transformer en client mystère, je n’ai pas hésité !”. La «taupe» a ainsi empaqueté son appareil photo et sa plus belle casquette pour se glisser dans la peau d’un touriste pas tout à fait comme les autres…
Pendant une douzaine de jours, Alexis a alterné les découvertes du pays et les bivouacs en plein désert, “une façon très agréable de retrouver le contact avec la nature et la possibilité de voir le coucher et le lever du soleil”.

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Parc national dEtosha

Le moment parfait pour observer les animaux, comme lors d’une nuitée au bord d’un lac dans le parc national d’Etosha où il a pu rencontrer des éléphants venus se rafraîchir. “Ce qui m’a marqué, c’est le calme olympien qui régnait, ce silence impressionnant… On était tous muets et émerveillés. Hippopotames, girafes… tous les animaux aux alentours se réunissaient autour des rares points d’eau, car on était en pleine période sèche.” Un peu plus tard, c’est un lion qu’il a admiré en pleine injonction envers les lionnes “un peu comme s’il voulait les inciter à aller chasser!”.

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Parc National d’Etosha

PRIVÉ DE DÉSERT ?

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Le désert de Sossusvlei

Une des images les plus connues de Namibie est celle de la région de Sossusvlei, un désert de sel changeant tous les jours au gré des vents et de la lumière. A proximité, la cuvette d’argile blanche du Dead Vlei, le fameux marais de la mort, des squelettes d’arbres brûlés par le soleil émergent tels des zombies du sol asséché sur fond de dunes orangées… un paysage magique et irrésistiblement photogénique ! Au fil du voyage, apparaissant comme par magie, les dunes émergeaient surgissant de nulle part au bord d’une route chaotique… “Après avoir escaladé la Dune 45 (à 45 km du canyon de Sesriem), ce qui n’était pas une mince affaire, on l’a dévalée en courant dans le sable ! Un moment unique tant ce site lunaire est incroyable…”
Sur la côte ouest du pays, les dunes se jettent dans l’océan. Alors pour apprécier cet extraordinaire paysage, Alexis a embarqué dans un avion pour prendre un peu de hauteur le temps de quelques clichés impressionnants… Juste avant un plongeon dans l’océan, pour observer otaries et baleines s’ébattant joyeusement à quelques mètres du bateau.

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Enfant Himba

“C’était un voyage très intense, avec un programme bien chargé, mais cela m’a permis d’avoir un bel aperçu du pays. Ce qui m’a le plus marqué, c’est quand nous sommes allés rencontrer le peuple mythique de Namibie, les Himbas. Propulsés dans ce village au milieu de nulle part, nous avons pu partager un moment fort avec ses habitants qui n’avaient pas grand-chose, mais nous ont accueillis avec danses et sourires. C’était très touchant, car même si cet arrêt faisait partie de notre programme touristique, leur accueil était sincère et chaleureux.” Cet été, le chasseur de paysage a décidé de faire le tour des Alpes : Suisse, Autriche, Italie… 15 jours d’une belle traversée en perspective ! Ceci en attendant et espérant pouvoir s’envoler l’hiver prochain pour la Laponie, histoire de capter de nouveau quelques aurores boréales qui n’ont pas fini de l’émerveiller… et d’illuminer son envoûtant compte Instagram !

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sur la route du Damaraland

+ d’infos : www.alexis-marcellin.com

Patagonie sans filet

Patagonie sans filet

LE GRAND HUIT EMOTIONNEL

EN TROIS SEMAINES D’UN PÉRIPLE EN SEMI-AUTONOMIE EN PATAGONIE, SOPHIE ET MAROUSSIA SONT PASSÉES PAR TOUTES LES ÉMOTIONS. DÉCIDÉES À ALLER AU BOUT D’ELLES-MÊMES, ELLES ONT RELEVÉ LE DÉFI, BEAUX PAYSAGES ET RENCONTRES EN PRIME !

PAR CÉCILE BOUJET DE FRANCESCO – PHOTOS SOPHIE NARSÈS

Ci-dessus : Panorama de «los Cuernos» au coucher du soleil. Première vision divine après la tempête. Chili – Torres del Paine

 

Sophie Narsès

« Ce voyage, je voulais le faire pour me prouver quelque chose, aller à la rencontre de moi-même”, raconte Sophie. “J’ai toujours voulu visiter la Patagonie, pour ses paysages, ses montagnes, son côté sauvage… Nous sommes parties au début de l’automne là-bas, le printemps ici. Au moment où les paysages se transforment, les pics de glace commencent à se reformer… Là-bas, il y a beaucoup de vent, de pluie… C’est ce que je voulais pour faire des photos « torturées »”.
C’est avec Maroussia que la photographe installée dans les Bauges décide de partir, en « semi-autonomie ». “Ça ne me faisait pas peur, je l’avais déjà fait. A tout moment on pouvait écourter le trajet”. Les deux amies ont tracé leur itinéraire au fil des campements, se basant sur ce qu’elles se sentaient capables de faire à pied, sur des récits d’autres voyageurs, des cartes… Ce qu’elles n’avaient pas imaginé, c’est ce grand huit émotionnel qui les attendait !

 

MAUVAIS DÉPART

Alors qu’elles se réjouissent de faire le trek du W, dans le parc Torres del Paine, à peine quatre jours après leur arrivée, la météo s’en mêle : “On s’est fait ensevelir par la tempête ! On ne pouvait plus marcher, on était clouées au sol par le vent. On tombait, on se relevait, avec 21 kg sur le dos (comprenant tente, matelas, sac de couchage, réchaud, nourriture lyophilisée, vêtements, popote, pastilles pour traiter l’eau…). Au bout de deux heures de marche, on a appris que le campement qu’on devait atteindre était fermé. Il fallait marcher cinq heures de plus pour atteindre le suivant. C’était impossible avec la grêle, la pluie, le vent. Il a fallut renoncer à ce qu’on attendait le plus dans notre voyage !”

 

Sur le chemin vers le campement Poincenot. Fitz Roy – Argentine

 

Forêt de Lengas au pied du Fitz Roy

Ce baptême du feu passé, Maroussia et Sophie ont enfin droit à des moments plus agréables ! Un face à face avec le glacier Grey et ses « couleurs incroyables », un autre avec le Fitz Roy. Après une nuit horriblement froide dépassant les -10°, les filles reprennent la route avec d’autres marcheurs pour voir le soleil se lever sur le lac De los tres. Les conditions météo sont difficiles, mais le décor est magique : “Le ciel, le sol… tout brillait. Il y avait des étoiles filantes, je n’ai jamais vu une voie lactée pareille !”. Une fois arrivées, il faut attendre un peu, en grelottant : “Tout était effort, parler, ouvrir les yeux… Et le spectacle est arrivé : la montagne est passée d’un gris à un rouge-orange jusqu’à ce qu’elle devienne blanche. C’était des couleurs que je n’avais jamais vues. Tout était contraste. On retenait notre respiration. Le seul bruit qu’on entendait c’était les déclencheurs des appareils photos !”

Campement Agostini – Cerro Torre – Parc de los Glaciares – Argentine

Une émotion presque aussi intense que celle ressentie face au Cerro Torre. A quelques jours de rentrer, Maroussia et Sophie sont au campement Agostini : “J’avais fait tout ce que j’imaginais pendant ce voyage. Je savais qu’on allait voir cette montagne dont on parle souvent, dont j’avais vu quelques photos, mais j’en attendais rien.” D’autant que son sommet est très souvent dans les nuages et que le chemin qui mène à ses pieds n’est pas très praticable… “Sur place, on était frustrées à cause des nuages, mais d’un coup : une apparition ! Le pic dégagé ! Un vrai décor du Seigneur des anneaux. Le vent faisait danser les nuages autour de lui. C’était magique ! On en a bien profité parce qu’on savait que le lendemain, ce ne serait pas du tout la même : la tempête arrivait…”

Petite Chouette Chevêche

 

STARS QUI S’IGNORENT

Outre les compagnons d’infortune du trek du W et Pau, gardien espagnol du parc Torres del Paine (avec qui elles ont partagé une fondue l’été dernier dans les Bauges !), d’étonnantes rencontres ont ponctué ces semaines, avec des perdicitas cordillaneras (mini cailles), rayaditos (petits moineaux), rats chapardeurs, perruches de Patagonie, renards, condors des Andes… En se promenant autour d’El Chaltén, Sophie entend un bruit répétitif : “Pau nous avait appris des chants d’oiseaux, celui-là ressemblait à la chouette. Je l’ai suivi au milieu de la végétation, je n’y voyais rien. Et d’un coup, un énorme truc s’est envolé devant moi pour se poser plus loin. J’ai pris mon téléobjectif, et j’ai croisé une paire d’yeux énormes ! C’était un hibou grand-duc ! On est restées une heure à le photographier.” Une séance photo moins amusante que celle vécue avec la petite chouette chevêche croisée près du glacier Perito Moreno ! “Elle était magnifique, elle nous a tellement fait rire : elle nous suivait partout, elle prenait la pose pour les photo.”
Si le séjour n’a pas démarré dans les éclats de rire, sa dernière étape a remis les compteurs à zéro, grâce à un couple de touristes « insupportables » croisé lors de la visite du Perito Moreno : “Jusqu’ici, on avait géré des conditions extrêmes et là, on se retrouvait dans un bus avec plein de touristes ! Des filles maquillées, avec des leggings bien moulants, des brushings parfaits, les perches à selfie… Le guide nous donnait envie de hurler de rire tellement il était caricatural !”

Glacier Perito Moreno

 

+ d’infos : www.sophienarses.com

France – Népal

France – Népal

LE NEPAL A PEDALES

AMATEURS DE VOYAGES, ARNAUD ET ISABELLE ONT RELIÉ LA BRETAGNE AU NÉPAL, À VÉLO. UN VOYAGE LE NEZ AU VENT – OU PRESQUE – DE PRÈS DE DEUX ANS, PRÉPARÉ EN UN TEMPS RECORD ET DONT ILS ONT RAPPORTÉ MOULT SOUVENIRS…

PAR CECILE BOUJET DE FRANCESCO

 

Avant de s’installer sur les hauteurs du lac d’Annecy, Arnaud et Isabelle étaient saisonniers, à l’île de Ré. Jusqu’au jour où des envies d’ailleurs sont venues les titiller : “On n’avait pas de contrat, pas de maison. Un peu d’argent de côté. C’était le moment de faire un grand voyage !” 3 mois plus tard, les voilà en route ! “On a empaqueté nos vélos tout neuf 3 heures avant de partir !”, sourit Arnaud. “Et on ne les avait jamais testés chargés !”, rit Isabelle.

Isabelle et Arnaud

Pour ce 3e séjour au Népal, pas d’avion, de train ni de bus : “On aime bien se dépatouiller tout seuls. Et mettre tout le matériel sur le vélo, c’était simple.” Mis à part certains pays qu’ils ne veulent pas traverser, ils ne s’imposent pas d’itinéraire : “L’idée c’était de se balader hors des grands chemins touristiques. On n’avait pas de timing. On voulait rouler jusqu’à ce qu’on trouve un coin sympa pour planter la tente et s’arrêter deux ou trois jours.”

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France – Népal : l’itinéraire

 

LA COURSE AUX VISAS

En France, en Suisse et en Italie, ils s’en donnent à cœur joie question escalade, alpinisme, rando, visites chez les copains… A partir de la Slovénie, tout change. “On a commencé à aligner les kilomètres pour ne pas arriver en Ukraine en plein hiver. Ce qu’on a fini par faire !” raconte Arnaud. “Après (en Hongrie, Ukraine, Kazakhstan, Kirghizistan, Chine, Tibet et Népal), ce sont les visas qui ont rythmé le voyage. C’est sans doute ce qui nous a fait le plus courir !”, ironise Isabelle.
Les visas leur ont d’ailleurs valu de passer régulièrement par la case «caserne» où les militaires n’avaient pas souvent envie de rire, certains préférant leur réclamer des bakchichs… D’autres, plus sympathiques cherchaient plutôt à discuter : “Ils nous donnaient des rations de survie et nous aidaient à passer les check posts.”

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« Au Kirghizstan, juste avant Saritash, surpris par l’orage, on s’arrête près d’une yourte où on est invité à manger. On y restera 2 jours à cuisiner et installer les yourtes pour le camp d’été. »

 

JOLIE BOUTEILLE…

Question rencontres, Arnaud et Isabelle ont d’ailleurs bien été servis ! Sauf en Hongrie où les autochtones les ont ignorés, en Chine où le contact était « impossible » ou encore au Kirghizistan où on leur a volé leur chocolat quand ils ne se sont pas fait caillasser à vélo – “On nous prenait pour des Américains, qui sont très mal vus par les Kirghizes”-, le couple collectionne les drôles d’histoires. “En Ukraine, quand on trouvait un coin tranquille pour planter la tente, y’avait toujours quelqu’un qui surgissait de nulle part ! Il venait nous parler, mais comme on ne comprenait rien, on allait s’installer plus loin. En fait, ils nous invitaient chez eux !” Même ambiance dans les Carpates. Leurs hôtes faisaient un bout de chemin avec eux, leur donnaient de la nourriture avant de repartir ou leur montraient ce que «faire la fête» veut dire ! “On était souvent un prétexte à boire un coup ! Plus on allait vers l’Est, plus il y avait de bouteilles de vodka !”
Il y aussi les rencontres improbables : des militaires qui leur demandent s’ils ont un lien avec le cosmos ; un gars qui les invite à fêter le premier de l’an entre karaoké et sauna ; un autre (mafieux ou notable ?) leur obtient les visas qu’on leur refusait la veille… Et un matin au Kazakhstan, au milieu de nulle part : “Un 4X4 nous force à nous arrêter. Deux militaires sortent. Ils ouvrent l’arrière de leur pick-up et en sortent des bières, des cornichons et de la vodka ! A 10 h du matin ! Ils se disaient d’anciens des forces spéciales qui partaient à la pêche…”

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Xinjiang, Chine

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Xinjiang, au sud du désert de Taklamakan, Chine

 

TOMBÉE DU CIEL

L’un des rares souhaits d’Arnaud et d’Isabelle était d’en prendre plein la vue ! Là aussi, ils ont été gâtés : “L’hiver au Kazakhstan, c’est magique, même s’il fait très froid” (moins de zéro degré, y compris en journée), explique Arnaud. “C’est ce j’étais venu chercher : des grands paysages – deserts, steppes… – où il n’y a personne. On a traversé un lac gelé, c’était splendide…” Près de la Chine, le Pamir et ses faces de 7 000 m les laissent muets. A Lassa, ce sont les cols de 4 500 voire 5 000 m qui les impressionnent, tout comme la jungle du Népal.
Mais le meilleur souvenir de ce périple, c’est Tochok ! “Pendant le voyage, pas mal de chiens nous courraient après dans les villages”, se souvient Isabelle. “Tochok, elle a commencé par nous suivre de loin. La nuit, elle disparaissait, et quand on reprenait le vélo le matin, elle était là. Elle a réussi à passer tous les check posts toute seule. On n’avait pas de papiers pour elle, on disait que c’était un chien errant, mais on l’attendait de l’autre côté de la frontière !” Vaccins, tatouage… tout est rentré dans l’ordre au Népal. Et après trois mois d’attente à Katmandou chez des amis, Tochok a pu rejoindre les maîtres qu’elle s’était choisie, en avion !

Népal, vers le camp de base des Annapurnas

 

Pérou perché

Pérou perché

INCA À PART

PHOTOGRAPHE SAVOYARD EN QUÊTE DE L’IMAGE PARFAITE, GEOFFREY VABRE S’EST LAISSÉ TENTER PAR LES PAYSAGES ESCARPÉS DU PÉROU. UN VOYAGE IMPRÉVU ET MOUVEMENTÉ, HEUREUSEMENT COURONNÉ PAR LES LUMIÈRES ET LA PURETÉ DE L’AIR DES SOMMETS.

PAR BÉATRICE MEYNIER – PHOTOS GEOFFREY VABRE

 

La montagne est son socle, la nature son univers. Geoffrey Vabre grandit entouré des sommets de Tarentaise qu’il parcourt encore et toujours. Au gré de ses périples, germe l’idée de transcrire en image la beauté des paysages. C’est à 20 ans que le jeune homme répond véritablement à l’appel du 8e art, en captant les lumières qui illuminent les cimes. A la même époque, un voyage à La Réunion lui donne l’occasion de révéler pleinement sa passion, jusqu’à décider de suivre une formation et d’en faire son métier.

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Geoffroy Vabre

OBJECTIF SENSIBLE

Une profession que Geoffrey aborde comme salarié, exerçant des fonctions variées, en France et à l’étranger. De retour en Savoie, il s’installe en tant qu’indépendant en 2014. Depuis, le trentenaire photographie biens immobiliers, événements, mariages et paysages, à l’écoute de ses émotions et guidé par son envie de perfection. “J’essaye de faire correspondre ce que j’ai sur l’écran avec le souvenir du moment où j’ai pris la photo, de retrouver dans l’image la sensation ressentie. Une belle photo va se chercher et je suis toujours en quête de cette beauté. Pour moi, l’image parfaite est celle que je n’ai pas encore faite !” Un état d’esprit qui accompagne Geoffrey jusque dans ses voyages.

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Favelas de Lima

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Lima

 

LIMA, C’EST PAS LE PÉROU !

Il y a quelques années, le photographe prévoit de partir en Asie avec des amis. Mais au dernier moment, il change de destination. “Je regardais les billets d’avion sur internet et j’en ai vu un pour le Pérou à prix attractif. Je l’ai pris sur une impulsion et tout de suite après j’ai eu un mauvais pressentiment…”. Tout démarre pourtant plutôt bien. Grâce à Carlos, un ami péruvien qui vit en France, Geoffrey dispose de contacts sur place : à l’arrivée Manuel et Charo doivent l’accueillir durant deux jours. En ce mois d’octobre, l’avion atterrit à Lima. Située en bordure de l’océan Pacifique, la capitale (avec son agglo) compte une dizaine de millions d’habitants. Et ne séduit pas le jeune Français ! “J’ai la surprise d’arriver dans une ville gigantesque, grise et sale. L’air est terne, poisseux.” Geoffrey part à la découverte de la ville avec Charo. Et se fait agresser. “Je me suis fait voler mon argent et ma CB. Ça a désolé mes hôtes qui ont alors voulu me montrer les bons côtés du Pérou. Ils m’ont emmené dans plusieurs fêtes, voir leurs proches. Ils m’ont entouré de chaleur humaine et je suis finalement resté plus d’une semaine chez eux !”

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Machu Picchu

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Altiplano

 

LE CHEMIN DES GRINGOS

Avec l’ami qui l’a rejoint à Lima, Geoffrey décide de faire le circuit touristique classique, mais à l’envers. Après un passage à Cuzco qui les conforte dans le sentiment qu’il faut s’éloigner des grandes villes, les deux copains prennent donc le bus avec les autochtones. “Arrivés à 3 200 mètres, on traverse des plateaux, la pampa, il y a de la neige, on se demande où on va atterrir…” En l’occurrence à Ollantaytambo, une ancienne forteresse inca, d’où part le train pour le Machu Picchu. “Nous sommes arrivés dans un bled, accueillis par une meute de chiens errants ! On n’avait pas réservé d’hébergement. Et puis on est tombés sur une fête incroyable, avec une super chanteuse et des musiciens typiques.” Une parenthèse nocturne particulièrement appréciée par le guitariste confirmé qu’est Geoffrey, qui vit le lendemain un moment magique au sein de la luxuriante végétation du Machu Picchu.

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Iles Uros

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Arequipa

 

FAIS COMME L’OISEAU…

Le duo se rend ensuite sur le lac Titicaca, qui compte plus de 40 îles, dont les Uros. Flottantes, elles sont construites en roseaux. Les compagnons de voyage partagent un peu du quotidien des pêcheurs et de leurs familles, avant de repartir à Arequipa. Cernée par trois volcans, la deuxième plus grande ville du pays est surnommée La Ville Blanche, de par ses bâtiments baroques construits dans une pierre immaculée. “On est partis de là pour faire un raid dans le canyon de Colca, longtemps considéré comme le plus profond du monde (3 400 mètres). Il faut descendre à pieds pendant 3 heures sur un chemin poussiéreux et étroit, à côté des mules qui risquent de te renverser ! Mais une fois arrivés en bas, c’est l’oasis ! Après s’être posés là, on est repartis vers Huacachina : un village oasis au milieu des dunes. On a enchaîné avec la visite des îles Ballestas, au départ du port de Paracas. Cette réserve naturelle visible depuis les bateaux se compose de centaines de milliers d’oiseaux et d’impressionnants lions de mer.” Le terme d’un voyage également marqué par les délices de la cuisine péruvienne, considérée comme l’une des plus diversifiées au monde. “Au Pérou, on est vraiment dépaysé. On sort du cadre très occidentalisé pour se retrouver dans un univers plus rude, intense. Il y a, là-bas, des lumières d’altitude comme nulle part ailleurs. Finalement, je me dis que je n’ai rien vu, j’ai juste saisi un petit truc en vol… Il faut que j’y retourne maintenant…”

 

+ d’infos : http://www.geovabre.format.com

Mythique ouest américain

Mythique ouest américain

WEST POINT… OF VIEW !

DE SES RÊVES D’IMAGES ET D’UN MARIAGE, THOMAS PETELLAT A FAIT UN GRAND ET BEAU VOYAGE. DIRECTION L’OUEST DE L’AMÉRIQUE, EN VERSION PHOTO… GÉNIQUE !

PAR BÉATRICE MEYNIER – PHOTOS THOMAS PETELLAT – GUS PHOTO

Il aime le papier, l’image et les couleurs. A défaut d’avoir pu devenir imprimeur, Thomas Petellat trouve son bonheur dans la photographie. Depuis des années, ce Savoyard employé dans l’industrie, pratique en amateur. Autodidacte, il peaufine son art, s’accomplit dans une démarche esthétique et créative. Et garde dans le viseur l’idée d’en faire son métier. Tout en douceur, sans brûler les étapes, et à condition que professionnalisation puisse continuer à rimer avec passion. En attendant, le trentenaire profite de chaque occasion pour trouver un nouvel angle de vue et créer la photo qui ne soit pas cliché ! Le projet de voyage qu’évoque son épouse en 2015 lui apparaît comme l’opportunité rêvée de shooter hors de son cadre habituel. Et pas seulement. Car au-delà de la quête de nouvelles images, il y a aussi une belle surprise à réaliser et l’agréable perspective pour le couple de se retrouver en amoureux, à mille lieux de leur vie bien remplie de parents d’enfants en bas âges.

Alice et Thomas Petellat

« On arrivait de Las Vegas, un endroit immense, blindé de monde.
On s’est retrouvés dans un bled de western paumé… »

SHOWS AU CHAUD

Le déclencheur vient d’un ami. Prévoyant de se marier à Las Vegas, il l’annonce longtemps à l’avance et lance les invitations. Un «chiche, on y va ?!» plus tard, Thomas et Alice sont bien décidés à partir à la «conquête de l’ouest» ! Durant dix mois, ils s’amusent à préparer leur trip en secret. Le timing est serré : dix jours seulement. Le séjour est donc planifié pour voir le maximum de choses en un minimum de temps. Après 26 heures d’un voyage compliqué, le couple arrive à Las Vegas la veille du mariage. Plantée dans le désert comme une oasis incongrue, la ville brille des mille lumières de son extravagance. “Las Vegas, c’est la démesure en tout ! Il faut s’imaginer être dans une boîte de nuit géante ou vivre à Disney Land, les machines à sous en plus ! Il y a des kilomètres de galeries où s’enchaînent des casinos et des hôtels conçus comme des petites villes. Il n’y a volontairement pas de pendules, on perd complètement la notion du temps”. Noces incluses, Alice et Thomas profitent durant trois jours de cette ambiance électrique et festive, avant de reprendre la route.

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Las Vegas

CONTRASTES NATURELS

Le couple sillonne alors en voiture le long ruban goudronné qui traverse le désert. Destination Beatty, au milieu de nulle part… “On arrivait de Las Vegas, un endroit immense, blindé de monde. On s’est retrouvés dans un bled de western paumé, avec la sensation d’être retournés à l’époque de la Ruée vers l’or”. Cette étape leur permet d’être sur place le lendemain aux premières heures du jour pour pouvoir arpenter la proche Vallée de la Mort avec une température supportable. “Il faut y aller tôt car c’est un des endroits les plus chauds de la planète. On a fait halte à Badwater, une étendue de sel, ancienne mer asséchée. C’est le point le plus bas en Amérique du Nord avec une altitude de 85,5 mètres sous le niveau moyen de la mer. On s’est aussi arrêtés à Zabriskie Point, des dunes de sable sculptées par l’érosion. Là-bas, on se sent tout petit. L’homme veut tout contrôler, mais la nature est là pour nous rappeler que nous ne sommes pas Dieu ! Juste des petits êtres sur cette planète…”.

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Grand Canyon

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Badwater, Death valley

SPOTS ET SUNSET

Après une longue traversée des massifs de la Sierra Nevada, le duo atteint la «Cité des Anges», avec l’heureuse surprise de découvrir une ville accessible et humaine. “Los Angeles a longtemps été mexicaine et reste très hispanique. Il n’y a pas tant de buildings que ça, plutôt des maisons et des petits immeubles. En plus du cinéma, il y a une forte culture musicale, beaucoup de musées, de styles architecturaux et de quartiers très différents. Les gens sont respectueux et avenants. Les bouchons mis à part, il y a une vraie qualité de vie”. Thomas et Alice parcourent paisiblement les spots mythiques : Sunset Boulevard, Santa Monica, Venice Beach avec ses plages et son Skate Park légendaires. Des étoiles plein les yeux, ils repartent quatre jours plus tard en direction du Grand Canyon. Avec près de huit heures de route, il ne faut pas louper les heures d’ouverture du parc national. En photographe avisé, Thomas a prévu une arrivée avant le coucher du soleil pour saisir en image la transformation du paysage et les couleurs qui se révèlent avec la lumière rasante.

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Venice Beach

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Venice Beach

CAR… GO !

Une halte photographique dans un décor grandiose. Avant de prendre doucement le chemin du retour, ponctué par un détour à Seligman, histoire de faire un petit clin d’œil aux enfants. Marquant le départ de la plus longue portion continue encore existante de la fameuse Road 66, le village est connu pour avoir inspiré la série Cars. A tous les coins de rue, on peut y croiser les voitures du dessin animé grandeur nature ! Un de ces rêves à l’américaine que les enfants d’Alice et Thomas ont découvert avec émerveillement au retour de leurs parents. Tout comme leurs images et récits qui ont fait naître le projet de repartir tous ensemble d’ici quelques années…

« A tous les coins de rue,
on peut y croiser les voitures du dessin animé grandeur nature ! »

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Seligman

+ d’infos : www.gusphoto.fr

 

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