maison d’hôtes : tombée du ciel à lovagny

maison d’hôtes : tombée du ciel à lovagny

DAME DE FIER

Le jeu de mots est tentant, mais l’allusion trompeuse. À Lovagny, en surplomb des Gorges du Fier, cette petite dame discrète, avec ses volets verts et ses grandes fenêtres, n’offre, loin des regards et du bouillonnement, que douceur et ressourcement.

« Notre maison se situe au-dessus du Bon Refuge, il faut traverser la voie ferrée, passer devant l’auberge et prendre le chemin qui monte à droite”. Les indications sont pourtant claires, mais en ce mois de février, les Gorges du Fier, qui fourmillent de visiteurs à la saison touristique, sont plutôt désertées, et j’hésite à m’engager dans cette toute petite impasse au fond d’une vallée où je n’avais jamais mis les pieds… Car oui, honte à moi, ce site incontournable de la région, je ne le connaissais pas.
Angèle et Patrice non plus, qui avaient vécu dans le centre-ville d’Annecy pendant des années. C’est d’ailleurs là qu’ils espéraient trouver un appartement. Mais après un an de prospection infructueuse, ils commencent à désespérer. Cette maison un peu isolée –“tellement cachée que même le maire ne savait pas qu’elle existait”– l’agent immobilier, lui, se lasse de la faire visiter pour rien. Trop décatie, trop de travaux, elle décourage les plus audacieux. À peine le seuil franchi, le couple de quadras tombe pourtant sous le charme de son côté champêtre, de ses encadrements cintrés en briques qui lui donnent des airs de petite gare, de sa vue imprenable sur le Château de Montrottier, tout droit sorti d’un conte de fées.

ÈRE DE FAMILLE

Datée de 1894, la bâtisse abrita longtemps une pension de famille. On devine encore, sur la façade, les inscriptions qui en témoignent. Beaucoup trop grande pour deux, lui rendre sa vocation d’accueil s’impose alors comme une évidence pour les nouveaux propriétaires : ils en feront une maison d’hôtes. À partir de là, tout se déroule avec la fluidité du Fier ruisselant dans son canyon : en 6 mois, elle a retrouvé son âme. Il faut dire qu’Angèle est architecte d’intérieur et que Patrice a souvent travaillé avec elle. Ils ont donc su se projeter au-delà des lourds travaux de toiture, d’isolation ou d’assainissement, visualiser le décloisonnement, penser de nouveaux aménagements. Au rez-de-chaussée, ils rassemblent d’abord deux pièces pour faire un vaste espace de vie, cuisine et salon réunis ; ils abattent ensuite toutes les cloisons du premier étage pour créer, sur ce grand plateau vierge, trois belles chambres –dont une familiale–, “on aurait eu la place d’en faire une 4e, mais on a fait le choix de l’espace” ; et se réservent enfin le dernier étage en installant leur nid dans les combles.

CHINE ET PATINE

Côté déco, il s’agit de préserver l’esprit «campagne» de la maison en commençant par réutiliser les éléments d’origine qui peuvent l’être. Certains meubles, armoires ou consoles, sont donc retapés et repeints, tout comme les portes intérieures et les volets. “On voulait garder cette apparence un peu abîmée, pas trop propre.” Idem pour la façade, pas question de la ravaler, de masquer sous une couche de peinture fraîche son aspect patiné.
Une ribambelle d’objets chinés trouvent tout naturellement leur place dans cet environnement, à l’image d’un couple de beaux radiateurs en fonte fleuris, d’une paire de chevets scandinaves ou de cette enfilade, nordique elle aussi, qui a conditionné la dimension de la pièce dans laquelle elle a pris place : “un meuble scandinave de cette hauteur-là, c’est rare, et c’était parfait pour poser une vasque, on a donc construit la salle de bains autour.” Et puis, il y a tous les petits nouveaux « rétro » qui se fondent dans le décor : le parquet vieilli “comme s’il avait toujours été là”, les interrupteurs en porcelaine ou les carreaux de ciment.

MAISON DU MONDE

Si chacune des trois chambres a une identité différente, elle s’exprime sur fond blanc –la «patte» d’Angèle– où viennent se poser des touches de couleurs, pour un ensemble épuré, lumineux et très apaisant. Car la tranquillité, c’est exactement ce qu’on vient chercher ici. Un point de chute éloigné du tumulte, où les journées sont rythmées par le sifflement du train, les visites des chevreuils le matin ou celles des poules –Simone, Suzette et Chewbacca, ça ne s’invente pas– à l’heure du pain. Une maison de famille où les enfants ont de quoi s’amuser, entre les jouets à portée de main dans la chambre-cabane, toutes les histoires à inventer dans le grand jardin et les activités organisées pour eux par Angèle, histoire de laisser aux parents le temps de se reposer ou de profiter d’une belle table en ville. “En s’installant ici, on s’éloignait d’Annecy et on aurait pu s’isoler socialement, mais c’est tout le contraire. On a fait des rencontres magnifiques, des gens avec lesquels on se donne des nouvelles régulièrement, et on a des invitations aux quatre coins du monde !”. États-Unis, Asie, Amérique Latine, si les hôtes des premières années ont fait place, pandémie oblige, à des visiteurs moins exotiques, les échanges restent la très bonne surprise de ce nouveau métier auquel Angèle et Patrice se consacrent aujourd’hui entièrement. “Au début, c’était un peu déroutant, on ne savait pas trop quoi dire, mais ça n’a pas dû se passer trop mal, car c’est avec nos tout premiers hôtes que nous avons fêté, cet automne, nos cinq ans.” De quoi être un peu Fier(s)…

+ d’infos : facebook : Tombée du Ciel

maison d’hôtes : la ferme des vonezins, thônes

maison d’hôtes : la ferme des vonezins, thônes

L’HORS DU TEMPS

Comme une envie d’oublier la civilisation l’espace d’un week-end, de débrancher tout, de revenir à nous… L’adresse s’annonçait terriblement prometteuse : elle ne figure sur aucune carte ! Un chalet d’alpage au milieu de nulle part, et pour s’y rendre une petite route qui s’échappe de la vallée de Thônes, se fait la belle dans la montagne, et s’évapore dans un virage. Le reste de l’aventure, c’est sur nos 2 pieds qu’il faudra la chercher…

« Dis chéri, on fait une pause pour que je prenne quelques photos ?
– Mais lapin, on s’est déjà arrêté il y a 50
mètres pour en faire…
– Oui, mais c’est tellement beau avec ce soleil couchant…
– En vrai, tu veux reprendre ton souffle, c’est ça ?”
Bon, on ne va pas se mentir, dès qu’il faut grimper un peu, je ressemble à un vieux solex sous gitane maïs : je fais beaucoup de bruit, je n’avance pas vite et faut me pousser tout le long ! Alors 700 mètres de pente raide, me voilà red cramoisie arrivée en haut, avec de quoi réaliser 12 albums photos sur mon téléphone et bientôt plus de batterie. Quant à mon homme, il est frais comme un gardon… Promenade de santé pour lui, on n’est pas tous égaux devant les forts !
700 mètres de grimpette : c’est notre plus grande force et notre plus gros problème…”, reconnait Philippe, le maitre des lieux. “L’avantage du chalet, c’est qu’il est en pleine montagne, loin de tout, dépaysement total, tranquillité absolue et moment hors du temps garanti. Mais il y a toujours des personnes qui ne veulent ou ne peuvent monter, alors on fait des navettes, en moto neige en hiver, en 4X4 l’été. Mais Les Vônezins, ça se mérite !

©Lara Ketterer

PLUS DE REPÈRE DANS CE REPAIRE !

Pas peu fière de mon exploit sans assistance, ni voiture balai (à chacun son Everest !), je peux apprécier une nouvelle fois le cadre d’un peu plus haut. Les Aravis à 360°, pas une habitation à l’horizon, le chalet des Vônezins semble déconnecté de la société, coupé du temps, de tout, du blanc partout qui rougit de ce soleil en chemise de nuit, un étang givré à nos pieds, une parenthèse enchantée dans ce monde qui ne tourne plus bien rond ces derniers temps.
Onyx, un Saint-Bernard, bonne patte, nous souhaite la bienvenue… Pas de tonneau autour du cou, pour le remontant, faudra pousser la porte ! Nul besoin de me le répéter 2 fois… La nuit tombante, on se laisse guider par la lumière filtrant des fenêtres de ce vieux chalet qui semble avoir mille histoires à nous confier au coin du feu… Sitôt le seuil franchi –tête baissée pour ne pas perdre quelques centimètres au passage, rituel à renouveler à chaque franchissement de pièce : le Savoyard est blagueur !–, c’est en effet l’âtre crépitant qui nous attend tout en fumant les jambons et saucissons pendus quelques mètres plus haut : le Savoyard ne perd pas le nord !
Et des histoires, ces poutres datant de 1632, pour les plus anciennes, pourraient en raconter à foison… Par pudeur, elles en tairont certaines, mais se feront plus disertes sur d’autres. Ainsi, apprendrons-nous que le chalet prit sa forme actuelle en 1787. Pendant 2 siècles, il n’abrita que vaches, cochons, chèvres et moutons. La famille de Philippe, installée à Annecy, et possédant un chalet en contrebas pour les week-ends et vacances au grand air au milieu des bêtes, en fera l’acquisition en 1989, pour le bonheur de Philippe, devenu grand. Enfin, façon de parler : lui passe les portes sans courber l’échine, ce chalet semble définitivement taillé pour lui.

L’ÂME DE FONDS

Un goût du contact très prononcé, un sens de la déco particulièrement aiguisé, et un vieux mazot, ou plus exactement une ruine à retaper, l’histoire est amorcée. De résidence secondaire, elle deviendra principale, puis bientôt maison d’hôtes quand la famille cèdera ses boutiques en ville à l’aube des années 2000. Pour Philippe, la reconversion est toute trouvée !
Mais avant, il lui faudra une bonne dizaine d’années pour lui redonner corps, des fondations au toit, retrouver une âme oubliée sous un tas de bois, et offrir tout le confort rêvé, jusqu’à la piscine intérieure à contre-courant : il faut bien entretenir son corps d’athlète ! Puis encore une volée pour l’agrandir de 200 m2, avec cuisine professionnelle pour créer un restaurant, des chambres d’hôtes dont l’une recouvre maintenant la piscine –Philippe capitalisera désormais sur ses acquis !– dans la ferme et ses mazots en dépendances.
En tout, ce sont désormais 500 m2 de coins et recoins, de poutres et portes traitres, de meubles séculaires et de curiosités échappées d’une autre vie. “C’est un virus familial ! Mon arrière- grand-père genevois était un grand chineur. Il a d’ailleurs mangé toute sa fortune dans la chine et la brocante. Une catastrophe ! Papi l’était également, alors que Mamie pestait contre toutes les «saloperies dégoutantes» qu’il rapportait à la maison. Maman était piquée aussi. Quant à moi, je suis le seul des quatre enfants à être mordu de chine, toujours à l’affut. C’est mon côté Saint-Bernard, j’adore sauver les choses, de même que les chiens, les chevaux, les animaux en général… Ça a commencé avec les meubles et les objets, à ne plus savoir où les mettre. Je m’interdis maintenant d’aller à la déchetterie de Thônes. Je repars toujours de là-bas la voiture plus chargée qu’à l’aller ! Les gens jettent tout aujourd’hui : des jolis meubles à la benne au profit de 3 planches suédoises, montées avec un peu de scotch et 2 vis ! Très peu pour moi ! Je ne suis sûrement pas dans l’air du temps, mais je suis tellement plus heureux ainsi. Alors, oui, la déco est éclectique, elle vient pour beaucoup de brocanteurs et d’antiquaires. Tous ces objets surannés donnent une âme, racontent une histoire… Et je trouve ça tellement beau. Et moi, j’ai besoin de toutes ces vieilleries pour me tenir compagnie !
Une compagnie dont les troupes seront renforcées d’Onyx, sans sa gnole, du superbe Buck, un malamute d’Alaska, un rien dévastateur chez cette famille de clients, qui s’avèrera sage comme une image de passage aux Vônezins, et dont Philippe héritera inopinément, de Leika aux yeux bleus délavés qui lui vaudront le surnom de Michèle Morgan, de Mademoiselle Gaufrette, le teckel, alias Ratatouille dès qu’il passe sa truffe en cuisine, de Teddy, de Mirka… sans oublier les 3 chats dont le plus jeune affiche 26 ans au compteur !!!

L’ALPAGE À LA PAGE

C’est qu’on y est si bien, là-haut, dans ce chalet et ses 4 sublimes chambres et suites d’hôtes, spacieuses, confortables et merveilleusement décorées des coups de cœur hétéroclites du propriétaires, tableaux, sculptures et meubles «habités», mais aussi, encore plus déconcertant, d’équipements high tech Bang et Olufsen, vestiges de son ancienne vie à la ville, à se faire chouchouter par Philippe, ses p’tits plats et sa spontanéité aussi désarmante que charmante. Au final, je le sens déjà : la descente va être plus dure que la montée !
Au départ, je ne voulais faire qu’un restaurant, mais pour en vivre, c’était compliqué, surtout avec du personnel. Il fallait une autre structure pour l’amortir. Et la maison d’hôtes s’est imposée. Un engagement qui n’a rien d’anodin… Toutes les Marie-Chantal et petits Robert qui se mettent à faire des omelettes, une terrine et de la confiture de fraise pour faire table d’hôtes à côté de leurs chambres, ils tiennent 2 ans avant de vouloir s’échapper de leur tôle, une tôle dorée, mais tôle tout de même, où tu bosses de 7 heures du matin jusqu’à minuit, 7 jours sur 7, à recevoir des gens supers, comme les pénibles. Et t‘es scotché à ta maison, même quand tu n’as que 2 pensionnaires ! Si t’as des amis qui te disent : viens, on va boire un coup, tu ne peux pas. Tu dois être là. Moi, je tiens parce que ma maison, c’est une histoire d’amour fusionnelle et à vrai dire, je ne suis bien nulle part ailleurs. Et avec un hyper actif incanalisable qui rentre dans le 3e âge comme moi, soit tu le mets sous Vitaline, soit tu l’occupes ! Ce rythme soutenu ne me dérange pas, il est plutôt salutaire… pour les autres comme pour moi !

LE ZÉBULON DE LA MONTAGNE ENCHANTÉE

En cuisine, Philippe fait tout, de A à Z, seul avec la «saucisse» Ratatouille qui supervise tous les plats. 35 couverts midi et soir, 50 l’été avec la terrasse. Une carte généreuse à base de produits du terroir, des plats authentiques qui lui viennent de sa grand-mère, sans tralala, piochant ici et là aux traditions lyonnaises et savoyardes, gourmands et copieux pour ravitailler les troupes de retour d’une balade en raquettes sur le plateau de Beauregard ou d’une rando dans les Aravis. Depuis 5 ans, il s’est octroyé les services à l’année de Théo, un complice précieux lors des travaux, ou de l’aménagement du chalet, et chaque jour pour le service en salle. Les yeux pétillants, le sourire en étendard, le jeune homme évolue dans une chorégraphie millimétrée, ne prenant même plus la peine de relever la tête entre 2 pièces, –on devine que le métier est rentré dans le crâne, au propre comme au figuré !–. De Sylvie, la gouvernante, qui gère l’intendance des chambres et de la maison, de Jordan, “notre jeune farfelu, qui vient aider au service, en cuisine ou à la plonge…” Deux renforts viendront bientôt compléter l’équipe pour la haute saison. Avant, c’était l’hiver, de mi-novembre à Pâques… Maintenant, c’est plutôt l’été, de début juin à la Toussaint. “Et là, c’est tous les jours non stop ! C’est du sport !” L’établissement reste ouvert à l’année, Philippe et sa fine équipe -sur 2 ou 4 pattes- fidèles au poste. “Qu’est-ce que tu veux que je ferme ? Pour rester tout seul ici ? Je m’emmerderais ! Et pour partir ? Avec 6 chiens, 3 chats, 15 chèvres et 2 chevaux, y a pas d’arche qui m’attend en bas ! Mais je suis si bien là, et puis j’ai une bonne vocation d’ermite à la base.” Un ermite, à la langue bien pendue, au sens de l’accueil extraordinaire et au goût exquis… “C’est qu’on est plus à l’époque du grand-père d’Heidi ! On a même internet ! Et c’est pas mal d’accueillir du monde ! On fait de sacrées rencontres au final !” On y croise des vieux solex qui redescendent en silence… Le moteur gonflé à bloc.

+ d’infos : lafermedesvonezins.com

PHOTOS : BLUE 1310

MAISON D’HÔTES : Ô ANNECY à st jorioz

MAISON D’HÔTES : Ô ANNECY à st jorioz

LA VUE EN GRAND

Embrasser la quasi-totalité du lac d’Annecy d’un seul regard, tout en profitant de l’ombre des pins pour siroter l’apéro ? C’est possible dans la maison de Ta et Bernard Guénin, pourvoyeurs de tranquillité et de Phat Krapao*, sur les hauteurs de Saint-Jorioz.

(* SPÉCIALITÉ THAÏE DE VIANDE SAUTÉE AU BASILIC)

Au bout de l’allée, il y a d’abord cette imposante bâtisse bourgeoise, façade sable et volets brique. Il y a ensuite le vert des pins, qui donne au jardin des allures de bord de mer, de Côte Atlantique. Le cendré de leur écorce fait écho au mélèze qui enveloppe le nouveau bâtiment. Et c’est là, en haut de l’escalier cloisonné pour préserver le suspense, que se dévoile le véritable spectacle : une fois franchi le seuil d’une chambre, n’importe laquelle, le bleu du lac l’emporte sur tout le reste. Depuis chaque fenêtre, chaque balcon, il s’étend de tout son long, surplombé par le Mont Veyrier, le Parmelan, la Tournette et les Dents de Lanfon.

MONTER AUX FILETS

Pendant près d’un an, Bernard et Ta n’ont pas voulu visiter cet endroit, ils cherchaient plus près de l’eau. Mais le jour où le hasard les fait finalement s’engager dans l’allée, ils tombent sous le charme de la vue, évidemment, de la pinède et des 5000 m2 de terrain. Ils envisagent d’abord d’y construire des cabanes dans les arbres, mais le site fait partie du parc naturel régional des Bauges. Ils se contenteront donc de filets suspendus, dans lesquels on peut faire salon ou dormir à la belle étoile, et se tournent vers un accueil plus traditionnel, dans la maison. Construite à la fin du XIXe-début XXe par un industriel lillois, elle est en bon état. Elle n’a besoin que de retouches «cosmétiques», peintures, déco et salles de bains, ce qui ne les effraie pas : “juste avant, on avait acheté les quatre plus vieux murs du village d’Arthaz, on avait tout cassé et tout refait”, raconte Bernard. Ils n’ont donc pas peur de voir plus gros, s’attaquent à la cave qui doit accueillir la chaudière à bois, et déplacent le garage. Carrément. À la place, ils font construire une annexe moderne par Eden Home, dans laquelle sont aménagés deux chambres, un gîte, une “micro-piscine hyper technique”, chauffée par la fameuse chaudière à bois, et un spa. “On voulait un bâtiment qui fasse agricole, les lames de bois à l’extérieur rappellent les anciens séchoirs”.

THAÏE HÔTE

À l’intérieur, Ta choisit les couleurs, du bleu lac, du vert pin –ah tiens ?–quand Bernard, «fondu d’art contemporain», s’attelle à choisir une toile par chambre. Ensemble, ils chinent le mobilier, «pour casser le côté trop moderne» : “on partait le matin avec la remorque derrière la voiture et on se faisait les salles des ventes”. Côté ambiance, objectif : déconnection. Pas de télévision, pas de téléphone, pas de bruit… Juste le calme et la vue, dont viennent aussi profiter cerfs et sangliers. Pour ce qui est de l’ancien bâtiment, par contre, pas besoin de forcer le trait, il a déjà tout d’une maison de famille. Dans les pièces à vivre, le couple y accroche donc des photos en noir et blanc de leurs ascendants et privilégie les meubles qui ont un sens, une histoire, comme ces fauteuils de couvent, ce lit de bonne sœur, ce rangement industriel d’une usine de la Vallée de l’Arve ou encore cette magistrale table en bois massif, taillée d’un seul tenant dans un chêne centenaire du village natal de Bernard, en Bourgogne. Ta, elle, est née en Thaïlande, et ce n’est pas avec un meuble qu’elle en est revenue, mais avec toute une palette d’épices, de saveurs et de plats traditionnels qu’elle prépare pour leurs hôtes.

D’ASIE ET D’AILLEURS

Et quand ce n’est pas avec la cuisine de la maîtresse des lieux, c’est à l’étage, dans l’une des trois chambres, que l’on est transporté en Asie : “c’était une sorte de tradition française du XIXe”, explique Bernard, “dans les grandes maisons, on trouvait souvent une pièce asiatique, les meubles dans cette chambre sont donc issus d’une collection du Bon Marché de cette époque, fabriquée en France, mais imitant le style asiatique.” Pas de thématique exotique dans les deux autres chambres de la maison principale, mais de belles lumières, avec ces grandes fenêtres qui appellent toujours vers l’incroyable panorama, des draps en lin et des couleurs douces pour le côté cocon et une décoration qui n’en fait pas des caisses. Tous les deux connaissent très bien le monde de l’hôtellerie : Bernard en tant que professionnel de l’accueil, formé à l’École Hôtelière de Lausanne (EHL), a géré plusieurs établissements, et Ta en tant que cliente –car son domaine à elle, c’est plutôt la chimie et les hydrocarbures–. Et pourtant : “notre idée, c’était de faire un anti-hôtel, de virer tous les marqueurs, tout ce qui nous paraissait logique.” Avec leurs bons petits plats, leurs tasses faites à la main, leurs confitures et gâteaux maison, pari réussi : on s’installe chez Bernard et Ta comme on s’installerait chez des amis.

+ d’infos : http://chambre-hotes-o-annecy.com

Maison d’hôtes : La divine comédie à avignon

Maison d’hôtes : La divine comédie à avignon

CÔTÉ JARDIN

S’il y a bien un endroit où la comédie est une chose extrêmement sérieuse, c’est à Avignon. Alors tapons trois coups, prenons la direction de la ville-théâtre et franchissons ses remparts pour lever le rideau sur une maison au décor opulent, dans laquelle le jardin ne joue pas les figurants.

Les portes cochères sont souvent des promesses de surprise. Une fois leurs lourds vantaux de bois entrouverts, elles révèlent des pépites jalousement préservées des regards passants. Dans le cœur de la Cité des Papes, à deux pas du Palais du même nom, cette porte-là est imposante, mais plutôt simple, d’un gris foncé moderne, très haute et surmontée de balustres. Rien, dans sa sobriété, ne laisse deviner la luxuriance du jardin qu’elle abrite : 2600 m2 de vert en camaïeu, une centaine d’essences différentes et quatre gigantesques platanes séculaires dont la canopée filtre les rayons du soleil provençal. “On a acheté la maison pour le jardin, c’est la pièce principale”, confie Gilles Jauffret, décorateur d’intérieur et propriétaire des lieux depuis 2010. “On a gardé les platanes, qui sont protégés, mais on a enlevé tout le reste.


Cet éden a ensuite été réaménagé en plusieurs espaces, pensés comme autant de niches d’intimité : “ma définition du luxe, c’est de ne pas être les uns sur les autres. Par exemple, je voulais un bassin de nage à l’abri des regards, mais on peut également être tranquille sur la terrasse de l’orange- rie, et la folie [ndlr : petite construction ornementale, parfois romantique, souvent atypique ou extravagante, qui sert d’articulation dans une composition paysagère, ici inspirée par une lampe arabe du XIXe siècle] qui abrite l’espace bien-être, a été conçue pour n’accueillir que deux personnes. Mais il y a aussi, bien sûr, tout ce qu’on attend d’un jardin : les couleurs, les odeurs, avec du jasmin, des lauriers-fleurs, des roses… et les sons. La ville d’Avignon est bercée par ses cloches, et là dans le jardin, il y a toujours, en fond, le bruit de l’eau qui coule et du vent dans la bambouseraie.”

ENTRER DANS LA LUMIÈRE

De l’espace, de la végétation, du soleil, c’est ce que cherchaient Gilles et son ami Amaury en quittant Paris. Tout en restant à distance raisonnable de cette capitale qui les passionne. Quand ils rencontrent la maison –car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une rencontre– elle est quasiment à l’abandon, après avoir longtemps abrité les salles de classe d’une école de langues. Les murs datent des XVIIIe et XIXe siècle, il faut la repenser entièrement, décloisonner, faire entrer la lumière. “On a commencé par ré-ouvrir la maison sur le jardin. Dans l’ancienne salle-à-manger devenue salon, seule pièce gardée en l’état avec ses passe-plats et ses trumeaux [ndlr : espaces peints] au-dessus des portes, nous avons enlevé les fenêtres et mis des portes-fenêtres. Mais nous les avons ré-utilisées pour délimiter les espaces dans les suites à l’étage.” Ils échangent ensuite l’unique ouverture du jardin d’hiver contre de grandes verrières, dont les carreaux, imitant le verre ancien, donnent le sentiment d’avoir toujours été là. “Tout doit paraître naturel, mais tout est calculé”, sourit Gilles. “Chaque élément a la même force décorative, les couloirs, par exemple, ont autant d’importance que les pièces.”

UN DÉCOR QUI A DU CHIEN

Une verrière, ils en découpent aussi une dans le toit, afin qu’elle éclaire, de manière zénithale la cage d’escalier centrale. Un patchwork de plus de 200 peintures et gravures y racontent Avignon entre les XVIe et XIXe siècles. Ce sont également des toiles, et la passion pour les objets de ces deux grands collectionneurs, qui ont guidé la décoration des cinq suites : des lithographies du Bosphore et des malles anciennes dans la suite Consul ; des gouaches du Vésuve en éruption et un baldaquin majestueux dans la suite Naples ; des vues de la cité lacustre et des fauteuils coquille seventies dans la suite Venise ; des toiles orientalistes et un spectaculaire lit rond dans la suite Aphrodite ou d’anciennes maquettes de bateaux chez Anatole.
Mais tout bouge tout le temps, le décor change en permanence. Et curieusement, je n’aime pas la déco”, ironise Gilles, “je suis entouré d’objets de compagnie, aucun n’est là « pour faire bien ». Tous, au même titre que les tableaux, correspondent à une rencontre, un souvenir, un moment.” Dans une recherche permanente de « justesse et d’équilibre », œuvres contemporaines et morceaux d’histoire se côtoient donc, comme le font aussi les animaux, vrais ou faux. Éléphanteau, buffle ou singes dialoguent avec Simone et Gaston, les Chartreux dont le pelage argenté est parfaitement assorti à celui de Théodule, le placide et impeccable Braque de Weimar, toutou à l’élégance aristocratique.

SCÈNE DE VIE

Quand nos hôtes arrivent, ils sont accueillis par le chien, qui est persuadé de connaître tout le monde, et ça désacralise l’ensemble : on se retrouve comme si on se connaissait depuis 20 ans. Nous sommes tous des personnages avec des rôles, des positions, des façons d’être ; je voulais donc que ce lieu soit un décor de théâtre, car la vie est une scène de théâtre et nous jouons en permanence une douce comédie.” Divine ici, en référence au célèbre poème de Dante. Un voyage entre l’enfer et le paradis, guidé par la raison et la foi, métaphore de cette aventure avignonnaise ? “7 ans de travaux, 7 ans d’emmerdes ! On a refait 90% des espaces intérieurs et, à l’extérieur, on n’a gardé que 10 arbres, on est donc passés par des étapes compliquées…
Mais parce qu’un dénouement heureux, c’est le propre de la comédie : “on a une chance inouïe. Recevoir, c’est une passion. Nous aimons que les gens se sentent bien : on ne se pose pas de question quand on est bien, tout est naturel. Chacun arrive avec un objectif différent, seul ou en amoureux, les étrangers pour visiter la région, les Français pour profiter de la maison. C’est un lieu de rencontres, et les rencontres humaines, c’est essentiel, c’est ce qui nous nourrit.

+ d’infos : http://la-divine-comedie.com

BLANC D’ESSAI

BLANC D’ESSAI

A SKI MIEUX MIEUX

Comment -à part sur une carte- se situent les domaines français dans le paysage du ski alpin ? Quel est leur potentiel, leur marge de progression ? Nos voisins se posent-ils les mêmes questions que nous ? Avis d’experts.

Les stations françaises ont toujours une sorte de complexe, mais elles ne s’en sortent pas si mal !”, rassure Laurent Vanat, consultant suisse spécialisé en tourisme de neige et de montagne. Leurs forces et leurs faiblesses découlent, pour la plupart, d’une spécificité historique de la montagne française : le fondateur Plan Neige.
Initié par le Général de Gaulle, il aboutit, entre 1964 et 1977, à la construction de 150 000 lits dans plus de 20 stations nouvelles créées sur le modèle de la Plagne (Tignes, les Arcs, Avoriaz, Flaine…) et 23 stations anciennes. “Son objectif était la démocratisation du ski”, rappelle Jean-Marc Silva, directeur de France Montagnes. “Mais à l’époque, on parlait de sports d’hiver, pas de tourisme de montagne -sauf pour quelques stations visionnaires comme les Arcs ou Avoriaz qui ont pensé aussi à l’été-. On pensait «vacances dehors», donc petits appartements. Chez nos voisins (Autriche, Suisse, Italie), le modèle des stations-villages est plus courant, avec un accès au ski en altitude par les remontées mécaniques, et un cœur de vie à l’année, en bas, ce qui permet plus facilement un développement dans la durée.

Tignes Val Claret©SavoieMontBlanc-Huchette

DES CREUX ET DES BOSSES

Cette volonté politique a fait de la France une référence mondiale en matière de ski, avec une grande diversité géographique et les plus hauts do- maines skiables d’Europe. “L’altitude assure une bonne sécurité de l’enneigement”, remarque Laurent Vanat. “La taille des domaines est également une de ses principales forces : si elle est aujourd’hui rattrapée par l’Autriche, elle a longtemps été le seul pays dont les grandes stations (La Plagne, les Arc, Val Thorens…) pouvaient comptabiliser plus d’un million de journées skieurs en une saison. Et côté tarifs, les Domaines Skiables de France (DSF) se targuent de proposer les forfaits les moins chers, même s’ils sont souvent noyés dans des packages.” Avec une moyenne de 30€, le pass journalier français serait en effet 11% moins cher que l’autrichien, 17% moins cher que le suisse* et trois fois moins cher que l’américain !
En ce qui concerne l’hébergement, par contre, si les «cages à lapins» des grandes résidences de tourisme construites dans les années 70 ont permis à de petits investisseurs d’accéder à la propriété et font encore le bonheur des petits budgets, “un grand nombre d’entre eux sortent du parc marchand parce qu’ils ne sont plus aux standards”, explique Laurent Vanat. “Dans l’hôtellerie, le rapport qualité-prix reste très favorable à l’Autriche, et si la restauration sur les pistes s’améliore, le niveau de la fameuse assiette skieur est assez faible.” Autre gros point noir : l’accès aux stations. “S’y rendre en transports publics est une vraie galère ! Alors que la Suisse est mieux équipée : là-bas, une quinzaine de stations sont connectées au train, soit directement, soit par une télécabine.

Sous le sommet du Grand Mont d’Arêches, face au Mont-Blanc. Arêches-Beaufort. Massif du Beaufortain. Savoie (73)

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Vu la vive concurrence internationale, il est important de voir les pratiques de tous les pays du monde et s’en inspirer”, commente Jean-Marc Silva. “Au Canada et aux Etats-Unis, même dans les stations créées de toutes pièces, les choses sont très structurées, très aménagées, très diversifiées. Whistler, par exemple, avec son activité vélo très forte, a la même fréquentation l’été que l’hiver ! En France, il y a donc aujourd’hui un développement important du vélo, avec l’arrivée de l’assistance électrique notamment, ou encore le Fat Bike, sur la neige. Les pistes thématiques, aussi, suscitent un intérêt grandissant des familles, avec des chasses au trésor, des pistes sur les animaux, la nature, la gastronomie (comme la Piste du Reblochon à La Clusaz) ; ou encore les Tyroliennes, évidemment, en cascades ou à virage. Quant à l’après-ski, qui a longtemps été notre talon d’Achille -en Autriche, c’est presque l’inverse : le ski est quasiment un prétexte à l’après-ski-, à l’instar de la Folie Douce, qui a décomplexé la montagne française là-dessus, on a développé un concept moderne, qui plaît énormément.

Châtel ©SavoieMontBlanc-Tisseyre

TOUS DANS LA MÊME PENTE

Mais quels que soient le pays et les différents atouts de chaque domaine, la plupart des stations alpines sont confrontées aux mêmes problématiques climatiques et économiques. “Elles ont fait de gros efforts pour augmenter leur capacité d’enneigement et assurer notamment les périodes de Noël”, explique Laurent Vanat. “Pour moi, il y a donc peu d’inquiétude à avoir pour les 20 ans à venir, et comme les modèles actuels ne nous permettent pas vraiment de savoir où on sera à ce moment-là, autant investir”. D’autant que le taux de couverture en neige artificielle des domaines français n’est encore que de 37% contre 48% en Suisse, 70% en Autriche et 90% en Italie du Nord*. La sécurisation de l’enneigement est d’ailleurs l’un des quatre axes prioritaires du Plan Montagne régional, dévoilé en septembre dernier, qui prévoit d’y consacrer 30 millions d’euros. Autre enjeu : attirer des jeunes générations qui se sont éloignées de la montagne. “Mais on essaie avec des méthodes qui datent de 30 ou 40 ans en arrière, comme les classes de neige (ndlr : en mai dernier, le Plan «Avenir Montagnes», présenté par Jean Castex, a acté pour la reconduction dans les massifs de la mesure « colos apprenantes », qui dispose d’une enveloppe de 5 millions d’euros) ou les cours de ski. Dans les années 70, celui qui venait en station de ski n’avait que ça à faire : apprendre à skier. Aujourd’hui, il le fait pendant 2h et s’il n’y arrive pas, il laisse tomber. Même s’il adhère à d’autres activités, on a surtout besoin de gens qui viennent skier, c’est ça qui les accroche une semaine.” En 2021, l’agence Savoie-Mont-Blanc a donc engagé une stratégie de re-conquête de la clientèle jeune, ces «futurs adultes fidèles», en accompagnant la tournée du Festival International des Sports Extrêmes (FISE) et le High Five Festival ou en communiquant sur les réseaux Snapchat et TikTok. Sur son site internet, une rubrique « Bons plans ski », qui compile les infos réductions, locations ou les offres flexibles « Ski M’arrange », leur est entièrement destinée.

Méribel ©SavoieMontBlanc-Gouedard

QUELLES PISTES ?

Dernier écueil : le coût des infrastructures. “Ce qu’on n’imagine pas, c’est que 30% des coûts sont en fait liés à la descente. Avant, on enneigeait peu et on damait peu. Aujourd’hui, pour satisfaire les clients, on enneige mécaniquement et on dame quotidiennement. Le coût du ski a donc augmenté par rapport au coût nominal du forfait, ce qui met les petites stations dans des situations délicates et pousse les autres à être imaginatives pour rester ouvertes le plus longtemps possible.” En chasse-neige prudent ou tout schuss, pas d’autres options, les stations se lancent donc toutes sur les pistes de la diversification ou des quatre saisons…

* Source Domaines Skiables de France – Indicateurs et analyses 2020.

PISTE NOIRE

PISTE NOIRE

PENTE TROP GLISSANTE ?

A ski, pour pouvoir modifier sa trajectoire en fonction d’un obstacle, il faut une excellente vision de loin ou des carres bien affûtées… D’autant meilleures que la piste est raide et la vitesse élevée. Sur la pente de la transition, les stations, elles, sont-elles bien équipées ?

©Savoie Mont Blanc/Alban Pernet

« S le modèle économique des années 60 a permis un essor phénoménal, une réussite fantastique, il arrive en bout de piste”, constate Guillaume Desmurs, journaliste et co-fondateur de Lama Project, un laboratoire d’idées qui entend contribuer à la transition économique de la montagne. “Mais les questions d’énergie, de renouvellement des générations, de crise climatique, de pollution, ne sont pas ou très peu traitées, parce que le modèle est en- core rentable.
Pourtant, assises, états généraux du tourisme, ateliers collaboratifs… Les énergies ont l’air de se mobiliser pour réfléchir à l’avenir du territoire, dans le contexte du changement climatique et de ses impacts sur l’économie locale. “Jusqu’en 2014, il y a eu une période de déni, une partie des acteurs n’y croyaient pas”, rappelle Vincent Vlès, professeur émérite à l’université de Toulouse -Jean Jaurès, spécialisé dans l’architecture et l’urbanisme des stations touristiques. “Mais avec les preuves apportées par le GIEC, les modèles affinés, les mesures du niveau d’enneigement et la remontée de la limite pluie-neige, ça s’est estompé. Aujourd’hui, les gens admettent que le changement est en cours et que ça va être dur, mais ils pensent qu’ils ont encore 20 ans devant eux et vont au bout du cul-de-sac. La plupart des élus locaux ont l’œil fixé sur l’économie et l’électorat, ils ne voient pas encore assez la cata.

Mont-Blanc depuis le versant du Christomet à Megève / ©Savoie Mont Blanc / MailletContoz

S’ÉLOIGNER DU TERRAIN

Alors quelle piste suivre ? Diversification ? Quatre saisons ? Est-ce que ça va suffire ? “Les quatre saisons ne sont que la nouvelle appellation d’un nom bar- bare : la désaisonnalisation du tourisme”, continue Vincent Vlès. “Il y a eu beaucoup de travaux de recherches et d’étude sur le sujet depuis 40 ans et les faits sont têtus, même si on peut étaler un peu la saison, c’est une option impossible d’un point de vue économique et technique, à cause, notamment, des vacances scolaires (convergence des flux touristiques aux mêmes périodes). Et contrairement à ce qu’on pense, les saisons ont tendance à se concentrer.” Quant à la diversification ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : “Quand un skieur dépense 120 ou 150€/jour, le randonneur en dépense 20… On parle de 200 000 personnes qui vivent du ski sur l’ensemble des massifs, ils ne vivront pas tous de la diversification.
De toute façon, il n’existe pas qu’un seul modèle, il faudrait réfléchir localement, par station ou par domaine. Que chacun ait un pôle spécialisé, financé par une collectivité de rang supérieur, état ou région -les maires ou les départements sont trop près du terrain pour prendre des décisions désagréables–, qui ne peut pas être viré par un vote. Des gens très formés, avec une expérience et de l’autorité, pour dire : «ça ne sert à rien, ça va coûter de l’argent sans pour autant avoir de l’effet».

NE PAS FONCIER TÊTE BAISSÉE

Au cœur de tout ça, il y a surtout l’immobilier et la hausse du prix du foncier”, complète Guillaume Desmurs.
Cette question est pourtant évacuée des discussions, rencontres ou ateliers consacrés à la transition, regrette-t-il. “Pour bien accueillir les touristes, il faut une vie à l’année. Et pour l’avoir, il faut créer des conditions qui attirent les habitants : de très bonnes écoles, les meilleures activités du monde, la plus belle piscine, la fibre… Mais au prix du m2, les locaux ne peuvent plus se loger. La Clusaz ou Morzine, par exemple, sont des villes qui perdent des habitants. Les gens qui achètent sont souvent des étrangers qui viennent pour les vacances et sont exigeants : ils veulent notamment la neige au pied de leur résidence. Les promoteurs posent donc leurs conditions pour construire et on installe des canons à neige, avec une réserve collinaire pour les alimenter… Mais aujourd’hui, les habitants disent : «on n’a pas besoin de ça, stop !» Je pense que l’exemple de La Clusaz (cf article La Montagne sans retenue) va servir de test, de catalyseur de toutes les tensions qu’on va trouver dans les stations dans les 10 ans à venir.

Les Saisies ©Savoie Mont Blanc/Bijasson

Une décennie que Vincent Vlès

regarde bien en face : “quand le marin voit se lever la tempête, l’optimiste dit : «ça va aller», le pessimiste : «je suis mort», le réaliste : «j’adapte mes voiles». Je suis réaliste : il sera difficile de trouver d’autres formes de tourisme, vertueuses, aussi productrices de rentrées que le ski alpin. Par contre, c’est maintenant qu’on peut dire aux gens : vous pouvez rester et vous battre, mais quand il n’y aura plus de neige, ce sera difficile d’être perchman, de tenir un commerce ou un hébergement.
C’est peut-être la fin d’une parenthèse dorée”, conclut Guillaume Desmurs, “mais est-ce que c’est catastrophique ?

+ d’infos :
«Touche pas au Grisbi–Turbulences dans les stations de ski françaises» (Guillaume Desmurs, Editions Inverse 2021) ; «Anticiper le changement climatique dans les stations de ski : la science, le déni, l’autorité» (préface du numéro spécial de SUD-OUEST EUROPEEN, «Sports d’hiver, territorialité et environnement», Hagimont S., Minovez J.M., Vlès V. Ed., à paraître 2021.)

Photo haut de page : Terrasse aux Saisies©Savoie Mont Blanc-Bijasson

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