Sur l’eau : l’Espérance III

Sur l’eau : l’Espérance III

La Fabrick d’Espérance

Il était un petit navire qui n’avait ja, ja, jamais plus navigué… depuis 1930. Et ce n’est pas faute d’avoir largement favorisé l’essor d’Annecy pendant plus d’un siècle. Et puis plus rien. Les bricks se sont cassés du lac… C’est à en perdre ses voiles latines ! Mais quand l’espoir fait vivre, Esperance renaît… Ohé, ohé matelots !

Les voiles latines rayées de la surface du lac… Tel devait être leur destin. Mais contre toute espérance et grâce à l’idée un peu barrée d’un homme et à l’audace -voire l’inconscience- d’une poignée d’autres qui ont répondu : « chiche ! », l’emblématique Espérance revient à la vie… un siècle plus tard. Inespéré…

OH MON BATÔÔÔÔ…

Depuis l’Antiquité, le lac d’Annecy a représenté une voie de circulation plus rapide, plus économique et plus sûre que les mauvaises routes. Il faut dire que les voies sont restées longtemps impraticables du côté d’Angon et en face, au niveau de la pointe de la Puya. Les 2 rives étant compliquées d’accès, ne restait que la voie d’eau”, explique l’historien annécien Philippe Grandchamp. Ainsi, jusque la fin du 18e, les marchandises -raisin, fourrage, bois, tuiles…- étaient transportées à bord de chalands alpins, les «naus». Ces grandes barques à voile carrée, sans gouvernail ni quille, étaient peu maniables : il fallait choper le vent de dos ou sortir les rames et l’huile de coude ! Mais leur fond plat permettait d’accoster n’importe où, même quand les eaux étaient peu profondes. Les naus faisaient donc l’affaire pour les besoins du petit cabotage ici, comme sur le Léman.

DE GALÈRES EN GALÈRES…

Mais au Moyen-Âge, la situation féodale de la région va conduire à donner, à la flotte du Léman, un visage quelque peu insolite et pour le moins unique en Europe pour de la batellerie d’eau douce. Les Comtes de Savoie possèdent, au 13e siècle, la totalité du littoral lémanique. Tout, à l’exception de Genève. Pour en assurer le contrôle et surtout se protéger des attaques bernoises qui convoitent le territoire vaudois, ils vont faire construire une flottille de galères par des charpentiers venus de Méditerranée, les Génois. Ainsi, les rivalités entre Savoie, Genève et Berne entraîneront la construction de véritables armadas, avec batailles navales, pillages et exactions à la clé. Certains navires pouvaient transporter jusqu’à 380 marins et soldats ! Vision surréaliste sur ce lac, aujourd’hui si paisible. Les conflits y feront pourtant rage jusqu’au milieu du 16e siècle. Les galères subsisteront, quant à elles, jusqu’au 18e, en évoluant vers un usage mixte, tout en s’adaptant aux lacs : faible tirant d’eau, flancs larges, immenses voiles latines et pont permettant de charger des marchandises… ou les canons au besoin ! C’est ainsi que l’histoire des barques à voiles latines inscrit ses premiers faits d’armes en terre alpines. “Car jusque-là, on ne les trouvait qu’en Méditerranée sous forme de galères ou en Mer Rouge avec les fameuses felouques. La forme des voiles triangulaires suspendues à une antenne oblique croisant le mat les rendait bien plus maniables que les voiles carrées traditionnelles. Elles sont donc arrivées sur le Léman dans ce conflit contre les Bernois, puis se sont reconverties dans le transport de marchandises”, rappelle l’historien. Jusqu’à faire des petits sur les autres lacs de la région…

Arch. dép. Haute-Savoie

ON NE CASSE PLUS DE BRICKS !

La Révolution, avec l’entrée des troupes françaises en Savoie en 1792, va brasser les cartes, entraînant le départ de toute une population de nobles et de religieux pour Turin. “Jusqu’à la Révolution, Annecy était une ville de couvents, à la fois refuge des catholiques chassés de Genève par le calvinisme, et le bastion de la Contre-Réforme. On en comptait, de mémoire, une quinzaine sur la ville.” Les révolutionnaires débarquant et la religion n’étant plus en odeur de sainteté, les couvents se vident en un tour de main. Et se remplissent aussitôt. On y installe des usines et manufactures qu’il faut maintenant faire tourner.
Et ça tombe bien, car en 1794, c’est l’effervescence : on vient de découvrir deux mines de lignite -un charbon bas de gamme mais charbon quand même-, situées au sud du lac, à Montmin et Entrevernes. Une aubaine pour alimenter en combustible les fabriques nouvellement créées.
Mais encore faut-il transporter ce matériau trop lourd pour les capacités des naus (6 tonnes max). Or, les barques à voiles latines du Léman, peuvent, quant à elles, supporter jusqu’à 40 tonnes ! Et cerise sur le bateau, on peut y entreposer les marchandises directement sur le pont, et pas à fond de cale comme sur les naus. Bien plus pratiques pour la manutention.
Ni une, ni deux, le premier « brick » est fraîchement commandé à Pierre-Joseph Portier, charpentier naval de Thonon. Puis 2, puis 3… Au total, ce sont une douzaine de voiles latines qui sortiront des chantiers navals du Léman de 1794 à 1911 pour tremper leur quille aux eaux annéciennes. Jamais plus de 3 en même temps. L’Innocente, la Belle Etoile, la Dame du Lac, la Charbonnière, la Céleste… C’est Espérance 2 qui ferme le bal, à la tuilerie de St-Jorioz, lève la quille et puis s’en va. L’arrivée du chemin de fer entre Albertville et Annecy, longeant le lac en 1901 (ligne aujourd’hui fermée et transformée partiellement en piste cyclable), la concurrence de la route et l’épuisement du minerai seront fatales aux bricks. Dans les années 30, c’est la claque, elles ont disparu du lac.
Fin de l’histoire.

L’ESPÉRANCE, LE RETOUR

Enfin… du tome 1. Et pourquoi ne pas en écrire la suite ? L’idée a germé dans les sillons des vignes de Veyrier, un matin de mars 2016. “Pierre Lachenal m’a fait venir sur ce site pour me présenter son association «Vignes du Lac». Il s’agissait de voir s’il y avait des synergies possibles entre le vignoble et la Fondation du Patrimoine”, raconte Renaud Veyret, délégué de la Fondation pour la Haute-Savoie. “A l’issue de la visite, il me dit, en sortant une vieille carte postale : Et puis mon rêve, un jour, quand je serai vieux et que je ne saurai plus quoi faire, dans 10 ans quoi (il en avait déjà 70 à l’époque !), ce serait de construire une barque à voiles latines, comme autrefois, pour pouvoir transporter le vin des vignes de Veyrier…” Sur la photo jaunie par le temps, la Comète, grande sœur de Espérance 2. Un rêve farfelu ? Irréalisable ? Sans doute.
Quelques semaines plus tard, le représentant de la Fondation réunit un noyau de chefs d’entreprises avec dans l’idée de monter un club de mécènes. Il se rappelle : “Autour de la table : Mobalpa, Salomon et Botanic. « Soutenir le patrimoine, why not… Mais sur quel projet ? », ils me demandent… Bah, à la Fondation, on a pas mal de bâtiments religieux qui auraient bien besoin… « Ah non, on n’en veut pas ! » Je m’y attendais un peu… Alors on a des châteaux, des maisons fortes ? « Oh, c’est vieillot pour communiquer dessus ! » OK. Et la cinémathèque ? « Déjà vu ! » J’arrivais à court d’idée et je leur lance, un peu au bluff, et puis on a un projet de barque à voiles latines sur le lac d’Annecy… « Mais c’est génial ! En plus, c’est un bateau de marchandises, un projet d’entrepreneurs ! On marche ! »” Les 3 patrons sautent sur le ponton à pieds joints et embarquent dans leur sillage une trentaine de membres de l’APM (clubs de chefs d’entreprises autour du management) sous l’impulsion de Serge Delemontex. 100 000 € sont ainsi débloqués, l’aventure peut commencer. L’association Espérance 3 se jette à l’eau avec, à la barre, Pierre Lachenal, son président, et mise sur un budget d’1,5 million d’euros. Le département et la région sortent alors les voiles (400 000 € chacun), le public est mis à contribution au travers d’une grande souscription (220 000 € seront recueillis par la Fondation du Patrimoine). De quoi se mettre au travail, même si le budget est encore incomplet. L’association emprunte, et espère encore convaincre mécènes et donateurs. L’Agglomération annecienne devrait, quant à elle, en ajouter 100 000 d’ici quelques semaines.

A L’ABORDAGE !

Voilà pour les moyens. Le projet ? La reconstitution à l’identique d’un patrimoine disparu, à partir de plans pour le moins sommaires retrouvés de Esperance 2 : même ligne, même gabarit, quant aux couleurs, “on suppose qu’elle était blanche rouge et verte, mais ce n’est pas garanti sur facture, juste une libre interprétation d’une dizaine de photos… en noir et blanc ! C’est la seule piste qu’on a en notre possession. Pour les réclamations, merci de retourner vos greniers, si vous avez des clichés cou- leurs (de 1910 à 1930), on reprend les pinceaux !”, lance en boutade Renaud Veyret, secrétaire général de l’association. D’ici qu’on le prenne au mot… A l’identique sur le rendu, mais pas sur la méthode. “On s’est demandé : si on avait continué à en construire, comment on aurait fait aujourd’hui ? Il s’agit donc d’une réplique, mais avec les technologies et le savoir-faire d’aujourd’hui. On aurait tort de s’en priver. Rien que le lamellé collé devrait lui offrir une durée de vie bien plus longue”, explique Renaud Veyret. “Sur le lac d’Annecy, il n’y a jamais eu de foc, contrairement au Léman et il n’y en aura pas non plus sur Espérance 3. Il y aura en revanche des haubans, qui n’existaient pas, mais que la législation nous impose aujourd’hui, de même pour les garde-corps et les chandeliers ou encore la motorisation qu’on a choisie électrique, alimentée par des batteries (quand sur le Léman, on est au diesel). Construire un bateau à valeur patrimoniale, même identique à l’historique, est plus contraignant qu’une restauration d’un bateau monument historique. Il faut s’adapter aux normes drastiques d’aujourd’hui”, rappelle Philippe Grandchamp, aujourd’hui parrain de l’association. “Il aurait fallu partir d’un morceau de Espérance 2 pour pouvoir prétendre à une rénovation… Or les seules pièces retrouvées sont les mats reconvertis en avant-toit d’une vieille maison de St-Jorioz ! Pas sûr que la propriétaire aurait accepté de défaire sa charpente pour nous permettre de bénéficier de l’ancienne réglementation !!”, sourit-il. Durant près de deux ans, dans les anciennes forges de Cran-Gevrier, 4 charpentiers de marine (voir encadrés) vont ainsi travailler d’arrache-pieds pour faire renaître l’Espérance, rejoints ces dernières semaines par 2 autres et une volée d’artisans (chaudronniers, électriciens, peintres…) sur la dernière ligne droite… Le bateau est maintenant prêt à jeter les amarres du tome 2.

BATEAU SUR L’EAU…

La trame de l’aventure sera patrimoniale, de fait, mais surtout environnementale -il sera l’emblème de la transition écologique, notamment vers une navigation en tout électrique sur le lac- et pédagogique. Mais pas touristique. “Mis à part l’effet carte postale, sa vocation première n’est pas de faire voyager les touristes. Il y aura peut-être quelques sorties publiques, 35 personnes au maximum, mais c’est avant tout un outil de transition écologique. Il accueillera en revanche des missions scientifiques autour des 3 réserves du lac, et surtout des scolaires pour en faire un lieu de pédagogie et de sensibilisation sur la fragilité de l’eau de montagne confrontée aux changements climatiques. De nombreuses animations seront organisées à quai, en lieu et place du Libellule. Pour autant, Espérance 3 jouera de la voile sur tous les grands événements du lac”, assure Jean-Luc Baudin, chargé de la communication au sein de l’association. Espérance 3 quittera les Forges de Cran-Gevrier le 22 juin à 19h pour une traversée périlleuse de la ville : quand on fait 6,70 mètres de large, la circulation devient épique et les ronds-points impossibles à négocier ! Après une mise à l’eau progressive le lendemain aux Marquisats, la barque ira se faire dorer le pont en cale à Sevrier tout l’été (visible du public), pour les dernières finitions, histoire de se faire reluquer la quille au passage… Retour dans le grand bain en septembre pour une inauguration en grande pompe lors des Journées du Patrimoine.
Ohé ohé matelots


VALENTIN, 25 ANS, DE FRANGY – CHARPENTIER DE MARINE

©Frédéric Seux

Si tu étais une partie du bateau ?
Une membrure. Parce que c’est un ensemble, celui des pièces en bois qui forme le squelette du bateau.
Un bois ?
Le chêne, c’est vraiment la matière noble par excellence. Top à travailler.
Un bateau ?
Plutôt un voyageur, pour de grandes traversées. Un bateau pirate, ça m’irait bien !
Ton meilleur souvenir sur ce chantier ?
Quand on a fini de poser la préceinte, le bordage en haut de la coque, on avait ainsi ceinturé le bateau, tout était apparent, on voyait vraiment les volumes se créer. C’était un moment fort.
Le pire ?
Les collages… Il y en a eu beaucoup. On a passé 4 mois à contre-coller… C’est pas l’étape la plus palpitante ! Mais les volumes et les courbures qu’on voulait atteindre l’exigeaient.
Qu’est-ce que tu garderas de ce chantier ?
Beaucoup d’expériences, de confiance en moi et des amis ! C’était vraiment exceptionnel ces 2 années passées ensemble.

PIERRE, 33 ANS, D’AIX-LES-BAINS, CHARPENTIER DE MARINE

©Frédéric Seux

Si tu étais une partie de bateau ?
Une étrave, la partie avant du bateau, celle qui tranche l’eau ! Qui fonce sans se poser de questions.
Un bois ?
Un bois dur. Le chêne me va bien.
Un bateau ?
Un bateau avec de belles formes élancées. Un cotre-pilote ! Ou un cormoran du Finistère. J’ai travaillé dans les chantiers Jezequel, là-bas. Et ils en fabriquaient. Je les trouvais particulièrement élégants, très bien dessinés, parfaitement finis…
Le meilleur souvenir sur ce chantier ?
Avec Valentin, quand on était sur l’étape de bordage. Du printemps à l’automne 2020, on a constitué la «peau» du bateau. Et c’était vraiment un très bon moment.
Qu’est-ce que tu garderas d’Espérance 3 ?
Ç’aura été un chantier ultra formateur sur la durée, et qui nous donne surtout l’envie de continuer dans cette branche-là. Même si c’était dur, et il ne m’a pas dégouté ce chantier, bien au contraire !!! J’ai presque envie d’en faire un autre, là, pour aller plus vite et progresser encore.
Et demain ?
Je vais prendre des vacances, finir mon bateau perso et régater avec les potes du chantier. Etre enfin au contact de l’eau !

CYRIL, 34 ANS, DU NORD, PRÈS DE LILLE, CHARPENTIER DE MARINE

©Frédéric Seux

Si tu étais une partie de bateau ?
Un bordé qui glisse sur l’eau. C’est ces planches qui forment la coque externe du bateau.
Un bois ?
Le chêne, c’est local, agréable à travailler et ça sent bon. Quand je fais du chêne, je suis content.
Un bateau ?
Les bateaux que j’aime particulièrement, ce sont les Smacks, des vieux voiliers de pêche traditionnels des côtes sud de l’Angleterre. Des bateaux assez puissants avec de superbes lignes. Ou je serais un dragueur de fond dans le sens où j’ai une énergie au long cours. Sur des projets de 2 ans, je n’ai pas le sentiment d’arriver essoufflé.
Ton meilleur souvenir sur ce chantier ?
La pose des galbords, le bordage le plus près de la quille, les pièces les plus difficiles à étuver. Un beau travail d’équipe !
Le pire ?
Le ponçage des peintures ou les collages…
Qu’est-ce que tu garderas de ce chantier ?
Une opportunité incroyable. C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se voir confier un tel chantier. On a hâte de le voir maintenant sur l’eau… Même si ce sera la fin d’une aventure.

AMAURY, 21 ANS, DE VENDÉE, SUR LE CHANTIER DEPUIS JANVIER 2021

©Frédéric Seux

Je suis entièrement novice. Je venais de finir un BTS en gestion et protection de la nature. Et je suis tombé ici un peu par hasard. Mais j’y ai pris goût, et je pourrais bien rester dans ce domaine.
Si tu étais une partie de bateau ?
Je serais la quille !
Un bois ?
De l’if. Un bois magnifique que j’aime travailler.
Un bateau ?
Un vieux voilier avec un gros équipage, qui aurait bien baroudé…
Le meilleur souvenir ici ?
Quand on a fini de poser le pont. La dernière latte. C’était gratifiant.
Le pire ?
Le pire… c’est quand j’ai mis à l’envers tous les petits bouchons en bois sur le pont. Ça m’a pris une demi-journée pour tout recommencer ! C’est le métier qui rentre (rire) !!
Qu’est-ce que tu garderas de ce chantier ?
Quelle expérience ! Et quelle fierté !

CÉLIA, 33 ANS, DE PARIS SUR LE CHANTIER DEPUIS JANVIER 2021

©Frédéric Seux

J’ai aucune expérience dans ce genre de chantier. Depuis 8 ans, je suis plutôt une voyageuse ! J’apprends des métiers sur ma route, en fonction de là où je tombe, Asie, Océanie, Amérique Centrale ou Europe… Mais avec le confinement, je me suis retrouvée bloquée en France, et je suis tombée sur l’annonce de ce chantier qui recherchait même des débutants. Et me voilà !
Si tu étais une partie de bateau ?
Les voiles forcément ! Pour partir au gré du vent.
Un bois ?
Du mélèze. C’est celui que j’ai le plus travaillé ici.
Un bateau ?
Un petit voilier de mer… intimiste.
Le meilleur souvenir du chantier ?
Les phases collectives, où on était tous sur une même tache. Celle du collage du pont par exemple. Cette énergie de groupe, où il faut envoyer, où il y a du rythme, une dynamique et un changement de visuel en 2 jours !
Le pire…
Les bobos…
Qu’est-ce que tu garderas d’Espérance 3 ?
Le savoir-faire, l’apprentissage du bois et cette équipe !
Et demain ?
Me lancer dans une transat cet hiver. Direction les îles !

JÉRÔME, 32 ANS, DE TOURS CHARPENTIER DE MARINE, CHEF D’ÉQUIPE

©Frédéric Seux

Ton dernier fait d’armes ?
Avant de venir ici, j’ai eu la chance de travailler 3 ans aux côtés d’Hubert Stagnol sur un superbe voilier dessiné en 1889 par l’Écossais Watson, avec des élancements vertigineux devant, derrière. Un bateau qui est parti pour Singapour. Ultra kiffant !
Si tu étais une partie de bateau ?
Une vis ! Il n’y a pas de pièces superflues sur un bateau, de même pour une équipe. Le principe même du bateau en bois, c’est que toutes les pièces se soutiennent entre elles.
Un bois ?
J’adore l’acacia. Il permet de très belles réalisations autant en tradi qu’en régate ou en yachting. Et le symbole de l’acacia est super fort, l’éternel espoir, l’immortalité…
Un bateau ?
Une hirondelle de la Manche… Comme le Marie-Fernand (1894). Ces cotres-pilotes connus pour aller chercher la performance, en vitesse surtout. Superbes !
Le meilleur souvenir du chantier ?
Le jour où on a levé la quille, Pierre, Valentin et moi. On devait attendre un camion grue, des membres de l’association, des photographes… Et on était prêt. Et Valentin nous a lancé : “Merde, on le fait pour nous !?” On était assez créatifs pour mettre un bout de bois de 900kg sur 3cales ! Et à 3, on l’a fait. Un moment vraiment intense. Qu’est-ce que tu en garderas ?
Le souvenir d’une équipe fabuleuse. J’ai énormément appris à son contact.
Et demain ?
Vacaaaaances !

Et du côté du Léman…

De cette époque, seuls 2 bateaux ont été sauvegardés. A Lausanne, la Vaudoise, le dernier brick construit en 1932 à Meillerie, navigue aujourd’hui sous les couleurs de la Confrérie des Pirates d’Ouchy. Et à Genève, la Neptune, construite en 1904, a été sauvée de la démolition en 1974.
Ils ont été rejoints par 3 nouvelles voiles latines : à Thonon le 11 juin 2000, par la Savoie, réplique d’une barque construite à Genève en 1896 et démolie en 1945 sur les lieux-mêmes qui verront sa renaissance, puis de l’Aurore, une cochère reconstruite à St-Gingolph et de la Demoiselle à Villeneuve qui sillonnent aujourd’hui les eaux du Léman.

Escapade en Bourgogne

Escapade en Bourgogne

Un château de Prince Sarment

Une grille, un blason doré, une allée bordée de buis et… des tours, des échauguettes, des mâchicoulis, des tuiles vernissées ! En plein cœur du vignoble mâconnais, le château de Pierreclos nous ferait pousser des envies de chevaliers, de troubadours, de princes embreloqués et de beaux atours…

« Oyez, oyez, gente dame et preux damoiseau, grand arroi ou petit nobliau, si vous convoyez de Mâcon à Montceau, mandez gîte et flambée au château de Pierreclos !” Oui, allez savoir pourquoi, la vue d’un donjon ou d’une tour d’artillerie, bref, de la pierre quand elle a bien vieilli, réveille en moi l’envie de parler vieux François. Ce n’est pourtant pas un pré-requis ici, au contraire, pour Anne-Françoise et Jean-Marie Pidault, il est vital, pour un lieu comme celui-ci, “de ne pas être empaillé, de vivre avec son temps”.
Et pour qu’un monument reste vivant, il faut l’ouvrir. Aux visites d’abord, ce qu’avait fait, avant eux, la mère de Jean-Marie. Il ne s’agit pourtant pas d’un domaine familial : en 900 ans, le château a maintes fois changé de propriétaires, parmi lesquels d’ailleurs, mais furtivement, un prince : Louis de Savoie, seigneur de Piémont. Mais depuis deux générations, il est habité par la famille Pidault.
Il y a 15 ans, quand Anne-Françoise et son mari, vignerons, en reprennent la direction, ils accueillent régulièrement des mariages et des invités qui, venant de plus en plus loin, resteraient bien pour la nuit. Ils aménagent donc d’abord pour les mariés la «chambre dorée», ou suite des Comtes, au premier étage de la grosse tour. Une vaste pièce carrée, extrêmement lumineuse sous ses hauts-plafonds, dont les boiseries murales et la marqueterie du parquet Versailles replongent les hôtes à la fin du XVIIe siècle. Hors de question, cependant, d’y jouer les musées : “dans un château, on pense souvent qu’il ne faut rien toucher, mais à chaque époque, il faut être moderne”, argumente Anne-Françoise, “des créneaux au XVIe siècle, par exemple, c’est ringard !” Alors côté déco, pas de vieilleries, mais du gris.

BATAILLES ET CONQUÊTES

Pas la peine, donc, d’en rajouter avec des antiquités, car l’histoire est présente partout dans cette enceinte aux origines médiévales, brûlée, saccagée, reconstruite, au gré des différents conflits : territoriaux entre Armagnacs et Bourguignons, idéologiques pendant les guerres de Religion, politiques à la Révolution… “Mais il ne faut pas être impressionné par ces 1000 ans d’histoire. Nous sommes le maillon d’une chaîne, c’est quelque chose de porteur”.
Et au carrefour de la petite et de la grande histoire ? Quelques noms célèbres et des anecdotes croustillantes ! Dans les années 1800, par exemple, le jeune Alphonse de Lamartine, voisin mâconnais et ami d’enfance d’Adolphe-Antoine Guillaume Michon de Pierreclos, fréquente souvent le château… et surtout la femme de son hôte, la belle Anne-Joséphine, dite Nina. “De cet adultère naquit un fils, Jean-Baptiste-Léon, qui ressemblait à son père naturel, mais portait évidemment le nom de son père putatif, et devint le neveu de l’auteur de ses jours, en se mariant avec la nièce de celui-ci*.” Les scénaristes des Feux de l’Amour n’ont rien inventé.

CLOCHER ET CUVÉES

L’histoire ne dit pas si l’auteur des «Méditations Poétiques» comptait fleurette sur la terrasse qui surplombe la Vallée de la Petite Grosne et voit se dessiner les contreforts du Beaujolais -endroit rêvé pour déguster, au soleil couchant, un verre de Pouilly-Fuissé ou de St Véran bio du domaine !-. Ou s’il donnait rendez-vous à sa maîtresse dans l’abside de la chapelle, seule rescapée de toutes les prises et destructions dont Pierreclos fut victime au cours des siècles. Car c’est une des spécificités du site : le domaine a sa propre petite église, autour de laquelle s’accrochait certainement le premier village au Moyen-Age, avant que sa nef ne soit démantelée pour construire une nouvelle église, quelques centaines de mètres en amont, et y accrocher un nouveau hameau.
C’est sur cette chapelle que donnent les 4 autres chambres, aménagées au-dessus des anciennes écuries, bâtiment dans lequel s’étaient installés les Pidault à l’origine. Joseph, Paloma, Suzanne, Anne & Jean, elles portent d’ailleurs toutes le nom d’un membre de la famille. A l’intérieur, le jeu des poutres centenaires, peintes en blanc, organise l’espace, habite le volume et donne aux pièces leur caractère. Mais le révéler ne s’est pas fait en toute sérénité… “On arrivait d’une maison confortable, toute rénovée, et ici, les derniers travaux dataient du XIXe siècle, tout était en très mauvais état, caché sous des coups de peintures successifs, les encadrements de fenêtre étaient juste posés… On n’a pu garder que les murs et la structure. Dans l’ancien, on ne sait jamais où on va !” Il a aussi fallu retenir son souffle au moment de creuser la piscine… Mais soulagement, les fouilles archéologiques, obligatoires en cas de travaux sur des sites historiques, n’ont exhumé que quelques débris.
Perchés sur leur promontoire, “un peu comme sur une île”, les Pidault, hôtes-vignerons, entretiennent donc de front parements et sarments, alternant la rigueur et la ruralité de la semaine avec l’hospitalité et les mondanités du week-end. Un vrai choix de vie, exigeant, parce que la vie de châtelain, aujourd’hui, est plus une vie de labeur que de seigneur.

+ d’infos : chateaudepierreclos.com

*Letessier Fernand. “Chateaubriand et Madame de Pierreclau”. Bulletin de l’Asso. Guillaume Budé : Lettres d’humanité, n°26, déc. 1967.

Escapade en Bourgogne

Escapade en Bourgogne

Beaune pioche !

Roland Chanliaud est né à Beaune, et comme tous les Beaunois, il connaît la Maison du Colombier depuis toujours. Il l’a contournée, frôlée, fréquentée, souvent il ne l’a même plus regardée et pourtant… “J’ai le sentiment que cette maison porte bonheur”. Elle fait en tous cas le sien et celui de Françoise Roux depuis 2013. Quand ils s’installent dans ce lieu emblématique du centre historique de la ville-vin, elle est professeur d’EPS et lui chef de son restaurant étoilé, à quelques centaines de mètres de là, au pied des remparts. Ils cherchent une affaire à reprendre ensemble, dans une atmosphère plus bistrot que gastro, pour “être devant le client sans prétention”. Le Colombier est alors un bar de nuit et son gérant a contacté Roland pour qu’il le conseille sur l’embauche d’un cuisinier. Au cours de la conversation, il laisse échapper qu’il aimerait, lui aussi, changer de vie. “Trois jours plus tard, on est tombé d’accord !” se rappelle Roland. “J’avais envie d’une petite structure, et quand on rentre ici, qu’on voit cet ensemble de petits caveaux, c’est minuscule, intime.

PIERRE À PIERRE

Avec la cuisine de Roland, qui a troqué sa brigade contre une plaque électrique de ménagère, l’accueil de Françoise, menant de front ses deux activités, et leur impressionnant catalogue de vins -plus de 1200 références aujourd’hui !- l’affaire démarre très fort. Ils envisagent donc rapidement d’aménager le reste du bâtiment pour accueillir leur clientèle cosmopolite. “Les derniers travaux remontaient aux années 50-60, il y avait des tout petits appartements insalubres, d’un autre temps, avec les sanitaires sur le palier, pas d’eau chaude… Au départ, on se dit : «c’est pas grand-chose, on casse ici, on aménage un bout de couloir là», mais c’était complètement pourri, on voyait à travers les cloisons… Tout a donc été descendu, il ne restait que les porteurs, c’était impressionnant ! Il fallait en passer par là, si on voulait ne serait-ce qu’avoir des planchers droits.” D’après les archives, la maison daterait de 1574. L’échauguette, petit guérite d’angle au toit rond qui surplombe la place à hauteur du 1er étage, star des photos-souvenirs des touristes de passage, est inscrite aux monuments historiques depuis 1927. La façade et la toiture, elles, le sont depuis 1943. Autant dire qu’il n’est pas question de modifier les ouvertures pour profiter d’une vue plus large sur la Basilique qui trône pile en face. Les architectes des Bâtiments de France acceptent cependant que le sapin des fenêtres soit remplacé par du chêne. A l’intérieur, les petites pièces sont regroupées en cinq chambres dont quatre sont distribuées par le majestueux colimaçon en pierres, dans la tourelle octogonale. C’est d’elle que viendrait le nom de colombier. Plus précisément de la petite ouverture en son sommet, d’où l’on pouvait apercevoir des allées et venues d’oiseaux*.

PAR LE MENU

Le meilleur moment, c’est quand on commence à attaquer concrètement la déco, qu’il faut se décider et choisir”, sourit Roland. Chineur dans l’âme, au temps de sa jeunesse parisienne, il a collectionné les cartes et menus de restaurants, qu’il a mis sous verre et exposés dans l’un des salons de l’établissement. Dans les chambres, beaucoup d’objets viennent d’ailleurs de l’intérieur personnel du couple : “ils ont déjà voyagé toute leur vie, c’est juste une étape de plus.” Mais en dehors de ces quelques touches hors du temps, les murs en pierre de taille sont plutôt associés à un ensemble très contemporain, en déclinaison de noir et blanc. Arabesques, rayures, effet velours… “On a opté pour des choses qu’on n’aurait pas forcément faites chez nous, qui seraient peut-être un peu chargées au quotidien, mais qui sont très sympas pour un court séjour, qui donnent de la personnalité, du caractère. Ce qu’on voulait avant tout, c’est que les gens se sentent comme chez eux, qu’ils soient autonomes, un peu comme des amis qu’on installerait dans une chambre au fond du jardin et à qui on dirait : «sentez-vous libres de faire ce que vous voulez». Au bout d’un an et demi de travaux, le Colombier est retapé, prêt à être habité. “On a mis une première chambre en ligne sur une plateforme, pour faire un essai, et le soir même, on avait une réservation.
Si on regarde bien, sous l’échauguette, on peut voir une inscription : à la Révolution, la rue Edouard Fraysse, qui borde la Maison du Colombier, avait en effet été baptisée rue Diogène. Cinq siècles avant J-C, ce philosophe grec sans ressources vivait dans un tonneau. Il y aurait découvert la «vie simple», satisfaction directe de nos besoins élémentaires : manger, boire, dormir. Casser une croûte, déguster les plus beaux flacons de la région et s’endormir comme chez des copains, à quelques nuances près, on est donc ici fidèle à son esprit… A la Beaune heure !

+ d’infos : http://maisonducolombier.com

Photos : Flore Deronzier

*«Beaune : la Maison du Colombier» – Le Bien Public – 27/07/201

escapade dans la Drôme

escapade dans la Drôme

La prise de la Bastide

Qu’il est loin le temps jadis où le Marquis de Condorcet faisait la révolution des lumières, ici, à Condorcet. Philosophe du 18e, il n’est sûrement pas étranger aux lettres de noblesse accrochées aux murs de la Bastide du vieux chêne… Et quelle littérature !

C, M, J ou N, à chaque chambre sa lettre et sa petite histoire. Cyan, Magenta, Jaune ou Noire, les pièces vitaminent le sujet, même les cigales se mettent à swinguer ! Et dans cette vieille bâtisse de la Drôme provençale, force est de constater que l’agitation ne manque pas. Delphine, la propriétaire, nous embarque dans sa farandole un peu folle : “C’est le chantier ! On fait tous les chemins d’accès, c’est gigantesque ! Ce matin, ils ont passé tout le tour de la piscine au Karcher, ça représente 100m2 quand même !!
Et oui, depuis qu’ils ont envahi les murs de la ferme avec Philippe en 2008, ils n’arrêtent plus. La jeune femme est enfant du pays, son mari plutôt belge expatrié. A eux deux, attention les yeux ! Une belle famille recomposée, une vie pro qui baigne jusque dans les rouages de leur imprimerie, quand 2014 gronde sur leur paradis : c’est la douche froide ! “Tout s’est écroulé… Un vol plané intersidéral. On a déposé le bilan et on s’est retrouvé sans travail, dans notre immense propriété, avec 4 enfants déjà grands et un tout dernier à naître…” C’était la révolution… Et la reconversion !!!!

JETÉ DE DÉS !

Parce qu’à cette époque, il n’y a pas plus de maison d’hôtes que de boulot. Le couple très très hyperactif, perfectionniste, un peu bringueur (beaucoup même) se retrouve du jour au lendemain, les mains dans les poches à écouter le silence. Ça va bien 5 minutes, la plaisanterie ! Ils commencent par louer la bastide une semaine l’été, puis une chambre, mais ça ne prend pas. “Un jour, Philippe entend parler d’un site de location, mais c’était tout en anglais !! Et j’ai oublié de valider. Alors forcément que ça n’allait rien donné… Quand on nous a appelés en décembre 2014 pour finaliser le dossier en attente, comme par magie, on s’est mis à louer comme des fous !” Mais Delphine insiste, c’est le fruit du hasard. Les maisons d’hôtes, ils ne connaissaient pas. Leur truc, c’était l’hôtel et puis “on n’était pas passionnés, on ne l’a pas fait exprès, mon mari est plutôt réservé et pas hyper avenant, aller au devant des gens, c’était bizarre !!! Moi, j’étais enceinte, j’avais peur de mon ombre et perdu confiance. On n’y connaissait rien, on a mis le doigt dedans, tout à l’impro !

BIEN ARMÉS !

Mais la chance du débutant leur file un coup de main, leurs proches aussi. “On avait l’air de deux chiens battus et quand on menait les travaux, aïe aïe aïe !!! Alors ce sont eux qui ont fait notre thérapie. On leur parlait, on écoutait leurs histoires, on a appris beaucoup. Parce que si les choses ont évolué, au départ, on était vraiment nuls !!! La première fois que j’ai dit à mes copines que Philippe carrelait, elles se sont marrées, il ne savait pas planter un clou. Mais accompagné de notre voisin Mac Gyver, aujourd’hui placo et carrelage n’ont plus aucun secret !” Pourtant, vous l’avez achetée cette maison, Delphine ? Quand on est nul, comme vous dites, ce n’est pas culotté ?

LET THE SUNSHINE IN

Evidemment ! Avec ses 500m2 habitables, sa cour intérieure, un hectare de terrain et deux bâtiments de ferme indépendants à raccorder, il y avait un taff de malade à l’arrivée ! Même pas peur ! “On était complètement inconscients, et la plupart des gens auraient dit « ça craint ! » Mais nous, pas du tout ! C’était top, on allait faire des bringues de dingue, jamais on a pensé au compliqué”. Ils cassent toutes les cloisons et font de gros volumes, gardent les murs en pierre, l’ossature du parquet centenaire aujourd’hui recouvert et une vieille terre cuite «ringarde» dans la galerie qui dessert les chambres, précise Delphine. Pour le reste, en avant masse, marteau-piqueur et tutti quanti, le bazar, c’est pas un souci ! Les espaces sont ouverts, des dalles de verres et verrières installées partout et hop, la lumière… De la couleur à foison, bleu clair puissant, fuschia vif ou touche de citron, la bastide se réchauffe comme un soleil. Les extérieurs sont aplatis et remis à niveau pour faciliter les accès, ils veulent de l’unité, de la proximité, et pour cause : “On a une grande famille, c’est la maison de la convivialité, et quand ils sont tous là, ça se compte par centaine, ça fait du monde !” Parce que si Delphine, derrière son langage brut de pomme et son air éparpillé, est une tornade, sensibilité et humanité respirent à grandes bouffées, et qu’est-ce qu’elle pétille !!

PEACE AND LOVE

Et la maison est comme elle, lui et surtout eux, multi-facettes. Du chic épuré au psyché délice, les styles se mélangent et s’arrangent, totalement décomplexés. Parce que pour le couple, priorité rime avec bien d’être. « Libre comme l’art », «viens on s’aime, genre toute la vie », palabres en cascade et petits mots gentils sont même tatoués aux murs, pour nous faire la lecture. D’un barock’n’roll à un vieux tronc d’arbre déco, de bouées flash suspendues en flacons vintage menus, l’ambiance n’a de reflet que leur personnalité explosive et pleine de surprises. Grandes tablées et plaid de laine crocheté, cage à oiseaux, plumes à froufrou ou coussins tous doux, terrasse rétro, ciment en carreaux, bouquins mélo et rires à gogo, ici, on marche pieds nus et on sifflote, musique aux éclats, sans tralalas.
Assis à l’ombre d’un vieux chêne, on prend le temps de rêvasser, au pied de la lettre et sans arrêt, on sirote une vie reconvertie, réussie, mais surtout pas finie, c’est leur révolution à eux et ça ne fait aucun doute, ça rend heureux !!

+ d’infos : http://bastide-vieux-chene.com

Photos : Christophe Abbes

escapade dans le Gard

escapade dans le Gard

Egards et garrigues

Là où la rivière Céze slalome entre collines, villages et paysages en pleine liesse, La Maison Papillons – avec chef et café d’hôtes s’il vous plaît – diffuse en continu sa dolce vita.

Quand la plupart des visiteurs ne voient qu’une ruine, Caroline et Olivier Girault de Burlet sont, quant à eux, en proie à une rare émotion. Face à certaines de ces maisons qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, le couple ressent déjà comment la lumière pénétrera dans les bâtisses, les espaces qui ne demandent qu’à être révélés et surtout la vie qu’ils pourront leur réinsuffler. Ce qu’ils ont fait à cinq reprises jusqu’à La Maison Papillons : 5 chambres d’hôtes et un gîte en duplex, à l’esprit bohème où l’on respire. Petit retour en arrière pour comprendre comment cette Parisienne d’adoption et ce Rémois ont atterri dans un petit village médiéval du Gard, aux frontières de l’Ardèche méridionale.

DU SOLEIL D’ARABIE SAOUDITE À CELUI DU GARD

Un père belge, une mère anglaise, Caroline naît à Londres et grandit en Arabie Saoudite. “C’était l’aventure, à l’époque !” A son arrivée en France, elle a 8 ans, ne parle pas français et ne peut plus se balader pieds nus au grand air, comme avant. Changement d’ambiance pour le moins compliqué pour toute la famille, qui quitte Paris pour l’Eure-et-Loir. Là non plus, la greffe ne prendra pas. Le temps passe. Etudes en tourisme à Paris, expérience pro palpitante à New York, job et salaires confortables dès son retour à la capitale. Pourtant, quand un médecin du travail demande à la jeune embauchée si elle est heureuse, c’est le déclic. Le jour même, elle donne sa démission et sa dédite. “J’avais l’impression d’avoir enfilé les chaussures de quelqu’un d’autre…
Cap au sud, près de la Camargue, où ses parents vivent désormais. Là-bas, Caroline se sent enfin chez elle. “Cette lumière incroyable, c’est ce qui me manquait”. Elle crée son entreprise, en spécialiste de la relocalisation de salariés à l’étranger. Apprivoise le pays un poil macho, monte à cheval en cavalière habile qu’elle est déjà, bien décidée à vivre librement, au gré du vent. Et ce que le vent ne tarde pas à lui apporter, c’est Olivier. Un illustrateur que Paris s’arrache. Un sportif épris de nature qui revit quand il écume, à vélo, les paysages du piémont cévenol. Ces mêmes paysages qui imprègnent ses toiles aujourd’hui. Lui aussi a fui la capitale. Rapidement, ces deux âmes fonceuses s’unissent. Et acquièrent leur première ruine avec le dernier cachet d’Olivier, trop attaché au papier pour négocier de bon cœur le virage numérique que prend son métier.

GARD ET PAIX

La Maison Papillons, dénichée dans l’un des Plus Beaux Villages de France, au nom farceur, Montclus, est donc leur cinquième rénovation, un peu plus au nord des Cévennes, cette fois. On remonte une nouvelle fois les manches et c’est parti ! “Ce n’est pas une volonté à tout prix de rénover des ruines, mais impossible pour nous d’acheter une maison toute faite. L’idée, c’est de les emmener au meilleur de leur potentiel, entreprise exaltante bien qu’épuisante”. D’autant que le duo est attaché à respecter les codes architecturaux du pays et l’écologie, et entendent remettre sur pied des maisons naturelles, saines à vivre : sols et murs en pierre, ou chaulés, poêles à granulés. Mais avec de généreuses ouvertures, pour croquer cette lumière qui les a réunis dans ce morceau de France.

PARTIR DE QUASI RIEN ET FINIR DANS PARIS MATCH

La Maison Papillons était une ancienne ferme, à l’abandon depuis un siècle. Façades écroulées, toit envolé. Dans la remise, en meilleur état, des engins agricoles antiques pioncent sec. Pourquoi diable achètent-ils ça ? Autour d’eux, c’est la sidération. Quatre saisons plus tard, le succès quasi instantané de leur maison d’hôtes laisse les voisins « espantés ». Leur petit Eden est peuplé d’oliviers, cyprès et poules en liberté. Ici on découvre que la Drôme n’a pas le monopole de la lavande. Les proprios ont su préserver l’ambiance sauvage des lieux, sans son versant brouillon. Simplicité étudiée, pour un vol surclassé grâce aux objets chinés, aux meubles fabriqués par Olivier avec le bois récupéré sur place. Les matières nobles – lin, laine et belles étoffes – font le reste. “On arrive là pas très riches et 7 ans plus tard, on se retrouve dans Paris Match !”, sourient les intéressés.

DOLCE VITA À LA GARDOISE

A la formule jolies chambres + chouettes petit déj + verdure à piscine, Caroline et Olivier ont ajouté l’an dernier une nouvelle variable : un café d’hôtes, planté dans la grande cour : arabica choisi, glaces, vins et produits du coin, buffets méditerranéens l’été, avec personnel ad hoc. “On désire utiliser les forces de cette région extra, mais isolée, il faut le reconnaître”. Comptez aussi sur Olivier pour son enthousiasme communicatif qui connaît le pays comme sa poche pour cibler la bonne section de rivière où faire trempette, le village qu’on aurait loupé sans lui, voire pour vous emmener en balade à deux-roues, l’artiste peintre ayant longtemps été guide pro à vélo. “La rénovation peut être un couperet pour pas mal de couples”, poursuit Olivier. “Pour nous, c’est tout l’inverse !

+ d’infos : http://lamaisonpapillons.fr

Escapade dans le Rhône

Escapade dans le Rhône

Appât de loup

Quand Madame Loup rencontre Monsieur Litt, qu’est-ce qu’ils se racontent ? L’histoire d’une maison d’hôtes, joliment plantée au milieu des vignes, en plein cœur du Beaujolais. Son nom ? Le Lit du Loup, c’est évident !

A une vingtaine de kilomètres au sud de Mâcon, Corcelles-en-Beaujolais a les atours et les atouts d’un beau terroir viticole. A 500 mètres de son château du XIVe siècle, la maison construite en 1850 pour le vigneron du domaine est aujourd’hui celle d’Annick Loup et de François Litt.

DÉVIER DES VIGNES

Avant de s’installer ici, Annick a vu du pays. Cette native de Thoissey, à une dizaine de kilomètres de Corcelles-en-Beaujolais, quitte, à 24 ans, famille et amis pour suivre son mari. Direction la Belgique, Liège précisément, où la jeune Française devient rapidement directrice d’une boutique de vêtements et accessoires haut de gamme. Egalement maman de deux enfants, Annick ne compte pas ses heures, s’implique jusqu’à n’en plus pouvoir. “En participant au développement de cette boutique, j’ai vécu une très belle aventure. Mais j’ai toujours beaucoup trop travaillé. A l’âge de 52 ans, j’ai eu envie de changement. Mes enfants étaient déjà grands, et mes parents toujours à Thoissey avaient besoin de moi. Mon nouveau compagnon saturait aussi de la ville et pouvait trouver dans le Beaujolais de nouveaux débouchés pour exercer sa profession de kiné. A l’époque, pour moi qui voyageais tout le temps, c’était un rêve de travailler chez soi ! Avoir une maison d’hôtes, c’était une façon d’arrêter de travailler tout en gardant du contact humain.

UN NOUVEAU REPAIRE

Annick et François visitent plusieurs maisons dans le Beaujolais et tombent sous le charme de l’ancienne demeure de vigneron. Située sur un terrain de 2 000 m2 en bordure de la route principale du secteur, elle a toujours attiré Annick, qui passe régulièrement devant depuis qu’elle est enfant. “Une dizaine d’années auparavant, j’avais déjà constaté qu’elle avait été toute refaite. Alors quand j’ai vu qu’elle était en vente, j’ai eu naturellement envie de la visiter. Tout le gros œuvre avait déjà été effectué et la rénovation avait été faite en conservant d’anciens beaux matériaux, comme le parquet marqueté. L’esprit de la maison était préservé et elle était viable rapidement. C’était exactement ce qu’il nous fallait”.
Fin mars 2014, le couple s’installe et réalise quelques travaux de peinture et d’aménagement. D’une surface de près de 200 m2, la bâtisse est distribuée sur trois niveaux. Les salon, salle à manger, cuisine, buanderie et salle de détente des propriétaires sont situés au rez-de-chaussée. Et leur espace nuit… au dernier !

DÉCOR’ARTION

Les hôtes sont donc logés au cœur de la demeure, entre les deux étages réservés aux propriétaires. Entièrement consacré à l’activité de maison d’hôtes, le premier comprend une suite familiale avec deux chambres, une grande salle de bains, et sur le même palier une chambre double avec sa salle de bains privative. Là, comme dans toute la maison, Annick a laissé s’exprimer sa passion du design et de la décoration. “Les meubles que nous avons ramenés de Belgique se marient très bien avec les boiseries sablées. Comme il y a 3,50 mètres de hauteur sous plafond, j’en ai profité pour mettre des grands luminaires, de belles pièces italiennes ; et j’ai fait faire des tentures sur mesure. J’ai commencé à décorer la maison avec 24 photos de Serge Anton, un photographe bruxellois. On exposait ses œuvres dans la boutique de Liège et je suis tombée amoureuse des regards qu’il avait photographiés. Nous avons aussi des créations d’Ottmar Hörl, un sculpteur allemand qui a voulu rendre l’art accessible à tous avec ses œuvres en plastique recyclé. J’aime avoir une empreinte contemporaine dans un espace qui a gardé l’âme de l’ancien.” Une alliance réussie qui contribue à faire du «Lit du Loup» un bien joli repaire !

+ d’infos : http://lelitduloup.com

Photos : Baudouin Litt

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