Escapade en savoie

Escapade en savoie

Chambres hautes

Entre montagne et campagne, la famille Hirst a posé ses envies et ses outils ! Adrian, Karine, leurs enfants Noa et Mae, le chien Joshi, le chat Harry, les poules, les canards et les oies, composent la tribu qui (re)donne vie à une ancienne ferme baujue.

A cheval sur les deux Savoie, le Massif des Bauges se décline en une verte palette de sommets, de forêts et de prés. A une trentaine de kilomètres de Chambéry, Aix-les-Bains et Annecy, Aillon-le-Vieux en est l’un des paisibles hameaux.

LOVE BOAT

Avant d’atterrir là, les quasi cinquantenaires ont parcouru la terre. Native du Berry, Karine réalise tôt ses rêves de voyage en travaillant dans les domaines de l’aviation et de la navigation. En 2003, sur un yacht privé, la jeune femme croise la route d’un autre employé… Britannique, Adrian a aussi un parcours atypique. A l’origine dans l’enseignement, il a fait le choix de larguer les amarres, flottant sur les mers du globe au gré de ses jobs. Les deux se ressemblent par leur esprit plutôt aventurier et leur envie d’aller jusqu’au bout de leurs désirs.
Etoffée par l’arrivée de Noa et Mae, la famille s’ancre en région genevoise, où Adrian reprend une fonction d’enseignant. Après quelques années en milieu urbain, le duo aspire à une vie plus proche de la nature et veut voir grandir les enfants dans la verdure.

VERS LE VERT

En 2015, Karine et Adrian se mettent donc en quête d’une nouvelle habitation. “On n’avait pas défini de lieu précis. On souhaitait juste être à une heure maximum de Genève, pour faciliter les déplacements d’Adrian jusqu’à son lieu de travail. Au départ, on voulait une petite surface, mais on a finalement eu un coup de cœur pour cette ferme typique de 450 m2, sur 1,6 hectare de terrain. On ne connaissait pas du tout les Bauges et on est tombés amoureux de l’endroit en même temps qu’on achetait la maison !”. L’idée d’y créer des chambres d’hôtes s’impose immédiatement. “Je venais de démissionner de mon travail dans l’aviation privée et je voulais me reconvertir. Grâce à nos anciennes professions, on avait tous les deux l’expérience du service haut de gamme qui collait bien à ce projet. Et puis la ferme a abrité pendant des années un Café Concert. C’est une maison qui a besoin de vivre, de recevoir du monde. On ne se serait pas vus rester juste tous les quatre dedans”.

FERME À OUVRIR

La famille pose ses bagages dans les Bauges en mai 2016 et se met à l’ouvrage. La maison de trois étages est saine, mais vieillotte et mal conçue. Il faut passer par l’extérieur pour aller d’une pièce à l’autre, ouvrir une trappe et utiliser une échelle pour changer de niveau. Bref, il faut tout refaire ! Sans se décourager devant l’ampleur des travaux à réaliser (et face à un certain scepticisme de leurs proches !), Karine et Adrian commencent par la partie logement, avant de se consacrer à l’aménagement du côté chambre d’hôtes. “Il a fallu enlever tout ce qu’il y avait à l’intérieur de la maison, casser des murs, fermer des ouvertures et en créer d’autres, refaire les fenêtres, l’escalier extérieur, les terrasses, la plomberie, l’électricité, tout repeindre. Depuis le début, je savais exactement ce que je voulais faire, mais on a dû aussi s’adapter. On voulait par exemple intégrer plus d’écologie, mais cela n’a pas été possible pour des raisons budgétaires et parce que la bâtisse ne s’y prêtait pas.

FAIT(E) MAISON

Après plus de deux ans et demi de labeur acharné, les propriétaires terminent enfin la maison d’hôtes et d’événementiel Chapamama. Au rez-de-chaussée, l’ancienne étable s’est transformée en séjour avec cheminée. Au premier étage, la lumineuse salle modulable de 50 m2 jouxte la chambre Wood de 25 m2. Au deuxième, «Forêt» et «Montagne», 18m2 chacune, se partagent l’espace sous les toits.
Attenant au séjour, avec une entrée indépendante, le duplex de 33 m2 se compose d’une chambre, d’un salon avec mezzanine et d’une salle de bain. Illuminée et actualisée, la maison a gardé des atouts de sa personnalité d’origine. “Nous avons fait la majorité des meubles, comme les têtes de lit en bois, avec des matériaux trouvés ici. Pour les tables rondes, on a «saucissonné» un gros tronc et ajouté des pieds. Les tables de la grande salle étaient à l’origine un escalier qu’on a transformé. Les lampes du duplex ont été réalisées avec des tuyaux de plomberie, etc… On a créé un intérieur très zen, intemporel, pour que tout le monde s’y sente bien. Tout cela s’est fait sans vraiment réfléchir. C’est la maison qui nous a portés.” Se laisser porter. Saisir les occasions. Des «marques de fabrique» de la fa- mille Hirst.
Nous avons beaucoup changé de parcours dans nos vies. Je pense qu’on n’en serait pas là si on avait tout calculé ! Il n’y a pas de coïncidence… Il faut faire attention à ce qui se passe autour de nous, saisir les opportunités et essayer. Ce n’est pas marrant sinon, ce n’est pas la peine de vivre ! Et même si on se trompe, il y a toujours une solution et on apprend. Nous on ne peut pas rester dans notre zone de confort. II faudra revenir dans cinq ans ! Il n’y a rien d’écrit pour le moment, mais il y aura quelque chose de nouveau, c’est certain…

+ d’infos : http://chapamama.fr

Photos : Karine Hirst

en station : Jérôme Obiols, photographe

en station : Jérôme Obiols, photographe

Pics & clics

Image : Grimpeur au sommet de l’Aiguillette d’Argentière la nuit avec un faisceau lumineux. En arrière plan, l’Aiguille Verte et la voie lactée. Un bouquetin curieux assiste au spectacle en silence.

Elles lui ont littéralement tapé dans l’œil, bousculé la focale et imprimé la rétine. Depuis que le photographe lyonnais Jérôme Obiols a découvert les Alpes, il convoite leurs sommets, lorgne sur leurs courbes, a des vues sur leurs aiguilles et n’attend que de les capturer, avec ou sans philtre.
Jérôme Obiols n’était pourtant pas le premier monchu venu. Depuis tout petit, il arpentait, avec parents et fratrie, les chemins du Capcir, au-dessus de son Aude natale. Il connaissait la pêche à la mouche dans les torrents, les feux de camp, le zip de la tente qui révèle le soleil et son incroyable lumière. Mais les plateaux pyrénéens ne l’avaient pas préparé au choc alpin.
En 2001, après des études d’ingénieur, il accepte un premier poste à Lyon, et c’est à l’occasion d’un week-end entre copains qu’il découvre la vallée de Chamonix. “On avait fait la route de nuit, je n’avais rien deviné du paysage, et je me revois le lendemain matin, sur la terrasse du chalet à Argentière, au pied de l’Aiguille Verte recouverte de neige, avec le glacier, tout ça… Un vrai choc ! On a fait une petite randonnée sur les Aiguilles Rouges, et ma mâchoire tombait, je ne savais plus où donner de la tête. Ça a été le déclic. J’y suis retourné dès que je pouvais ».
C’est à force de revenir qu’il découvre aussi que la montagne, ce ne sont pas que des chemins et des sentiers, mais aussi des faces, des couloirs, des cordées. “Je savais marcher, lire une carte, me repérer, mais je ne connaissais pas l’alpinisme, je n’avais aucune idée de comment on grimpe, comment on descend… Alors j’ai commencé à me documenter, à lire pour connaître les bases.
Jusqu’à s’inscrire pour un stage et, à 25 ans, faire ses premiers pas sur un glacier. “C’était la 1re fois de ma vie que je montais au-dessus de 3000 mètres, ça reste gravé. Bien sûr, on peut prendre le téléphérique pour s’immerger, voir de beaux paysages depuis l’Aiguille du Midi, mais ça n’a pas la même saveur que quand on a fait un effort pour mériter la vue, ce sont des images qui marquent.

Massif du Mont-Blanc.

EXTERIEUR, NUIT

Les images, à cette époque, ça fait déjà quelques années que Jérôme essaie de les fixer. Etudiant, il avait d’ailleurs transformé sa salle de bains en chambre noire : avec du scotch pour calfeutrer la porte, une grande planche et trois bacs sur la baignoire, il développait les clichés pris avec son premier Reflex. “Même si je me disait que ça resterait un hobby, j’ai toujours essayé de faire «comme les pros» : bien.” Mais il découvre le numérique en même temps que le piolet et pendant presque 10 ans, sa passion dévorante pour les sommets réduit son activité photographique à la simple collection de souvenirs, «un peu accessoires». Jusqu’à ce qu’il s’offre LE matos, à la naissance de son fils en 2012. Avec l’hyper-sensibilité de cette technologie de pointe, et les conseils d’Eric Courcier, un ami photographe chamoniard, il commence à voir des choses que les autres ne voient pas encore… Il voit la nuit !
Ce qui m’a plu, c’est qu’on montrait la montagne différemment, pas avec un grand ciel bleu, mais un grand ciel noir ! Je ne savais même pas que c’était possible. L’appareil, avec un objectif adapté, perçoit beaucoup plus de choses que l’œil humain.” Et c’est là que sa connaissance de la montagne s’avère précieuse. “Quand on fait de l’alpinisme, on part très tôt le matin, à la frontale, ce ciel incroyable, c’est quelque chose que j’avais déjà vu. Je savais donc où me placer, parce que la nuit, comme on ne voit strictement rien, il faut avoir tout repéré d’avance. Et ça ne sert à rien de regarder dans le viseur ! Quant à la mise au point, à l’aveugle, ce n’est pas simple…

Image de nuit du massif du Mont-Blanc avec la voie lactée au-dessus du Mont-Blanc et de la Vallée Blanche (mer de Glace).

JOURS DE NEIGE

Jérôme passe donc beaucoup de temps à dénicher des points de vue depuis lesquels capturer la voie lactée. Car elle ne se donne pas au premier venu, elle impose sa saison, ses conditions, une direction… et de la patience. “Je me souviens de sessions qui ont duré jusqu’au lever du jour. Pour la photo de la voie lactée au-dessus de la Mer de Glace, par exemple, on allait dormir au refuge du Couvercle après 4 heures de marche assez technique. On arrive, il pleut, on se dit que c’est fichu. Mais vers minuit, quand les premiers alpinistes se lèvent pour repartir, j’ouvre la fenêtre et tout s’était éclairci. La pluie avait rincé l’atmosphère, il n’y avait plus une particule en suspension. On est sorti faire des photos pendant 2 ou 3 heures, il ne faisait pas froid, alors on est resté là, et en fin de nuit, on a réussi à prendre le jour qui se lève, avec les étoiles. Quand on a le temps, on voit des choses différentes.
Mais le photographe alpiniste n’est pas qu’un animal nocturne. Et il sait aussi être extrêmement réactif, saisir l’instant. Comme pour cette photo de l’Aiguille des Deux Aigles, enveloppée de brume, prise en dix minutes depuis la vallée, après trois jours de tempête. “J’étais au bon endroit au bon moment. C’était il y a 8 ans maintenant, mais je l’aime toujours autant, elle représente la pureté de la montagne après les premières neiges, son côté inaccessible, et on dirait un peu une estampe japonaise.” Une esthétique qui lui parle. “J’aime beaucoup le travail de celui qu’on considère comme le maître incontestable de la photo de paysage en noir et blanc, l’Américain Ansel Adams, ses compositions sont absolument parfaites, hyper soignées. J’aime aussi les clichés épurés d’Emmanuel Boitier. Quand on les regarde, on pense que c’est très simple, mais on s’aperçoit vite que c’est très compliqué de faire de belles photos simples, et c’est ce que je cherche.

Arbre isolé sur une falaise entourée de nuages. Massif du Mont-Blanc.

+ d’infos : http://www.jeromeobiols.com

en station : Aux alpes citoyens

en station : Aux alpes citoyens

Plan B

On ne va pas faire une fixation, mais cette fois, c’est sûr, ce n’est pas en février qu’on affinera notre planté de bâtons. Alors pour remonter la pente et nous consoler, les stations passent aux plans B, rivalisent de créativité et se fartent les idées pour proposer une avalanche d’activités.

Dans le contexte sanitaire actuel, les activités sélectionnées ci-dessous dépendent d’arrêtés préfectoraux. A l’heure où nous écrivons, tous ne sont pas tombés, et les choses peuvent encore changer… N’hésitez donc pas à contacter les O.T pour vérifier !

Ainsi fond, fond, fond… // Haute-Savoie

A défaut de glisser alpin, glissons nordique ! C’est pareil, mais différent : le même plaisir de la neige, les mêmes grands espaces, les mêmes joues rouges… à un autre rythme et sans carres. C’est le discours du Conseil Départemental de Haute-Savoie, qui soutient à fond, à travers Haute-Savoie Nordic (HSN), la pratique du ski… de fond donc. HSN fédère 24 domaines, qu’elle accompagne dans la promotion de l’activité, l’aménagement et la modernisation de leurs installations. C’est le cas notamment du stade Sylvie Becaert, au Grand-Bornand, seul site français homologué pour organiser des compétitions internationales, qui devait accueillir, en décembre, une étape de la Coupe du Monde de biathlon, et dans lequel le département prévoit 250 000€ de travaux. La collectivité locale instille également le goût du fond aux plus jeunes skieurs, en finançant le dispositif « savoir skier », grâce auquel 220 classes de 5e s’initient au skating chaque année.
+ d’infos : http://hautesavoie.fr

Tour particulier // Les Houches

A circonstances exceptionnelles, ouverture exceptionnelle ! Cet hiver, voyez donc grand et visez carrément le Parc de Merlet, aux Houches, pour vous tout seul… ou presque. Accompagné du guide Philippe Gaubert, et en petit comité (6 pers. max.), il est donc possible, 2 fois / semaine, de se promener dans la réserve animalière pour un moment plutôt exclusif : si vous êtes sages, mais surtout discrets, vous pourrez en effet, raquettes aux pieds, approcher mouflons et bouquetins, alpagas, cerfs ou daims… Le tout avec une vue imprenable sur la chaîne du Mont-Blanc… Tentant ! Par contre, ne comptez pas trop sur les marmottes, tout le monde croit qu’elles hibernent à cette époque-là, mais pas du tout : elles sont en train de faire briller l’alu pour emballer le chocolat.
+ d’infos : http://parcdemerlet.com

©Yann Allegre / Val d’Isère

(Petite) Reine des Neiges // Val d’Isère

A vue de non-initiés, des roues de vélo sur le verglas, c’est pas gagné… Et pourtant, que les adeptes de la petite reine soient rassurés, ils peuvent à présent vivre leur passion même quand il a neigé, avec moufles et cache-nez. Et à Val d’Isère, même les moins sportifs peuvent s’y essayer, car il s’agit de bécanes électriquement assistées (VAE): des VTT ou des Fat Bikes -ces vélos aux pneus 2 fois plus gros, deux fois moins gonflés et dont l’adhérence sur la neige va vous bluffer- pour aller s’enfoncer dans la vallée. Pour éviter tout problème de cohabitation avec d’autres types de glisse, des secteurs spécifiques ont effectivement été aménagés, en direction de la cascade de glace ou du vieux village.
+ d’infos : http://valdisere.com / bicycles-concept.jimdosite.com

©Nunayak

Et au milieu coule une rivière… gelée // Samoëns

Mais navigable ! Alors pourquoi faudrait-il attendre absolument qu’il fasse beau et chaud pour se jeter à l’eau ? Bien couverts, avec une première couche de vêtements techniques, deux épaisseurs de néoprène, des moufles et des bottillons, on peut affronter n’importe quel torrent de montagne ! Allons-y donc pour le Giffre, au départ de la base Nunayak à Sixt-Fer-à-Cheval et direction Samoëns. Le parcours peut varier en fonction de la hauteur d’eau, qui déterminera aussi votre type d’embarcation : canoë, kayak ou paddle sur petit débit, raft sur flux plus profus. Il n’y a pas que sur la neige qu’on peut glisser…
+ d’infos : http://haute-savoie-rafting.com

Do you snooc ? // Morillon

Vous croyiez avoir tout vu, tout essayé ? Et bien, avez-vous déjà snooc-qué ? Ah, ah… Mais le snooc, qu’est-ce que c’est? Allez, direction Morillon pour se faire briefer : inventé par un moniteur de voile et de glisse, le snoooc est donc une paire de tout petits skis qu’on équipe de peaux de phoques pour la montée, et qui se superposent pour ne former plus qu’une seule spatule sur laquelle on pose, pour la descente, un siège équipé d’un frein. Un ski-luge, quoi. Au ras du sol, on dérape avec ou sans les mains, en utilisant les bras comme balancier… C’est un peu technique, assez physique, mais on finit addict !
+ d’infos : http://grand-massif.com

Les coulisses de la glisse // La Clusaz

Et si on profitait de cette saison particulière pour aller voir ce qui se passe en coulisses, derrière ? C’est en tous cas ce que propose La Clusaz : découvrez, avec un conducteur de télécabine, les rouages de son installation ; avec un pilote de dameuse, le fonctionnement de ces impressionnantes machines ; avec les pisteurs, les secrets de l’équipement d’urgence à l’occasion d’une formation avalanche ; et avec les experts en fart, la préparation et la réparation de ski, tout un art ! Tous ces professionnels de la montagne sont exceptionnellement disponibles et ravis de partager leur passion pour leurs métiers, ce serait dommage de ne pas en profiter !
+ d’infos : http://laclusaz.com

en station : le speed riding

en station : le speed riding

Fast & curious

Il y a souvent plus de voiles que d’étoiles dans le ciel de Val Fréjus. Depuis 20 ans tout juste, la station accueille en effet les meilleurs voltigeurs de la planète et autres accros au speed-riding. Retour sur la naissance d’un sport hybride, entre vol et sol, neige et air, glisse et kiffe… ou quand les spatules ont des ailes.

Ça ne «vole» pas cet hiver-là à Val Fréjus. Comme souvent en cette saison, le vent est trop fort pour que les parapentistes déploient leurs ailes. Mais il en faut plus pour couper celles de Fred Fugen.
On est en 2001. Celui qui deviendra bientôt champion du Monde de Freefly -la discipline de parachutisme la plus radicale- et rejoindra Vince Reffet au sein des Soul Flyers, sort sa petite voile de chute libre et convainc son comparse Frank Coupat de s’envoyer en l’air, mais skis aux pieds. “C’était deux jours après la naissance de ma fille”, se rappelle Frank. “Fred me dit : «si j’y vais, tu viens avec moi !» J’y suis allé… A l’atterrissage, j’avais les mains qui tremblaient, comme après être monté sur une moto trop puissante : t’aimes bien, mais t’as un peu peur… C’est ça qui est grisant !” A part les plumes peut-être, Frank a pourtant décollé avec tout ce qui est en mesure de planer, motorisé ou non. Mais dans cette nouvelle pratique, il trouve un mélange d’adrénaline, de maniabilité et de vitesse… Des descentes à près de 100km/h contre une moyenne de 40 en parapente. “Les premières années, on était très peu à pratiquer, tout le monde attendait qu’on se tue. Mais on ne se tue pas, on défriche : matos, cadre pratique, limites…

DR. VOLTIGE ET MR. RIDE

L’hiver suivant, à l’occasion du Planet’air Festival, Frank Coupat réunit tous les phénix du vol libre dans la petite station de Haute-Maurienne et leur inocule le virus. “Tous les parapentistes et chuteurs ont adoré !”, raconte David Eyraut, alors instructeur et pilote acrobatique, militant auprès de la Fédération Aéronautique Internationale (FAI) pour la reconnaissance de la voltige au ni- veau mondial. “C’était une activité qui se détachait, très adaptée à la montagne, avec des engins qui planaient très peu, en rase-motte le long de la pente… Ça nous rappelait les débuts du parapente. Mais c’était beaucoup plus simple, pas de dépliage et re-pliage, on mettait la voile en boule dans le sac, ça prenait 20 secondes et on remontait au décollage, c’était presque comme faire du ski ! On est devenus complètement accros. J’ai passé l’hiver à Val Fréjus, la mère de Frank tenait la Bergerie sur le plateau, on avait donc des locaux pour stocker toutes les voiles que nous avaient laissées les chuteurs. Dès que le vent était trop fort ou qu’on n’avait pas de clients, on y allait, et on a commencé à former les copains qui voulaient essayer.
Parmi eux, Antoine Montant. Avec son frère Val, les deux Hauts-savoyards sont des figures incontournables des sports extrêmes, pionniers notamment du base-jump. Ils sont aussi d’excellents skieurs. “Antoine était champion de France de voltige parapente à l’époque”, précise Frank Coupat, “et très fort en ski free-ride. On lui montre alors ce qu’on sait faire -on avait 10 000 vols dans les pattes-, et lui en 2 heures, il fait le lien entre les deux pratiques, nous fait comprendre comment exploiter ski et voile.” “Il m’a dit : Je ne regarderais plus jamais une pente de la même manière”, complète David Eyraud. “Ça lui a ouvert tout un univers en tant que skieur. Et il a été le premier à penser que la voile, c’était comme les bâtons de ski, qu’il fallait décoller de temps en temps et se poser, pour skier, «rider», plutôt que voler. C’est là que le nom de speed-riding est né.” Quelques années plus tard, Antoine Montant sera d’ailleurs sacré champion du Monde de la discipline.

ENTRER DANS LES CORDES ET PRENDRE LA VOILE

Mais plus qu’une activité réservée à une élite de parapentistes, David Eyraud, lui, y voit un vrai sport à enseigner. Comme il l’a fait pour la voltige, il monte alors le dossier auprès de la Fédération Française de Vol Libre (FFVL) : autorisations dans les stations, zones de pratique, règles, pédagogie… “Il a légiféré tout ça, défini ce qui était dangereux ou pas, et heureusement !”, s’amuse Frank Coupat. “C’est probablement un des plus grands pilotes de tous les temps, son surnom, c’était « il Prodigio », mais en matière de sécurité, il place le curseur plus bas, il a décidé de ne pas faire les figures trop dangereuses. Un jour, il m’a dit : «mieux vaut travailler sa technique sans engager, qu’engager sans technique». Je suis sûr que je serais mort si je ne l’avais pas connu !” Et son sérieux paie : l’acte officiel de naissance du speed-riding est signé en 2006, les premiers moniteurs commencent à être formés, des écoles se montent. Mais le matériel, lui, n’est pas encore spécifiquement adapté.
Depuis Les Arcs, François Bon, pilote-test pour un fabricant de parapente, suit tout ça. Quand il découvre le speed-riding, sur trois minutes furtives d’images “toutes pourries mais folles !”, il est déjà en train de fabriquer des prototypes de petites voiles. Il y voit de nouvelles perspectives. Il y a tout à faire, mais quelle direction prendre ? S’inspirer du parachute ? Du kite ? “Je cherchais le juste milieu, le meilleur compromis, une voile bien à piloter, précise et sûre, car on était convaincus que ça allait attirer du monde. On est donc partis sur l’ajustement de matières parapente pour faire quelque chose qui se gonfle bien, mais avec les formes et la géométrie de quelque chose qui ne vole pas, ça a donné la «Nano», la première voile adaptée à la pratique.” Avec laquelle François Bon deviendra le premier champion de France de speed-riding.

ANTI VOL ?

Après une période d’euphorie, de compétitions et de médiatisation, notamment des exploits d’Antoine Montant et François Bon -face nord du Mont-Blanc en intégral, Grandes Jorasses, Eiger ou Aconcagua-, le speed-riding subit un coup dur en 2012 : suite à une revendication de l’ESF, les nouveaux instructeurs doivent être diplômés d’un monitorat de ski. La formation se complique, les compétitions se raréfient. Mais la pratique amateur et les grands rassemblements conviviaux persistent. “Le speed permet à tout le monde de s’exprimer en free-ride”, résume Frank Coupat, qui forme entre 150 et 200 élèves par an, au sein de son école Ataka. “On en voit qui enchaînent des virages de Coupe du Monde, alors que si on leur enlève la voile, ils sont en chasse-neige. Et c’est très familial. Chacun y met l’engagement qu’il veut. C’est comme le sel dans un plat. Et c’est parfait si on aime la neige et se mettre la tête dedans, si on aime s’amuser et si on a une âme d’enfant…” Comme celle de Pierre Bonifé, 88 ans, qui vient tous les hivers jouer sur les pentes de Val Fréjus. Aujourd’hui, les speed-riders représentent environ 10% des forfaits vendus par les remontées mécaniques de la station du Mont Cenis, “un des trois plus beaux spots français” pour cette pratique. Alors, on se fait un petit ride ?

+ d’infos : www.levelwings.com / www. haute-maurienne-vanoise.com / http://www.ecole-speedriding.com / http://www.pilotage-parapente.com

©stefcervos ©François Bon © David Eyraud

Aux Alpes citoyens

Aux Alpes citoyens

L’hiver en pentes douces

L’après-ski, on connaît bien. Mais il existe aussi une vie AVANT le ski ! Enfin, avant la date d’ouverture des remontées mécaniques… Et même si les tire-fesses sont à l’arrêt, ça bouge dans les stations ! En attendant de pouvoir chausser, il y a donc mille et une façons de se dépayser, de se détendre ou de se dépenser.

Dans le contexte sanitaire actuel, les activités sélectionnées ci-dessous dépendent d’arrêtés préfectoraux. A l’heure où nous écrivons, tous ne sont pas tombés, et les choses peuvent encore changer… N’hésitez donc pas à contacter les O.T pour vérifier !

Même pas froid ! Val Cenis
On le sait, les Scandinaves sont de grands adeptes du chaud-froid, habitués à passer du sauna au bain glacé sans transition. Importé des pays nordiques, voici donc, pour l’hiver 2020, la version zen du choc thermique: l’ice-floating, littéralement glace flottante. Pour faire l’iceberg, vous aurez besoin d’une combinaison étanche et d’un trou dans un lac gelé. Celui de Sollières à Val Cenis semble tout indiqué. “On a le bruit de la cascade, la vue sur la Dent Parrachée”, explique Delphine Bergin, fournisseuse officielle de sensations fraîches et tenues de plongée, “c’est génial et complètement addictif, on a du mal à ressortir !” Sauf pour aller se glisser dans un spa bien chaud et, évidemment, fondre de plaisir!
+ d’infos : http://sensationsvanoise.com

© Yannick Bellissand

Happy speed riding to you – Valfréjus
Dans le ciel de la Haute-Maurienne, il n’est pas rare d’observer des gypaètes, des trétas-lyre, des vautours, voire des aigles royaux et au milieu… des voiles. Colorées, petites et ultra rapides. C’est à Valfréjus, en effet, qu’a décollé le speed-riding, il y a 20 ans. Pour célébrer l’anniversaire de ce dérivé du parapente, pratiqué ski aux pieds, la jeune station (elle est née en 1983) accueille donc, pendant une semaine fin janvier, les meilleurs voltigeurs de la discipline. Plus d’une centaine de voiles et 13 nations différentes se défieront pour une “avalanche de couleurs” et se rassembleront même pour une tentative de record du monde: celui de la plus grande formation de speed-riders! Un vrai ballet aérien, pour que ceux qui n’ont pas froid aux yeux en mettent plein la vue de ceux qui les auront grands ouverts…
+ d’infos : les 20 ans du Speed riding à Valfréjus du 23 au 28 Janv. 2021 (dates et événement confirmés) – http://haute-maurienne-vanoise.com

© David Ellis Dickerson

Mètre Yoga – Samoëns/Les Saisies
Après la méthode scandinave, on peut aussi aller chercher du côté de l’Himalaya afin de s’habituer au froid. A Samoëns, “allumer le feu, brûler tout ce dont on peut se débarrasser”, Claire Philipczyk, accompagnatrice en montagne et «médiatrice du corps» s’inspire du Toumo, qui utilise des techniques de yoga tibétain de respiration et à laquelle elle a été formée par -3°C… en maillot de bain. Ici, la doudoune est autorisée et les raquettes aussi. “A l’occasion de randonnées faciles, on fait plusieurs haltes pour enchaîner des postures avec une respiration adaptée. Cette combinaison active le système nerveux sympathique, qui réchauffe le corps.” Sur le long terme, cette stimulation permet également de renforcer l’immunité. Une discipline que l’on peut aussi pratiquer, sous le nom de Snowga® aux Saisies, dans les pas d’Hélène Durant.
+ d’infos : http://nature-quintessence.frsentiers-helene.com

© Keno Derleyn

C’est watts qu’on préfère ! Les Gets
Après les mini-voitures, les mini-karts, les mini-motos, mettez des étincelles dans les yeux de vos mini-pilotes en les installant sur des motoneiges. Aux Gets, l’équipe de Mountain e-park a ouvert, il y a 3 ans maintenant, la 1re école de pilotage 100% électrique. Et oui, parce que, myrtille sur le gâteau de Savoie, ces mini-bolides, en plus d’être équipés de skis, n’émettent pas le moindre gramme de CO2, ce qui colle parfaitement à la philosophie éco-responsable de la station. Deux modèles sont disponibles: pour les 5-11 ans et pour les 12-17 ans. Les plus grands pourront également découvrir le Moonbike, modèle plus léger, sorte de chappy sur chenillette, conçu en Haute-Savoie. Et pendant ce temps-là, ceux (celles?) que la conduite sur neige et la vitesse n’intéressent pas, pourront aller se délasser dans le nouvel espace bien-être des Sources du Chéry, et flâner dans la galerie d’art attenante (autorisation confirmée).
+ d’infos : lesgets.comhttp://mountainpark.com

A toiles et à mateurs – Les Arcs
Comparé à l’américain Sundance, les Arcs Films Festival récompense de ses Flèches de Cristal la crème du cinéma européen indépendant depuis 2009. Mais en 2020, qui dit contexte inédit dit forme inédite! Pour sa 12e édition, l’événement sort donc des couloirs balisés en s’attaquant à son versant «Hors-piste Digital». Le principe? Du 12 au 26 décembre, le public pourra acheter en ligne des places à la séance 4€ ou un pass de 25€ donnant accès à l’ensemble des films. Les tables rondes et master-class (avec le duo de réalisateurs Toledano-Nakache ou l’acteur Jérémie Reinier, quand même!) seront accessibles librement. Et le 15 décembre, date de la réouverture des salles, l’événement se lancera à l’assaut du versant «Hors-piste Cinéma», avec la projection de la programmation Arcoise dans plus de 150 salles en France.
+ d’infos : à partir du 12 décembre
Parmi les membres du jury: Zabou Breitman, Vincent Macaigne et Nicolas Maury pour les longs métrages ; Karin Viard pour les courts – lesarcs-filmfest.com

Florent Pedrini : vues d’en haut

Florent Pedrini : vues d’en haut

A fl’haut

C’est en montagne qu’il a trouvé sa voie et sa nature profonde. Nourri par l’énergie des hautes cimes, le photographe Florent Pedrini partage, en images, la magie des massifs et de l’humain.

Image : sur les Aiguilles d’Entrêves, depuis Courmayeur

L’Essonne, ce n’est pas la porte à côté. Cela n’empêche pas Florent, qui y réside durant 27 ans, de venir à la montagne toutes les années. Depuis l’enfance, il conserve ainsi l’amour absolu des montagnes et de la photographie. Après avoir emprunté le droit chemin d’une vie bien cadrée, il s’est engagé peu à peu sur un sentier plus escarpé : faire profession de ses deux passions.
Après un détour par une formation à l’environnement, l’adolescent s’oriente vers le plus pragmatique domaine commercial. 5 ans d’études en France, en Angleterre et au Canada, où l’attend aussi une belle expérience de musher. “Je suis curieux de la vie, du monde, des autres, et j’aime voyager et apprendre. Je ne me posais pas trop de questions, c’était assez fluide.
A 25 ans, Florent démarre une carrière de cadre chez un géant du BTP en région parisienne. Mais la montagne lui fait de l’œil. Le jeune homme négocie et prend en 2007 un poste de responsable d’agence à Albertville.

TEMPS DE POSE

S’ensuivent 3 ans où le perfectionniste touche à ses limites, il frôle le burn-out et finit par jeter l’éponge. Devenu ingénieur commercial, Florent retrouve de l’équilibre et du temps. En 2010, il s’inscrit au Club Alpin à Annecy, ville où il est désormais basé.
Les diverses activités montagnardes qu’il découvre et ses rencontres avec des compagnons de cordée l’accrochent à tout jamais. “Quand tout est simple, qu’on est dans un environnement où on se sent bien, on ne se pose pas de question. On a juste envie d’en profiter. Et quand c’est naturel comme ça, ça matche avec les personnes que l’on rencontre. On fait ensemble une randonnée, une grande voie, un sommet, et c’est magique. La seule envie qu’on ait après, c’est d’y retourner. C’est comme une addiction, mais c’est plus que de la dopamine. Il y a aussi l’effort que l’on fait qui est «grâcié» quand on arrive au sommet, l’adrénaline du danger, ce dépassement de soi, cette énergie qui nous porte et qui est là, partout, dans la roche, la nature, le soleil et le partage avec l’autre.

L’équilibriste dans l’ombre, sur le fil de l’arête Forbes

CLICS ET DÉCLICS

A chaque sortie, Florent amène son appareil et saisit ses instants. En septembre 2014, il photographie «L’équilibriste dans l’ombre», une image plusieurs fois primée qui est devenue l’emblème de son travail iconographique. “C’était dans le massif du Mont-Blanc. J’étais avec mon compagnon de cordée, mon frère de cœur. On avait dormi dans un refuge. Vers 3 heures du matin, le soleil se lève sur le Cervin au loin, et je fais cette photo qui me touche. C’est un des déclics, parmi d’autres, qui se sont succédés et m’ont entraîné à devenir photographe de montagne. Il y a eu aussi l’ascension de l’arête Berhault menant en Italie. Je me suis arrêté pour dormir dans un tonneau, à 3000 mètres d’altitude. J’étais tout seul, face au Mont Viso. A cet instant précis, j’ai eu la certitude que c’était dans ce milieu que j’avais envie de vivre.

GRAND ANGLE DE VIE

Florent suit son instinct et décide de se lancer. Il enchaîne les formations, les contacts avec des pros, et démarre en tant qu’indépendant en 2016. Il touche à tout, cherche la belle image, capte l’humain, et travaille la lumière. Des aurores boréales de Norvège, aux paysages de «début du monde» de l’Islande, en passant par un voyage initiatique en Indonésie, la quarantaine pointant, l’homme confirme par ailleurs son besoin viscéral de cimes, de froid et de nature. Depuis 2019, la commercialisation de ses photographies alpines sous le label Vertical Flow s’accroît. Et plusieurs projets se développent, notamment en collaboration avec des magazines et des athlètes de la montagne.

Montée au refuge de quintino sella 3584m, Italie

OBJECTIF LUMINEUX

Un aboutissement, mais pas une fin en soi. “Je pense que chacun de nous est sur terre pour trouver sa raison d’être. On devrait savoir s’écouter un peu plus, et sortir de notre zone de confort, même si ce n’est pas facile. Ce serait même un gâchis de ne pas suivre ce pour quoi on est fait, parce qu’on ne le fait pas seulement pour soi, mais aussi pour rayonner autour de nous. Aujourd’hui, mon thème, c’est que l’humain trouve sa place dans la nature que je photographie. Je comprends, par tout ce qui m’arrive, que le chemin qui s’ouvre est le bon, que c’est ma voie de devoir rapporter des images de ce que je peux vivre en montagne, pour pouvoir les donner à ceux qui y trouveront un écho…”. Un écho de là-haut.

+ d’infos : http://verticalflow.net

Photos : Florent Pedrini/Vertical Flow

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