Le faim mot de l’histoire

Tout le gratin dauphinois était là. Une belle brochette de grosses légumes, des financiers en nœud papillote, la crème des cervelles de canuts, jusqu’aux plus hautes sphères des cabinets minestrones. Ça sentait l’oseille à plein nez.
Charlotte se faisait mousser au milieu de ces huiles pressées, se disait « Marquise », mais beignet dans une robe meringue quatre-quarts trop grande pour elle. Elle expliquait, de sa voix aigre douce, posséder des îles flottantes au large d’un far breton. Un trésor y était en terrine. Mais où ? Ça lui faisait sushi. Elle était palourde, mais presque. Et son cassoulet l’assemblée. D’autant que nul n’ignorait qu’elle avait tout flambé, cette banane ! Sa fortune avait fondue en Suisse – ou en Savoie ? Eternels d’abats… –. Elle n’avait plus un radis.
La poule au pot au rose ainsi découverte – “Ah les aligots !” -, l’instant dé-confit digéré, avait jeté son dévolu sur un Bavarois en marinière et lui collait aux basquaises depuis le début de la soirée. Il avait de la brioche et ses cuisses de grenouille flageolet, tout émulsionné qu’il était, mais la dame blanche n’allait pas chercher un autre pigeon à se farcir, un tian vaut mieux que deux tu l’auras. Et il se faisait tartare…
La frisée – aux lardons casés chez les voisins – avait la nuit pour un croque-monsieur artichaut… Vivement qu’ils aïoli !
Magret tous ses efforts, en potée qu’il était, Canard et son lance-roquette ont fini mimolette. Ce fut la dé-brandade ! Elle n’allait pas enfoncer le clou de girofle, le pigeon avait assez bu l’bouillon… La cocotte abandonna son pot’ au feu un instant pour qu’il se remette de ses émotions. A son retour, il était paëlla. Le gas – pacho pour remettre le couvert – avait filet, l’mignon, en un éclair pour un Paris-Brest ! Elle qui pansette finir ravioli… Elle riz au lait et aux larmes aussi, Madeleine.
Vraiment, Homard l’a tuer !

Musique !

5 heures du mat’, le jour s’est levé.
Adieu Laura, Melissa, Véronica… Bye bye Lola, Angela et Daniela… - marre de cette nana-là aussi-.
Il sort de la boîte de jazz. Le chant des sirènes ? Des attractions désastre !
Il est cinq heures, Paris s’éveille. Encore un matin… L’homme pressé fuit la foule sentimentale. A toutes les filles, les divas du dancing, désolé pour hier soir !
Mais trois nuits par semaine, les uns contre les autres, jusqu’au bout de la nuit, c’est la fête de trop pour le chanteur de charme bidon.
C’était la dernière séance. Voilà, c’est fini, la décadanse. La nuit, le monde est stone. La salsa du démon, laisse béton !
Le papillon de nuit deviendrait-il antisocial ?
Le déserteur veut déjeuner en paix, seul, dans la salle du bar tabac de la rue des martyrs.
Il rêve d’une autre histoire, de paradis blanc. Et s’il suffisait d’aimer pour être un homme heureux, comme les amoureux des bancs publics, face à la mer, sous le soleil de Bodega…
Il est où le bonheur, tout le bonheur du monde ? Pas là.
Evidemment, comme d’habitude, Cupidon s’en fout ! Formidable ! Tous les mêmes ! Chacun fait c’qui lui plaît, c’est comme ça… Et ça fait rire les oiseaux, ça fait pleurer le bon dieu, ce dieu fumeur de havanes…
Tant pis. Besoin de personne ! Il est libre, Max ! Et puis l’amour en solitaire, c’est extra ! N’importe quoi !
Grand petit con !
Quand soudain, l’onde sensuelle : un ange tombé du ciel. Mamma mia !
La fille aux bas nylon a les yeux revolver couleur menthe à l’eau, la beauté d’Ava Gardner et le cœur grenadine.
Attention danger ! Jean Baltazaarr, gentleman cambrioleur repenti, le cœur de rocker comme une boule de flipper, a 10 ans !
Vertige de l’amour ou coup de folie ?
Immortelle, la fille du Père Noël est une femme libérée, poupée psychédélique éblouie par la nuit. Les dessous chics, l’hôtesse de l’air, en apesanteur, a l’âme câline.
Mais à cause des garçons, la mauvaise réputation des playboys sapés comme jamais, la p’tite lady se méfie. Elle panique, respire… Si maman si… ça change un homme ? Non ? Maman a tort.
Finies les bêtises, pour sa superchérie, pour la toute première fois, l’homme à tête de chou sera un milord, un partenaire particulier, juste quelqu’un de bien.
Madame rêve… une nuit sur son épaule, nuit magique, nuit de folie… nuit sauvage.
Sans contrefaçon, la bombe humaine n’est plus juste une illusion… Mmmm… Va y avoir du sport !
Oh chéri chéri, tu y crois encore au Père Noël !???

Allez ! Bonne fête de la musique !

Vivement hier !

Envie de full boules déjantées, de cochonnets tourmentés,
Envie de déhanchés effroyables sur des rythmes improbables,
De terrasses bondées, de soirées dévergondées,
De siffler la fin du bal masqué, de voir des sourires édentés…

Vivement hier qu’on se touche !

Envie de nos cafés à s’esclaffer, de nos bouclages, de nos craquages,
Envie de retrouver ma team recavée, les mots dentelles de Mel,
Les contes en flag de Mag, quitter le purgatoire, crier Victoire !
Les bureaux sans So ni Po, j’y divague, tout ça n’est qu’une sale blague.

Vivement demain qu’on remette une cartouche !

Envie encore d’entendre mon père râler qui trop vite s’en est allé,
Envie de voir mes poussins pousser sans barrière ni horaires,
De pouvoir rêver de lendemains lessivés au teint ravivé,
De toi, mon tuteur, mon hacœur, mon lover enjoliveur d’humeur…

Vivement ce soir ta bouche !

On ne va pas en faire tout un fromage !

(A toi, papa, tu l’aurais aimé, celui-là…)

J’étais beau-fort, des pattes d’ours, un cœur de lion, mais, par un caprice des dieux, un soir, j’ai glissé sur la chaussée aux moines.
D’égoutté, me voilà déjà emballé. J’étais pourtant pas pressé.
Toute la bande des Saints était là pour m’accueillir, Félicien, Marcellin, Moret, Nectaire et même Honoré. “Mmm. Pas sûr que ce soit de bon agur, tout ça…”
Ce qui devait être un curé nantais, vu sa tête de moine, s’avança… Il se faisait appeler Petit Billy. J’avais toute une bactérie de questions à lui poser.
– Je vous en brie… me dit-il, sans doute enrhumé.
– J’ai leerdammer, hein ?
– Rouy, on peut le dire.
– C’est étrange, moi qui pèse d’habitude une tomme, je me sens tout affiné…
– Et oui, ici, corps, emmental, tout est allégé !
– Je savais mon temps comté, je suis un vieux pané de la dernière pluie, mais êtes-vous bien sûr que c’était mon tour ?
– Appenzeller que c’est la bonne heure, oui.
– Ah… et cheddar, là, pour demander un peu de rab ?
Le voilà kiri.
– Tartare donc… Et où sommes-nous ?
– Entremont et maroilles, entrammes et pouligny Saint Pierre, plus exactement au palet du Maursois.
– Hum… Salers sympa, cantal la déco, je ne suis pas sûr d’être fan, c’est assez rustique. A vrai dire, ça casse pas des briques, si je peux me permettre, tout ce bleu…
– Avec le temps, vous apprécierez le camaieu, bleu de Termignon, de Gex, de Bresse, des Causses, d’Auvergne…
– Marbleu, n’en jettez plus !
C’est à cet instant que je reconnus Madame Loïk et sa silhouette rondelé. Elle était pourtant passée soumaintrain, si mes souvenirs sont bons. Elle faisselle qui m’a pas vu… C’est curieux, devant cette belle des champs, moi qu’on surnommait le roquefort, je ne sens plus trop ma bûche… P’tit Louis, face à ce nouveau munster, vint m’éclairer :
– Vous verrez, elle est encore mimolette, votre briquette, mais bientôt elle sera toute fondue !
Je lait cru, il avait l’air sancerre.
– L’époisses ! Plus de baby’belle… 
– Banon. Mais vous verrez, il y a d’autres plaisir qu’au (chab)lis, et en abondance ! Ça chaumes pas ici !
– Une vie sans c’edam, c’est pas une vie…
– Ça y est… ça rentre…
– Mais tout s’explique : il y a erreur sur la personne !!! Sans vouloir vous offenser, moi, je crois en Gouda !
Le per’sillé par le toupin de ce trou du cru, ne trouva rien à r’étorki.

Il en manque un à la pelle !

Quelqu’un l’a vu passer ? Je commence à m’inquiéter…

– Bouge pas, Jean est allé voir du côté Dujardin… Ah bah non, rien.
– J’entends pourtant du bruit dehors…
– C’est José qui Garcia moto.
– Parfait, on ne sera pas de trop pour le chercher.
– A tous les coups, il est coincé quelque part..
– C’est bien possible, j’ai demandé à mon Père si ça bouchonnait sur la route et Guy m’a répondu que les voies étaient en effet impénétrables.
– Mais tu le connais, il suffit qu’il se prenne la transversale, en une-deux il est là, hein Oliv ?
– Si ça se trouve, il est confiné, vu son âge…
– Tu crois ? Stéphane, tu connais le chemin de (sa) Groodt ?
– Euh, oui, c’est vers la si-Berry, mais Richard en revient, et elle était vide.
– C’est pourtant pas son genre de manquer le gâteau !
– Surtout quand c’est Michel qui l’a fait…
– Sarran dingue cette histoire !
– Si ça se trouve, il l’a choppé, le virus, et avec son âge…
– Alors si Michel Cymes ! On est mal Barr !
– Jean-Marc, tu peux vérifier quand même?
– In nomine Patris, et Filii, et Legitimus et tutti quantus !
– Pascal, dis à ton Père de se taire, il va nous porter la poisse !
– Je commence à me faire du Souchon…
– Du souchon ?
– Alain, explique-lui !
– Bah, elle se fait du soucis et du mouron tout à la fois ! Etymologiquement, c’est discutable…
– OK Alain, la sémiologie, pour l’heure, c’est le cadet Roussel de nos soucis.
– Faut passer à l’attaque, Louise !
– Olivier, mets ton a’Norek – c’est pas le Foe(h)nkinos dehors, mais le mistral glacial – et vas voir, avec David, au village…
– Pendant ce temps, Jean-Louis pourrait se faire la banlieue, celle qui est au Bor(d)loo, il connaît le plan par cœur…
– Si ça se trouve, il est juste caché, même si c’est plus de son âge…
– Allez Mémé, on compte jusqu’à 3 et il va sortir, c’est sûr…
– Et 1 et 2 et…3 !
– Zéro ! Leconte est bon, mais ton truc, ça ne marche pas, Patrice ! T’as autre chose à proposer ?
– Y’a encore le temps additionnel, hein Oliv’ ?
– D’autant que le gâteau commence à s’affaisser…
– Ah… Si c’est pour la fessée… j’suis partant !
– Milo, la fée C. (qui témoigne à visage couvert, mais seulement le visage…), c’est pour plus tard !
– Pfff, vous êtes pas Manara les gars, ce soir…
– Si jamais, j’ai le 06 du père Fouettard : avec lui, la fête sera plus folle ! J’dis ça…
– Claus toujours !
– Quand on parle du loup…
– On en voit…
– Milo !!! On en voit : la barbe !
– Tous au gâteau ! Quelqu’un à vu la pelle ?
– Bouge pas, Jean est allé voir du côté Dujardin…

Carton plein

Carton plein

J’en ai vu défiler depuis le temps, des petits et des grands, des complètement perchés et des bas de plafond, des prétentieux clinquants et des prétendus craquants, des vieux dans leur jus et des miteux mal ravalés, des libres et des bien trop occupés, des bons coups, tout équipés, service 3 pièces rutilant, et des cabossés, les parties bien trop communes défraîchies par les années, des charmants, des vides, des canons, des insipides, des qui voient loin, des étriqués…
A croire qu’ils n’attendaient que moi, avec leur petite annonce aux photos retouchées… A chaque fois, j’ai fait un carton, voire plus.
Et puis, il y a eu lui. Ça faisait un bail que je n’avais pas ressenti ça… Dès que je l’ai vu, au coin de la rue, ça a été l’ascenseur émotionnel, direction le 7e ciel sans passer par le palier de décompression. Les clés du paradis poireautaient au bout de la carotte. Pas pour longtemps.
Ni une, ni deux, j’ai mis tout le monde au balcon : pas question de faire tapisserie. A peine le temps d’opérer un rapide diagnostic in situ… performance chéckée, énergie au taquet et tout le tremblement… Reste l’amiante, et là, c’est ma réputation qui est en jeu. Loué soit-il ! Il est vendu ! Le con promis, c’est pour moi. Emballée, c’est posé, ça va déménager.

Pin It on Pinterest