Richard Sève, Chocolatier

Richard Sève, Chocolatier

CHERCHEZ LA FEVE !

TARTES À LA PRALINE, ENTREMETS OU MACARONS, LES PÂTISSERIES DE LA CÉLÈBRE MAISON SÈVE NOUS FONT TOUJOURS AUTANT CRAQUER. MAÎTRE POUR RÉVEILLER LES PALAIS, RICHARD SÈVE EST AUSSI RECONNU « CHOCOLATIER INCONTOURNABLE » PAR LE CLUB DES CROQUEURS DE CHOCOLAT EN 2016, PLUTÔT BALAISE !

Enfant, il faisait des gâteaux, au chocolat bien sûr ! 40 ans plus tard, il en tire la couverture. Tout juste diplômé, c’est en 1991 qu’il rachète, avec son épouse Gaëlle, boutique et labo d’une pâtisserie chocolaterie réputée de Champagne-au-Mont-d’Or, et au boulot ! Le chocolat ? Ça le passionne, il le façonne, alors le fabriquer un jour, forcément ça le titille. Après 26 ans de renommée pérenne, le couple ose enfin, et quel projet dantesque ! En 2017, Limonest voit pousser Musco, un espace de 1 500 m2 consacré au chocolat. Moitié musée, moitié labo de production, c’est parti pour une visite en totale immersion.

PLANT’ACTION !

Le bruit des vieilles machines d’époque, juste retapées, annonce la couleur : on plonge dans l’histoire, celle des Mayas, de la symbolique Aztèque, celle des origines ethniques qui ont conduit la fève à son état de grâce actuel.
En vrais aventuriers du cacao, on découvre les dessous des plantations discrètes d’Amérique du Sud et d’ailleurs, le par- cours d’une cabosse ouverte, les fèves prêtes à sécher, puis fermenter, avant d’être conditionnées dans des sacs en toile et d’embarquer chez les artisans chocolatiers, se faire une beauté ! Gaëlle et Richard font le voyage outre-Atlantique en moyenne deux fois par an et alimentent leur musée en sou- venirs grandeur nature, vases et coupelles Maya, masques du jaguar ou amulettes, la déco est totale raccord.

Mais une fois la théorie passée, on rentre dans le vif du sujet : la fabrication. C’est là que Richard et son équipe transforment les fèves. Avec des caméras embarquées au cœur des machines, du concassé à la pâte cacaotée, on nage en plein bean to bar, et surtout, on goûte toutes les étapes : amer, craquant, crissant et puissant… Surprenant, c’est le moins qu’on puisse dire. Une fois la visite bouclée, on s’attable et on déguste. 14 crus classés du plus sucré au plus brut attendent d’être dévorés…

Si vous ne trouvez pas la fève, vous le faites exprès.

©Studio Erick Saillet

 

Femmes aux sommets

Femmes aux sommets

DROLES DE DAMES

LES FEMMES CHEFFES, EN CUISINE COMME À LA TÊTE D’ÉTABLISSEMENTS PRESTIGIEUX, SONT DE SACRÉES NANAS ÉVOLUANT DANS UN UNIVERS MACHISTE. ALORS QUAND ON A LA CHANCE D’EN ACCUEILLIR EN SAVOIE, ON APPLAUDIT.

Fanny Rey et Hélène Darroze
Séverine Petitlaire et Adeline Roux

Après Flora Mikula qui s’installe au Soleil d’Or à Megève, Fanny Rey, élue «femme chef de l’année» 2017 et finaliste de la sai-son 2 de «Top chef», s’installe à la Sivolière à Courchevel. C’est la première femme cheffe étoilée de la station.
A Val d’Isère, deux autres drôles de dames font la joie de la station. Séverine Petitlaire, actionnaire et dirigeante, est une transfuge de Courchevel, dont elle fit les beaux jours à la tête du palace les Airelles. Connue de la jet set sous le nom de Mademoiselle, elle compte bien utiliser son carnet d’adresses. Elle a d’ailleurs su convaincre Hélène Darroze de la rejoindre. La très médiatique cheffe (Top Chef) a repris le concept et le nom de son restaurant parisien le Joia. La différence : une terrasse de 860 m2, où l’on peut servir 340 convives, au pied des pistes, sur fond de musique lounge.
Au bord du lac, à Tresserve, on attend avec impatience l’ouverture de l’hôtel L’incomparable, un 5 étoiles grand luxe. Là aussi, ce sera une dame aux commandes. Adeline Roux, une ancienne de grands groupes hôteliers et de l’Office de Courchevel pendant 9 ans, compte bien, elle aussi faire briller la Riviera des Alpes.

©Stéphane de Bourgies / ©Nicolas Buisson

 

Cité de la gastronomie

Cité de la gastronomie

MANQUE DE CUISSON

LA CITÉ INTERNATIONALE DE LA GASTRONOMIE SEMBLAIT TAILLÉE SUR MESURE POUR LA CAPITALE DES GAULES, ÉLITE DE LA RIPAILLE. SAUF QU’ON EST RESTÉ SUR NOTRE FAIM, L’ESTOMAC GARGOUILLANT… ON VOUS EXPLIQUE POURQUOI.

En octobre dernier s’ouvrait à Lyon le premier des quatre établissements du réseau des Cités internationales de la Gastronomie, ces équipements culturels et d’éducation visant à mettre en valeur le repas gastronomique des Français, inscrit à l’UNESCO. A chaque ville, Paris-Rungis, Dijon et Tours, sa propre thématique. Lyon s’est vue charger d’«éclairer les liens entre Alimentation, santé et nutrition». Dont acte. L’addition, elle, a été réglée par l’Etat, la Métropole et la Ville de Lyon, ainsi que 11 mécènes ayant financé 11 des 20 millions d’euros requis. A la manœuvre, le groupe espagnol MagmaCultura. Pour le dressage, l’agence britannique Casson a réalisé la scénographie des 4 000 m2 se décomposant en six espaces du parcours permanent et des expos temporaires. Passons à la dégustation…

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BON APPÉTIT… D’OISEAU !

De façon générale, le choix de contenus qui a été fait vise le très grand public. Les plus avertis auront du mal à se sustenter de ce qu’on leur sert. Précisons que nous n’avons pas testé le volet «dégustation» de la Cité, dégustation qui n’est pas distillée au cours de la visite, mais qui fait l’objet d’espaces à part, sous les toits, en compagnie des chefs. Pour profiter de leur science, les voir travailler et goûter à leurs plats, il faut ajouter 12 € au prix de l’entrée qui est déjà de 12 €, et se pointer aux bons horaires. La visite simple, elle, ne sollicite guère les sens. Aïe !
Alors certes, l’emballage est beau, la Cité a pris ses quartiers dans la partie la plus ancienne du Grand Hôtel-Dieu datant du XVIIe siècle, mais l’approche retenue par la Cité -à la fois musée, lieu d’expo, de conférences et table- accentue l’impression de saupoudrage, renforcée par un recours excessif au numérique. Dès l’inauguration, les discours prévenaient que le lieu «allait monter en puissance», qu’il convenait de «l’inventer ensemble», forme d’aveu sur l’incomplétude du format de démarrage.

©Thierry Fournier/Métropole Lyon
© Geoffrey Reynard

SAUTEZ L’ENTRÉE !

Dans la première salle «Bon appétit !», on slalome entre les silhouettes en carton de la Mère Brazier, de Paul Bocuse sur lesquelles il faut se courber pour déchiffrer des textes. Gadgets recréés en version arts plastiques cheap, assiettes de dînette toc où figurent des recettes cultes de chefs de la région et faux bruits de mijotement: navrant. Vite, passons à la suite.
On progresse dans le magnifique bâtiment chargé d’histoire et justement, on tombe sur la collection des pots d’apothicaires des Sœurs qui préparaient potions et médicaments pour les malades de l’Hôtel-Dieu, mais aussi pour les Lyonnais jusqu’en 1942, année de sa fermeture. Ce sera le seul vrai espace muséal du parcours. Des instruments médicaux anciens servent à évoquer, rapidement, l’excellence de la médecine lyonnaise et de ses ténors : Marcel Mérieux et sa microbiologie, Etienne Destot, père du premier service français de radiologie… Peu de liens sur l’alimentation et la santé, un peu d’histoire sur feu l’hôpital et c’est déjà fini.
Dans l’espace «A table !», qui présente les produits du terroir rhônalpin dans une ambiance «marchés», les installations vidéos empiètent les unes sur les autres. Trop de bruit. Des quizz, des recettes sous forme de jeux. La Cité semble avoir une peur bleue d’ennuyer et préfère zapper, surjouer le ludique. Sauf qu’on n’a pas 5 ans.
Dans la salle du Conseil, le visiteur est invité à s’asseoir pour feuilleter une gazette, tapoter sur des tablettes et découvrir des interviews d’experts sur l’alimentation de demain. Dans une aile voisine, «l’Atlas mondial de la gastronomie» prend la forme d’une ribambelle d’écrans tactiles. Les thématiques développées sont intéressantes, comme ce chapitre consacré à la représentation de banquets historiques tels que les peintres les ont croqués au fil des âges. Pourtant, l’absence de supports autres que tactiles, nul tableau ni tapisserie, décourage de creuser le sujet.

MINI LAS VEGAS

Une volée de marches plus loin, voilà la Gastroludothèque. Miam ! Miam ! Réservée aux enfants. Couleurs artificielles, lumières crues, écrans géants… D’accord, il y a de l’interactivité, mais quelle drôle de représentation de l’alimentation, quasi uniquement design, voire plastique, à transmettre aux bambins !
Verdict ? La Cité de la gastronomie souffre des mêmes tares que l’Hôtel-Dieu : un site lisse, formaté, commercial, surtout destiné aux touristes, à la clientèle business. Mais les artisans du projet, encore en rodage, ont conscience de ses limites et s’activent à lui donner plus d’épaisseur. Des chefs et pays invités doivent notamment pimenter l’offre. Attendez donc encore un peu avant de vous y rendre.

 

+d’infos : http://citegastronomielyon.fr

 

Nathalie Helal, le goût dans l’écriture

Nathalie Helal, le goût dans l’écriture

A VOS TABLETTES !

SI CETTE FEMME N’EST PAS GOURMANDE, JE JETTE MON TABLIER ! LA TÊTE DANS LES ARCHIVES ET LES PAPILLES AU TAQUET, NATHALIE HELAL, SPÉCIALISTE DE L’HISTOIRE DE LA GASTRONOMIE, MET SA PLUME AU SERVICE DES ALIMENTS STARS, ET SE LANCE À L’ASSAUT DU CHOCOLAT : À TABLE !

En 25 ans de journalisme culinaire, plonger dans les entrailles des us et coutumes est devenu son quotidien. Souffler sur la poussière des vieux bouquins, gloutonner les infos et dénicher le croustillant, c’est son credo. Avec plus de 30 livres au menu, dans son dictionnaire exquis du chocolat, elle révèle le fruit de ses investigations, anecdotes, antidotes et petits secrets : le cacao montre pâte blanche. Entre deux dédicaces au Festival Toquicimes à Megève, elle me sert quelques miettes de l’épopée fantastique d’une fève laissée longtemps au placard. Pas de quoi en boire la tasse, mais m’ouvrir l’appétit, c’est garanti !

Activmag : Dans vos ouvrages, qu’est-ce qui vous pousse à choisir un aliment en particulier ?
Nathalie Helal :
Tout prend son intérêt quand il y a une histoire, et le chocolat en raconte une incroyable… Rien que ses débuts sont savoureux : il était sacré pour les Aztèques, quand il a été découvert par les conquistadors en quête du Nouveau Monde. Ces derniers cherchaient de l’or et quand ils sont tombés sur le chocolat, ils n’en ont pas tout de suite compris la valeur. Ils l’ont même méprisé. Selon la légende, l’équipage de Colomb pensait que les fèves étaient des «amandes» insignifiantes, voire des crottes de chèvre qu’ils rejetaient par-dessus bord. Il a fallu attendre l’arrivée du conquistador Hernán Cortés, en 1519, qui lui, en a perçu le potentiel. Ayant observé l’empereur aztèque Moctezuma stocker les fèves dans son palais et boire la boisson qu’il en tirait dans des coupes en or massif, difficile de ne pas en saisir la richesse, et à tout point de vue…

Aztèques préparant le chocolat, dit xocoati

Parce que son usage ne se limitait pas au culinaire ?
C’est exact, les fèves servaient de monnaie pour les Aztèques. Le cacao était également utilisé lors de rituels de sacrifice, teint avec du roucou, une plante tinctoriale qui lui donnait un aspect sanguinolent. Il n’inspirait pas toujours confiance !

Comment a-t-il conquis le monde ?
Par miracle, on peut le dire ! Ce sont des religieux espagnols, implantés au Nouveau Monde, qui ont eu l’idée de rajouter du sucre pour la première fois et d’aromatiser avec de la vanille et de la fleur d’oranger. Avant ça, il était bien trop amer pour être apprécié par des bouches occidentales. Aussitôt, la boisson se métamorphose et devient emblématique au sein de l’aristocratie dans les cours européennes. Puis le chocolat est devenu remède. D’ailleurs, les premiers grands chocolatiers étaient des apothicaires, comme Sulpice Debauve, qui fabriquait des chocolats médicinaux pour Marie-Antoinette, d’autres lui donnaient des vertus aphrodisiaques ou vivifiantes, on pourrait en parler des heures…

La tasse de chocolat, 1768, de Jean-Baptiste Charpentier le Vieux

Selon la légende, l’équipage de Colomb pensait que les fèves étaient des «amandes» insignifiantes, voire des crottes de chèvre qu’ils rejetaient par- dessus bord.

Mais le devoir appelle Nathalie, me laissant, malgré elle, sur ma faim. Gourmande comme pas deux, je pousse ma curiosité et épluche deux trois pages du bouquin laissé sur la table, pour déguster quelques bribes d’infos craquantes supplémentaires…
Booster la libido du Marquis de Sade, de Madame du Barry ou de Casanova, c’est une chose. Mais le chocolat en a vu d’autres ! Il est sauvé des mauvaises mœurs par Joseph Fry, au XIXe siècle, qui casse les traditions libertines en transformant l’aliment en gourmandise d’enfant. A croquer ou en copeaux saupoudrés, le cacao met la luxure aux oubliettes. De la première barre chocolatée emballée Milky Way outre-Atlantique, en 1928, au «chocolat de la défonce» gavé d’amphétamines et distribué aux soldat allemands, des inspirations littéraires de Roald Dahl avec son «Charlie et la chocolaterie» au 25e anniversaire du Salon du Chocolat fondé par Sylvie Douce et François Jeantet, le petit carré a envahi la planète. Suisse, Belgique, Hollande, Japon… l’Amérique du Sud restant le terroir des plus beaux joyaux, là où démarre l’histoire, là où les plus belles fèves finissent sous les mains des artisans chocolatiers experts. Une chose est sûre, le chocolat n’a pas fini de se créer un nouveau monde…

 

+d’infos : instagram : nathaliehelal
Dictionnaire exquis du chocolat, aux Editions Albin Michel

© Astrid di Crollalanza

 

Des étoiles aux sommets

Des étoiles aux sommets

GIBOULEE DE CHEFS

ON NE COMPTE PLUS LES GRANDS CHEFS PARISIENS DÉBARQUÉS EN STATION CET HIVER. PAS POUR SE RAPPROCHER DES ÉTOILES : EXIT LES TABLES NAPPÉES ET LES SERVEURS COMPASSÉS, ILS ONT CHOISI À UNE OU DEUX EXCEPTIONS PRÈS, DE PRATIQUER UNE CUISINE BISTROT RAFFINÉE.

Eric Frechon (©Laurence Revol)

A Megève, le chef parisien du Bristol, Eric Frechon, MOF et 3 étoiles au Michelin, prend les commandes des cuisines de la Ferme Saint Amour. Discret, avec un CV à faire pâmer plus d’un, il a été convaincu par le groupe d’Annie Famose, double médaillée olympique aux JO, de s’impliquer dans le projet. Eric Frechon a repoussé les fioritures et les ors des palaces, pour aller droit au but : une cuisine traditionnelle savoyarde revisitée. “Il n’y a que ça de vrai, s’imprégner des lieux”.

Flora Mikula

Toujours à Megève, le Soleil d’Or, le plus vieil hôtel de la station, fermé depuis des lustres, a été totalement revu et corrigé. Un roof top très tendance, une chocolaterie, une vue sur tout Megève, que demander de plus sinon un restaurant digne de ce nom. Flora Mikula, cheffe de l’année 2009, a quitté son restaurant parisien (L’Auberge de Flora) pour une cuisine des Alpes. Elle a misé sur une table conviviale, reprenant les produits locaux. Loin de se lancer dans la fondue, elle a inscrit à la carte son soufflet culte (entre autres). “Je fais ce que je sais faire, une cuisine abordable autour du bon produit”.

Edouard Loubet

Edouard Loubet, le Savoyard de l’étape, deux étoiles au Michelin, a délaissé son fief de Lourmarin, le temps d’un hiver. C’est à Megève, au M qu’il pratique une cuisine bistronomique, gourmande et savoureuse. A croire que la station haut-savoyarde attire irrésistiblement cette année.

Antoine Westermann

Il n’y a pas que les Parisiens qui sont attirés par les Alpes. Un Alsacien célèbre, Antoine Westermann 19/20 au Gault et Millau, 3 étoiles au Michelin, et surtout connu dans le monde entier pour ses multiples restaurants, rejoint La Mecque du ski pour mettre la main aux fourneaux. A l’Armancette, un nouvel hôtel proche de Chamonix, il sert une cuisine de terroir, qui fait le bonheur des alpinistes affamés.

Peter Riedijk (©four d’images)

Chaque année, Courchevel remplissait les colonnes des magazines avec ses nombreuses nouveautés. Cette année, la station ne connaît que peu d’arrivée mais un départ de taille. Gatien Demczyna, 2 étoiles au Michelin au K2 Altitude, a préféré rendre son tablier. Loin des paillettes de Courchevel, il est le chef du Cloître, au couvent des Minimes (Alpes de Haute Provence). A sa place, Pieter Riedijk, belle toque hollandaise, retrouvera la cuisine de montagne qu’il a pratiquée 7 ans avec Emanuel Renaut… à Megève.

 

Saga maisons centenaires Pochat, 101 ans

Saga maisons centenaires Pochat, 101 ans

BIG CHEESE !

DU REBLOCHON À PLIER AU BEAUFORT EN ABONDANCE, IL EN A COULÉ DU LAIT SOUS LES PONTS DEPUIS 3 GÉNÉRATIONS. UNE TOMME APRÈS L’AUTRE, LA FAMILLE POCHAT A BIEN ROULÉ SA MEULE ! EMBALLÉE, BIEN AFFINÉE, C’EST DANS LA BOÎTE : DITES CHEESE !

Les trois générations Edouard, Pascal (enfant) et Paul Pochat

Le guide de la « visite », c’est Pascal Pochat, le petit-fils du fondateur Edouard. L’homme sait de quoi il parle : “On (enfants et petits-enfants d’Edouard, ndlr) trempait là-dedans toute la journée ! On habitait sur le lieu de travail des parents, ma mère était dans les bureaux, mon père s’occupait des caves, le grand-père gérait en patriarche toute la musique et notre grand-mère nous faisait faire les devoirs, nous donnait le goûter et après on allait plier le Reblochon. On avait un tableau sur lequel on marquait combien on en avait plié. A quinze ans, j’ai fait mon million et j’ai eu mon vélo huit vitesses Libéria !”

CARRIOLE ET SIDE-CAR

Précis, glissant çà et là des expressions de la Yaute mêlées à quelques traits d’humour, celui qui s’occupe des relations avec les agriculteurs et les producteurs depuis le rachat de l’entreprise familiale par Lactalis (en 2005) est fier de ses aînés. A commencer par son grand-père : “Il était fils d’agriculteurs au Grand-Bornand. Au retour de la guerre, comme ses parents ne pouvaient pas lui donner du travail, il se prê- tait à toutes les tâches qu’on pouvait lui confier.” En mai 1919, il accepte d’aller vendre à Annecy les Reblochons restés sur les étals du marché du Grand-Bornand. “Il est descendu à pied avec la carriole. Il a fait la sortie des usines et les a tous vendus. Puis, comme ça a pris un peu d’envergure, il a troqué sa carriole contre un side-car !” .
Méthodique, Pascal déroule le fil de l’histoire : la première crémerie, avenue de Genève ; la rencontre avec sa grand-mère (seconde épouse d’Edouard Pochat) dans les champs situés, à l’époque, à deux pas de là ; la création de la marque Pointe Percée (1924) ; la première fromagerie avenue de Mandallaz, près des anciens abattoirs, dans une ancienne savonnerie qu’il a transformée (1930). “Comme les camions n’arrivaient pas à accéder à la propriété, ils se garaient le long du Bar des Négociants. Nous, on faisait des allers-retours avec nos camionnettes pour les décharger et après on allait boire un canon”.

Le Grand-Bornand, jour de marché sur la place, début XXe.

NOUVEAU DÉPART

C’est le père de Pascal, Paul, successeur d’Edouard en 1979, qui décide de faire construire les actuels locaux à Annecy-le-Vieux, aux Glaisins. “Nous étions la troisième construction : il y avait les cafés Gallay, les meubles Genans et nous. A partir de 1983, c’est là que l’entreprise se développe véritablement : « Quand on est jeune et qu’on a du gaz, on a envie de faire bouger les choses ! » Paul élargit la gamme des fromages, il ajoute le Beaufort puis l’Abondance au Reblochon et finit par accepter de mettre un pied dans la grande distribution (1984). «Finit» parce que «au début, il ne voulait pas en entendre parler !». Question de principe ! Et puis… Paraît-il qu’il avait juré à son copain d’école, Marcel Fournier, fondateur de Carrefour, qu’il ne lui vendrait jamais de fromages !
Pochat & Fils devient fabricant en s’associant, aux côtés d’Entremont, avec Les fermiers savoyards à Frangy. “C’étaient des gros faiseurs de tomme, Reblochon, Emmental et raclette, tout ce qui nous va bien !” Pochat & Fils peut désormais répondre à la demande des grandes surfaces, sans renier les crémeries qui lui font confiance de longue date, tout en continuant à «vendre la Savoie» et compléter son plateau de fromages. Deux ans plus tard, en 1991, Pascal succède à son père. Paul est parti en trois jours, son fils a 36 ans. Il reprend le flambeau sans tergiverser : “Dans ces cas-là, on ne discute pas, on agit”.

Pascal Pochat

QUAND ON AIME…

Pendant les quatorze ans où il est aux commandes, Pascal fait à son tour fructifier l’héritage et ne s’économise pas. Digne fils de son père, il se bat pour faire connaître et reconnaître «la marque». “Je ne mets pas mon pantalon pour les supermarchés, mais pour moi !” Et à propos d’héritage ? “C’est toujours difficile de marcher dans les traces de celui qui vous précède. Mais on a le devoir de faire fonctionner le sujet. On veut aussi montrer qu’on peut faire un peu différemment, amener sa petite recette, toujours en faisant avancer l’entreprise.” Quand il regarde dans le rétroviseur, le petit-fils d’Edouard est «content» : “On a fait un beau parcours. On est devenu des leaders, mais sans aucune prétention. Faut rester humble : on trouve toujours des gens bien mieux que soi ! Et puis, la passion ça se développe, au début vous tâtonnez, vous essuyez des échecs et après ça vous transporte. Quand on aime, y’a pas de peine !”

Les trois générations Pochat

Edouard Pochat n’a pas seulement transmis à ses fils et petits-fils sa passion pour les fromages de Savoie, il les a aussi chargés d’une mission : défendre leur qualité et les promouvoir. L’aïeul peut être satisfait : aujourd’hui, Pochat & Fils travaille avec près de 300 exploitations, huit coopératives de Beaufort et une trentaine de producteurs de Reblochon fermier. Parmi la trentaine de fromages estampillées Pochat & Fils : trois références IGP, cinq AOP de Savoie, cinq médailles au concours général agricole 2019 (Paris), dont l’or pour l’Abondance laitier AOP, soit douze médailles décrochées en cinq ans.

Tomme de Savoie
Reblochon fermier
Beaufort (©Gilles Bertrand)

En écoutant Pascal Pochat, on se demande si finalement sa fierté n’est pas ailleurs… Son nez ! Amis et clients ont essayé, personne n’est arrivé à le piéger ! Mettez-lui un panier de Reblochons «tous nus» devant lui, il vous donnera le nom de chaque producteur, rien qu’en les sentant. “Tous les automnes, au Grand-Bornand, à La Clusaz et à Thônes, il y a des foires avec des concours de Reblochons. On m’a mis dehors des jurys parce que je reconnais les fromages ! Les organisateurs ont peur que je favorise untel ou untel.”

 

N.B. : En 2018, Pochat & Fils enregistre 80 M€ de chiffre d’affaires grâce à 290 salariés (dont 80 à Annecy-le-Vieux), répartis sur six fromageries et caves en Haute-Savoie.

 

+d’infos : http://pochat.com

 

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