mode : emma bruschi

mode : emma bruschi

Il n’y a que paille qui m’aille

Gestes du passé et blé tressé, en novembre dernier, Emma Bruschi a cueilli le jury du Festival International de la mode d’Hyères. Dans son atelier genevois, elle imagine en effet un vestiaire bucolique, au carrefour de la mode, de l’artisanat et de l’agriculture. Une envie de nature, épi c’est tout !

Ado, quand on lui demandait ce qu’elle voulait faire, elle a longtemps répondu : “des études de commerce”. Pour botter en touche. “Parce que si on répondait quelque chose de trop original, il fallait s’expliquer, ça attirait l’attention.” Tout ce qu’Emma la réservée voulait éviter. Elle savait pourtant depuis longtemps qu’elle fabriquerait des choses, et que c’est dans le textile qu’elle trouverait le plus de possibilités de s’exprimer. Ce qu’elle ne savait peut-être pas, par contre, c’est qu’elle ferait elle-même pousser sa matière première. En 2020, avec l’aide de son oncle, et sur une parcelle familiale près de Rumilly, elle a en effet planté du seigle. Du seigle ? Pour faire des vêtements ? De la paille de seigle qu’elle travaille au crochet, tout à fait ! Et à moyen terme, Emma aimerait produire ses céréales et pourquoi pas de la laine, du mohair, du cachemire… Parce qu’elle aime utiliser ses propres matériaux, “les voir pousser, travailler avec le vivant”.

VISER JUTE ET AVOIR GRAIN DE CAUSE

C’est dans la ferme savoyarde de ses grands-parents que les idées de cette jeune créatrice de 27 ans trouvent leur origine. Enfant, elle y passe toutes ses vacances. Au milieu des cochons, des chèvres, des lapins, elle participe à la récolte des pommes de terre, à la fabrication du cidre ou du vin. “Ils vivent presque en auto-suffisance, ils ont tout fabriqué et ils savent tout faire : ma grand-mère tricote, coud, mon grand-père fait de la vannerie. J’avais envie de réhabiliter ces savoir-faire, les matériaux, les machines et les gens qui gravitent autour.” A l’Ecole Supérieur des Arts Saint Luc de Tournai, en Belgique, où elle passe sa licence de stylisme, on lui fait comprendre que son approche n’est pas très moderne : “c’était un peu un sujet de conflit, mais j’ai quand même pu développer mon univers. En dernière année, j’ai même fait une collection autour de l’agriculture urbaine, en récupérant des bleus de travail et de la toile de jute.
Très vite, et à la différence de ses copines de promo, elle sait qu’elle ne veut pas travailler comme designer pour une marque, se voit bien créer son propre métier. Un Master à la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) de Genève affûte son approche de la direction artistique : “c’était très professionnalisant, pendant deux ans, je n’ai fait que ça, je n’avais pas de vie à côté, mais j’ai appris à communiquer et à travailler avec d’autres artisans.” Un vannier, une fileuse de laine, qu’elle a notamment rencontrés grâce au Strohmuseum de Wohlen (Argovie)… Et oui, en Suisse, la paille a son musée, car, produite en masse, elle y fut la base d’une industrie florissante d’exportation des tresses à chapeaux aux 18 et 19e siècles.

AGRI-COUTURE

C’est d’ailleurs un chapeau que fabrique Emma en nous racontant son histoire, avec des « tortillons », soit de la corde de paille de Wohlen. Mais elle décline également ces fibres en bijoux. Au Festival d’Hyères, ses boucles d’oreilles oversized en forme de croix lui ont valu le prix des métiers d’art de Chanel, mais toute sa collection a attiré l’attention.
Une collection Homme plutôt androgyne : “j’étais partie sur des modèles Femme, mais je faisais les essais sur mon copain et j’ai trouvé que ça apportait quelque chose de nouveau, plus de fraîcheur.” Côté matières, du naturel évidemment, et de la seconde main : du raphia brodé sur de la paille ou du seigle crocheté, des caleçons tricotés ou d’anciens draps transformés en chemises et tuniques. Côté motifs, du naïf et de la toile de Jouy revisitée, inspirée des gravures de l’Almanach Savoyard. En se plongeant dans l’incontournable revue régionale, hommage rendu aux traditions locales et aux métiers d’antan, elle a en effet retrouvé non seulement l’univers de ses grands-parents, mais celui de toute une génération, “un artisanat lié au temps, aux saisons, loin de la mode actuelle”. Ce qui n’a pas empêché cette passionnée de bio-technologies, auxquelles elle a consacré un mémoire, d’explorer aussi de nouvelles matières, comme un cuir de kombucha, issu d’une fermentation de bactéries, et sur lequel elle a imprimé des extraits de l’almanach.
Grâce à Hyères, Emma a gagné énormément de temps et reçu beaucoup de propositions : un budget pour travailler avec une maison d’art, très certainement le prestigieux plumassier Lemarié, un projet pour une ferme au Maroc et une collaboration sac et chaussures avec une créatrice parisienne réputée écolo et décroissante. “La préoccupation pour l’environnement fait de plus en plus partie de notre vie, ce n’est plus seulement un positionnement. Plus on apprend comment sont faits les vêtements, plus on connaît les rouages, plus on est confortés dans ces choix. Evidemment, ce travail autour de mes grands-parents rejoint l’écologie, le local, le lien avec les gens, mais tout ça me plaisait avant que je sois consciente des scandales de l’industrie textile, et mon moteur reste avant tout l’émotionnel.

+ d’infos : http://emmabruschi.fr

photos : Cynthia Mann Amman

mode : maison alfa

mode : maison alfa

Une mode adurable…

Il y a 5 ans, au sortir de l’école, Alice Durupt créait entre Lyon et Clermont-Ferrand la marque de prêt-à-porter féminin Maison Alfa à partir de tissus délaissés. Son objectif : créer une marque durable qui dure…

A 27 ans, Alice Durupt a la tête sur les épaules, et la tête drôlement bien faite. Une vision grand angle ET réaliste de son métier, doublée d’une connaissance assez stupéfiante de sa filière. Elle ! La mauvaise élève que l’on oriente mécaniquement vers un bac pro, “en bac général, tu n’y arriveras jamais !”, clament ses profs. Elle les remercie pourtant aujourd’hui.

Alice Durupt

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

Car lorsque cette Clermontoise arrive en BTS design de mode à l’école Condé de Lyon, ses doigts ont acquis une certaine agilité grâce au Bac pro et leur propriétaire suffisamment de technique pour savoir si un dessin se transforme aisément ou non en vêtement : “Je suis passée de dernière à première de la classe ! Surtout, en faisant enfin quelque chose de mes mains, j’ai trouvé ma voie”. A telle enseigne qu’à peine diplômée, elle se lance à son compte. «Presque naïvement» et en tournant le dos à la voie toute tracée qui s’ouvre à elle : 4e et 5e années dans une grande école parisienne de couture pour décrocher, après une longue attente et de la chance puisqu’elle n’a pas de réseau, un poste important dans une belle maison de la capitale.

DEBOUT LÀ-DEDANS !

En classe, on lui a enseigné d’acheter les matières les moins chères et de produire là où la main d’œuvre l’est aussi. “L’éco-responsabilité dans la mode, en 2015, tout le monde s’en fichait”. Là encore, la styliste-modéliste opte pour les chemins de traverse. Elle se met en quête de tissus fabriqués en France, dispos en petits volumes et à des prix riquiqui, raccord avec la trésorerie encore balbutiante de sa jeune marque. Son fournisseur lui propose des fins de série – 5, 7, 8 mètres -. “Si je te fais une remise, ça t’intéresse ? Sinon direction la poubelle !”. La fille des années 90 biberonnée aux «éteins la lumière !», «coupe l’eau quand tu te brosses les dents !» se reconnaît illico dans cette façon de procéder, économe en ressources. Banco. Elle chine aussi des rouleaux d’imprimés test, placés aux oubliettes parce que le jaune n’a pas le rendu escompté. De ces tissus délaissés, placardisés, mais aux fibres nobles, la belle fait son miel. Fin 2018, 100 % des pièces Maison Alfa existent grâce à ces anciens roupilleurs.

C’EST REPARTI POUR UN TOUR !

Alice Durupt dessine toutes ses collections, soit quatre par an. Les modèles dont les coupes ont été plébiscitées accèdent au statut «d’essentiels» qui se réinventent au gré des différentes étoffes récupérées dont le tombé apporte d’intéressantes variations sur le même thème. Des tenues à la simplicité moderne, confortables, élégantes sans tapage, et qui se faufilent entre les tendances éclair.
Aujourd’hui, les couturières indépendantes basées à Lyon – une, puis deux, puis trois – peinent à satisfaire la de- mande. Les clientes, autour de la trentaine, urbaines, ont désormais le choix entre 15 modèles par saison contre 5 à 8 il y a encore quelques mois. Dans le viseur, des pulls et des manteaux pour l’hiver 2021. Pourquoi pas de la maroquinerie – en peaux récupérées, cela va de soi – Alice habitant un territoire expert en la matière, les ateliers Hermès et Vuitton sont basés dans le Puy de Dôme.
Dans la mode, il faut plusieurs années pour être rentable. Maison Alfa s’approche de ce graal, à force de persévérance et grâce à une gestion « en bonne mère de famille ». Son ambition : animer une entreprise pérenne, qui s’implante, crée des emplois, durable en cela aussi. “Je ne me brûle pas les ailes en développant des produits tous azimuts. En France, on parle beaucoup des marques qui ont cartonné en un temps record avant d’imploser en vol, cette réalité-là retenant moins l’attention. Or, ce sont rarement elles qui soutiennent l’activité économique du pays”, analyse-t-elle finement.
Vive les cancres !

+ d’infos : http://maisonalfa.com

Photos : Roxane de Almeida

mode : livy

mode : livy

A la force des bra*

*soutien-gorge en anglais – on le retrouve d’ailleurs dans le néologisme français « bralette », ce soutien-gorge léger sans armatures, alternative sexy à la brassière.

Pour affirmer sa féminité, on peut prendre les armatures, hurler à soutien-gorge déployé, jouer les gros bonnets ou monter sur le string… Lisa Chavy, elle, créatrice de la marque de lingerie Livy, fait plutôt dans la dentelle.

Lisa Chavy

Un tigre brodé au bas des reins pour un effet tatouage, des liens de passementerie et des anneaux en métal inspirés du bondage ou la chaîne dorée d’un harnais bijou, touche raffinée d’un look pointu et sauvage… Pour Lisa Chavy, la lingerie n’est pas qu’une simple pièce de tissu réduite à sa fonction de maintien, mais un accessoire de mode à part entière. « Aujourd’hui entre l’importance du mouvement nobra – qui consiste à libérer sa poitrine de l’oppression du soutien-gorge – et la chirurgie esthétique, grâce à laquelle les femmes, qui en ont les moyens, peuvent faire ce qu’elles veulent, notamment la réduction mammaire, le maintien n’est plus vraiment un sujet et on porte de la lingerie parce qu’on la trouve belle.

Pourquoi, depuis toujours en lingerie, on pense deux bretelles et une armature, c’est tellement dommage de s’être limité à ça…

Dès qu’elle a planté une aiguille dans le textile, cette Mâconnaise savait qu’elle manipulerait dentelle, corset et bonnets. “J’avais une poitrine forte et je ne trouvais pas ce que je voulais, très vite, j’ai donc eu envie de proposer des choses pour toutes les tailles et toutes les envies. Mais j’aime aussi la lingerie parce que c’est proche du corps des femmes, de leurs sentiments et puis parce que c’est très personnel : on ne sait pas ce qu’elles portent, il y a un côté assez mystérieux.” Lisa Chavy l’avoue aussi, elle aime la complication, le petit, le minutieux : “j’ai fait un bac scientifique, j’adore les maths, et dans la lingerie, il faut beaucoup de fournitures avec un assemblage au millimètre près.

©Dimitri Coste

ESPRITS DE CORPS

Très jeune, d’ailleurs, elle se passionne pour les pièces vintage, qu’elle trouve notamment dans une boutique des Puces de St-Ouen tenue par Ghislaine Rayer, la plus grande collectionneuse de maillots de bain au monde – elle en possède plus de 500 modèles -, devenue son amie. “A l’origine, la lingerie était confectionnée sur mesure, par des corsetiers, pour des gens qui avaient de l’argent. Chaque modèle ancien est donc une pièce unique, sublime, avec des broderies faites à la main.” Comme ce corset rouge d’une prostituée du XVIIIe siècle, rarissime : considérées comme des objets du vice et du péché, ces pièces étaient généralement brûlées. “J’aime les collectionner, m’en inspirer mais aussi les couper, les regarder, voir comment elles sont faites, pour faire avancer la science ! Après, j’adore aussi tout ce qui est soutien-gorge, avec une mono-armature notamment, c’est de là qu’est partie Livy”.

©Dimitri Coste

PLUS BELLE LIVY

Li-vy, contraction de ses prénom et nom, est née il y a cinq ans. Lisa est alors directrice de style pour Undiz, la filiale d’Etam destinée aux 15-25 ans. Mais avant de rejoindre le groupe français, c’est pour le spécialiste tricolore de la lingerie de luxe, qu’elle déclinait, en sous-vêtements, les créations des plus grands couturiers : Dior, Lacroix, John Galliano… “On avait accès à toutes les dernières pièces de défilé, leurs imprimés, leurs couleurs, à partir desquels on dessinait des modèles. Mais la lingerie restait toujours le dernier petit truc, et on dépendait de leurs exigences. Moi, j’avais envie d’aller plus loin, de m’exprimer par moi-même et de voir plus grand.
En arrivant chez Etam, en 2007, elle change justement d’échelle, se frotte à l’international et découvre d’autres savoir-faire : “les Chinois, notamment, restent les meilleurs en terme de technique et de qualité d’exécution, personne n’arrive à leur niveau.” Mais fille de commerçants, elle a l’entreprise dans les gènes, et au bout de cinq ans, si elle continue à dessiner les courbes d’Undiz, elle le fait au sein de son propre atelier de création, dernière marche avant le projet qui lui tient à cœur : monter sa marque. Ce qu’elle fait donc en 2016. Le crédo de Livy ? “Du luxe à un prix qui reste accessible, qui puisse descendre dans la rue, pour une femme qui peut faire ses choix, chic un jour, chill le lendemain, et qui a envie de ne pas être comme tout le monde : « tiens si aujourd’hui, je montrais mon dos ? »… Pourquoi, depuis toujours en lingerie, on pense deux bretelles et une armature, c’est tellement dommage de s’être limité à ça…

TOUT FEU, TOUT FEMME

A tout juste 40 ans, Lisa Chavy ne s’arrête jamais. Même en vacances, dans le chalet familial de Megève, où elle retrouve toute sa tribu : « on discute au coin du feu, on refait le monde, mais je ne décroche pas. En fait, je ne suis pas sûre d’en avoir besoin… » Directrice artistique et présidente de sa jeune marque, directrice du style d’Undiz et mère de deux ados, le mot « impossible » n’est pas dans son vocabulaire : « il faut accepter de ne pas tout faire parfaitement et d’avancer sans filet, mais depuis trois ans, je bosse jour et nuit, en n’accordant que peu de temps à tout ce qui est personnel, ce serait donc inconcevable pour moi de revenir vers mes enfants et de leur dire que j’ai échoué, que j’ai fait tous ces sacrifices pour rien. Je veux qu’ils soient fiers de moi. Et mes équipes aussi, je leur ai promis qu’on ferait le tour du monde ensemble et on va le faire ! ».

+ d’infos : http://li-vy.com

les Z & la mode

les Z & la mode

insta clic ça claque !

A LA RECHERCHE DU MEILLEUR ANGLE, TEE-SHIRT LOGOTÉ AU PREMIER PLAN, LA GÉNÉRATION Z NE VIT QUE POUR L’IMAGE QU’ELLE AFFICHE SUR LES RÉSEAUX. INSTA DANS LA PEAU ET AU DIABLE LES QU’EN DIRA-T-ON ! TOUS LES LOOKS SONT BONS POUR FAIRE LE BUZZ.

Smartphone pour accessoire haut de gamme, les 18-25 ans slident, zooment et scrutent le fashion bon plan. Question d’esthétique sûrement, mais pas que. Si pour leurs parents -la génération X-, le web est une sphère pratico pratique, pour eux, zoner sur la toile est leur passe-temps quotidien, et voir la vie autrement ? Même pas en rêve ! Selfies ultra léchés, follow à tout va, la beauté se joue au nombre de vues et si ça ne like pas, c’est la cata ! “Bouger leur cul le temps d’un verre, photos sur Insta, c’est obligé, sinon, au fond, à quoi ça sert ? Si c’est même pas pour leur montrer… Et puis à quoi bon. T’es tellement seul derrière ton écran, tu penses à c’que vont penser les gens, mais tu les laisses tous indifférents…” Sur ces mots d’Angèle bien taillés, déshabillons le sujet.

TAILLÉE SUR MESURE

Communication cybernétique, culte de l’apparat, les Z s’expriment depuis leur monde virtuel. Et si cette génération m’as-tu vu a la langue bien pendue, pour les X, la mode, c’est avant tout une question de bonne figure : “Je me suis fait un principe, quelle que soit la situation, d’être toujours habillée de façon impeccable pour emmener mon fils à l’école. Surtout pas de survet’ ! On ne sait pas sur qui on peut tomber : un futur client, une personne importante, il faut faire bonne impression, quelle que soit l’humeur du jour, montrer qu’on est respectable et bien dans ses baskets. C’est essentiel !” Pour Julie, 40 ans, chef d’entreprise grenobloise, s’autoriser à montrer une faiblesse ou une émotion ? Sûrement pas. Ce n’est pas dans sa nature… Et si cette génération porte encore les verrous de son éducation, chez les Z, on fait péter les coutures ! “Ils suivent sur les réseaux leur modèle et n’entendent plus rentrer dans un cadre que la société voudrait leur imposer”, explique Sigrid Vincent, conseillère en image à Annecy. “Ils sont auto-centrés et se sentent libres de faire ce qu’ils veulent ! Quand je fais des ateliers mère-fille, la maman va être raisonnable, de peur de mal faire, la plus jeune, en parfaite opposition, à vouloir agir comme bon lui semble, pourvu que ça lui plaise !” Et pour cette génération d’enfants rois, c’est logique. Allergique à la frustration, ils ne supportent ni l’ennui, ni la contrariété et vivent libres comme l’air… Et s’ils peuvent briller par-dessus le marché, c’est parfait !

INSTA STYLE !

Alors tout est bon pour « kiffer ». Influenceurs, blogueurs, séries TV, ils s’identifient et se calquent aux looks vestimentaires des figures stars. “J’adore suivre les influenceuses comme Léna Mahfouf, Léa Elui ou Stormette. Elles sont d’une aide précieuse et une inspiration quotidienne, par les nombreux styles qu’elles mélangent. Ça donne un max d’idées, c’est cool !” confie Lilou, 20 ans à Chambéry. “Et quand je publie une photo, je cherche avant tout à plaire aux gens qui me suivent. Alors j’essaie de faire comme elles…”. Et l’impact est tellement grand, que depuis une dizaine d’années, influencer est devenu un job à plein temps. Et rémunéré ! Discours copiné, partenariat avec les marques, concours à gogo et photos models, se faire plaisir à plaire en gagnant sa vie, what else finalement ? Boulimiques d’informations, obsédés par les pièces phares, les Z allouent des budgets considérables à leur garde-robe 2.0, avec une moyenne de 720 euros par an. Un constat qui n’a pas échappé à Eric Briones et Nicolas André – cofondateur de la Paris School of Luxury et spécialiste des activités digitales et social média – dans « Le choc Z » : “La génération Z n’a jamais regardé la vie sans le prisme d’Instagram. Il lui a forgé l’œil, donné des réflexes, esthétiques surtout, et trans- mis le goût pour une consommation compulsive d’images, sur de longues périodes. Le mouvement perpétuel Z est posé : l’œil enregistre et le pouce scrolle.” Et c’est toute une économie qui s’agite à leurs pieds.

LA Z MANIA !

Choix multiples, collections capsules ou prix canons, les enseignes font voler les visuels clinquants et multiplient les fringues pour rassasier les appétits changeants. Consommation capricieuse, impatience maladive, il n’est pas de limites pour les faire craquer avec un sweat logoté ou une paire de sneakers au tirage numéroté. Qu’ils revendront aussi sec d’un clic sur stockx.com. Quoi qu’il en soit, shopping entre amis ou achats compulsifs online, les grandes marques s’arrachent les cheveux pour répondre à cette fast fashion ou mode bouge bouge qui sur-stimule les Z et les fait monter au créneau.
Les plateformes en font leurs choux gras: “Amazon permet au Z de rester enfant roi pendant toute sa vie de consommateur. Les produits du monde lui sont accessibles immédiate- ment, sans blabla, aux meilleurs prix et dans des délais de livraison record”, décryptent les auteurs. Une émulation qui semble monopoliser toutes leurs pensées. Cette préoccupation de l’image parfaite, scénarisée dans un monde idéal, ce besoin de plaire, d’exister, ne trahirait-elle pas un besoin bien plus complexe ? A l’image de l’exposition parisienne « Dos à la mode » qui vient prendre le contre-pied du cliché selfie, en ne s’intéressant qu’à l’image vue de dos. L’envers du décor…

Saliha, 40 ans
Sigrid Vincent
Lilou, 20 ans

C’EST TROP MODE !

Parce qu’au-delà de la superficialité bling bling de l’esthétique qui saute au visage, pour les Z, la mode va plus loin. Comme pour la génération X, d’ailleurs. A Annecy, Saliha, 40 ans, nous donne sa version de « vieille jeune» : “pour moi, la mode est une manière de communiquer, d’exprimer un message non verbal et je l’utilise comme un outil. Et peut-être parce que je n’ai pas d’enfant, je me moque du regard des autres. Je porte des couleurs, des tendances passées, et parce que c’est coloré et assumé, les jeunes sont fans de moi ! C’est marrant ! Ce que je porte, je l’aime. C’est mon étendard… C’est de la liberté !
Et c’est cette liberté que l’on retrouve chez les Z, ce moyen d’expression qui les rend fashion addict, mais pas complément fous non plus. “Les Z transforment leur vêtement en un cri et redonnent, de ce fait, une dimension politique”, rappellent Eric Briones et Nicolas André. Et leurs modèles, à l’image de Bilie Eilish, ne manquent pas : “Fière d’être la seule pop star à encore avoir son pédiatre, elle chante une dark pop à l’antithèse de la pop classique acidulée adolescente. Ses sujets récurrents sont la dépression, le nihilisme, l’hygiènisme, la culture goth et surtout une fuck attitude par rapport aux regards des autres (…). Pour Billy Eilish, la mode est un mécanisme de défense, un style boy, badass, pensé contre le slut shaming –sexisme–, fait de superpositions, avec tee-shirt et baggy, trois tailles trop grandes.” La mode comme vecteur de revendication politique, sociétale, générationnel, révélateur de singularité, bien loin d’une beauté uniformisée.

LA MODE ÉMOI

De Greta Thunberg et sa veste «Do you hear me» à Nelia, unijambiste, ou Winnie Harlow, atteinte de Vitiligo, toutes figures du #bodypositive, corps, âmes et stylisme se mettent d’accord pour faire passer des messages forts. Acceptation des différences, mise en exergue des formes, des cicatrices ou des mutilations, les Z tombent les préjugés et placent l’image bien au-delà du look stylé so hype. “J’essaie de m’en inspirer car elles s’assument totalement et passent au-dessus du regard des autres, des critiques et des jugements. Je pense qu’il est important de montrer toutes les particularités de notre corps : les cicatrices, les bourrelets ou autres. Parce que finalement, à partir du moment où on s’accepte, tout est beau et tous les corps sont parfaits”, conclut Lilou. Fringues pour langage, c’est toute une identité qu’ils revendiquent, l’acceptation d’eux-mêmes avant tout, parler choc en restant chic, même combat !

+ d’infos : « Le choc Z » d’Eric Briones et Nicolas André. Editions Dunod

© Jacob Lund / © ClaudiK / © Djile

Les Z & la mode

Les Z & la mode

Au delà des influences

Il y a 3 ans, elle prenait sa dose d’adrénaline sur Insta, chaque matin au réveil, pour choisir son look du jour ! De clic en story, de follow en selfie, Angélique Thomas, 40 ans, a finalement sauté le pas pour passer de l’autre côté de l’écran et faire la mode et le beau temps.

Et c’est depuis son smartphone et ses quartiers lyonnais, qu’elle me livre sourires et confidences connectées, mais pas que. Parce que si l’influenceuse prend un plaisir certain à faire vivre sa petite communauté de 6,5K, elle n’est pas prête à tout pour faire grimper les compteurs. Bienveillance, estime de soi et message derrière l’image, génération Z, X ou pas… On lève la toile.

Activmag : Pourquoi être influenceuse ?
Angélique Thomas :
J’aime bien la mode et c’est en créant un compte tendance pour la mère d’une amie, que je me suis dit pourquoi pas moi. Ça a été crescendo, mais quand la mayonnaise prend, c’est génial. Je suis toujours touchée par la gentillesse, l’échange et je développe un affect avec les gens qui me suivent, c’est ce qui m’a donné envie de continuer. Parce qu’au-delà de parler mode, c’est riche d’humanité.

Et vous êtes souvent sollicités, notamment chez les jeunes de la génération Z ?
Oui, pas mal ! Mais c’est assez multigénérationnel et je ne veux pas catégoriser les gens dans la mode, ni dans l’âge. Mais pour les filles de 20-25 ans, c’est surtout chercher des conseils, que je leur donne au mieux. Elles me font des retours, m’envoient leurs looks en mp, toujours dans la bienveillance réciproque. L’image est très importante et la mode permet d’avoir une belle estime de soi. Du moment où on se sent bien dans une tenue, on est capable d’affronter plein de choses, la vie, le travail. C’est peut-être un ressenti personnel, mais si je me sens mal habillée, je passe une journée pourrie ! C’est une question de bien-être. Chez les jeunes, la seule différence, c’est le budget. Elles ne peuvent pas s’offrir des super pièces à l’envi et privilégient une gamme d’articles sur des petites marques. Alors elles demandent des avis sur les couleurs ou comment mixer les pièces. Elles ont l’impression d’appartenir à une communauté et c’est important.


Les marques vous sollicitent beaucoup ?
Je ne suis pas un des plus gros comptes d’Insta et loin de là, mais j’ai pu attirer des belles enseignes. Dans le cadre des partenariats, on a une enveloppe assez conséquente pour se faire plaisir, on choisit et on montre à nos abonnés quelques tenues. Je n’ai jamais de rémunération directe, j’ai toujours des cartes cadeaux ou des cadeaux. J’ai aussi bénéficié d’un super partenariat avec les 3 Suisses, qui contre toute attente, m’a permis de redécouvrir la marque. Quand on avait 20 ans, on était catalogue à fond et pas réseau ! C’était mon livre de chevet avec La Redoute, je m’endormais comme un enfant avec son catalogue de jouets pour Noël. Question de génération !


Et à 20-25 ans, est-ce que vous utilisiez la mode de la même manière ?
Je ne crois pas ! Aujourd’hui, on trouve des enseignes de partout. Sur le net, les marques viennent du monde entier et élargissent le champ des possibles. C’est ce qu’on appelle la fast fashion ! Nous, on était vraiment limités. Et puis les réseaux sociaux n’existaient pas et ils ont clairement développé le culte de l’image, en particulier Instagram. C’est multiculturel, il y a beaucoup de mélanges, de mixité et c’est génial. C’est ce qui a permis de développer une identité. On s’affirme avec un look : avant, quand on sortait avec un chapeau, on était regardé comme un extraterrestre, aujourd’hui, on assume et on impose son style !

Selon vous, il y a un style, une tendance ?
Il y en a toujours, mais qui s’étalent dans la longueur et se mélangent. La veste à carreaux, les épaulettes, l’imprimé sauvage, durent beaucoup plus longtemps. On a toutes un style défini dans lequel on pioche, et on a la liberté d’en sortir. On peut très bien porter du chic pendant des semaines et finalement faire un petit look rock, personne ne nous juge et je dirais même mieux, les abonnés adorent le changement ! Ça génère toujours plus de like. Quand on reste dans la même lignée, ils se lassent.


C’est un peu la « tendance Z » ce changement récurrent du coup… Comment s’adapte la conso ?
Je vois deux choses. La montée des petites créatrices qui imposent un style et proposent des pièces récurrentes, qualitatives et en petites séries. Quand on se les offre, on a l’impression d’avoir une exclusivité. On est toujours fières de les porter et elles feront toujours du buzz parce que c’est de la création et que les gens aiment avoir des pièces exceptionnelles et pas que de la fast fashion. Et à côté de ça, on veut un éventail large et du renouveau permanent, se faire plaisir sur des E-shop où des magasins comme Zara, qui renouvellent leurs collections tout le temps. Ils ont tout compris à l’ère du temps !

Ce culte de l’image et de la conso excessive est éphémère selon vous ?
La fast fashion n’est pas terrible écologiquement parlant, et cette prise de conscience calme un peu l’engouement général. Beaucoup de filles que je suis dur les réseaux reviennent à l’esprit friperie et achètent leurs vêtements d’occasion. J’avais été sollicitée pour une collaboration où tout était reconditionné en interne, et finalement, ça permet de se faire plaisir avec des pièces qu’on voit revenir avec surprise, parce qu’il faut bien dire que la mode se réécrit constamment. Je n’aurais jamais pensé revoir les plateformes shoes, les Creepers, je portais ça à 20 ans ! Et les blouses blanches indémodables des années 70 ! C’est fou ! Pour l’anecdote, j’ai une vieille photo de ma maman au bord de la plage, elle porte une blouse blanche ample, un jean un peu bootcut, des cheveux longs au vent. C’est multi-générationnel, c’est intemporel et ça s’inscrit parfaitement dans notre temps.

Et du coup, pensez-vous qu’influenceuse puisse être un vrai métier ?
A mon échelle non, parce que je travaille à côté, mais de manière générale, oui. Et je ne vois pas comment ça pourrait s’arrêter. Au final, quels que soient les âges, nous sommes de plus en plus connectés et même quand on ne veut pas, on l’est forcément. Pour l’influence, c’est pareil. On arrive à avoir envie de certaines choses, sans se souvenir vraiment du pourquoi, on s’impacte les uns les autres, impossible d’en être autrement. Alors bien sûr, les choses évoluent, avant on dévorait les pages de mode des magazines et catalogues avant d’acheter, maintenant c’est transposé au virtuel, aux influenceurs, mais réellement, c’est à la même chose, parce que c’est s’influencer finalement, influencer les autres, comme la mode, un éternel recommencement.

  • d’infos : Instagram : @ang_e_lik

COIFFURE EN DOUCE ALCHIMIE

COIFFURE EN DOUCE ALCHIMIE

POUR LE MEILLEUR ET POUR LA PIERRE

QUAND GYPSOPHILE, ROSES EN TISSUS OU PERLES NACRÉES SE CRÊPENT LE CHIGNON, FANNY GARCIA, ELLE, FAIT BRILLER LES CHEVEUX DES MARIÉES À SA FAÇON. HALTE À L’ACCESSOIRE RENGAINE, LA CRÉATRICE LYONNAISE ÉPINGLE SES BARRETTES EN PIERRE DANS NOS CRINIÈRES, ET ÇA ROULE !

PAR MAGALI BUY

Quand les mariées se font coiffer, elles ont souvent des peignes fleuris, des accessoires très fifilles et je trouve dommage de voir toujours les mêmes choses. Ça faisait un moment que je réfléchissais à une alternative qui permette une mise en beauté de A à Z et l’idée m’est venue.” Façon Petit Poucet et au compte goutte, Fanny, ses 27 ans en bandoulière, sème alors ses cailloux partout…

JETER LA PIERRE

Parce que pour elle, les pierres ont une signification bienveillante et particulière : “J’ai passé une période compliquée où j’ai associé thérapie et soin par les pierres pour remonter la pente. Qu’on y croit ou pas, pour moi, c’est l’alchimie parfaite.” Bracelets en labradorite, collier en jaspe ou bague en agate indienne, les bijoux nature sont partout. Et même si les vertus ne sont pas scientifiquement reconnues, aucun risque à les porter non plus. Alors dévier la tendance et planter le girl power dans ses anglaises, en plus d’être beau, si ça calme le stress de la bague au doigt… y’a plus qu’à !!!

JOYAUX DE LA COURONNE

Quartz titane ou quartz rose, Fanny habille diadèmes et pièces maîtresses du cristal laissé à l’état naturel. Symbole de pureté et d’apaisement, il épouse sa volonté d’authenticité : “J’aime que ce soit simple et pas fouillis, les pierres se suffisent à elles-mêmes. Elles diffusent de l’énergie avec délicatesse, réconfortent et sécurisent et c’est cette plénitude que je cherche à transmettre. Après, le côté brut et imposant a ses limites pour certaines femmes, je le conçois parfaitement.

PLAN B

Si sa collection principale a un petit côté Game of Thrones ou déesses de l’antiquité, la créatrice adoucit les mariées plus discrètes avec des kits équilibres, amour ou succès. 3 épingles assorties pleine de promesses, qui remettent tresses et buns perchés d’aplomb. Aventurine orange, citrine ou œil du tigre… Obsydienne, opale ou améthyste, invitent confiance, persévérance et intuition dans nos chignons, force est de constater qu’on en pince !

+ d’infos : http://www.doucealchimie.com

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