VITE, LA PLUIE !

VITE, LA PLUIE !

METS TA CAPUCHE

LE PARAP’? ON LE PERD TOUT LE TEMPS. L’IMPER’? TROP ENCOMBRANT. NON, NON, POUR NE PLUS ÊTRE TRISTE COMME LA PLUIE QUAND LE CIEL S’ASSOMBRIT, RIEN DE TEL QU’UN BON VIEUX TRUC DE GRAND-MÈRE…

PAR MELANIE MARULLAZ

C’est avec Gisèle, du côté de Chambéry, que tout a commencé. Gisèle déteste que ses cheveux soient mouillés, mais elle a aussi le sens de l’esthétique et tient, en toutes circonstances, à avoir l’air chic. “Et on peut toujours l’être, me disait ma grand-mère, il suffit de savoir assembler les choses”, se rappelle Juliette Babelot, sa petite-fille. “Elle portait donc un foulard sous sa capuche en plastique. Quand elle a déménagé, j’ai ouvert un tiroir dans lequel elle en avait des dizaines !” Alors au milieu de la trentaine, quant à la faveur d’une reconversion professionnelle, Juliette doit créer sa petite entreprise, cette jeune directrice artistique parisienne sait exactement quel filon exploiter : elle revisitera la capuche de sa mémé.

OND(É)E DE CHIC

Le concept ? Une seule pièce de tissu, en coton ou synthétique imperméabilisé, “mais je ne voulais pas qu’il y ait un côté K-way®”, une capuche qu’on peut ranger dans une pochette et trimballer dans son sac à main toute la journée. Ses 1ers modèles, en 2017, Juliette les pense noirs, puis, pour donner de la couleur aux jours gris, elle les décline en wax, à partir de pagnes africains, puis en tartan ou vichy. Dernièrement, elle a également collaboré avec le photographe Raphaël Lagussy, en transformant en motif l’un de ses travaux sur la météo. Et pour rester cohérente avec l’esprit de Gisèle, qui a toujours été investie dans le milieu associatif, elle fait fabriquer 30% de sa production dans un atelier ESAT, Etablissement d’Aide par le Travail.
Cet été, un rayon de soleil a traversé le ciel que Juliette aime chargé: elle a été sélectionnée pour faire partie des quatre jeunes marques accom- pagnées, pendant 3 ans, par le programme «Talents» de la Fédération Française du Prêt-à-porter.
Alors l’avenir de sa Capuche à Mémé, elle le voit rose, mais surtout de plus en plus responsable – elle aimerait passer de 40 à 100% de tissu recyclé – et international, en exportant au Japon ou aux USA ce fichu typiquement français: “il va falloir adapter les modèles aux cultures, et ça, c’est super intéressant !” Mais d’ailleurs comment dit-on : «Chic ! Il pleut» en japonais ?

Gone with Caroline Takvorian

Gone with Caroline Takvorian

CARO PIQUE TON CŒUR

SI C’EST POUR FAIRE COMME TOUT LE MONDE, DU GUIMAUVE ET DU FLONFLON MIGNON, PASSEZ VOTRE CHEMIN ! CHEZ CAROLINE TAKVORIAN, LA MARIÉE SORT DES SENTIERS BATTUS. FÉLINE ET ASSUMÉE DANS DES DÉCOLLETÉS MUTINS, LA FEMME ÉPOUSE SON CORPS AVANT D’ÉPOUSER SON HOMME… ET C’EST DIVIN.

PAR MAGALI BUY – PHOTO : RONAN SIRI

J’avais rendez-vous dans son atelier lyonnais, place Tolozan. Mathias, son mari –à la com’ et la gestion–, m’avait d’emblée annoncé la couleur : “ne soyez pas étonnée, Caroline, c’est un peu la Daft Punk de la mariée, elle est assez discrète et réservée…” Sans surprise, je m’attendais à rencontrer une femme effacée et pas bavarde, mais quelle idée! Cachée derrière ses mousselines de soie, elle est plutôt pipelette et pimpante, et quand on bosse avec Cupidon, mieux vaut être de bonne composition.

LOVE IS ALL

Parce que l’amour est le centre du sujet. Depuis les genoux de sa grand-mère, où elle dévorait les défilés à la télé, son mariage, ses enfants et son addiction totale dentelle, tout lui donne des ailes: “Pour moi, la mode c’est depuis toute petite et je me suis toujours accrochée pour faire ce métier. Il faut être tenace et plein de volonté. Et puis j’ai eu conscience très jeune que j’allais mourir un jour, qu’il fallait vivre et tout essayer.” Remise en question permanente et persévérance des diables, la jeune femme étudie à Lyon avant de se spécialiser à Paris, dans la haute couture. Elle écume de grandes maisons comme Isabelle Marant ou Lolita Lempicka, foule les loges du Crazy Horse, un tour au Marais et c’est plié, elle tente sa chance.

CARTE À JOUER

D’abord dans le prêt-à-porter parisien, en 2011, façon petite robe noire, cuir corset et silhouette revêche. Elle habille les femmes nature aux lèvres rouges, toute impertinence dans le regard. Le corps bien dans ses fringues et sexy power en avant, elle défend le made in France dans des lignes audacieuses et un peu provoc, avant de faire volte face: “A Paris, ça marchait plutôt pas mal, mais avec Mathias, quand on est rentré à Lyon, c’était différent. J’ai pris du recul et compris qu’il fallait changer et on a commencé à regarder ce qui se faisait en mariée.

LIFE IS WHITE

Et puis à Lyon, sorti du style princesse, on ne trouve rien, ses copines montent même à Paris pour trouver LA robe… Elle n’a pas grand-chose à perdre après tout: “On m’aurait dit ça, il y a quelques années, je n’y aurais pas cru. J’imaginais vraiment des trucs horribles avec des meringues pleines de tulle. J’ai créé une petite collection capsule pour voir… Et ça a pris tout de suite.” La robe de mariée grignote le prêt-à-porter, la jeune femme n’a plus de temps pour tout et passe du noir obscur au blanc nature. Organza et crêpe de soie volent la vedette au cuir et à la flanelle de laine noire : “Je suis partie de zéro, au début ce n’était que du bouche à oreille. J’étais enceinte de ma fille, je faisais le stylisme, le patronage, les découpes… Je me suis jetée à corps perdu pour que ça fonctionne. J’avais pris un parti à une époque où tout le monde faisait du bohème et du champêtre, ça passait ou ça cassait ! Je pars du principe qu’il faut faire ce qu’on aime et ne se limiter sur rien. Et chez nous l’identité est très identifiable.

DES ROBES ET MOI

Décontractée et vaporeuse, chic à la française et déterminée, la weddin’ touch de Caroline Takvorian s’inscrit dans des finitions luxe haute couture, qui ne laissent aucun doute : la mariée, c’est vous ! “Mes collections s’adressent aux femmes charismatiques, qui s’assument telles qu’elles sont. Les modèles sont un mélange de confort et d’instinct. De l’élégance sans être dans le déguisement, l’authenticité avant tout. On est face à des mariées fortes et conquérantes, loin du côté fillette romantique. Du coup, on insiste sur des détails très forts, des décolletés, des épaules et des ceintures un peu marqués, un côté morpho assez prononcé, contraste entre le vaporeux et le près du corps, prêt à révéler leur beauté”.

DÉGRADÉ DE SOI

Et depuis 2014, année où elle met les pieds dans les couronnes de fleurs et les pochons de dragées, la styliste ne s’est plus jamais arrêtée : “je m’éclate au niveau du style et des textiles. Je peux faire des points à la main, des rebrodés de dentelle, c’est le moyen de m’exprimer à l’infini avec de beaux matériaux et d’en vivre.” Et les matériaux, elle en fait une priorité. Respect des matières et expertise, tout est épluché à la loupe. “On utilise des soies lavées avec un toucher peau de pêche, plus souple et plus agréable à porter. Les dentelles de Calais ne grattent pas et les femmes le sentent tout de suite. J’ai une spécialisation haute couture qui m’a permis d’approcher des supports d’exception. J’ai toute une équipe avec moi et je les forme à mon style, c’est très important. Et comme tout est produit à Lyon dans l’atelier, le contrôle qualité est bien plus facile”. Et quoi de plus important que le nec plus ultra, pour la robe d’une journée ?

POUR LE MEILLEUR

Et bien loin du pire, Caroline fait principalement des robes longues, c’est sa signature. D’une fluidité insolente qui effleure, à l’impertinence d’un échancré jusqu’à la cambrure, le regard s’égare dans les coins les plus secrets, que seule la femme choisit de révéler. Chute des reins, plongeon en V ou dos boutonné d’indécence, plumes et transparence caressent les silhouettes sauvages avec subtilité et ça promet ! Parce que mieux vaut porter sa féminité avant sa bague au doigt… Monsieur n’a qu’à bien se tenir !

+ d’infos : http://www.carolinetakvorian.fr

VIVIENNE WESTWOOD au musée!

VIVIENNE WESTWOOD au musée!

THE PUNK PANTHER

IL Y EN A UNE PINK, DE PANTHER, AMÉRICAINE NONCHALANTE ET DÉNUDÉE. ET IL Y A VIVIENNE WESTWOOD, PLUS PUNK, BRITANNIQUE FLAMBOYANTE ET STYLÉE, DÉTONANTE ET ENGAGÉE… A PARTIR DU 10 SEPTEMBRE, LE MUSÉE DES TISSUS DE LYON LUI CONSACRE SA 1RE EXPOSITION FRANÇAISE : MODE SAVE THE QUEEN VIV’ !

PAR MÉLANIE MARULLAZ

Elle le certifie, les deux petites cornes qui ornent son front mutin n’ont rien du diablotin, c’est un symbole païen, de fertilité peut-être, mais on n’en saura pas plus. Quoi qu’il en soit, elles entretiennent le mythe : à bientôt 80 ans, Vivienne Westwood n’a rien perdu de sa singularité, de son envie de bousculer. “Je questionne tout, et c’est ça la subversion, non ?”, déclarait-elle dans une interview à la fin des années 90. “Les vêtements sont une proposition physique à une question : ne serions-nous pas plus beaux comme ça ? De toute façon, vous ne réfléchissez pas si vous faites ce que tous les autres font.” Et ça fait bien longtemps que Dame Viv’ ne fait rien comme tout le monde…

Vivienne Westwood ©Jililian Edelstein

VIV’ LA RÉVOLUTION

Notre-Dame Hall, Londres, 1976. Tignasse blonde peroxydée et hérissée, robe noire courte et boots cloutées, en coulisses de ce temple du rock, Vivienne se déchaîne au rythme d’Anarchy in the UK, fan électrisée de Johnny Rotten qui hurle sa rébellion sur scène. Depuis 5 ans, avec son compagnon Malcom McLaren, elle tient une boutique sur King’s Road, l’artère battante, à l’époque, de la contre-culture londonienne. Le jeune étudiant en art l’a convaincue d’abandonner sa carrière d’institutrice pour l’aider à vendre des disques et des souvenirs d’abord, à coudre des vêtements ensuite. Née pendant la Première Guerre Mondiale, sous le signe du système D, elle a, depuis toute petite, cette capacité naturelle à fabriquer des choses : “A 5 ans, je pense que je pouvais faire une paire de chaussures.

Malcolm McLaren et Vi

NO COUTURE ?

La boutique change de décor et de nom en fonction des expériences stylistiques et des idées du couple, qui se radicalisent : de «Let it Rock», dédiée aux années 50 et aux Teddy Boys, elle est devenue «Too fast to live, too young to die», inspirée de l’univers bikers, peuplée de têtes de mort, de chaînes et de clous, avant d’être baptisée «SEX». Dans l’Angleterre pudibonde des années 70, cuir, latex, graffitis pornos et stilettos provoquent le chaland, secouent l’establishment, quand les vêtements déchirés et customisés par Vivienne définissent l’esthétique de la contestation et en véhiculent les slogans. Le Punk est né. Ne manque plus, à la jeunesse rageuse et provocatrice qui traîne dans les rayons, qu’un porte-voix. Il entre dans la boutique un jour de 1975 : John Lydon, cheveux verts et t-shirt brûlé, va devenir Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols, managés par Malcom McLaren, qui les a nommés ainsi pour promouvoir l’enseigne de King’s Road. La sortie de leur titre «God Save the Queen», au moment du jubilé de la Reine, vaudra d’ailleurs une arrestation au couple Westwood-Mc Laren, qui participait à une opération de promo-provoc depuis un bateau sur la Tamise.

Nouvelle collection, automne – hiver 2020/2021
Défilé Les femmes ne connaissent pas toute leur coquetterie, collection 1996 / ©Guy Marineau

WILD WILD WEST… WOOD

Buckingham Palace, 1992. Mèches blondes sagement rangées sous un béret gris, élégant tailleur assorti, celle qui a été désignée British Designer of the Year deux ans plus tôt, vient recevoir l’insigne d’Officier de l’Empire Britannique (OBE) des mains d’Elizabeth II en personne. Preuve que ni l’une ni l’autre des deux femmes ne sont rancunières. Mais dans la cour du Palais, Vivienne fait virevolter sa jupe, qu’elle porte comme les Ecossais portent leur kilt… Rebelle un jour, rebelle toujours.
La styliste autodidacte s’est pourtant détachée du mouvement punk –ainsi que de son McLaren d’amant– et arpente les podiums en son nom propre depuis une dizaine d’années. Pour ses créations, elle pioche idées et techniques dans ses lectures –son autre grande passion– principalement historiques : Révolution Française et Tiers-Monde pour «Pirates», son tout premier défilé (1981) ; crinoline Second Empire et mini-jupe à la Mary Quant pour «Mini-Crini» (1985) ; technique de taillade du XVIIe siècle pour «Cut and Slash» (1991)… Tartan, tweed, Union Jack ou famille royale, elle revisite, modernise et détourne également les fondamentaux de la culture textile britannique.

Défilé 2015 à Londres dénonçant l’austérité de la politique anglaise et contre l’extraction du gaz

SUPPLÉMENT DAME

St John Smith Square, Westminster, 2019. Vivienne a longtemps teint ses cheveux en orange vif, elle les a même rasés, mais pour ce final du défilé Automne/Hiver dans une église de Londres, ils sont blancs, longs et détachés. Chemise et pantalon tartan volontaires, celle qui a soutenu l’indépendance écossaise, le statut de réfugié climatique et Julian Assange, martèle son nouveau credo : «Achetez moins, choisissez bien, faites durer»*. Sur la scène ce soir, des mannequins-activistes ont pris la parole, tout comme le directeur de Greenpeace UK. Les défilés et les créations de Dame Viv’, anoblie en 2006, sont à nouveau très politisés, mais l’écologie a remplacé l’anarchie. L’implication, dans les collections, de son mari le styliste Andreas Kronthaler, lui permet de consacrer plus de temps à la protestation. Mais la mode lui sert de média pour donner de la visibilité à ses combats, car “il est très important d’être bien habillé quand on veut argumenter.”**

MODE… D’EXPRESSION

Musée des Tissus, Lyon, 2020. Un caraco du XVIIIe siècle et une pièce de la collection «Portrait» (1991), le pourpoint Charles de Blois aux emmanchures en assiette et la veste «Vive la Cocotte» (1995), un habit de général girondin et sa version «Les femmes ne connaissent pas toute leur coquetterie» (1996)…
En faisant dialoguer la collection de Lee Price, ancien collaborateur de la foisonnante Vivienne, avec celles du musée, “on identifie ses influences”, résume Julie Rouffet-Troussard, commissaire de l’exposition, “car Vivienne Westwood a beaucoup étudié l’histoire de l’art, et son œuvre est pleine de références, nous avons donc essayé de recomposer son imaginaire et son répertoire.” Paradoxal pour une ancienne punk, anti-institutions, de se retrouver dans un musée ? Pas tant que ça. “Elle a été très honorée, par exemple, par la grande rétrospective que le Victoria & Albert Museum lui a consacré en 2004. Elle ne renie pas le punk, mais elle ne veut pas y être réduite. Elle veut faire réfléchir les gens, les bousculer pour les pousser à réfléchir, et la mode peut être un moyen de les y amener.”

+ d’infos : https://www.museedestissus.fr/pages/exposition/25:vivienne-westwood-art-mode-subversion

* Buy less, choose well, make it last.
** “It is very important to look great when you want to make a point” Naomi Campbell meets V.Westwood, British Vogue, oct 19

Mariée, avec Adeline Bauwin

Mariée, avec Adeline Bauwin

AU BOUT DU CONTE

DANS LA PETITE DÉPENDANCE, INTIME ET CHALEUREUSE, D’UNE PETITE MAISON – PARCE QUE LES CHAUMIÈRES, ÇA NE SE FAIT PLUS – AU CŒUR D’UN PETIT VILLAGE DU PAYS DE GEX, ADELINE BAUWIN VIT SON CONTE DE FÉES EN GRAND… MAIS PAS TROP…

PAR MÉLANIE MARULLAZ – PHOTOS : BLONDIE CONFETTIS

Prévessins-Moëns, ses arbres plusieurs fois centenaires dans le parc du château, ses ingénieurs du CERN, sa vue sur le Jura et… son affaire Romand. C’est en effet ici que le tristement célèbre Jean-Claude est devenu, en 1993, l’un des auteurs de familicides les plus célèbres de sa génération. Voilà pour la situation. Parce que dans tout bon récit, il faut un peu de drame pour qu’existe la comédie, qu’à côté du laid, le beau semble encore plus joli. Du côté lumineux de Prévessins donc, voici Adeline Bauwin, 36 ans, un enthousiasme à vous remotiver un bataillon de résignés, et des doigts de fée.

FÉE-MAIN

En parlant de fée… On a presque toutes rêvé, un jour, devant la robe de Cendrillon et son drapé en organdi pailleté, fabriquée par sa Marraine d’un coup de baguette magique, «quelque chose de simple, mais audacieux»… A la lecture du conte, Adeline elle, reste pourtant en arrêt quelques pages plus tôt, quand la jeune héroïne confectionne sa propre robe avec ses 30 millions d’amis. “Je l’avais détourée au feutre noir, sur le mannequin, et je la décalquais sur des feuilles blanches, en changeant les rubans ou les couleurs. Parce que depuis toute petite, j’avais la tête dans la boîte à couture et je faisais des tenues pour mes poupées. Et puis très vite, je suis allée le samedi matin sur le petit marché de ma ville, en Seine-et-Marne, choisir les tissus pour faire mes propres vêtements. Je prenais de tout, du jacquard pour les vestes, de la maille pour les robes…” Déterminée, pour sa carrière comme pour ses créations, Adeline trace donc son patron : exit le cursus général, cap sur un premier BEP pour apprendre à coudre, un autre pour donner dans le tailleur pour dames, un bac pro métier d’art et artisanat, Mode-Estah à Paris et basta !

MARIÉE… À TOUT PRIX !

Mais pendant ses premières années d’activité, elle laisse tomber l’aiguille pour travailler dans la confection à grande échelle. Ses clients? Les modélistes de grandes enseignes, de Naf Naf à Promod en passant par Jacqueline Riu ou Claudie Pierlot, tout l’univers du prêt-à-porter féminin en somme, pour lesquels elle supervisait les dossiers de production. “Mais la création me manquait, et au bout de 4 ans, j’avais fait le tour de l’univers de l’entreprise, alors j’ai repris une formation en sur-mesure pour me remettre dans le bain.” En 2012, elle est prête et se lance. Et tout de suite dans la robe de mariée, c’est une évidence: la petite fille qui redessinait la robe de Cendrillon n’a pas encore dit tout ce qu’elle avait à dire.

POINTS DE CONTACT

De sa première création, elle garde un excellent souvenir et une référence de matière, une dentelle chantilly, qu’elle utilise toujours et qu’elle a baptisée «Hélène», du nom de la mariée. Ce premier échange, privilégié, donne également la tonalité des relations qu’elle aime nouer avec les femmes qu’elle accompagne. Depuis qu’elle s’est installée dans l’Ain, il y a deux ans, elle a aménagé un atelier-showroom dans une dépendance de sa maison. “Je peux y recevoir les mariées individuellement, en toute intimité, être totalement disponible pour elles, apprendre à bien les connaître… Il y a ce moment de grâce, celui que je préfère, quand je fais l’ourlet. Pendant trois quarts d’heure, la mariée est concentrée, elle se regarde dans le miroir, on est au calme et on papote. C’est toujours émouvant, parce qu’on rentre dans leur vie, on est un peu psychologue, elles se livrent. Certaines deviennent même des amies et ça, ce n’est pas forcément donné aux créatrices qui ont de plus grosses structures.

SUR LE FIL

Sa patte ? Des robes fines et légères, “avec lesquelles on peut lever les bras, danser, vivre quoi ! ” Et pour le vérifier, elle les essaie toutes, fait sur elle les mises au point. Et si elle a parfois du mal à les enlever, ce n’est pas parce qu’elle est coincée dedans, “c’est parce que je voudrais les porter tout le temps !” Elle aime en effet la fluidité et l’élégance de la mousseline de soie, la structure que permet le crêpe, même s’il est un peu plus lourd et “ne pardonne pas”. Elle aime explorer toutes les possibilités qu’offre la dentelle, de la douce transparence des décolletés au vertige des dos nus. Dans sa collection 2020-2021, elle reste sur son fil, subtil, aérien, tout en s’adaptant aux tendances du moment avec des manches ballons, des robes fourreaux fendues, pour des silhouettes un peu plus “femme fatale”. Parce qu’elle mûrit, dit-elle, et a moins envie de “petits cœurs”. Mais elle prend surtout en compte toutes les envies et les physionomies. “Parfois, on m’appelle, gênée pour m’annoncer : « Adeline… je suis enceinte ! », d’autre fois on discute autour d’une cicatrice, à cacher ou assumer, ou bien il m’arrive aussi de suggérer à une mariée champêtre une autre matière que de la mousseline gaufrée, qui risquerait de s’agripper dans les feuillages.
Quand elle a commencé son activité, encore en région parisienne, Adeline a tout de suite été repérée par un des blogs mariée les plus suivis, son carnet de commandes s’est rempli à vitesse grand V, et en moins de temps qu’il ne faut pour dire « Oui », elle se retrouvait dans Elle, Madame Figaro, et derrière un stand au salon du mariage du Carrousel du Louvre. Avec son déménagement dans le Pays de Gex, et l’arrivée de son 2e enfant, elle reprend les choses plus doucement. Ce qui lui convient : “pour l’instant, je ne veux pas devenir Rime Arodaky ou Laure de Sagazan, avec plein de gens qui travaillent pour moi, je n’ai pas encore envie de quelque chose de grand.” A chacune son conte de fées…

+ d’infos : http://www.adeline-bauwin.com

Point de vue – kls lunettes

Point de vue – kls lunettes

DAME DE CARREAU

ET SI VOS LUNETTES RACONTAIENT UNE HISTOIRE ? LA VÔTRE ? DERRIÈRE SES MONTURES BLEU PÉTANT, C’EST LE CONCEPT PROPOSÉ PAR LA CRÉATRICE LYONNAISE AUDREY CATTOZ, QUI, AU-DELÀ DE L’ACCESSOIRE, Y VOIT UN TEST DE PERSONNALITÉ PLUTÔT BLUFFANT.

Audrey Cattoz

Que vous soyez astigmate, presbyte ou juste fan de jolis binocles, qu’importe, le principal n’est pas là… Dites qui vous êtes, on choisit vos lunettes! L’œil espiègle et pipelette comme pas permis, la quadra déborde d’énergie et ne ménage pas sa monture pour nous embarquer dans son monde. Aux manettes de KLS depuis 10 ans, si les années n’ont pas entamé son enthousiasme, c’est motivée comme jamais qu’elle m’invite à suivre son atelier morpho décoiffant ! Accompagnée de ma myopie, je me plie au crash test tendance psycho de la lunette ! Audrey me met direct au pli.

REGARDEZ-MOI…

Il faut être nature quand on vient ! C’est la lunette qui maquille… On travaille le regard, les cernes, les rides et on met le tout en valeur pour en faire un atout. La lunette ne doit pas prendre le pas sur la personnalité, mais servir à la révéler à travers une forme simple, de la couleur et l’histoire qui se cache derrière.” L’histoire ? Mais quelle histoire ? “Et bien c’est simple, tout ne va pas à tout le monde. Si vous faites partie d’une fratrie de triplés par exemple, une sœur assistance maternelle, l’autre juge à la cour des comptes. Même si vous avez le même visage, vous n’aurez jamais les mêmes lunettes. Ce n’est pas qu’une ques- tion de visagisme et de colorimétrie.” Effectivement, vu sous cet angle…

modèle Karo

ŒIL DE LYNX

Ovale, trapézoïdale, œil de chat ou biscornu, le design de la lunette reste pratique pour épouser la courbe du sourcil et centrer au mieux la pupille. Sortez équerres et petits rapporteurs, l’heure est pourtant au cours de géométrie : “Dans un premier temps, on prend l’implantation de la racine des cheveux, le haut du visage, le bas et la proportionnalité. Ensuite on cherche les parallèles tout du long et on regarde la ligne. Une fois la forme générale délimitée, on peut passer à l’étape suivante !” Et là, fini parallélépipède et autres rectangles arrondis, on ramène le verre à soi. “Il faut comprendre ce que notre visage raconte de façon plus instinctive, comprendre ce qu’on a envie de dire. Douceur, rigueur, dynamisme, féminité, créativité, bienveillance ou organisation, il est crucial de savoir de quoi on veut parler. Une lunette comme la « Karo », ronde et carrée à la fois, évoque cadre, écoute et structure et est parfaite pour le management… Sauf qu’en fonction des couleurs, tout peut changer !

modèle Minette

DANS LE VISEUR

Et oui ! Fluo, pastel, rouge dégradé, noir pailleté, bleu canard, rose écaillé ou kaléidoscope cassis translucide, tant de nuances que d’effets bœuf, montures Coline, Catwoman, Minette ou Horizon offrent un feu d’artifices à qui veut voir ! Une couleur pour la face, l’autre pour les branches, jouez du pigment et hop, faites clinquer les montures ! On peut être chef, psycho- rigide et complètement perché, sage, désordonné et fan de métal, tête en l’air, empathique et bourré d’humour, à chacun sa lunette, à chacun son mix, à une condition… On reste local, c’est primordial.

DANS LE RÉTRO

Parce que si le circuit court est essen- tiel, il fait partie de l’histoire. “J’ai été directrice com’ et marketing pour une marque de vêtements d’enfants avec une identité très forte en matière de couleurs et de produits, c’est ce qui a révélé mon côté créatif. En 2008, après la naissance de mon 4e enfant, par un concours de circonstances, je me suis retrouvée dans la vente de machines pour lunetiers et là, tout s’est déclenché.” Touchée par le savoir-faire local et ancestral et face au déclin du métier, il fallait faire quelque chose pour sauver la branche : “Les pièces du puzzle se sont imbriquées, on de- vait personnaliser et colorer. J’ai com- mencé à dessiner et à fabriquer quand les machines ne tournaient pas, et le circuit court a démarré.” Depuis 2010, Audrey pilote Konnection Lunettes Solidaires, avec des modèles dessinés à Lyon et fabriqués à Oyonnax, tatoués par l’éco label de Lyon ville durable et équitable. Dans le vert de ses yeux, elle habille les regards des petits et grands avec pour seul but : être bien dans ses lunettes ! Sacrée vision d’optique !

©Philippe Somnolet

Au bain! Tatiane de Freitas

Au bain! Tatiane de Freitas

SUN DAY BODY SUNDAY

COUP DE SOLEIL DANS L’ÉLÉGANCE À LA FRANÇAISE, TATIANE DE FREITAS, STYLISTE 100 % « BRÉSI-LYONNAISE », HABILLE NOTRE BODY SUMMER ET FAIT VOLER SOMBREROS ET PETITS DÉFAUTS. PAS DE COMPLEXES ET TOUTES BELLES EN MAILLOT, CHAUD CHAUD CHAUD !

Tatiane de Freitas

Quand elle débarque de Sao Paulo, en 2004, la peau dorée comme un bolinho de chuva –petit beignet brésilien– Coucoutati, comme on la surnomme, n’a jamais enfilé un manteau, l’hiver au Brésil est plutôt paréo ! Loin d’avoir froid aux yeux, quand Cris, son footballeur de mari, foule les terrains de l’Olympique Lyonnais, elle, se lance à cœur ouvert dans les rues de la ville, curieuse des us et coutumes si différents des leurs. “J’avais 23 ans quand on est arrivé ici pour la première fois. On était marié depuis 6 mois et on s’attendait à un départ pour l’Europe, ça faisait partie du plan de carrière de Cris. J’ai mis de côté mes études de mode et ma vie professionnelle pour ma famille. La journée, j’allais à l’école apprendre la langue et j’observais les gens pour comprendre les comportements. C’est grâce à ça qu’aujourd’hui, j’arrive à faire mon métier, forte de cette culture française que j’aime tant.” Un France/Brésil pour une histoire de maillots –de bains–, ça promet d’être caliente !

modèle Cache-cache

ECHAUFFEMENTS

Et comment ! Après quelques allers-retours entre ici et là-bas, en 2015, Tatiane, Cris et leurs deux filles s’installent définitivement à Lyon. La jeune femme veut tester un concept de maillots de bains. Elle prend la température et passe ses copines au crash test. “Je leur avais ramené des pièces brésiliennes en prenant soin de choisir des modèles plus couverts et des coupes plus sages que ceux qu’on porte là-bas, et elles ont adoré !” Tatiane l’a bien compris. En France, le rapport au corps, c’est la quatrième dimension ! “Au Brésil, on a une relation avec notre physique qui est très saine, parce qu’on est en maillot de bains depuis toujours. Voir un corps n’est pas un problème, c’est normal. Il n’y a pas de jugement. Mais ici, en France, se déshabiller, affronter la plage, c’est une autre histoire, les femmes ne l’abordent pas de la même manière et j’ai dû comprendre ça.

modèle Fleurissons-nous

SÉLECTIONS

Trop blanches, trop grosses, culotte de cheval ou poignées d’amour, nous, les Françaises, on a beau être moins pulpeuses, nos formes ne nous rendent pas heureuses. Et pour la styliste, nous mettre à l’aise avec ça, c’est tout un combat : “J’adore passer du temps à écouter, à entendre les envies, ce qui vous plaît et ce qui ne vous plaît pas. Chercher un maillot de bains, c’est presqu’une thérapie. Certaines passent deux heures en cabine et n’osent même pas sortir et pourtant, c’est leur corps, leur histoire qui est inscrite dedans et on ne peut pas en changer ! Quand on pense à toutes ces femmes qui ont revendiqué leur liberté et celles qui ont peur de libé- rer leur corps à cause du regard de l’autre… La femme française a un si joli port et une telle élégance, ce n’est pas possible une chose pareille. Il fallait que je leur dise comme elles sont belles.” C’est donc prête à sauver le monde que Coucoutati se met en tête de mettre du soleil dans nos complexes, #espritdétéeternel sur toutes ses coutures, elle mixe l’ADN du bikini brésilien au savoir-faire français, samba et coup de sifflet, le coup d’envoi est donné !

DROIT AU BUT !

Mais comment convaincre avec une idée si exotique, quand on vit dans la capitale de la lingerie et ses traditions carrées, faut-il le souligner. Et bien, on galère ! “Quand j’ai commencé à faire mon étude de marché, j’ai compris qu’ici, il y avait une grande expertise du textile et de la confection. Et j’avais beau téléphoner et expliquer que j’étais brésilienne et que je voulais faire du made in France, personne ne voulait me vendre en petite quantité. Mais je ne lâche rien, mon côté brésilien me permet de m’adapter à tout. C’est un pays où nous avons besoin d’une grande créativité pour nous en sortir. La réalité n’est pas toujours facile, mais on trouve toujours la ressource et le sourire, ça fait partie de nous. On est croyants et solidaires et surtout, le «non» n’existe pas ! Alors vous pensez bien, quand on me refuse quelque chose, le lendemain je recommence et on verra bien !” C’est comme ça qu’elle est arrivée chez un fournisseur, prête à en découdre avec ceux qui di- saient : “mais qui est cette Brésilienne qui vient nous voir ici et qui veut acheter si peu de matières ?” Le regard plein d’entrain, les longs cheveux bruns dont on rêve toutes, la persévérance ou le charme de l’accent ? Allez savoir pourquoi, mais Tatiane a fait mouche et ils ont plié ! Elle marque un point et savoure sa petite victoire, en 2016 ses modèles édulcorés viennent illuminer nos dressings, Tatiane de Freitas, c’est son nom, celui de sa collection, son réseau professionnel local s’étoffe et ce n’est pas fini.

modèles Le Secret / Paisible

ESPRIT D’ÉQUIPE

Mais seule, on ne fait rien. “J’aime les gens et j’ai besoin d’avoir un bon feeling avec eux. Je préfère voir le côté humain avant le reste, parce que la vie est faite d’échanges et de respect et je ne vois pas comment réussir sans ça.” Et ça va plutôt loin. Même si la globalité de sa production est toujours en circuit court, auprès des mêmes partenaires des débuts, elle qui du modélisme au proto faisait tout, a dû déléguer et s’entourer, et même déménager la confection pour trouver chaussure à son pied. “J’ai trouvé un atelier en Tunisie —pays spécialiste du maillot de bain— tenu par des Français, qui emploie 130 femmes. Quand je suis allée le visiter, j’ai été tellement touchée de voir qu’elles ont quand même leur voix dans un pays où la culture est différente de la nôtre, de savoir que ça leur donne une certaine indépendance, c’est très important pour moi.

Robe de plage Leila

Du réconfort, de la chaleur et beaucoup de vitamines, au-delà de l’élégance et de la simplicité des formes qui soulignent les silhouettes avec délicatesse, ses collections réveillent autant qu’elles appellent au farniente, solidaires des femmes avant tout. Des tons sobres pour les plus discrètes, au lilas, orange ou jaune pétant pour les pétillantes assumées, mise en valeur assurée, estime de soi galbée, dans un deux-pièces doublé. Dans des lurex pailletés, jacquard tissés ou microfibre certifiée, du Japon à Dubaï en passant par l’Italie ou la Californie, bikini échancré, one-piece bustier ou bandeau à coques bien inspiré, nous enveloppent d’un esprit d’été éternel brésilyonnais, cette nouvelle identité dont elle s’estampille… France/Brésil : égalité, c’est bien joué !

 

+ d’infos : http://tatianedefreitas.com

 

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