J’ai le droit ?

J’ai le droit ?

Goûtons voir si le vin est bon !

Amateur de vin, cet article va vous intéresser ! Saviez-vous que vous êtes en droit de déguster une bouteille de vin avant de l’acheter ?

Par Maître Florian Prele

L’article 1587 du Code civil dispose que : «A l’égard du vin, de l’huile, et des autres choses que l’on est dans l’usage de goûter avant d’en faire l’achat, il n’y a point de vente tant que l’acheteur ne les a pas goûtés et agréés.»
Il y a donc certaines choses qu’on est dans l’usage d’acheter après dégustation et le vin en fait partie. Ainsi, si un commerçant vous propose une bouteille de vin pour un prix qui vous convient, vous êtes -étrangement- en droit de goûter pour agréer les qualités gustatives, olfactives et visuelles. La renonciation à la condition de dégustation doit provenir de l’acheteur. La vente est alors considérée comme pure et simple. Il faut comprendre par là que la vente est acceptée par les deux parties. La condition de dégustation est donc normalement sous-entendue dans la vente de vin. Tant que cette condition n’est pas remplie, il n’y a pas de véritable vente.

DEUX CONDITIONS VINE QUA NON

La dégustation doit être faite par l’acheteur lui-même et il doit donner son approbation.
Ce concept juridique trouve son origine dans le droit romain. A cette époque, il était prévu, pour le commerce des vins en gros, que l’acheteur déguste afin de vérifier la qualité de la marchandise souvent altérée par des problèmes de moisissure ou d’aigreur liés à une mauvaise conservation.
Sous l’ancien Régime, ce système évoluera vers un double contrôle. L’un, discrétionnaire intervenant avant la conclusion du contrat, l’autre, intervenant lors de l’enlèvement du vin et servant à vérifier la qualité du produit. Une fois les vins dégustés, la vente était réputée parfaite.

J’espère que vous ne vous êtes pas arrêté avant la conclusion parce que vous pourriez avoir quelques soucis. Ne partez pas en courant dans votre grande surface ouvrir la meilleure quille du linéaire !
En cas de problème et de procès, il appartient au tribunal d’apprécier s’il y a, ou non, dérogation à la condition de dégustation. En outre, cette loi permet de demander à goûter. Elle n’autorise pas à goûter sans permission puisqu’il s’agit de le faire quand l’usage le permet. Cette loi datant de 1804, il était d’usage de livrer le vin ou l’huile en barriques. Il était donc plus facile de goûter avant d’acheter. Aujourd’hui, si on ouvre une bouteille de vin au supermarché, elle devient invendable, il est donc normal de ne pas le faire.

Cette disposition législative laisse penser que l’agréage du vin est une condition substantielle et impérative à la perfection d’un contrat de vente de vin. Or, tel n’est pas le cas et la jurisprudence décide depuis longtemps qu’il s’agit là d’une règle supplétive de la volonté des parties. Cela signifie que les parties peuvent décider de s’affranchir de la condition de l’agréage pour considérer que la vente du vin est parfaite dès que l’accord est intervenu sur les volumes et le prix.

©Анна Демидова-Volodymyr

Etoilé 2021 : Eric Prowalski à La Rotonde des Trésoms

Etoilé 2021 : Eric Prowalski à La Rotonde des Trésoms

Cuisine à l’eau de vies

Au milieu coulent une rivière, un lac et un océan, tant que ça baigne, la cuisine d’Éric Prowalski fait des clapotis. Horizon à perte de vue, depuis la corniche de la Rotonde des Trésoms à Annecy, le Chef, tout juste étoilé, fait de sa nature un vivier gourmand. Du zen, de l’iode et bien des sentiments, l’assiette s’exprime avec piment.

Et si c’est du piment d’Espelette, c’est encore mieux ! Parce que s’il vit ici depuis maintenant 10 ans, ses racines sont plutôt bordelaises et bassin d’Arcachon. Le cœur à califourchon sur les deux régions, il en aura fallu du temps pour trouver l’équilibre et en faire sa recette… Une gastronomie yin et yang qu’il inscrit à la carte du restaurant. Signature originale, associations inattendues, féra, algues marines et piquillos, brochet, salicorne et coques du bassin, sa cuisine chante le sud-ouest comme son accent, élégante et directe, enveloppante et relax. Et pour en arriver là, quel parcours du combattant !

NOYÉ !

Parce que les choses n’ont pas toujours été ainsi. “Aujourd’hui, je veux juste être heureux. A l’époque, quand je rentrais chez moi, je ne l’étais pas.” C’est sûr que vu comme ça, il fallait faire quelque chose, chef ! Quand il prend les commandes des pianos de la Rotonde des Trésoms en juin 2011, Eric Prowalski est un compétiteur dans l’âme. Sportif de haut niveau, il a consacré sa vie aux compétitions de handball et à l’apprentis- sage de la cuisine, de compet’ elle aussi ! Jean-Marie Amat, Philippe Etchebest ou Alain Sollivares, quand on s’éduque auprès de chefs fonceurs, difficile de ne pas foncer soi-même. Dépassement, rigueur et excellence, il est au taquet, peut-être un peu trop : “Dans ma carrière sportive, on courrait après les championnats, dans mon parcours professionnel, on courrait après une étoile ou un concours de MOF, naturellement, on tend à faire pareil, je ne me suis jamais posé la question. Mais c’est un cercle vicieux, ça s’installe, c’est sournois, je me mettais la pression tout seul. Je savais que les propriétaires Véronique et Pascal Droux la voulaient cette étoile, je voyais l’exigence dans l’assiette, mais plus vraiment tout ce qu’il y avait autour.” Et puis, ce lieu a un goût particulier et ça lui tient à cœur : “Mes parents étaient restaurateurs. Les 18 dernières années, ils avaient un restaurant à Bordeaux qui s’appelait La Petite Savoie. Quand je suis arrivé ici, j’ai envoyé la photo du lac en leur disant : regardez où je suis !!! Tous les étés, ils venaient chercher le fromage chez Barnabé et la charcuterie chez Gojon, c’était un joli clin d’œil.

A LA PÊCHE…

Alors le chef va retrousser ses manches, partir à la conquête de lui-même et rentrer dans une introspection totale pour trouver sa voie, une gastronomie en adéquation avec sa philosophie de vie. “Au début, je faisais ce que j’avais appris, mais dans l’assiette, j’étais malheureux. Alors, il y a 3ans et demi, je me suis simplement dit que j’étais annécien et arcachonnais et que c’était ça mon identité ! L’eau cristalline du lac, l’iode d’Arcachon, la verticalité des montagnes, l’horizontalité de la forêt des Landes, l’harmonie entre tout, la confrontation, une globalité qui fait ce que je suis.” Le chef médite beaucoup, s’apaise et y voit enfin plus clair, le creux de la vague s’efface et tout prend place : “En faisant ce travail, ma façon d’être a changé, je ne suis plus du tout dans la colère, mais dans la compassion et l’empathie naturelle. Je pense que je me cachais de ça, je m’en protégeais, je prenais ça pour de la sensibilité, alors qu’aujourd’hui, j’en fais une force, un don. Je suis là pour montrer le chemin à mon équipe, les prendre à retors est ridicule et ne sert à rien. Si je suis épanoui, eux aussi. Si la pluche n’est pas à droite, finalement ça ne change rien, l’important est qu’elle y soit, le goût avec. Avant, ça aurait été une catastrophe… Du coup, quand on diffuse de la positivité, le client n’a plus du tout le même plat et ça, c’est essentiel.

L’ÉCUME DES JOURS

Féminité, masculinité, droiture ou envergure, les assiettes dansent avec originalité et cocasserie, dans un dressage anecdotique et poétique à la madeleine de Proust. Riz au lait de son enfance, écume mousseuse de ses marais, le chef travaille le brochet à l’arcachonnaise et fait s’évader les esprits du coin. Et que d’histoires savoureuses ! “Quand j’allais chercher les huîtres avec mon parrain qui tenait à l’époque la Cabane de L’Aiguillon à Arcachon et qu’il y avait le passage des palombes, il prenait le fusil qui était toujours sur le bateau et hop, il tirait ! En faire un plat était une évidence, pigeon, huîtres et petit pois de Karine et Sébastien Favrin à Aix-les-Bains, un peu d’ici et de là-bas, ma cuisine, c’est ça.” Et le chef va encore plus loin. Dans les circuits courts, le respect du produit, l’aliment santé qui fait du bien au corps, mais aussi à l’âme. Si dans sa quête personnelle, il a assaini son regard sur la vie, il applique ses principes à sa table : “Si je le fais chez moi, je le fais aussi ici, on se porte les uns les autres, je ne me vois pas ne pas le partager.” Saumon de l’Adour, cerise d’Itxassou, civelles ou algues marines, beaufort, sérac, brebis de Thônes ou truite de Savoie, un kefir en prélude nettoie vos palais, le chef vous soigne, laissez-vous porter.
3 ans après son introspection, le téléphone a sonné, janvier 2021 l’étoile tombe : “Pour moi, c’est le début du chemin. Elle est là pour 12 mois, on doit en profiter. Elle marque mon changement, le plaisir d’être ensemble. On continue et on verra bien, mais j’en ai pleuré.” Des rivières, un lac et un océan.”

+ d’infos : http://lestresoms.com
15, Boulevard de la Corniche, Annecy Menus de 49 à 139€
Menu « Jeune Gourmet » à 21€

©Denis Pourcher

Barbec chic avec Aluvy

Barbec chic avec Aluvy

C’est l’alu !

Porte des Bonneveaux, à quelques pas de Bourgoin Jallieu, ainsi fond l’alu chez Aluvy ! Qu’on soit team Marcel ou team Lulu, pas de bévue, il y en a pour tous les goûts… Des barbecues ! 

Lulu est plus haut, plus rapide et marche au gaz. Marcel, plus petit, plus long, et tout au charbon. Mais qu’importe la taille, qu’est-ce qu’ils sont canons ! Imaginés sur l’idée d’un Bento japonais, on les distingue par des p’tits pieds en X, un design rassurant, des couleurs pop qui dépotent, révolution sans nom de l’instant grillade à la maison. Et quelle idée ! “On voulait faire différent des autres, plus esthétique et moins genré homme ! Alors on s’est adressé aux femmes en travaillant un produit déco, en donnant des noms, permettant à chacun de se projeter”, explique Jean-Pierre Cauchy, à la tête  d’Aluvy. Malin ! 

Chauffe Marcel !

Quand l’idée pleut, il vient de vendre sa société. On est en plein confinement et Paul, voisin et ami, à une idée derrière la tête. “Paul Marino et Hugo Texier, aujourd’hui mes associés, ont repris Aluthéa, une fonderie aluminium, voilà 6 ans. Ils achètent de l’aluminium en lingot, le fondent et avec la matière en fusion, font n’importe quelle pièce. Moi, je viens du digital, plutôt rien à voir avec l’industrie, mais quand Paul m’a expliqué leur volonté de créer une marque propre, sans trop savoir comment, j’ai relevé le défi !”

©Aude Lemaitre

Idée Lulumineuse 

Ils parlent meubles d’extérieur, puis barbecue. L’idée est choisie, en septembre 2020, ils déposent Aluvy. Le concept ? Ils ne fabriquent qu’à la demande, font tout, du dessin à la réalisation, et si quelques pièces passent par la sous-traitance, c’est only made in France. “On essaie de ne pas avoir de stock. On produit à la commande et on envoie le plus vite possible. C’est un vœu pieux, mais on assemble tout ici !” Et quelle reconversion pour Jean-Pierre. Parce qu’à l’usine, ça ne plaisante pas. Des moules en veux-tu en voilà, des machines et des outils partout, de la vapeur et des 400 degrés dépassés, c’est de l’artisanat, du vrai ! Mais il se fond dans la masse, c’est une affaire qui matche !

Sam dit bien !

Sun flower, piment, cuir, ou aquasplash, Lulu et Marcel sortent des tuyaux en avril 2021, déclinés en 8 couleurs tendance qui mettent les extérieurs en transe. Plancha, dôme de cuisson ou grille tradi’, il y en a pour toutes les envies. Et comme jamais deux sans trois, c’est un p’tit nouveau que voilà. Le 15 septembre prochain, Sam grillera vos marshmallows… Et olé, un brasero !

+d’infos : http://aluvy-design.com

Coups de pouce

Coups de pouce

Etudiants, quelles aides ?

De nombreuses aides financières sont mises en place pour soutenir les étudiants : bourse sur critères sociaux, aide au mérite, aide à la mobilité, aide d’urgence… Des dispositifs permettent également aux parents de profiter d’avantages fiscaux.

La bourse sur critères sociaux (BCS), délivrée par le CROUS aux étudiants de moins de 28 ans, accorde une exonération des droits universitaires et de sécurité sociale, ainsi que 10 mensualités par an d’un montant annuel de 5 679 € maximum. Son montant dépend de la distance entre le domicile des parents et le lieu d’études, les revenus des parents et le nombre d’enfants à charge.
Une aide de 1 000 € est accordée aux étudiants boursiers ayant une licence et souhaitant effectuer un Master 1 dans une autre région. L’aide à la mobilité internationale de 400 € mensuels, répartie sur 2 à 9 mois, concerne les étudiants boursiers souhaitant partir à l’étranger dans le cadre de leur cursus. Quant à l’aide Erasmus, elle reprend le même principe pour des études ou un stage au sein de l’Espace Economique Européen et certains pays hors EEE. Son montant est compris entre 150 à 400 € par mois selon le projet.
On peut également citer l’aide au mérite, les aides au logement, l’aide aux étudiants qui préparent un concours de la fonction publique, le prêt étudiant garanti par l’État, ou encore des aides pour les étudiants ayant un enfant à charge… La plupart d’entre elles se cumulent.

Les aides SOS

Les étudiants de moins de 35 ans en situation de rupture familiale peuvent obtenir une aide d’urgence auprès du CROUS. Celle-ci prend deux formes : ponctuelle en un seul versement d’un montant maximum de 2 571 €, ou annuelle, versée mensuellement, pouvant atteindre 5 679 €.

Et pour les parents ?

Le parent propriétaire a la possibilité de donner congé à la fin du bail, à son locataire, afin de loger son enfant. Les parents peuvent rattacher à leur foyer fiscal leur enfant étudiant de moins de 25 ans et profiter d’une réduction d’impôt de 183 € et d’une augmentation du quotient familial ou d’un abattement maximum de 5 959 € sur leurs revenus et par personne rattachée lorsque l’étudiant est marié, pacsé ou chargé de famille, pour les dépenses engagées. Ou, à la place du rattachement, les parents ont la possibilité de déclarer une pension alimentaire versée à leur enfant étudiant, pour les dépenses prises en charge. Son montant maximal est de 5 959 € par étudiant.
Votre notaire pourra vous conseiller sur la meilleure option à prendre, mais aussi vous informer, par exemple, sur les donations (somme d’argent, immobilier en pleine propriété ou en usufruit) ou sur le marché de la location immobilière.

+d’infos : http://notaires.fr

Etoilé 2020 : Florian Favario à l’Auberge de Montmin

Etoilé 2020 : Florian Favario à l’Auberge de Montmin

Chemin pavé d’étoiles

C’est un retour aux sources pour le petit gars de la yaute. Florian Favario a traîné ses casseroles dans les plus beaux palaces du monde, avant de convaincre sa dulcinée que «la montagne, ça vous gagne aussi !».

Adieu la vie de palace, bonjour l’auberge de montagne ! Qui ferait ce choix ? Florian Favario ! Et il a bien fait, décrochant en 2020, une étoile en seulement 7 mois !
Il faut dire que le jeune homme a commencé très fort, à 14 ans, chez Laurent Petit, le surdoué de l’étape annecienne : “Ça m’a apporté un cadre et des bases pour la vie, une deuxième famille et une sacrée expérience !”. Bien sûr, il a pratiqué des cuisines plus classiques chez Michel Rostang ou Jean-Marc Banzo. Mais ça ne lui a pas suffit. Alors il s’est envolé pour les USA, parce que la Californie, c’est un rêve et surtout une autre forme de cuisine. Jean-Michel Diot, un ancien de chez Michel Guérard, lui enseigne l’organisation à la sauce américaine. “Ça paraît fou, mais on peut faire 180 couverts de qualité à 8. Tout est possible et différent aux USA, c’est peut-être l’avenir. Une intelligence dans la conception des plats et dans la relation au travail”. Florian n’en a pas fini avec son tour du monde. Petite étape par la France à Pauillac chez Thierry Marx, qui le remarque immédiatement : il est anglophone, une rareté au pays de Molière, doué, organisé à l’américaine, il y a de quoi faire vibrer n’importe quel chef et justement Thierry Marx a des projets pour lui. Il lui faut quelqu’un pour mettre en place, un peu partout dans le monde, ses nouveaux restaurants. Alors Florian Favario sillonne la planète. Sur place, il découvre les produits, les cultures, il fait partie intégrante des brigades, les forme, se fait des amis partout dans le monde. “Je vivais une vie de rock star et c’était génial !”.

CHANGEMENT DE STARS

Retour en France, chez Eric Frechon où il découvre la vie culinaire d’un palace. “C’est très différent, le palace est un monde à part”. Au passage, il tombe raide dingue des yeux bleu de la responsable de salle, Sandrine Deley. Un coup de foudre amoureux et professionnel, elle sera son binôme et le suivra désormais dans toutes ses aventures gastronomiques. Et des aventures, il en cumule. Dans les concours, notamment, où il rafle la place de second au Bocuse d’or. “J’aimerais être un Kilian Jornet. J’aime l’effort, l’exploit physique maintenu sur la durée”. De quoi relever le défi d’Eric Frechon qui lui confie les cuisines d’un palace de Londres, le Lanesborough. “J’ai monté les cuisines en 3 ans et obtenu une étoile en binôme avec Eric Frechon”. Bon, ça c’est fait. What’s next ? Et si le défi le plus fou était de laisser tomber les ors et paillettes pour rentrer chez soi, en Haute-Savoie ? Alors, avec femme et enfants (et oui, c’est la suite logique du conte de fées), il choisit une petite maison proche du village de Montmin, au Col de la Forclaz, où les clients feront la démarche de prendre la route pour venir le voir. “C’était un challenge d’imposer cette vie de village en montagne à ma famille, après Londres et Paris. Un vrai choc culturel !” Sandrine adore. Alors, sans publicité, sans artifices, Florian Favario et Sandrine Deley proposent leur vision de la cuisine. Première règle : un menu unique. Deuxième règle : pas de fournisseurs : “Je vais dans les fermes, je choisis mes produits. Sinon, on passe à côté de l’essentiel. L’épisode du confinement nous a confortés dans cette philosophie. Tout le monde découvre enfin que l’on doit manger local. J’ai voulu retrouver les valeurs essentielles, comme le plat que l’on partage. Tout cela donne une grosse âme à la maison et crée la différence. D’ailleurs, nous sommes complets tout le temps, c’est rassurant”. Preuve que la recette fonctionne, une étoile est tombée en 7 mois. “Une magnifique surprise !” En salle, Sandrine ne s’occupe plus de célébrités, ni de têtes couronnées et… ça lui va très bien. Parfois, Florian part en fou-rire dans la cuisine ouverte. Ça donne une ambiance à nulle autre pareille. “Ici, les stars, ce sont nos clients, et l’auberge vaut tous les palaces du monde !” A bon entendeur…

+ d’infos : Auberge de Montmin, Col de la Forclaz, 1983, route de Talloires-Montmin, Talloires-Montmin.
04 50 63 85 40 – Menu unique 196€ pour 2 personnes.
https://www.facebook.com/aubergedemontmin

©Cécile Bouchayer

Jeunes et bons

Jeunes et bons

Sortir de taire

Novembre 2018. Quartier de Mcleod Ganj à Dharamshala, nord de l’Inde. Naomi est attablée au Snow Lion devant un thé. Une jeune femme entre, s’assied en face d’elle et dans une sourire lumineux lui lance : «who are you ?». 3 heures plus tard, Naomi sait que Robin vient de donner un sens à sa vie !

Naomie

18 juin 2019, la voilà caméra au poing à Saint-Jean-Pied-De-Port avec, devant elle, 35 jours de marche -et quelque 800 km- jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, pour mettre en images le parcours de 20 jeunes femmes indiennes, les Krantikaris, filles de prostituées du Quartier Rouge de Mumbaï. Les jeunes femmes viennent de jouer, à Genève et Paris, une pièce de théâtre sur leur parcours, et ont décidé de profiter du déplacement pour entreprendre le fameux pèlerinage.
Pour Naomi, ce court-métrage -«Our odyssey is red»-, sera le premier d’une série avec, pour fil conducteur, «Des violences contre les femmes à la guérison par l’art.» Elle sourit : “Mais c’est surtout un moyen de parler égalité. On crée des projets artistiques pour sensibiliser, ouvrir la conversation, et on se concentre sur des histoires inspirantes, pleines d’espoir.

Magique hasard

Mais revenons à cet automne 2018, où tout a commencé. Naomi, 23 ans, fraîchement diplômée en Droit International, a des fourmis dans les jambes : “en fait, j’adore être ailleurs !”. Là voilà donc, sac au dos, quittant Allonzier-la-Caille pour une ONG en Inde protègeant les droits des Tibétains ! Ado, c’était déjà son truc de valoriser les différences. Stop aux stéréotypes ! Un petit caractère «chiche, je le fais ?» forgé face à l’autorité d’un père aimant, mais exigeant et des valeurs humaines métissées d’Asie transmises par sa mère vietnamienne. Et voilà que cette rencontre improbable avec la jeune et bouillonnante Robin va donner une nouvelle dimension à son périple.

Retour à la caste départ

Robin a co-fondé l’ONG Kranti à seulement 24 ans ! Virée de l’armée américaine pour cause d’orientation sexuelle, avec le feu en elle et le besoin de créer quelque chose de beau, elle avait noté qu’à Mumbaï (ancienne Bombay), les ONG aident certes les prostituées du Quartier Rouge, mais ne leur donnent pas la possibilité de vivre à l’égal des autres femmes. En Inde, bien que les lois soient progressistes, le système archaïque des castes existe toujours ; pas d’échappatoire au système, sauf par l’éducation. Naomi constate : “Là-bas, les femmes n’ont pas accès à l’éducation de façon égalitaire. Les filles de travailleuses du sexe sont souvent refusées par les écoles qui considèrent qu’elles finiront comme prostituées et donc n’ont nullement besoin d’éducation. Et si tu es intouchable ou musulmane, comme ces filles de prostituées, tu n’as droit qu’aux emplois de forçats dans les mines ou comme domestique, ce qui fait que les plus marginalisées, pauvres ou transgenres, n’ont souvent pas d’autres choix que de basculer dans la prostitution pour survivre.”

Naissance ou renaissance

L’ONG Kranti récupèrent donc ces filles à partir de 10 ans, puis s’en occupe, leur offre les outils pour se découvrir une passion, un avenir. Elles deviennent alors souvent des actrices de changement social. Ainsi, Shweta, passionnée de percussions, va maintenant dans les quartiers difficiles où la musique devient un moyen de communiquer avec les enfants. Et Naomi de raconter : “Il y a aussi Tanyia, violée par son beau-père pendant 5 ans, elle est devenue hôtesse de l’air et partage son amour de la Zumba en allant apprendre aux gamins comment se libérer par la danse. Ou encore Tara recueillie à l’âge de 16 ans, une intelligence vive, c’est la première fille des quartiers rouges à être acceptée, avec une bourse scolaire à l’étranger, à Washington ! Inespéré…
La Maison des Kranti accueille de 10 à 20 jeunes filles de tous âges. Ici, tout le monde s’occupe de tout le monde. “Elle essaie de les remettre dans le système scolaire, mais en interne, l’ONG a créé la Kranti school qui leur permet d’apprendre différemment, avec pour socle la méditation, la compréhension du monde et la bienveillance.” Elles en sortent enfin gorgées d’amour, épanouies et autonomes.

©Sébastien Farcis

Quel message !

Et voilà ces «Krantikaris» (les « Révolutionnaires ») sur «Le Chemin». 25 km par jour. C’est beaucoup pour ces filles non entraînées. La pluie, la chaleur, les ampoules, le corps qui proteste - l’une des filles a la tuberculose et suit un traitement douloureux, mais avance à son rythme -, le manque de moyens, mais aussi les joies de la marche et du collectif, la débrouille pour manger et dormir avec du théâtre, du chant et de la danse improvisés dans les villes traversées, une aide sollicitée avec le sourire. “Elles donnent beaucoup !” Et elles touchent en plein cœur. La solidarité est partout. Et l’aventure est belle. “On marchait avec les sacs de lentilles et de riz, de quoi se faire des plats basiques, et un jour, on rencontre un jeune homme en difficulté, sans argent pour payer son lit. Elles se sont débrouillées pour lui payer ! Elles qui galèrent… «Si tu as besoin, nous on a ce qu’il faut maintenant», elles ont ensuite marché avec lui plusieurs jours. Il a été transformé, c’était extraordinaire !”
Naomi filme de l’image, des émotions et de la parole. Mais aussi le sac trop lourd qu’on allège, les charges émotionnelles déposées qui nous encombrent : de quoi a-t-on vraiment besoin dans la vie ? L’expérience a changé Naomi : “je pensais être une fille avec de la tchatche, parfaite pour devenir avocate dans les ONG, sensibiliser, aller au devant des gens, expliquer, et puis au final, j’ai découvert la liberté et la joie d’être dans l’observation, en osmose. J’ai beaucoup appris d’elles. Leur histoire m’a touchée, ce sont des femmes fortes qui ne se présentent jamais comme des victimes, elles veulent juste dénoncer les discriminations de couleurs, de milieux, de genres, et redonner espoir. C’est le combat de leur vie, leur histoire, c’est aussi un peu la nôtre et ce premier film en est juste un témoignage. D’où le nom de notre collectif : Hers is ours !”

+d’infos : http://kranti-india.org
startsomegood.com/hers-is-ours

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