François Villard, vigneron

François Villard, vigneron

Nouvelle vie…gne

En 1989, François Villard tombe sous le charme d’un beau brin de vigne aux courbes douces et à l’exposition parfaite, sur les pentes de Saint-Michel-Sur-Rhône. L’occasion, pour cet ancien cuisinier, de tout recommencer. Et ce choix lui réus-syrah…

Par Mélanie Marullaz – photos : Clément Sirieys

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A gauche, sur ce coteau qui regarde le Rhône de haut, de solides ceps, dans la force de l’âge, aux pieds desquels prospèrent des touffes d’orpin blanc, petite vivace aux racines très courtes qui permet de limiter la réverbération ; à droite, de jeunes pieds encore frêles, qui ne seront pas vendangés avant deux étés. Même pente, même lumière, même cépage, mais 30 ans séparent ces deux parcelles travaillées par François Villard.

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Du piano au caveau

Le François Villard d’il y a 30 ans “n’y connaît rien ou pas grand’chose !” mais il vient de réaliser son rêve en plantant, avec l’aide d’Yves Cuilleron, deux hectares de Condrieu. Il n’est pas encore du terroir, commence tout juste à être du métier. Une reconversion, entamée deux ans plus tôt, après une première vie passée aux fourneaux. “A l’âge de choisir une voie, j’avais surtout envie de jouer ! Et ce que je détestais le moins, c’était la cuisine. J’aimais aider ma mère à faire des gâteaux”. Mais resto ou collectivité, il finit par s’ennuyer au piano.
Jusqu’au jour où, travaillant pour l’hôpital de Vienne, il a l’opportunité de suivre une formation en sommellerie : “Elle m’a révélé, je me suis dit : c’est ça ! Je partais à la rencontre des vignerons, j’adorais les entendre parler de leur vin, déboucher une bouteille… De la terre au verre, il y a tout un cheminement.” Qu’il va faire sien, en entamant un brevet viti-oeno, sous le regard bienveillant d’Yves Cuilleron donc, son maître de stage en vinification, et de Pierre Gaillard, chez qui il vendangera plusieurs fois.

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Au cep-tième ciel

Ce François Villard d’il y a 30 ans travaille tout seul dans ses vignes. Avec l’aide de son père agriculteur quand même, au début. “La 2e année, l’herbe était plus haute que les vignes, il m’a dit : « si c’est pour faire ça, tu pourrais aussi bien t’arrêter tout de suite ! » On était en pleine période chimique à l’époque, on ne parlait pas du bio, dans les fascicules de formation. Et dans le coût des produits agricoles, la moitié étaient des désherbants”. Mais il les arrête progressivement, comme les anti-germinatifs.
Et en 1992, il a le bonheur immense de mettre son nom sur une bouteille. “Il n’y en avait que 400, mais c’était magique ! On le fait avec plein d’innocence… A l’époque, je goûtais des vins de partout, je ne manquais pas une foire, c’était une période d’insouciance, je ne savais pas bien où j’allais, mais j’y allais.”

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No pain no grain

Quelque part entre Yul Brynner et Yannick Noah, le François Villard d’aujourd’hui a certainement moins de cheveux qu’il y a 30 ans, mais il a gardé cet immense sourire que certains diraient marqué au sceau de la chance. Lui sait qu’on n’a que la chance qu’on mérite, celle pour laquelle on œuvre laborieusement, cep après cep, parcelle après parcelle. 2, puis 7, puis 11 hectares. Sauf qu’en 2007, après avoir acquis ses premiers Saint-Peray, il double sa surface d’exploitation, de 12 à 25 hectares. “On est passé de moyen à gros, c’était un peu comme un rêve, mais on n’était pas prêts… On ne pouvait quasiment pas mécaniser et dans la foulée, il y a eu 2008, le mildiou, le Black Rot (ou pourriture noire, un champignon qui prolifère dans les régions chaudes et humides)… On a perdu 40% de la récolte…”
Ce qui ne l’empêche pas de continuer à viser le bio, pour lequel il est en cours de conversion, malgré la concurrence entre l’herbe et la vigne sur des pentes difficiles à piocher notamment. Contrainte qui fait aussi la typicité du terroir. “Un vin industriel sera toujours réussi, mais il aura toujours le même goût, sans aucune authenticité. « Du vigneron, je me dois d’être le reflet », c’est ainsi que je faisais parler mon vin sur certaines étiquettes.” Il a longtemps écrit des poèmes, sur ses étiquettes, ou réglé ses comptes avec Parker, son banquier ou un voisin !

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Notes de frais

A la tête d’un domaine de 40 hectares, le François Villard d’aujourd’hui reconnaît passer moins de temps dans les vignes. A 58 ans, il se consacre plus à la commercialisation de ses Condrieu, Saint-péray, Côte-rôtie ou Saint-joseph. “Et c’est peut-être pour ça qu’on vend bien”, décoche-t-il de son sourire large comme le fleuve en contrebas, “il n’y a pas meilleure personne que le vigneron pour vendre son vin ! Même si je suis moins dans les rangs, je fais tous mes assemblages, et je ne me trompe pas trop… Par la force des choses, j’ai appris à beaucoup goûter sur le palais ; on n’a pas forcément tous les bouquets, mais on perçoit les problèmes d’équilibre, c’est ce qui m’a fait évoluer.”
Notamment vers des vins plus frais : “Il y a 30 ans, si un vigneron avait dit : je veux faire un vin avec du fruit, on lui aurait répondu que ce n’était pas une ambition. Aujourd’hui, ça l’est, car il n’y a pas plus pur que le fruit. Moi, je vise le fruit rouge, plus acidulé que le fruit noir qui est un peu compoté. Ça, je l’ai déjà beaucoup fait. Mon rêve, ce serait de faire de grands vins de garde qu’on peut boire tout de suite… C’est possible, en monocépage”, lance-t-il d’un air entendu. “Ici, on est à 200 km d’Avignon et 200 km de Beaune, mais on regarde plus vers le Nord…” Le monocépage est en effet le mode de production majoritaire des vins bourguignons.
En contemplant le soleil décliner sur ses deux parcelles distantes de quelques mètres et trois décennies, ce soir, François Villard avoue ne pas avoir changé sur un point : il s’est toujours amusé à faire ce qu’il fait. “Mais je m’amuse très sérieusement ! Par contre, je suis de plus en plus impatient… Quand j’ai démarré, j’étais pressé de voir les vignes en production, mais là, je suis encore plus pressé, plus capricieux, parce que ce que je ne fais pas maintenant, je ne le ferai jamais…”.

Le Mot de Meghan Dwyer

❝Lui, c’est une rock star ! Il ose tout, notamment dans ses procédés de vinification : il a 23 cuves différentes et il est toujours en train d’expérimenter, c’est sa force ! Mon coup de cœur, c’est son Saint-Péray, 100% Marsanne, dont il fait une version normale et une longue. Dans celle qu’il élève plus longtemps, il y a plus de corps, plus de bois, du beurre, de la nectarine, avec des Saint-Jacques, ça coupe le gras, c’est un truc de fou ! Snackées avec un peu de yuzu… L’autre version, plus basée sur l’acidité se marie avec tout ce qui est fruits de mer et crustacés.❞

VITE, LA PLUIE !

VITE, LA PLUIE !

METS TA CAPUCHE

LE PARAP’? ON LE PERD TOUT LE TEMPS. L’IMPER’? TROP ENCOMBRANT. NON, NON, POUR NE PLUS ÊTRE TRISTE COMME LA PLUIE QUAND LE CIEL S’ASSOMBRIT, RIEN DE TEL QU’UN BON VIEUX TRUC DE GRAND-MÈRE…

PAR MELANIE MARULLAZ

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C’est avec Gisèle, du côté de Chambéry, que tout a commencé. Gisèle déteste que ses cheveux soient mouillés, mais elle a aussi le sens de l’esthétique et tient, en toutes circonstances, à avoir l’air chic. “Et on peut toujours l’être, me disait ma grand-mère, il suffit de savoir assembler les choses”, se rappelle Juliette Babelot, sa petite-fille. “Elle portait donc un foulard sous sa capuche en plastique. Quand elle a déménagé, j’ai ouvert un tiroir dans lequel elle en avait des dizaines !” Alors au milieu de la trentaine, quant à la faveur d’une reconversion professionnelle, Juliette doit créer sa petite entreprise, cette jeune directrice artistique parisienne sait exactement quel filon exploiter : elle revisitera la capuche de sa mémé.

OND(É)E DE CHIC

Le concept ? Une seule pièce de tissu, en coton ou synthétique imperméabilisé, “mais je ne voulais pas qu’il y ait un côté K-way®”, une capuche qu’on peut ranger dans une pochette et trimballer dans son sac à main toute la journée. Ses 1ers modèles, en 2017, Juliette les pense noirs, puis, pour donner de la couleur aux jours gris, elle les décline en wax, à partir de pagnes africains, puis en tartan ou vichy. Dernièrement, elle a également collaboré avec le photographe Raphaël Lagussy, en transformant en motif l’un de ses travaux sur la météo. Et pour rester cohérente avec l’esprit de Gisèle, qui a toujours été investie dans le milieu associatif, elle fait fabriquer 30% de sa production dans un atelier ESAT, Etablissement d’Aide par le Travail.
Cet été, un rayon de soleil a traversé le ciel que Juliette aime chargé: elle a été sélectionnée pour faire partie des quatre jeunes marques accom- pagnées, pendant 3 ans, par le programme «Talents» de la Fédération Française du Prêt-à-porter.
Alors l’avenir de sa Capuche à Mémé, elle le voit rose, mais surtout de plus en plus responsable – elle aimerait passer de 40 à 100% de tissu recyclé – et international, en exportant au Japon ou aux USA ce fichu typiquement français: “il va falloir adapter les modèles aux cultures, et ça, c’est super intéressant !” Mais d’ailleurs comment dit-on : «Chic ! Il pleut» en japonais ?

Jean-Luc Colombo, vigneron

Jean-Luc Colombo, vigneron

Comme un verre

Rencontrer Jean-Luc Colombo, c’est s’asseoir autour d’une table et taillader la vie, un verre de Terres Brûlées à la main, convivialité dans l’assiette. Au menu : franc-parler, hypersensibilité et accent qui chante tous azimuts. Sacré programme !

Par Magali Buy – photos : Clément Sirieys

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On avait rendez-vous sur la plus vieille parcelle du domaine de Cornas, Les Ruchets, terre emblématique aux vignes de 80 ans et toute première acquisition de Jean-Luc et son épouse Anne. Ici, tout se transmet de génération en génération. Mais pas pour eux. Et quel parcours du combattant, taillé aux coteaux, pour se faire une place parmi les trublions du village, quand on arrive comme un cheveu sur le cépage et qu’on distille son savoir à la louche, mieux qu’au compte-gouttes.

Leurre de vérité

Parce que le vigneron est comme ça, spontané, généreux et impulsif, un puits d’émotions en vrac, qu’il remonte à grand seau. On est là pour parler de lui, mais il est préoccupé. Ses amis restaurateurs, le métier de vigneron, le Covid et ses impacts, l’économie et j’en passe. Parler vin ? Mais pourquoi ? Bientôt, il n’y aura plus rien “et c’est à vous journaliste de dire vrai et de faire passer l’information. Il faut arrêter de clamer qu’il fait soleil quand c’est nuageux. La vérité fait mal, mais c’est comme ça et il faut que les gens sachent, surtout dans une situation économique qui redémarre à 3 à l’heure, c’est catastrophique !” J’avoue, j’ai pris une belle bouffée de chaleur, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que, derrière cette leçon, parlait l’inquiétude d’un homme de 38 ans de bouteille, qui consacre sa vie à la nature, au vin et à l’humain, le verre toujours à moitié plein. Je me suis promis de dire la vérité et rien que ça, juré dans le crachoir !
Chais pas possible
L’histoire commence début 80 et c’est Fanny, son assistante, qui m’emmène en plein road trip dans les coteaux et au cœur du sujet. “Anne et Jean-Luc sont pharmaciens, œnologues et passionnés de vins et de gastronomie. Originaires des Cévennes et de Marseille, ils cherchaient un endroit proche de leurs racines, avec des vignes à potentiel de vins de garde. Dans la famille, on buvait de l’Hermitage, Jean-Luc adore les grands Bordeaux. Ils ont vu les possibilités et se sont installés. Le temps de monter leur pharmacie, ils créent le Centre Œnologique des Côtes du Rhône et tout démarre.” Jean-Luc part en croisade sensibiliser les vignerons au vin « propre », être nickel dans son chai, pas de terre battue, on ne crache pas entre les barriques, on ne reverse pas les fins des verres dans les fûts non plus… Clean, quoi ! “Il a mis un peu le bazar dans des productions rustiques, où le fruit était la première agriculture. Quelques-uns avaient déjà avancé le boulot, comme Alain Voge qui l’a d’ailleurs beaucoup soutenu, mais ça n’a pas été facile.” Parce qu’un Marseillais sorti de nulle part qui vient étaler sa science… Faut pas pousser !

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Cep pas sorcier !

Et bien si ! Chez les Colombo, on pousse toujours plus loin, surtout quand on est convaincu ! Ils achètent la parcelle des Ruchets, revendent la pharmacie, vient une autre parcelle et le vignoble s’est construit comme ça. Par fragment, à la sueur et à la volonté, à l’amour des terres et de la bonne chère. Et comme dit Laure, leur fille, vigneronne et œnologue : “Quand mon père a commencé à faire du vin, je pense que son objectif était d’avoir accès aux bonnes tables. Ma grand-mère cuisinait beaucoup, ça motive une passion. Mais c’est lui seul qui a fait son trou là-dedans.” Précision, respect du produit, en cuisine comme à la vigne, l’important est de ne jamais dénaturer, rien ne doit polluer le raisin originel, quitte à y laisser fessiers, plumes et bonnes suées sur les parcelles. “Regardez qui s’est posé dans les vignes ce matin”, me montre Jean-Luc grand sourire. “Une écaille chinée. Un des plus beaux spécimens qui puisse exister, et on a la chance d’en avoir à Cornas. C’est un papillon des broussailles qui vit le jour et la nuit, qui symbolise la nature, la vraie. Je viens de poster la photo sur les réseaux, là, ma femme et ma fille doivent être par terre !” Ça vaut bien le coup de transpirer dans les coteaux super raides, non ?
Vous avez dit nature ?
Et Cornas le vaut bien. Des vignes clairsemées entre forêt, forêt et… forêt, un héritage unique où la nature exulte dans son jus. Chêne vert, genévrier cade, pin, cèdre et quelques notes de garrigue font office de terre d’accueil pour nos amies les bêtes. Des vers au sol qui fourmillent de joie, au milan qui prend son envol, ici la faune a du bol et tout est fait pour la préserver : “Je vous ai parlé des insectes, je pourrais en dire autant des lièvres, des serpents, des buses ou des lézards. Tout est fait pour que la vigne soit heureuse et le consommateur aussi. Je rajoute même des lapins quand il n’y en a plus ! Plus nature que moi tu meurs !” Vos vins sont « nature » du coup ? Aïe aïe aïe, qu’est-ce que je n’ai pas dit ! “Aujourd’hui, il faut mettre une grenouille, une moitié de pomme blette à la vigne pour faire du vin. L’idée du nature est de ne rien toucher, mais c’est impossible, la nature ne l’accepte pas ! Quand vos proches sont malades, vous ne demandez pas qu’on les soigne nature ! Si on donne des antibio, les natures organiques et biologiques disent d’accord ! Mais je ne suis pas anti non plus, la nature est ma priorité, bien avant qu’organique et biodynamique existe.”

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La cuvée des chefs

Fleuris, aromatiques, et tout en finesse, les vins Colombo – certifiés bio – rafraîchissent les esprits et passent à table, à gorgées déployées. Filleul de Paul Bocuse, amis des chefs, si la gastronomie mène le vigneron par le bout du nez, elle le lui rend bien. Guillaume Gomez, Chef des cuisines de l’Elysée, fan de la cuvée Terres brûlées se fait gage de qualité : “C’est un homme passionné de vin et d’humain. Il aime les chefs, les sommeliers, le terroir et toutes ses richesses gourmandes ! Et quelle famille ! Anne, grande professionnelle et détentrice d’un savoir qui fait de leur vin des grands vins. Laure, qui gère aujourd’hui son propre domaine, les animaux et tout cet univers, Colombo qui en fait un vignoble d’exception. Ce n’est pas par hasard si ses vins se retrouvent sur les grandes tables du monde, c’est le résultat d’un long travail de la terre et de la vigne, l’expression d’un savoir-faire, d’un terroir et d’un territoire. Il est de ces hommes qu’on est fier d’avoir pour ami.” La famille, quoi !

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Le Mot de Meghan Dwyer

❝Je ne le connais pas personnellement, mais j’ai pour lui un grand respect, car il a lancé le Centre Œnologique des Côtes du Rhône, c’est un excellent pédagogue. J’ai eu un coup de cœur pour son Cornas « Les Ruchets », dans lequel je sens une approche provençale, un peu de thym, des herbes… Et Jean-Luc Colombo est un Provençal, est-ce qu’il a retrouvé ses racines dans ce terroir ? Du coup, je le boirais plutôt avec de l’agneau avec une croûte d’herbes de Provence,
au four, pas grillé.❞

A L’ECOUTE DE SES OREILLES

A L’ECOUTE DE SES OREILLES

ON VA FAIRE SAUTER LE BOUCHON!

LES SYMPTÔMES SONT BÉNINS, MAIS FORTEMENT DÉSAGRÉABLES. C’EST UNE BAISSE DE L’AUDITION QUI EST LE SIGNE LE PLUS CARACTÉRISTIQUE DE LA FORMATION D’UN BOUCHON DE CÉRUMEN ET NON PAS DE «CIRE HUMAINE» ! ALLÔ, TU M’ENTENDS ?

PAR CHRISTINE MOUEZ-GOJON

Acouphènes, bourdonnement, sensations d’oreille bouchée, effets larsen avec sifflements lancinants… Un faisceau d’indices qui peut caractériser l’accumulation de cire dans le canal auditif externe. Une fois, le diagnostic établi : ne pas psychoter, ni culpabiliser, car contrairement à une idée reçue, la présence de cérumen ne correspond pas à un manque d’hygiène. On a tous de la cire dans les oreilles. Il s’agit d’une substance naturelle et protectrice. Seulement, point trop n’en faut. Le cérumen peut s’accumuler au fond du conduit, et, a fortiori s’il est régulièrement tassé contre le tympan par des cotons-tiges (première cause de la formation d’un bouchon). Il arrive, pour des raisons génétiques ou environnementales, que le cérumen ne s’élimine pas naturellement, c’est alors que le bouchon se forme. Le stress et l’anxiété peuvent également déclencher une surproduction de cire.

EFFETS BARRIÈRE

Le cérumen est un cocktail de cellules mortes, de minéraux, d’acides aminés, salicyliques, de corps gras… mélange de sécrétions issues des glandes sébacées situées dans la partie cartilagineuse du conduit auditif. Il sert à le lubrifier, prévenant son dessèchement. Il joue un rôle important en assurant la protection mécanique et chimique du tympan, en piégeant les bactéries, les particules toxiques que l’on retrouve dans l’air ambiant (corps étrangers, insectes, eau, poussière…). Avec l’âge, le cérumen devient plus sec, plus dense, plus délicat à évacuer. Dans certains cas, le bouchon, quand il est ancien, a tendance à se dessécher et à durcir. Il peut même adhérer au tympan et s’avérer difficile et douloureux à extruder.

COMME UN TIRE-BOUCHON

On connaît plus festif que de déboucher une oreille… On considère que vous êtes prioritairement à risques de «fabriquer» un bouchon de cérumen, si vous portez un appareil auditif ou si vous utilisez fréquemment des bouchons d’oreilles pour atténuer les effets des décibels qui vous entourent. Idem, si vous êtes un adepte des cotons-tiges ou si la forme de votre conduit auditif empêche l’élimination spontanée de la cire. Quoi qu’il en soit, mieux vaut faire pratiquer cet acte un tantinet barbare par un médecin généraliste ou un ORL afin de pallier tous risques de lésion du tympan. Si vous vous sentez d’attaque pour procéder vous-mêmes à l’intervention, assurez-vous au préalable de l’intégrité de votre tympan par un professionnel de santé. Des préparations auriculaires qui vont ramollir le bouchon, à utiliser en gouttes, sont en vente libre dans les pharmacies. Autre protocole : par lavage d’oreille (eau tiède savonneuse, bicarbonate de soude)… Faites-vous assister par un proche, car ce n’est pas une partie de plaisir. Reste l’otoscopie : le praticien retire le bouchon par aspiration avec une pince adaptée. Et puis, oubliez les recettes de grand-mère… Rien de plus safe que le geste d’un pro…

Image : © Tierney

La famille Gaillard… je vignoble, tu vignobles…

La famille Gaillard… je vignoble, tu vignobles…

Jeu de Cep Famille

Pierre, Pascale, Jeanne, Elise, Pierre-Antoine… Attention, un Gaillard peut en cacher bien d’autres ! Et c’est en grappe, sur les hauteurs du pittoresque bourg médiéval de Malleval, que la tribu vigneronne a prêté sarment et s’est laissée prendre au jus.


Par Mélanie Marullaz – photos : Clément Sirieys

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Commençons par le commencement : dans la famille Gaillard, je demande donc le P(i)ère. Il aurait pu préférer le train. Mais quand ses parents cheminots quittent la banlieue lyonnaise, dans les années 60, pour s’installer dans la bourgade campagnarde de Ternay, Pierre Gaillard découvre la terre. Il a une dizaine d’années, le voisin laboure ses champs avec un cheval et il reste une petite vigne dans le jardin de cette nouvelle maison. Très vite, le jeune citadin s’imagine agriculteur. Jusqu’à ce qu’il trempe ses lèvres dans un ballon de rouge. Dès lors, il vise la vigne et l’excellence. “Pendant mon BTS viti-oeno, en Bourgogne, mes professeurs m’ont convaincu que je pouvais être acteur dans le haut niveau”.
Au début des années 80, à l’exception des parcelles exploitées par les maisons historiques, comme Vidal-Fleury ou Guigal, chez qui il devient chef de culture, la région rhodanienne est à l’abandon. Pierre pressent pourtant que les choses vont changer. “J’étais convaincu qu’il y avait un grand terroir, et j’ai pris le pari qu’on allait pouvoir faire de grands vins et les faire connaître. Avec rien au départ, de toute façon, on ne risquait pas de perdre grand’chose !”
Les terrains ne sont pas chers, mais il faut vigueur et sueur pour les rendre à la vigne. En 1985, après 4 ans de défrichage et de reconstruction de murs, il commercialise enfin ses premières bouteilles de Saint-Joseph «Clos de Cuminaille». “Compte-tenu des coûts de production, il fallait vendre la bouteille assez cher dès le départ, et donc être précis, avec des rendements limités et une attention particulière à l’environnement, afin d’être tout de suite reconnus pour la qualité de nos produits. Dès les premières récoltes, ils ont en effet intéressé les sommeliers qui attendaient quelqu’un avec quelque chose à dire entre la Bourgogne et le Bordelais.” En développant ensuite son domaine en Côte-rôtie et Condrieu, il est l’un des rares, à l’époque, à travailler plusieurs appellations.


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Cep à la maison

Pendant ce temps-là, Pascale, son épouse, partage son temps entre les cuves de Syrah et les rangées d’élèves. Elle plante, ébourgeonne et vendange pendant les vacances, éduque, raisonne et questionne dès que la cloche sonne. “Il y a des similitudes entre les deux, il faut notamment faire de la pédagogie autour des vignes, pour expliquer aux gens, par exemple, que la vie du vigneron ne s’arrête pas une fois le raisin coupé”, sourit-elle. Elle cultive également une vigne pour l’école de Malleval, afin que les minots du cru s’imprègnent du terroir et comprennent la région dans laquelle ils vivent. Nombre d’entre eux passeront d’ailleurs plus tard entre les rangs du domaine, pour une saison de vendange, voire plus longtemps. En 2001, après 40 ans d’enseignement, Pascale a fait le tour du métier, elle rend son encrier pour se consacrer au Viognier, gèrer le commercial et l’administratif, auprès de ses propres enfants.

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La chair de son chai

Car les premiers gamins à chaparder des grains de raisin ont évidemment été les siens. Et leurs chemins, tous différents, les ont finalement ramenés au vin. “On a grandi avec le domaine et nos parents ont su nous montrer les bons et les mauvais côtés du métier”, résume Pierre-Antoine, le cadet, qui gère aujourd’hui les vignobles familiaux. “On se baladait sur les parcelles le dimanche, on a des tonnes de photos de nous, enfants, dans les vignes, et on a participé aux vendanges très tôt. J’allais souvent voir mon père quand il vinifiait tout seul. Une fois, il m’a même rattrapé de justesse dans une pompe alors que j’essayais de récupérer une feuille… Aujourd’hui, je m’appuie beaucoup sur lui. Notamment pour travailler les sols, quand on a de fortes pentes, il faut toujours trouver des solutions, et c’est lui qui m’a appris à le faire.” A l’aide d’un treuil notamment, une des opérations que le trentenaire préfère. “Mais il n’a jamais rien forcé, il nous a même poussé à aller voir ailleurs”, insiste le jeune Gaillard, qui a fait quelques détours par le rugby, la charcuterie fermière et la Nouvelle-Zélande avant de rentrer au bercail.

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Succès sœurs

Pour Jeanne, l’aînée, c’est une punition qui la contraint à relever les vignes pour la première fois, l’été de ses 11 ans. “Mais en fait, j’ai adoré ! Et moi qui n’étais pas très scolaire, j’ai vraiment commencé à me faire plaisir quand je suis entrée en viti’ à Beaune.” La passion donne des ailes, elle décroche donc son bac haut-la-main, enchaîne apprentissage en Bourgogne et stage en Californie, avant de rentrer dans le Rhône pour prendre la relève. «La Relève», c’est d’ailleurs le nom qu’elle donnera à sa cuvée de Saint-joseph. Oui, la sienne. Car la jeune femme ne se contente pas de travailler dans le giron familial. En 2008, elle reprend en parallèle 13 hectares en IGP Crozes-hermitage et IGP Collines Rhodaniennes pour faire des vins de pays, un peu de Saint-joseph et de Condrieu aussi, qui, tous, sont vinifiés et élevés à Malleval.
La seule Gaillard qu’on ne croise pas ici, c’est Elise, ingénieure agronome, qui, quand elle était petite, n’aimait pas la vigne mais adorait le vin ! Elle a pourtant pris, un an après sa sœur, les rênes du domaine de Madeloc, à Banyuls, acquis par son père au début des années 2000 : 29 hectares en terrasses, baignés de soleil, plongeant non pas vers le Rhône, mais vers la mer. Une histoire de pentes et de terroirs de schiste là encore, auxquels Pierre Gaillard voue une réelle passion.

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Tous les chemins mènent au Rhône

“Mais c’est le vin en général qui me passionne”, rectifie-t-il. “Et tout ce qui touche au vin à travers les âges.” Depuis 15 ans, il collabore d’ailleurs avec le musée de St Romain-en-Gal pour essayer de travailler à la manière des Romains : “ils ne connaissaient pas la macération, balançaient les raisins sur la pierre et les foulaient, n’extrayaient ni la couleur, ni les tanins, mais leur vin se conservait, probablement par adjonction de plantes, comme la racine d’iris ou le fenugrec, de miel, de résine, et peut-être même d’eau de mer, mais on ne sait pas exactement dans quelles proportions…” Alors que dans ses vins à lui, les assemblages sont parfaitement transparents : père, mère, filles ou fils, c’est du Gaillard à cent pour sang.

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Le Mot de Meghan Dwyer

❝Pierre est un vigneron brillant. Sa grande force, c’est son expertise en terroir, il sait trouver les meilleurs. Mon coup de cœur, c’est son Saint-Joseph rouge, « Clos de Cuminaille », aussi minéral que poivré, corsé qu’élégant, puissant et d’une complexité bluffante, parfait avec un agneau grillé au barbec’. Mais son Saint-Joseph blanc, c’est mon blanc préféré AU MONDE ! La Roussanne, c’est comme une femme compliquée, et là, je n’ai jamais vu quelqu’un la travailler comme ça, 100% Roussanne, avec beaucoup de corps, des notes de pommes fraîches, d’herbe, de la minéralité… Génial avec un poulet en marmite et des pommes confites.❞

Christelle Betton, vigneronne

Christelle Betton, vigneronne

Cause un jour, Crozes toujours !

Un dicton sur mesure pour Christelle Betton ! La vigneronne installée à la Roche de Glun est de ces feux d’artifices qui font tant de bruit qu’ils réveillent les esprits. Brute de décoffrage et sans détour, au diable les chichis, authentique, on a dit !


Par Magali Buy – photos : Clément Sirieys

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Et c’est plein sourire qu’elle arrive au domaine, pour une petite heure apéritive improvisée, et plus si affinités. Parce que Christelle voit la vie comme ça. Faite de rencontres et de curiosités, d’échanges et de bons moments, une quille qui embarque et le tour est joué, on refait le monde dans la bonne humeur. Accoudées au comptoir comme si on se connaissait déjà, elle ouvre sa boîte de pandore et parle à l’éparpillé, tout éclaté comme un bouquet final. C’est le bazar, mais qu’importe, je bois les paroles de ce p’tit bout de femme attachante, hors de question d’en perdre une goutte, ce n’est pas comme si ce n’était pas du vin d’âme…

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Vin de fête !

Parce que Christelle est une sorte de Bacchus à talons et c’est moi qui le dis, pas elle… Je crois même qu’elle me passerait un savon si elle lisait un truc pareil, mais je tente ! Dieu Romain de la vigne et du vin, Il était surtout celui de la fête, de la danse et des plaisirs et je crois que là, on n’est vraiment pas loin. Parce que la jeune femme fait swinguer sa joyeuse quarantaine autant qu’elle peut, chez les copains vignerons, autour d’une bonne table et elle ne s’en cache pas : “Je suis toujours à bouger partout. A goûter chez les potes ou sur des salons, à échanger et partager, c’est la vie : on n’en a qu’une et on ne détient pas le savoir, alors on évolue, on s’adapte et on apprend !”

En verre et contre tout

Et quand on connaît son parcours, on peut en faire son adage sans aucun problème. Christelle a grandi entre l’arboriculture et les vignes du domaine familial. En 2003, son père l’appelle pour lui demander un coup de main, elle, qui s’est promis de ne jamais travailler dans l’agriculture – mais dans le commerce et l’agroalimentaire –, accepte à une condition sine qua none : “Mon grand-père a arrêté de vinifier quand mon papa a repris fin des années 70 début 80. Ils revendaient tous les deux de la vendange et ne faisaient pas de vin. Quand mon père m’a sollicitée, je lui ai dit ok, mais on va essayer d’aller un peu plus loin. On ne sait pas où, mais on ne peut pas faire pire.” Christelle décide de faire du vin comme on claque des doigts ! Elle n’y connaît rien, mais vaille que vaille… Sacré toupet !

Foire au vin

Elle met le bazar, comme on dit des mots d’amour, “et ce sera toujours le cas, c’est ce qu’il faut, ça fait la vie.” Et puis tout le monde a sa place, alors aucun souci : “mon père est resté dans ses vignes et moi j’ai eu libre créativité dans la cave.” Oui mais Christelle, créer, c’est beau, mais ça ne fait pas tout. Le vin, c’est technique un peu, non ? Ce n’est pas comme presser des citrons ! “C’est technique d’un point de vue scientifique, oui. Mais c’est aussi beaucoup de ressenti. C’est comprendre ses parcelles, comprendre des raisins qu’on goûte, le profil des terroirs et du millésime, avant de rentrer de la vendange. Et une fois rentrée, c’est comprendre le matériel que vous avez pour analyser le reste. C’est de l’interprétation, c’est comme vos enfants, ils sont issus de vous, mais pas forcément vous…” Alors la jeune femme fait force de volonté et d’oreille attentive, bricole une cuverie free-style et vinifie pour la première fois en 2003. Elle passe 7 ans dans deux domaines en Crozes-hermitage pour peaufiner le tout, s’enrichit de l’éventail qu’on lui donne et de cette liberté offerte, alors que son seul bagage, c’est elle…


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Palais divin

“C’était un peu du vin de challenge ! Après, on s’épaule autant d’œnologues que d’amis vignerons, on tape à la porte des copains pour se nourrir de tout et recueillir les avis. Mais les vinifs, c’est à l’instinct et à la dégustation surtout. J’aime, j’aime pas. Pourquoi j’aime, pourquoi j’aime pas… On ne fait pas que des belles choses chaque année, il y a aussi des conneries, mais ça nous fait grandir et c’est en faisant une expérience des bêtises, qu’on avance.”
Et c’est qu’elle a sacrément avancé depuis ses débuts à piétiner la Syrah à tâtons. Son objectif, lui, toujours le même. Respecter ses vignes et leur terroir, sans jamais perdre la notion de plaisir, essentielle au verre comme au reste. “On est chef d’orchestre et on n’est pas plus que ça. La météo, les raisins, les cépages, la vinification, l’élevage, c’est comme un puzzle, mais pas défini à l’avance. Vous retaillez les pièces chaque jour. C’est comme planter des vignes. On essaie de le faire, là où le plaisir du nez et du palais est possible. Planter pour planter, ça n’a aucun sens !” Et hors de question de faire pour faire et de rentrer dans les cases, manquerait plus que ça !


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Des grappes émoi

De l’étiquette à la cuvée, et parce que la personnalité fait LA bouteille, “il est très important de goûter un vin et de connaître son vigneron.” Du temps où elle partait, quilles au fond du panier, taper aux portes des cavistes pour se présenter, à aujourd’hui où ses vins se dégustent du bistrot d’en face à Régis Marcon et ses 3 macarons, elle continue de faire des bonds dans les salons et on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter.
Gourmand, généreux, fin et surprenant, boire son vin c’est comme croquer une grappe de raisin à pleines dents. De ses Crozes-hermitage rouges Caprice et Espiègle aux blancs Elixir ou Circée, c’est un morceau d’histoire qu’elle raconte avec délectation, et qu’est-ce que c’est bon ! “Une bouteille, c’est une carte postale : elle vous fait voyager quand vous la partagez avec les copains ! Juste à la regarder, à avoir l’émotion en bouche, elle apporte échanges et convivialité…” Et si ça fait parler, c’est gagné !

Le Mot de Sabrina Carlier

Sommelière pour Secret Pairing à Annecy

❝Les vins de Christelle ont tous leur caractère bien trempé, et ils ont de qui tenir. Mais la précision avec laquelle elle travaille son Crozes-hermitage sur sa cuvée «Caprice» n’a d’égal que l’amour qu’elle porte à ses vignes. De la gourmandise à n’en plus finir, du fruit très mûr, plein la bouche, comme si on croquait dans une poignée de myrtilles sauvages, et les fameuses notes de poivre en fin de bouche, propres à la Syrah. C’est ce que j’appelle un vin de copains, pour un barbecue avec grillades aux herbes d’été, un pique-nique charcuterie en randonnée, et la magie opère lorsque vous croquez un morceau de chocolat au coin du feu, un soir d’hiver.❞

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