Les sœurs Berthollet au diapaZon

Les sœurs Berthollet au diapaZon

CORDES SENSIBLES

ON LES A SOUVENT PRISES POUR DES JUMELLES. CAR SI QUELQUES MOIS SÉPARENT JULIE ET CAMILLE BERTHOLLET, LEUR PASSION COMMUNE POUR LA MUSIQUE – ET LA GÉNÉTIQUE ! – LEUR DONNE DES TRAITS COMMUNS. HYPER CONNECTÉES, LOOKÉES, ENGAGÉES…
ELLES EN PARTAGENT ÉVIDEMMENT BEAUCOUP AUSSI AVEC LES JEUNES DE LEUR GÉNÉRATION, LES Z.

A l’âge où la grande majorité des enfants mettent tout leur talent dans les châteaux de sable et la peinture à doigts, Julie et Camille Berthollet, elles, tombaient amoureuse d’Antonio Vivaldi. A 3 ans, donc, Julie, l’aînée, réclame un violon -réclame, oui, oui- que ses parents lui procurent, en même temps qu’un professeur acceptant de satisfaire une envie si précoce. Bis repetita quelques mois plus tard, puisque Camille, sa cadette, avoue en pincer aussi pour les cordes. Des bords du lac d’Annecy où elles font leurs premières gammes, jusqu’à Genève, Zürich ou Bruxelles, les deux sœurs font donc de la musique leur voie, excellant non seulement au violon, mais aussi au violoncelle ou au piano.
Très tôt, elles donnent leurs premiers concerts, se produisent pour des oreilles expertes. Mais c’est en 2014 que le grand public les découvre, quand Camille remporte le concours musical télévisé Prodiges, sur France 2. Repérée par Warner Music, elle enregistre un 1er album dans la foulée, disque d’or au bout de quelques mois, avec, en Special Guest Star, Gauthier Capuçon et… Julie, évidemment. Elles partageront ensuite la couverture des quatre albums suivants, dont “Nos Quatre Saisons”, sorti début 2020. Elles y retrouvent Vivaldi, “son énergie, ses couleurs, ses émotions” qu’elles vivifient en prenant la liberté d’accélérer parfois les tempos ou celle d’enregistrer les morceaux originaux qu’il leur a inspirés : des versions “pop” en collaboration avec Joyce Jonathan, l’artiste toulousain Foé ou encore Ycare, sur lesquelles elles passent d’un instrument à l’autre sans souci. Connectées par le sang et par la passion, Camille et Julie, 21 et 22 ans aujourd’hui, ont un parcours singulier, c’est vrai, mais un petit tour sur Insta suffit à voir que ces deux jeunes femmes, accros au shopping et aux belles robes, fans du dernier album de Pomme et d’Orelsan, sont aussi bien dans leurs baskets que dans leur génération.

Activmag : On pourrait imaginer que, comme c’est le cas pour un sportif de haut niveau, des musiciennes virtuoses vivent un peu en dehors des préoccupations des jeunes gens de leur âge. C’est le cas ?
Camille : en partie, oui, on ne peut pas mentir. Même nos profs comparent ça à du sport, parce qu’on doit avoir une hygiène de vie, manger correctement, avoir nos heures de sommeil, pour que nos muscles soient en forme -parce qu’on peut aussi se faire mal aux muscles, on utilise toujours les mêmes, donc il faut faire super attention-. On est obligées d’avoir une discipline, de travailler un certain nombre d’heures par jour depuis qu’on est petites. Chaque année, nos parents nous proposaient de faire autre chose si on le souhaitait, mais c’est notre choix. Et on voyage pas mal, donc c’est une organisation et une rigueur pour beaucoup de choses, mais ça devient notre quotidien, notre routine, donc on ne s’en rend plus forcément compte. Et puis ça aide aussi, ça permet d’être structurées, en tout cas, moi, j’adore quand les choses sont bien organisées, donc ça me va bien ! Ça n’empêche pas d’avoir aussi une vie privée et sociale remplie, parce que c’est ça qui nous nourrit, mais forcément, on ne peut pas sortir en boîte tout le temps -enfin moi je n’aime pas ça de toute façon!-, mais on ne peut pas aller boire un verre tous les soirs, toutes les semaines. On choisit des moments. C’est un bon équilibre, ça marche comme ça. Mais oui, c’est sûr qu’on ne va pas avoir la même vie que quelqu’un qui a un boulot, et qui est peut-être plus libre pour ses loisirs, mais on a beaucoup de chance de voyager et de pouvoir se faire plein d’autres expériences.
Julie : Mais en termes de préoccupations, moi, j’ai totalement l’impression de faire partie de cette génération, par rapport à l’écologie, la lutte pour l’égalité dans tous les domaines. Et ce qui est assez beau, je trouve, c’est qu’il y a quand même un grand rassemblement autour de ces causes, avec assez peu de divergences.

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On dit de votre génération qu’elle est hyper connectée ? Est-ce que vous l’êtes ?
Julie
: On l’est par choix, et par nécessité, et aussi un peu par confort, par addiction. On passe beaucoup de temps sur notre téléphone pour le travail. Mais c’est le même outil qui va nous permettre de nous relier personnellement à nos familles et à nos amis quand on est loin, et de répondre à toutes les sollicitations extérieures, les concerts, les enregistrements et toute la logistique, qui prend beaucoup plus de temps que ce qu’on pourrait penser dans notre métier de musicien. Après, on passe aussi pas mal de temps dessus pour décompresser. Ainsi, quand on est dans les transports, on regarde pas mal de vidéos.
Camille : Mais on essaie quand même de faire attention à ne pas être trop scotchées. Toutes les heures qu’on passe avec nos instruments, on n’est pas dessus, et on essaie, quand on retrouve des amis, de ne pas prendre nos téléphones, parce qu’on voit beaucoup de personnes de notre génération et même de celle de nos parents, qui ne les lâchent pas, même dans les restos. Je trouve ça dingue de voir deux personnes à table, chacune sur son téléphone !
Julie : C’est vrai, et quand on y réfléchit, je ne crois pas que notre génération soit plus accro que les précédentes, c’est juste qu’on ne fait pas les mêmes choses dessus. J’ai l’impression que dans les transports, dans la vie de tous les jours ou dans l’espace public, la consommation de la technologie est relativement similaire quelle que soit la génération.

La génération Z est traversée par des préoccupations environnementales. Et vous ? Quels sont vos gestes dans le quotidien ? Vos engagements ?
Julie : Le problème, c’est que plus je m’engage, plus je vois mes contradictions, toutes les choses que je fais et qui ne vont pas dans ce sens-là. Mais on a grandi toutes les deux à la campagne, on a mangé les fruits et les légumes du jardin, Maman a toujours acheté bio. Quand on était petites, on mangeait déjà très peu de viande, et moi je n’en mange plus du tout parce que je suis végane. Quand on voyage, dans ma valise, je mets toujours un sac en tissu vide pour éviter de devoir consommer des sacs plastiques. Mais à l’étranger, souvent, quand on a faim, et qu’on voit que les seuls fruits disponibles sont prédécoupés dans des emballages plastiques, avec des étiquettes, des codes-barres et qu’après on rajoute encore des couverts en plastiques qui sont emballés dans du plastique, et re-dans un sac plastique… Plus on fait attention, plus on réalise qu’il y a des choses vraiment, vraiment absurdes ! On essaie aussi toujours de privilégier les transports en commun. Quand on est à Paris, on circule en métro, ou à pied, pas en vélib’, parce qu’avec nos instruments, on ne peut pas, si on tombe…
Camille : Et quand on doit aller loin pour des concerts, dans d’autres pays ou sur d’autres continents, on prend l’avion parce qu’on n’a pas le choix, mais pour tout le reste, en France et en Europe, il y a quand même pas mal de trains, de Thalys, qui vont tout aussi vite, alors on essaie vraiment de voyager en transports plus écologiques.
Julie : C’est la politique du moindre mal. Je n’irais certainement pas jusqu’à dire qu’on fait du bien à la planète, mais on essaie de limiter la casse.

Ce sont des engagements qui vous tiennent à cœur et du coup, est-ce que vous vous sentez concernées par la politique ?
Julie : Ça devrait être lié, mais ça ne l’est clairement pas assez. J’ai souvent du mal à regarder les débats politiques ou à suivre l’actualité, parce que j’ai l’impression que l’écologie est toujours reléguée au dernier plan dans les programmes.
Camille : Ou alors quand ils s’engagent, les actes après ne sont pas concrétisés, ou c’est minime et ça ne sert strictement à rien. Il faudrait des changements bien plus grands, et maintenant! Pas dans 10 ans ou dans 15 ans… Il y a des décisions énormes qui sont prises contre l’écologie, comme d’importer encore plus de viande d’Amérique… Si au-dessus, ils ne prennent pas des décisions correctes, ça n’ira jamais. Au final, nous, on aide, mais on est tout petits par rapport à l’immensité des industries. Il faut que ça vienne de plus haut, sinon on fait un peu tout ça dans le vide.

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Vous avez récemment dénoncé les agressions sexuelles dans le monde de la musique classique, est-ce que vous pensez que les relations hommes-femmes sont plus compliquées pour votre génération ?
Julie : Je pense que c’est un problème qui est très, très, très vieux. Comme beaucoup de problèmes, quand on les dénonce, ce n’est pas parce qu’ils viennent d’arriver ou d’être créés, c’est simplement qu’il y a une peut-être une accélération de la communication, que les choses peuvent bouger un peu plus vite avec les réseaux sociaux et que la parole se libère, ce qui est une très bonne chose, dans tous les domaines d’ailleurs.
Camille : En ce qui concerne les relations hommes-femmes, on a déjà beaucoup plus de chance que les générations d’avant, je trouve, ça s’équilibre de plus en plus.
Julie : Même s’il y a encore beaucoup de travail! Par exemple, en France, je crois que seulement 4 % des chefs d’orchestre sont des femmes, et on sait qu’il y a toujours près de 19 % d’écart salarial entre hommes et femmes pour le même travail. Donc au niveau de l’égalité, il y a encore beaucoup de chemin à faire! Mais on essaie de partager l’information et de faire en sorte que la génération suivante puisse vivre dans un monde un peu plus égal et plus sûr pour tout le monde.

Nous, nous sommes la génération X, je pense que c’est la génération de vos parents aussi, avez-vous des choses à nous reprocher, des messages à nous faire passer ?
Julie : Je ne suis vraiment pas sûre que reprocher puisse faire avancer quoi que ce soit, et dans deux générations, on nous reprochera des choses aussi, à nous, les Z. Ce qu’il faut voir, c’est ce que chaque génération peut apporter pour améliorer la situation. Et il y a beaucoup de choses à faire: essayer de réduire la consommation, les importations, acheter plus local, se renseigner sur ce qu’on achète, essayer de ne pas fermer les yeux et dire: «je ne savais pas», mais au contraire, aller faire l’effort de se renseigner. Et ça, je pense que toutes les générations peuvent chercher.
Camille : La seule chose qui est importante, c’est de ne pas se dire: «c’est les jeunes qui vont s’en occuper», mais «maintenant on le fait!». C’est important d’en parler et de tous, nous mobiliser, peu importent les âges et les générations. Ce sont les personnes qui sont ici, aujourd’hui, dans ce monde, qui doivent essayer de tout faire pour aider.

Photos : Simon Fowler

+ d’infos : http://camilleetjulieberthollet.com
Prochains concerts dans la région:
09/12/20 Villefontaine (38) – Théâtre
21/01/21 Caluire-et-Cuire (69) – Le Radiant – 11/03/21 Annecy – Arcadium

OCTOBRE ROSE

OCTOBRE ROSE

remède de cheval

UNE FEMME SUR DEUX EST TOUCHÉE PAR UNE DÉPRESSION PLUS OU MOINS PROFONDE APRÈS LES TRAITEMENTS CONTRE UN CANCER. POUR LES ACCOMPAGNER, L’ASSOCIATION HOPE ET ANNABEL BROURHANT, ANCIENNE JOURNALISTE, ARTISTE PEINTRE SURVOLTÉE ET ÉQUI-PÉE, LÂCHENT LES CHEVAUX.

A quelques jours d’Octobre Rose, elles sont 12 à participer à l’un des stages proposés gratuitement chaque année par Hope. Il y a Marion, 31 ans, qui rend visite à d’autres malades dans les hôpitaux du sud de la France, “parce que quand je serai capable d’écouter les gens qui vivent ce que j’ai vécu sans l’associer à moi, ça ira…” ; Véronique, 39 ans, marcheuse émérite qui a vaincu le Grand Paradis et le Mont-Blanc, à qui tout le monde dit qu’elle est forte, mais qui réclame le droit de ne pas l’être; Audrey, 36 ans, qui ne dit rien à la maison pour protéger ses deux enfants ou encore Cynthia, 42 ans, fiancée au moment du diagnostic, mais: “le cancer a eu raison de nous, il m’a volé du temps, des années”.
Chacune vient déposer son histoire, ses douleurs, ses colères contre ce coup du sort, “coup de pied au cul” ou “coup de tonnerre”, cette grande “injustice” qui a bouleversé leur quotidien et le bouleverse encore. Et si chaque parcours est unique, une connexion se noue quasi instantanément entre toutes ces femmes, comme un lien invisible que la maladie aurait tissé. “On connaît l’importance du groupe, le fait de se rencontrer et de se dire qu’on n’est plus seule”, rappelle Annabel Brourhant dont la chambre, à l’hôpital, ne désemplissait pas de copines. Elle s’est sentie “tellement soutenue par cette force, cette solidarité” qu’elle a eu envie de la partager.

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LE PIED À L’ÉTRIER

Annabel est une cavalière passionnée depuis l’enfance, qu’elle a passée à chevaucher dans les bois et les prés de Saint-Cergues, à côté d’Annemasse. Une première vie de journaliste TV l’éloigne du Genevois, elle anime d’abord des émissions pour la Cinquième, France 3, LCI puis pour la RTBF à Bruxelles. Ce sont les pérégrinations professionnelles de son homme qui ramènent la famille aux abords du Léman, il y a une quinzaine d’années. Malgré ce retour aux sources, Annabel est formelle, elle ne vivra pas à Saint-Cergues.
Mais ses rêves de petite fille la rattrapent dans les ruines du Château de Neydens, où, petite, elle traînait souvent les sabots. Le bâtiment attise convoitises et plans de promotions, Annabel convainc pourtant la mairie de la laisser tenter une rénovation et la construction d’écuries, entourées de chemins et de milliers d’arbres. En 2014, elle a 44 ans et quatre enfants quand son projet est validé… Et son cancer du sein diagnostiqué.

CHEVAL DE BATAILLE

Devant la liste d’oncologues qu’on lui propose, elle ferme les yeux et plante le doigt sur le nom de Nicolas Chopin, chirurgien à Léon Bérard, à Lyon, et cavalier lui aussi. “Du coup, je ne crois plus du tout au hasard !” s’amuse-t-elle. “Je déclare la maladie au moment où les écuries se font, et plouf, je tombe sur un médecin qui monte à cheval… C’est comme si j’avais eu le cancer pour faire ça, pour créer l’association !” Parce qu’à force de parler plus juments que traitements, tout en voyant les écuries se construire, la patiente et son spécialiste envisagent d’y accueillir des femmes que le crabe a pincées et qui, pour une grande majorité, se retrouvent en dépression. Quand elle a un coup de mou -ce qu’on n’imagine même pas quand on voit cette «tornade blanche» en mouvement-, Annabel, elle, peint ou monte, pour se vider la tête. Alors en 2017, ils fondent Hope, pour Helping wOmen by Painting and Equestrian Experience. “Ce nom, c’est le fruit d’un brainstorming familial”, sourit-elle. “Mon mari m’a dit : «choisis quelque chose d’international, parce que te connaissant, ça va se développer ! ».” Au programme de l’asso, des événements et des partenariats, pour financer une journée de découverte alternant équi- et art-thérapie, et quatre demi-journées de suivi, dans l’une ou l’autre des disciplines.

EN ÉQUI-LIBRE

Dans le manège ce matin, c’est avec Arizona qu’Audrey, 47 ans aux très beaux cheveux gris-blanc, s’est laissé aller. “Je ne m’attendais à rien de particulier, mais j’ai été surprise par ce que j’ai ressenti : la chaleur qui se dégageait de l’animal, très calme, à l’aise, vraiment posé sur ses pattes arrière. Je n’arrêtais pas de le toucher, j’ai fermé les yeux, et j’étais toute seule avec lui, le monde s’arrêtait.” Autour d’elle, il y a pourtant Pile Poil, le demi-poney dont les grands yeux doux ont conquis Sylvie, la psychologue, et Magie, l’Alezane d’Annabel Brourhant. “Les juments sont souvent moins câlines”, explique-t-elle. “Magie était un peu fougueuse quand je l’ai eue, elle ne me ménageait pas, me collait contre le pare-bottes (paroi du manège), mais quand je l’ai remontée, trois semaines après ma reconstruction mammaire, elle était complètement à l’écoute. Là, elle regarde les femmes, se tourne vers elles. Et demain, après avoir reçu toutes leurs émotions, elle sera complètement HS !” Cheval vidé, âmes rechargées!

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MODE HOPE-RATOIRE

Et nous aussi, ces journées nous rechargent !” complète Nicolas Chopin, le chirurgien, qui est là pour répondre aux interrogations des stagiaires. “Ici, ce ne sont pas des malades, on sort du cadre formaté de l’hôpital. Et même si je suis l’empêcheur de tourner en rond, très cartésien de par mon métier, à l’opposé des médecines alternatives, je sais aussi que la médecine classique ne se suffit pas à elle-même, qu’il faut du sou- tien psychologique dans l’avancée du parcours de soins. Globalement, en partant d’ici, les femmes vont bien, mais est-ce que ça durer?” Signe des temps, et de la considération croissante pour ces alternatives, l’université de Metz voudrait justement monter à Saint-Cergues une étude clinique pour en mesurer les effets, et Hope a ouvert, mi-septembre, une antenne en région parisienne. De quoi être Hope’timiste !

  • le 3 octobre, La Foulée Annemasse s’unit à Hope afin d’organiser les Foulées Roses, autour du Château de Neydens – marche nordique, courses enfants et relais adultes – Inscriptions: l-chrono.com/inscriptions-foulees-roses
  • du 7 au 10 octobre : exposition itinérante « Cicatrices – Portraits de femmes » par Emmanuel Berrod, à l’Espace 55 à Poisy.

© Emmanuel Berrod

C’EST D’LA BOMBE

C’EST D’LA BOMBE

COURS DE CHAMP

“ON N’EST QU’UNE TRACE”, PLUS OU MOINS MARQUANTE, PORTEUSE DE SENS ET DURABLE. CELLE DU LAND-ARTISTE SAYPE EST ENGAGEE, POETIQUE, MONUMENTALE ET DELIBEREMENT EPHEMERE. IL MARQUE LES ESPRITS SANS LAISSER D’EMPREINTE ET SORT SES BOMBES POUR PARLER DE PAIX.


PAR MELANIE MARULLAZ – PHOTOS : VALENTIN FLAURAUD

Saype à l’œuvre, à Genève

Des silhouettes en noir et blanc qui allongent leurs milliers de m2 à flanc de montagne, mais disparaissent au bout de quelques semaines… Les fresques géantes que Saype dessine sur l’herbe sont faites pour être balayées par la pluie, soufflées par le vent ou recouvertes par la végétation. Il n’en éprouve que satisfaction, car pour lui, “chercher à figer une situation est forcément source de souffrance”. La casquette vissée sur son profil de boxeur, avec son look de skater et son regard rêveur, entre deux éclats de rire, Guillaume Legros de son vrai nom parle spiritualité bouddhiste et volonté de trouver de nouvelles formes d’expressions. Celle qu’il a choisie, c’est avec de la distance et souvent depuis le ciel qu’on en perçoit toute la dimension.
Saype, la contraction de «Say Peace», c’est le nom de graffeur qu’il a adopté après en avoir changé 50 fois, “parce qu’il correspondait à mon univers actuel, à l’idée de bienveillance”. A Belfort, où il a grandi, Guillaume n’était pourtant pas du tout destiné à être artiste. “Mes parents n’étaient pas intéressés, je n’avais jamais mis les pieds dans un musée… Mais à 14 ans, j’étais un peu rebelle, j’avais envie d’exister en société, alors j’ai fait du graff : c’était marrant de voir son nom sur les murs en allant au collège le matin.” Sur toile, il se met ensuite au space-painting, des représentations de planètes et de voie lactée à l’aérosol : “on partait dans le sud de la France, je peignais ça très rapidement, dans la rue, mes potes vendaient mon bordel et on faisait vivre toute la bande. Et puis je me suis posé la question du sens. Je pense que c’est là qu’on met le premier pied dans le domaine artistique.”

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Saype, détail de «Au-delà de la crise» Leysin, Suisse

PIGMENTS DOUX

A partir de 2012, son autre pied est dans le médical. Avec son diplôme d’infirmier, Saype exerce en Suisse et s’installe en Gruyère. Il n’est pas pour autant rangé des peintures, en continuant à créer, il cogite philosophie et écologie. “Le sens primaire de l’art, c’est capter l’attention sans autre artifice. Je trouvais que les tags ou l’affichisme ne servaient plus à grand-chose, il fallait que je trouve un autre moyen d’interpeller. Mes parents ont 8 hectares de jardin, alors je me suis mis à peindre dans l’herbe et pour que ça fasse sens, j’ai commencé à réfléchir aux matières que j’utilisais.”
Pendant une année, il teste des pigments et des colles. Il commence avec un alliage de farine et d’eau, qu’il cuit, et auquel il ajoute de la craie pour le blanc ou du charbon pour le noir. Mais la mixture ne se conserve pas, elle fermente, obligeant son équipe à la fabriquer sur site au moment où il peint. “Il fallait transporter une bonbonne de gaz et ça faisait tout de suite 500 litres de préparation et 2 jours de cuisine !” La solution vient alors de la caséïne, cette protéïne de lait qui sert notamment à la fabrication des pastilles vertes ou rouges incrustées dans la croûte du reblochon, et qui se transforme en une sorte de colle quand elle est mélangée.
Saype demande également à des biologistes d’analyser le terrain avant et après son passage. Verdict : son action n’aurait pas plus d’impact que le passage d’un troupeau de moutons. “Je sais qu’il y a aussi le problème de l’empreinte carbone, mais quand on part par là, c’est infini ! Ce que je défends, c’est d’avoir conscience de ce que je fais. L’année dernière, j’ai commencé une série « Trash » avec une bouteille en plastique géante, peinte dans les Vosges, la représentation de quelque chose qui pollue énormément et qui va rester là, alors que ma fresque, elle, va s’effacer. Du coup, on m’a invité à Buenos Aires, pour parler du tri des déchets. Mais si je pense que les artistes doivent prendre la parole et assumer des positions, je ne suis pas non plus un expert, plutôt un vecteur de communication.”

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«Les contrebandiers de l’amitié» sur 5000 m2 – Dents du Midi. 2019
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«Beyond Walls» – Créons ensemble la plus grande chaîne humaine au monde. Projet sur plusieurs années un peu partout dans le monde. Ici, à Genève sur 5000 m2. 2019

MOMENT PRO-PEACE

Son message ? Des ondes positives, souvent symbolisées par des enfants, dont il aime la naïveté. “En parlant d’eux, on parle de nous et des valeurs qu’on va laisser.” C’est d’ailleurs avec une petite fille relâchant un bateau en papier dans le Léman qu’il a manifesté, en 2018, son soutien à l’association d’aide aux migrants «SOS Méditerranée». Devant les retombées, il continue à s’engager. L’année d’après, il se lance dans «Beyond Walls», une série de mains entrelacées, chaîne symbolique qui parle d’entraide et du fait que “ce n’est qu’ensemble que l’Humanité pourra surmonter ses difficultés”.
Mais sa première œuvre très médiatisée, en 2015, c’est sur un versant du Col des Aravis qu’il l’a dessinée. Elle représentait le visage d’une femme, “une sorte d’hommage à la nature, comme les Grecs la personnifiaient parfois. Avoir la chance de peindre en montagne, ça donne quelque chose de plus à l’œuvre. Il y a d’abord l’aspect technique : avec la pente, j’arrive à avoir des dégagements incroyables derrière”, comme quand ses deux petits «Contrebandiers de l’amitié» assis au-dessus du Lac Vert aux Crosets (Portes du Soleil côté Suisse) montrent du doigt les Dents du Midi. “Et l’autre chose que j’aime, c’est qu’à chaque fois qu’on y va, comme en mer, c’est une leçon d’humilité, on regarde l’immensité des paysages et on a la sensation de n’être pas grand-chose.”

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«Message from Future» sur 5000 m2 à Genève. 2018
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« Beyond Walls » Paris. 2019

Mesures d’art-penteur

Qu’il peigne dans les Alpes françaises, devant le siège de l’ONU à Genève ou autour de la basilique de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, les performances de Saype sont presque aussi artistiques que sportives. Plusieurs jours pour préparer le terrain, des dizaines de bornes parcourues pour le peindre, les allers-retours, la chaleur… “Physiquement, je m’entretiens, je cours pas mal, je dois rester en forme. Mais en Afrique, j’ai perdu 5kg sur la plus grande œuvre qu’on a réalisée (18 000 m2). Et puis, il y a toujours des couacs à gérer, un groupe électro qui tombe en panne, des pigments bloqués à la douane ou une autorisation de survol par les drones difficile à obtenir… Mais honnêtement, je ne m’en plains pas, ça fait partie du challenge et c’est d’autant plus cool quand on a réussi. Pour toutes ces raisons, chaque projet est une aventure !”

+ d’infos :  http://saype-artiste.com

Un endroit pour…

… en prendre plein la vue ?
Le bord du Léman, du côté de Montreux.
… buller ?
A Bulle ! (ndlr : Chef-lieu de la Gruyère).
… se dépenser ?
En montagne dans les préalpes fribourgeoises.
… faire la fête ?
Entre amis !
… manger ?
Partout où on trouve de la fondue ! 🙂
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
C’est soit en forêt, soit dans mon atelier où je me retrouve avec moi-même et c’est un endroit très particulier…

ça tourne !

ça tourne !

LES SAVOIE EN SERIES

EN PAYS DE SAVOIE, IL N’Y A PAS QUE LE SKI ET LE FROMAGE : IL Y A AUSSI LE CINÉMA ! DEPUIS LES ANNÉES 1970, PLUS DE CENT FILMS ONT ÉTÉ TOURNÉS ICI. LA LISTE DES RÉALISATEURS DONNE D’AILLEURS LE TOURNIS. PLUS RÉCEMMENT, LES SÉRIES TÉLÉ ONT SUIVI LE MOUVEMENT. JEU DE PISTE…

PAR CÉCILE BOUJET DE FRANCESCO
Image : Fabrice Lang ©FTV

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Les revenants, Saison 1 ©Haut et Court/Canal+

La demoiselle d’Avignon (1972), La kiné (1998), L’été rouge (2002), Kaamelott (2005), Heidi (2007/08), Les Edelweiss (2011)… Ça vous dit quelque chose ? Et si on ajoute Les revenants (2012 et 2015), Cassandre (2015), Le tueur du lac (2017), Meurtre sur le lac Léman (2016), Meurtre à Brides-les-Bains (2018), Meurtre en Haute-Savoie (2018) et Peur sur le lac (2020), c’est plus clair ?
Gagné ! Les Savoie ont tapé dans l’œil des réalisateurs de séries télé. Des productions qui ont eu leur petit succès. Tout pour nous faire plaisir, n’est-ce pas ? Y’a quand même deux hics : on nous fait de plus en plus souvent passer pour de vrais psychopathes et visionner ces séries n’est pas de tout repos. Bah oui ! On reconnaît le décor, parfois même les figurants ! Du coup nous voilà déconcentrés : pour certaines, il faut bien s’y prendre à deux fois pour réussir à suivre l’intrigue. Et quand les réalisateurs s’amusent à ne pas respecter la réalité ou nos habitudes, c’est foutu ! On est déstabilisés !

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Les revenants, Les Revenants, saison 2 © Jean-Claude Lother / Haut et Court /Canal+

DÉTOURNEMENTS

Heureusement, c’est temporaire. Parce qu’on n’est pas des tatus ! Tout le monde sait bien ici que l’établissement médical des premiers épisodes de la saison 2 des Rivières Pourpres n’en n’est pas un : c’est le Château des Avenières ! Pareil pour la pseudo clinique de La kiné ! C’est la fondation Mérieux, à Veyrier. Le commissariat de Tueur du lac, facile : c’est la CCI 74 ! Le lycée de Camille et Léna dans Les Revenants ? C’est le collège des Barattes à Annecy-le-Vieux ! Quant aux habitants de Morzine, ils ont bien vu que la gendarmerie dans Meurtres en Haute-Savoie, c’est la Maison de la Poste. Bon d’accord, pour celle de Meurtres à Brides-les-Bains, c’est plus dur. En même temps, on ne va pas tous les jours à la Communauté de communes de Moûtiers !
Même si les productions font tout pour nous faire tourner bredin, en observant bien (ou en ayant les bon indics !), on reconnaît que le restaurant Chez Cécile, la bonne copine des flics héros de Tueur du lac et Peur sur le lac, c’est Le pêcheur, à Veyrier ; que le village de Catagne duquel Bruno Wolkowitch veut être maire, dans un épisode la saison 4 de Cassandre, ressemble fort à Viuz-la-Chiésaz ou encore que le gymnase où débarque l’armée dans Les Revenants 2 est celui de Doussard. Plus dur maintenant : dans quel lieu sont accueillis les migrants dans Peur sur le lac ? Au centre de vacances Les Alérions, à Talloires-Montmin. Dans Les revenants : où se situe la Main tendue ? A Sillingy, dans les locaux du centre aéré de Bromines ; aujourd’hui abandonné. L’église où Simon et Adèle doivent se marier ? C’est Sainte-Bernadette à Annecy. Et le «maudissime» passage souterrain ? A Seynod, sous l’avenue des Regains, juste à côté de l’Urssaf !

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Cassandre ©FTV

ILLUSIONS D’OPTIQUE

Les réalisateurs ont dû comprendre qu’on ne tomberait pas si facilement dans le panneau, alors ils nous font aussi des mélanges. Et que je te mets la façade du Palais de justice d’Annecy avec l’intérieur de la mairie dans Le tueur du lac ; l’intérieur de la mairie de Poisy avec l’extérieur de l’Espace rencontre dans les Revenants 1, pour en faire une gendarmerie, ou encore l’extérieur de Vitam Parc avec l’intérieur d’une boutique de vêtements dans la même production. Quand je ne te colle pas le lac d’Annecy et le barrage de Tignes, toujours dans Les revenants ! Par contre, ne cherchez pas la cité un peu chaude de Peur sur le lac, le tournage a eu lieu en région parisienne. Même chose pour les commissariats de Cassandre, le premier, c’est l’ancienne mairie de Rillieux-la-Pape et le second est à Lyon.
Il y a aussi des endroits qui plaisent tellement qu’on les retrouvent plusieurs fois. Le palace de Menthon par exemple, c’est le restaurant dirigé par Bruno Putzulu dans le premier épisode de Cassandre, mais aussi la maison de retraite où vit Marie-Anne Chazel dans Le tueur du lac. Pareil pour les Puisots qui se font gendarmerie dans Le tueur du lac, et deviennent hôpital de campagne dans Peur sur le lac. De son côté, Ugine a séduit pas moins de trois équipes : Cassandre (S3E2), Peur sur le lac et Les Revenants.

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Julie de Bona, Lannick Gautry, Romane Bohringer © FRANCOIS LEFEBVRE / ELEPHANT STORY / TF1

TOURS DE MAGIE

Sinon, vous vous souvenez du chalet de Monsieur Costa, dans les Revenants 1 ? Le vrai est à Montmin, mais pas question d’y mettre le feu ! Alors l’équipe de Fabrice Gobert l’a reconstitué dans les vieux locaux d’un concessionnaire auto à Seynod. Et hop ! Le tour est joué. Dans la deuxième saison, le carrefour routier inondé a lui aussi été entièrement reconstitué : merci les rives du lac d’Annecy, à Sevrier !
Allez, un petit scoop pour la route ? A l’automne prochain, OVNI(s) devrait débarquer sur Canal+. Pour l’occasion, un village inuit a été reconstitué au lac du Mont-Cenis ! Dans ce village, on devrait apercevoir… un flamand rose ! Qu’on se rassure, après avoir pris le télésiège et une moto neige – bien emmitouflé – pour rejoindre ses collègues comédiens, laissant au passage son amoureuse au chaud dans la vallée, Môsieur a regagné tranquillement sa «maison».

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Pierre Perrier, Le Tueur du Lac ©François Lefebvre / Elephant Story / TF1
FLASH MODE

FLASH MODE

PEPITES D’OUTDOOR

SAC A DOS, OK. APPAREIL PHOTO, OK. TENTE, OK. IL N’EN FAUT PAS PLUS POUR QUE FRANÇOIS GUILLERMET ATTEIGNE SES PARADIS… ON RAJOUTE UNE BELLE LUMIERE, UNE AMBIANCE NATURE ET SAUVAGE, SI POSSIBLE UNE MONTAGNE, TOUT Y EST, TOUT EST DANS LE CLIC, ÇA CLAQUE !

PAR CELINE LECLAIRE – PHOTOS : FRANCOIS GUILLERMET

C’est juste avant qu’il ne décolle pour s’endormir sous les étoiles en pleine Chartreuse que François nous dévoile un peu de lui et de sa passion pour la montagne, les paysages et l’outdoor en général. Ce photographe autodidacte est né et a grandi dans l’Ain au pied du Grand Colombier ; il a rejoint ensuite Annecy pour ses études. Finalement comme l’arrière-plan était plutôt joli ici, il s’est installé à Thônes, un terrain de jeu parfait pour explorer ses passions.
Tôt le matin ou tard le soir, pour la photo de paysage, c’est ce qu’il y a de mieux ! Alors, pour être au bon endroit, au bon moment, François a commencé à enchaîner les bivouacs, seul, avec sa compagne ou avec un collègue photographe. “Un de mes premiers bivouacs dans des conditions de lumière optimales, c’était au Lac Blanc dans les Aiguilles Rouges. Un classique, mais un de mes plus beaux souvenirs… Après, mes endroits préférés sont les Aravis bien sûr avec le Mont Charvin, le lac de Peyre…”
Quand il voyage, François ne perd pas le Nord… Au contraire, c’est justement ce qui l’attire. “Les paysages nordiques, les ambiances pluvieuses et brumeuses… j’adore ça ! Récemment, j’ai découvert l’Islande, j’ai aussi fait les îles Lofoten en vélo et bivouac… En France, c’est la Bretagne qui me fascine.” En Islande, il flashe sur les sols volcaniques recouverts de mousses, les canaux d’eau bleue turquoise au milieu de la roche noire et blanche, la « Diamond Beach », une plage de sable noir recouverte de morceaux d’icebergs échoués… En Ecosse, il se laisse ensorceler par le charme de l’île de Skye et ses paysages mystiques et sauvages. En Bretagne, ce sont les côtes ciselées, les îles, caps et falaises surmontées de phares qui l’ont envoûté…

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Coucher de soleil sur les chalets de Chailloux

Insta meethique

Et c’est aussi en France qu’il a participé à une drôle d’aventure en juillet 2019, The French Outdoors. Le concept ? Rassembler des Instagrameurs passionnés de nature, de photos et de bivouac, et profiter de ce moment « réel » pour partager des idées et valeurs communes… un Instameet mythique !
“Tout est parti de quelques photographes cotés sur Instagram que je suivais qui se sont révélés être les créateurs de The French Outdoors. Leur toute première session était dans les Pyrénées, j’ai suivi le périple de quelques photographes participants et il y avait vraiment des pépites ! Quand ils ont annoncé une nouvelle session à Sixt-Fer-à-Cheval, je me suis inscrit avec un collègue et on a bien fait : il y avait une trentaine de places, toutes réservées dans la journée !”
Le rendez-vous est alors donné au cœur du Fer à Cheval pour 4 jours de rencontres, de balades et de photos… Ça va le fer ! Certains viennent de la région, d’autres sont arrivés au grand galop de Bretagne. Pour le premier jour, la barre est haute, direction le «Bout du Monde» (rien que ça !) : une vue magnifique sur le fond de la combe, le torrent du Giffre qui serpente dans la vallée, voilà ce qui attendait les chasseurs d’images qui avaient déjà fait le plein de photos de cascades sur le chemin et même quelques bouquetins sur un névé. «Giffre bien mon lit dans ce bel endroit !» ont du se dire les Instagrameurs qui montèrent alors leur tente, ce soir-là, non loin du torrent…

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Les sommets mythiques de Chamonix se reflètent dans le Lac Blanc.
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Les Dolomites

Flash spécial

Le lendemain, la cascade du Rouget, la plus imposante du secteur les attendait pour un shooting rafraîchissant. Après le « Bout du Monde », il est temps d’aller aux « Fonts » des choses, et de rejoindre le refuge… des Fonts. Ambiance feu de camp et chamallows pour cette soirée ! Le jour suivant, le groupe fait route vers le refuge du Grenairon avec vue magnifique sur les montagnes environnantes, la chaînes des Fiz et le Mont Blanc. Arrivé à 2000m d’altitude, François plante sa tente à la fraîche, sur un névé non loin du refuge. Pour cette dernière soirée, les French Outdoors ont bien choisi leur temps de pause, le coucher du soleil était tout simplement magique. Quant à la nuit, François a passé un bon moment à admirer la voie lactée pour en faire des clichés étoilés. Au petit matin, les étoiles sont encore dans les (petits) yeux de tous… ou peut-être que la courte nuit y est aussi pour quelque chose !
Ambassadeur pour Savoie Mont Blanc, François n’a pas fini d’explorer sa belle région, de passer des nuits en tête à tête avec le mont Blanc, de planter sa tente au bord du lac Guichard pour y admirer le reflet des Aiguilles d’Arves au petit matin, de prendre de la hauteur pour observer le coucher de soleil sur Annecy et le panorama sur les Aravis, ses montagnes préférées…

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The french outdoors

Un endroit pour…

… en prendre plein la vue ?
A la pointe Percée, le point culminant des Aravis. La vue à 360 degrés est au top !
… buller ?
A la plage de Menthon en fin de journée, quand l’effervescence retombe, pour profiter d’un apéro avec famille et amis et faire un petit tour de paddle au coucher du soleil.
… se dépenser ?
Je chausse mes baskets au pied de chez moi direction les hauteurs de Thônes par la forêt du Mont.
… faire la fête ?
Aller boire quelques pintes au Finn Kelly’s à Annecy, sûrement parce que ça me rappelle mes années d’étudiant, mais aussi mes séjours en Irlande ou en Ecosse.
… manger ?
Juste à côté de chez moi, à Thônes, au Restaurant du Commerce. Une adresse sympa, avec des produits de saison, on ne ressort jamais déçu !
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
La cascade du Nant Burgeat du côté de Manigod, mon petit « secret spot » pour la photo.

+ d’infos : http://francoisguillermet.com

Téo, photoJaffre…

Téo, photoJaffre…

MAIS TEO ? MAIS T’ES PAS LA ?

A DÉFAUT DE COURIR SUR UN FIL, 1000 MÈTRES AU DESSUS DU NIL, TÉO JAFFRE, LUI, FUNAMBULE DE L’ESPRIT ! ENTRE BORDERLINE DISJONCTÉ ET MANIAQUE DE L’IMAGE, À 28 ANS, LE PHOTOGRAPHE ANNÉCIEN COHABITE AVEC TÉO LAVABO, SON DOUBLE AZIMUTÉ QUI FAIT SPLASH… ATTENTION, LAVAGE DE CERVEAU !

PAR MAGALI BUY
PHOTOS TÉO JAFFRE

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Pour l’occas’, j’ai boosté humour et auto dérision au max, histoire de lui arriver aux tongs. Car chez Téo, on ne fait rien à moitié, mais plutôt à plusieurs… personnalités. Comme le Ying et le Yang, le peace and love ou Marie-Antoinette et sa guillotine, lui, copule avec son esprit boule à facettes plutôt free style ! Photographe, vidéaste, et réalisateur de métier, depuis 2019, il pimente ses journées dans la peau de Téo Lavabo, chanteur inventé de toutes pièces pour l’émission Incroyable Talent. Queue de sirène et yukulélé pour simples appareils, il chatouille les âmes (comme les oreilles) sensibles en chantant les mots bleus, ne crie pas Aline parce que trop surfait, mais hurle à qui veut, qu’il le prendrait bien en leu leu… !!! De quoi retourner un public entier ! Et ça marche !

BALANCE TON BUZZ

Et pour créer le buzz, on a à faire à un pro. Dénoter, provoquer, interpeller et j’en passe, c’est un peu l’essence du paradoxe, entre personnalité et personnage. D’un côté, les pieds sur terre, et le souci du travail bien fait, de l’autre, la tête parachutée dans des sphères inconnues et l’envie de s’amuser par-dessus tout : “Chaque année, je prends des résolutions chelous. En 2018, j’avais décidé de coucher avec une femme et de passer dans une émission de télé pour rigoler. Et je m’y tiens. Je devais faire Pékin Express, mais c’est tombé à l’eau. Le même jour, il y avait le casting d’Incroyable Talent et je venais de faire le clip de la Sirène du Lac avec Solal et Micky. J’ai envoyé le lien sans grande conviction, et ça a marché ! Qui ne tente rien n’a rien, qui tente sa chance à toutes ses chances.” Faut dire que la Sirène du Lac avait déjà fait son petit effet !!! Un homme avec une queue d’écailles à paillettes qui fait du yodle, une nonne qui prie aux gorges profondes du Fier et un accordéoniste dépressif qui ventile, pour sensibiliser à la sécheresse sur un Pâquier désert, au nom de l’extrême onction, ça décoiffe, Téo ! “Depuis que je suis arrivé à Annecy, je m’étais promis qu’un jour, je ferais une parodie musicale de la petite sirène sur son rocher. Quand le lac s’est vidé, ça m’a donné l’énergie suffisante. Ça n’arrive qu’une fois dans une vie.” Merci mon dieu!

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DANS L’OBJECTIF

Et la parodie chez Téo, c’est l’histoire d’une vie. Enfant, avec sa sœur, il s’amusait déjà à revoir le monde à sa façon, dans son petit village de Lozère: “Je veux être photographe et vidéaste depuis l’âge de 12 ans, j’avais la caméra de mon père, l’appareil photo de ma mère et on revisitait Charmed, avec de faux effets spéciaux. J’ai toujours eu une patte orientée image et communication. Quand j’étais gosse, ma mère disait que je cadrais bien et que c’était beau, et on aime bien faire plaisir à sa maman ! Ça vient peut-être de là…” Mais à dire vrai, il n’en sait rien. Et à chaque question sur le pourquoi du comment, il botte en touche. Parce qu’il est comme ça, super héro créatif aux cheveux bleus, avec une cape en bouteilles de lait sur le dos, sorti d’un univers que lui seul explore à califourchon, kitch, loufoque et inattendu : “Si ça m’interpelle moi, ça ne peut qu’interpeller les autres et c’est ça que je veux.” Bingo !

BAISSE TA CULOTTE

Alors tout est provoc’ quand c’est lui qui pilote. De son déhanché des diables à en faire pâlir ma cambrure, au remake de Louane version gothique anorexique, rien d’impossible ! Et si son imagination joue au big bang, il aura fallu du temps pour la mettre à profit. Téo a appris tout seul, au fil des rencontres aussi, puis s’est familiarisé à la technique à l’IUT de Chambéry, où il a atterri en 2012 : “J’ai commencé au collège à photographier la coccinelle avec la goutte d’eau, l’abeille, quelques portraits, comme tout le monde. Mais j’ai vite atteint l’ennui du truc trop classique. Alors je prenais des photos qui me plaisaient et j’essayais de les reproduire, je n’avais pas le matériel, mais je contournais la difficulté. Pour la vidéo, c’est pareil. L’année du bac, j’ai fait un clip sur fond vert, habillé en Lady Gaga avec les fringues de ma grand-mère, j’ai postulé dans le Sud. Visiblement, c’était techniquement très bon, mais j’étais incapable d’expliquer comment j’avais fait… Je pense qu’ils ne m’ont pas cru, alors je n’ai pas été retenu ! Et j’ai finalement atterri à Chambéry.”

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SUR LES DÉBORDS…

8 ans après, Téo se balade dans des ambiances surprenantes qu’il crée à l’instinct, ces mélanges d’objets improbables qu’il trie sur le volet et signe son identité : “j’ai un côté débordant dans tout, je déteste les espaces vides. J’ai l’impression qu’en ayant quelque chose en grande quantité, on peut faire un truc canon n’importe où. J’adore les répétitions d’objets, ça me rassure. J’ai fait une photo avec des poupées en plastique que j’ai récupérées dans une poubelle. Une de mes voisines les avait jetées et je n’ai pas pu les laisser là. Je savais que j’en ferais quelque chose un jour. Idem avec les cannettes de soda que j’ai gardées pendant plusieurs mois. J’ai fait une combinaison avec, une pose de chaudasse en prime, là comme ça –parce qu’il mime en plus– et d’un coup, c’est fashion, too much, j’adore !”

HIC PLANÈTE

Alors pas étonnant de le voir confiné, accroché à sa corde à linge en plein remake de Pulp Fiction, des surimis mayo dans les oreilles, habillé en ourson cul de jatte ! Oui oui ! Mais ne vous y trompez pas, si sa créativité danse clairement le jerk sur l’anneau de saturne, tout est under control. “Si on fait appel à l’image, c’est justement pour aller au-delà de l’image des autres. C’est mon boulot en tant que photographe réalisateur et pour Téo Lavabo, ça marche pareil, sauf que c’est un loisir et non un job !” Parce qu’en dehors de son métier, il a fait un taff de malade pour que son challenge fonctionne et plus la notoriété explose, plus la plaisanterie est bonne. “Au début, ça faisait genre Patrick Sébastien. Puis j’ai cravaché sur l’image, construit un univers et voilà.” Minute buzz, Youtube et cætera, en 2019, les millions de vue sont là et maintenant, on fait quoi ?
“Je suis borderline, mais dans le respect. J’ai une famille derrière et ça retombe sur tout le monde. Dans mon village, ça a été un raz de marée Incroyable Talent ! Alors je demande toujours à mes parents l’aval avant de faire quelque chose, c’est hyper important. Le jour où je n’aurai plus envie de Téo Lavabo, il n’existera plus, Téo Jaffre, lui, oui et c’est le principal.” Alors la suite, on l’attend.
Et comme dit si bien, Po Po Po Poséidon… Dans sa salopette arc en ciel, Aladin si tu la frottes, la lampe fera sortir le génie… Lequel, ça… Mystère…

+ d’infos : teojaffre.frteolavabo.fr

P.S : En décembre 2019, l’équipe d’Activmag avait posé pour  Teo Jaffre et Jérôme Morin. Retrouvez ce shooting déjanté ici.

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
La plage de Gaash en Israël, une plage sauvage au pied de falaises oranges où l’on croise des hommes qui ont tous étrangement perdu leur maillot de bain !
… buller ?
Dans mon lit, sous mon ventilateur de plafond. En me laissant appeler par la sieste…
… se dépenser ?
Courir au bord du Thiou pour rejoindre le lac d’Annecy. Il faudrait que je m’y remette d’ailleurs pour éliminer tout le fromage de l’hiver.
… faire la fête ?
À Annecy, je réponds encore et toujours : «Chez Pen» puis pour la grosse bringue «Le Téléphone Rose» ou «Le 24 du Faubourg». Pourquoi pas aussi «Au duo» pour une soirée Karaoké.
… manger ?
Je kiffe emmener ceux qui me rendent visite à «L’Ô Savoyard» en vieille ville. Déjà, on peut se goinfrer de bon fromage, puis la déco est «Too Much» savoyard, c’est marrant, même les employés jouent le jeu !
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Mon échappatoire, c’est «Le Fier», cette rivière qui offre des plages vides de touristes et des arbres à perte de vue. Quand je suis là-bas, je décroche de tout. C’est étonnant, on y croise aussi des hommes qui ont perdu leur maillot de bain…

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