Olivier Föllmi

Olivier Föllmi

A hauteur d’âmes

Il a atteint des sommets, parcouru le monde et apprivoisé son toit. Mais son truc à lui, ce ne sont ni les défis, ni les exploits : les hommes tracent sa voie. Regard vert, sourire doux et tutoiement immédiat, rencontre avec Olivier Föllmi, le photographe voyageur originaire de St-Julien-en-Genevois.

Le Jura, le bassin genevois, le Salève et une rangée de sommets alpins encore enneigés, c’est sur cette vue panoramique que donne le bureau d’Olivier Föllmi. Un bureau nomade et autonome, un camping-car qu’il pose au Mont-Sion. Pour gérer l’administratif, c’est à la maison. Pour écrire, il s’enferme dans l’une des tours de la Chartreuse de Pomier, à une poignée de kilomètres de là. Et quand il a besoin de calme et d’inspiration, c’est au milieu des champs, sur ce bout du chemin de St Jacques de Compostelle, qu’il gare son camion.
Mais qui aurait cru que celui qui a capturé visages et paysages aux quatre coins du globe finirait par poser plume et trépied là où il est né ? Il en est le premier étonné. L’amour pour une fille du pays et la vie de famille l’ont récemment amarré en Haute-Savoie. A 63 ans, le photographe-voyageur multi-primé goûte donc avec ravissement à la tranquillité.

Grande marche pour tenter de quitter le fleuve et échapper au piège du canyon, Zanskar, Inde.

Cordées et clichés

Car depuis l’adolescence, il est surtout habitué à l’itinérance, au mouvement et à la frénésie. Ça commence avec sa passion pour la montagne. Ou plutôt pour les fonds marins, mais un problème de tympan l’empêchant de plonger, il décide de grimper. Il se rêve alors guide et finit par passer plus de temps en cordée qu’au lycée. Quand, à 17 ans, des copains alpinistes, plus âgés, lui proposent l’Afghanistan, il fonce. Il potasse tout ce qu’il y a à potasser sur ce pays et décroche, auprès du Rotary, de quoi financer son voyage. Et parce qu’il doit évidemment documenter ce périple, il le fait en photos : la pellicule est enclenchée.
Débarqué à Kaboul quelques semaines avant ses acolytes, il parcourt le pays à pied. “C’était inouï de beauté et c’était tout ce que j’aimais : l’effort, arriver dans des villages hors du temps… Ça m’a mis le pied à l’étrier du voyage. Mais ce n’est pas le sommet qui me plaisait le plus, c’était la marche d’approche et le retour au camp de base, avec les caravaniers. Là, j’ai compris que la montagne ne m’intéressait que s’il y avait des hommes.” L’année d’après, il reprend la route des Indes dans un bus postal rempli de hippies et d’un nuage de hash, vise le tour du monde et reste scotché au Népal.

Le pèlerinage de Bodh-Gaya
Paldmo 10 ans, habillée pour le nouvel an tibétain, dans la région du Kham (Chine).

Chang et Bang

A partir de ce moment-là, sa connaissance de la région himalayenne lui permet de gagner sa vie en encadrant des treks pour une agence de voyages genevoise. Un pied en Europe, l’autre en Asie, Olivier s’imprègne petit à petit de la culture bouddhiste, de son application dans tous les gestes du quotidien. Jusqu’au jour où se réveille une envie plus profonde de spiritualité… au volant d’une golf GTI. “Quand on met ce genre d’engin entre les mains d’un gamin de 20 ans, on sait comment ça finit…” Dans l’Arve en crue, après un saut de 8 mètres et la rencontre avec une ligne à haute tension. Chute, électrocution, noyade ? Rien de tout ça : « Il échappe trois fois à la mort ! », lit-on en gros titres dans la presse locale.
Il en ressort exalté, ayant goûté à une sorte de plénitude qu’il aimerait retrouver. Auprès de moines peut-être ? Il part donc un hiver entier pour une retraite au Zanskar, la plus haute vallée peuplée de l’Himalaya : un monastère suspendu à une paroi, en face d’une rivière gelée, à 4000 m d’altitude, dans une cellule à -30°C, avec une ration quotidienne de farine d’orge. “J’ai adoré. C’est un monde plutôt gai en fait, mais trop intérieur. J’aimais trop les vices de la nature humaine pour devenir moine, j’avais besoin de vie. Un jour où je n’avais pas le moral, le chef spirituel m’a emmené dans les maisons de l’autre côté de la rivière. Il a demandé aux habitants de faire la fête, on a commandé du chang (sorte de bière traditionnelle), il m’a saoulé et je suis remonté complètement requinqué !”

Ici et là-bas ?

A cette époque, s’il rentre régulièrement en France, pour lui, la vérité est dans l’Himalaya. “Quand je revenais, c’était pour gagner de l’argent. A St Ju, j’étais habillé en Tibétain, ça a dû faire rire pas mal de gens, mais pour moi, le monde occidental, c’était de la merde. J’avais 20 ans, j’étais entier…” Jusqu’au jour où la jeune épouse d’un de ses amis tibétains meurt en couches. “Là, j’ai réalisé que la technologie a du bon. J’ai aussi compris je ne pouvais pas être entièrement tibétain, j’étais les deux. J’aimais aussi revenir ici, retrouver ma famille, mes amis, ma culture, la nourriture, une partie de moi-même… Quand j’ai compris ça, j’ai appris à être bien partout, j’étais vraiment un voyageur.”
Peu à peu, sa passion pour la haute montagne s’effrite aussi. Il en supporte de moins en moins l’âpreté. “Au-delà de 7000, ça ne va jamais bien ; à 8000, tu n’as plus que 20% de tes capacités mentales, tu n’as pas la force de parler, tu as mal à la tête, envie de vomir, tu passes ton temps à regarder ton réchaud pour faire de l’eau, tu tournes en rond – c’est le grand bleu, quoi !” Une dernière expédition particulièrement éprouvante, au Népal, marque l’arrêt de ces courses. “Quand je suis redescendu, j’ai vu un premier brin d’herbe, puis une fumée de cheminée, j’ai entendu le braiement d’un âne, une voix de femme, et je me suis mis à pleurer : je n’en pouvais plus de toute cette minéralité”. Dès lors, il se concentre sur l’humain.

Mage et images

Et la photo est un miroir de ces échanges. Des échanges qu’il provoque, non pas avec son boîtier, mais avec des tours de magie ou même une simple boîte à meuh. Au fond d’une vallée du Ladakh, dans un village du Burkina, ou en Amérique du Sud, quel que soit l’endroit, ça marche toujours. “Tu dis : « j’ai amené ma vache », et avec un truc aussi con que ça, tu fais rire tout le monde, toutes les portes s’ouvrent. Ça m’oblige aussi à transcender mes états d’être : je suis obligé de donner le meilleur de moi-même. Comme un troubadour avec son public.”
Et c’est souvent là qu’il réalise ce qu’il considère comme ses plus beaux clichés. “Tu en as toujours, dans l’assemblée, qui ne s’intéressent pas, qui ont perdu leur joie de vivre. Quand je repère une personne comme ça, je demande à la photographier, mais souvent elle ne veut pas, elle a perdu sa confiance en elle, sa dignité. Alors, je la prends par la main et je l’installe sur un muret ou une pierre, pour qu’elle soit à l’aise, je la bichonne et on déplie les réflecteurs, le trépied, la totale… Je prends mon temps, j’attends que tout le monde ait fini de se moquer, que le silence s’installe. Et petit à petit, la personne relève d’abord les épaules, la tête, puis elle est capable de regarder l’objectif. Quand j’ai la chance de vivre ça, j’en ai les larmes aux yeux, et la personne que je photographie aussi. Valoriser l’autre, c’est ce que j’adore. Ne faire que de la photo pure et dure, ça ne m’intéresse pas, ce que je veux, c’est me relier à l’âme de l’autre.”


Olivier, ton endroit pour…

… en prendre plein la vue ?
Sur les crêtes du Jura face à Genève et au Mont Blanc, sur les crêtes du Salève pour admirer le bassin genevois, sur les crêtes du Mont Veyrier pour m’émerveiller du lac d’Annecy, ou celles du Semnoz pour m’enivrer de beauté et d’espace !

… buller ?
Pour moi buller, c’est aller dans n’importe quel champ de chez nous au début de l’été pour m’étendre dans l’herbe, écouter les chants d’oiseaux et me relier à l’univers.

… faire la fête ?
Au festival de Guitare en Scène à Saint-Julien-en-Genevois. Un petit festival très convivial et chaleureux qui a le pouvoir d’attirer les plus grands noms de la musique et de la guitare.

… manger ?
La Perle du Lac à Genève ou les Terrasses du lac à Annecy. Des emplacements de rêves face au lac et aux montagnes, tout en se régalant le palais ! A Evian, le Royal est inouï de finesse et de beauté et le peu de fois où j’ai eu la chance d’y être invité (la carte dépasse mon budget…), cela me marque encore.

… se nourrir l’esprit ?
J’aime m’inspirer au musée éthnographique ou au jardin botanique de Genève, au Musée de l’Elysée (qui va déménager à la plateforme 10) à Lausanne et à la fondation Gianada à Martigny. J’ai toujours du plaisir à revoir le Musée Alpin à Chamonix pour honorer le courage des pionniers de l’alpinisme.

Ton endroit pour te ressourcer ?
La Chartreuse de Pomier, réputée pour l’organisation d’évènements sur les flancs du Salève dans le bassin genevois. J’y ai un bureau d’inspiration au sommet de l’une des tours emplies des bonnes ondes des Chartreux. C’est là que j’écris.

+d’infos : olivier-follmi.net

BELINDA FRIKH

BELINDA FRIKH

A l’encre de ses yeux

Barbarella, Mireille, Mata Hari ou Madame Claude, ces héroïnes mutines posent, s’affichent avec force sous les traits de pinceaux de Belinda Frikh. Un mix clash trash élégant et sensuel que l’artiste annecienne gribouille dans les yeux, on a dit les yeux.

Sexy, glamour, chic, provoc’ ou libertin, chacun y verra ce qu’il veut, ses dessins parlent autant que Belinda est bavarde, et c’est dire ! Mais pas de blaba : “Je ne vends pas de message, ce n’est pas conceptuel, c’est du feel good, même si, mine de rien, je tape dans l’inconscient !”, cadre-t-elle d’emblée. Parce que son inspiration vient de partout. De sa boulimie pour le cinéma, la littérature et l’Art en général, de ses 25 années anglaises dont elle atterrit à peine, de sa vie, chanceuse et un peu cabossée, mais sûrement pas tourmentée ! “Je ne suis pas torturée ! Je travaille sur les codes de beauté des années 20 aux 80, je peux passer de l’Art déco à l’Art Nouveau en passant par les sixties. En gros, j’essaie de mixer 8 ans d’histoire de l’art avec mon travail dans la mode, les nombreuses illustrations faites, entre autres, pour Stella McCartney… Au départ, je cherchais mon style comme tout artiste. J’aimais ce que je faisais, mais je savais que je n’étais pas totalement parvenue à être moi. Aujourd’hui, c’est chose faite.”.

Raisons et sentiments

Des cheveux blonds jusqu’aux épaules, la malice planquée derrière ses lunettes rondes, la dessinatrice de 48 ans pétille comme les bulles du champagne, délicieuse par endroit, grisante d’un autre, et si elle ne dit pas 1000 mots à la minute, on y est presque. Rentrée depuis peu à Annecy, elle porte les marqueurs de la vie londonienne, l’originalité, le décalage, cette élégance so british qui ne s’explique pas et ça lui va bien. A 23 ans, tête brûlée, elle avait débarqué dans la capitale anglaise, une créativité folle dans les mains, et une (pas si) fâcheuse tendance à nager à contre-courant. L’art est subjectif, pas rassurant comme projet pro, et dans les années 80, il fallait un sacré plan B pour convaincre ses parents d’aller dans cette direction. Alors Belinda conjugue deux cursus, un commercial, un artistique et rafle deux bacs ! Mais dare-dare, l’art gagne la partie. Elle fait les Beaux-arts à Annecy, part pour Lyon fignoler le sujet et direction donc Londres, où l’emporte le vent.

La chevauchée fantastique

Et les années vont être fantastiques, unbelievable même ! Elle travaille au Westbourne, un pub branché de Notting Hill. Elle fait des rencontres dingues, griffonne un peu, sans plus, mais suffisamment pour se faire connaître et tatouer les esprits. Une collaboration de ci, de là, tout s’enchaîne et s’emballe à l’accéléré. Massive Attack, Philippe Starck, Jamiroquaï, elle croise l’improbable et savoure l’instant. Du fashion design pour Sonja Nuttal ou Julia Clancey, elle crée pour Levi’s, Sony, Bonds Australia ou MTV et croise la route d’Inkie, figure incontournable du street art anglais. Il lui reconnaît un truc, ce petit quelque chose qui saute aux yeux. Il la booste, elle s’envole, quand le temps s’arrête net. Victime d’un accident grave, Belinda, contrainte à de longs mois de rééducation, s’enferme dans sa bulle pour revivre, une bulle de culture où films, livres et histoires en tous genres bousculent sa créativité. Elle synthèse son parcours et passe tout au shaker… Eurêka, son style est là…

Et Dieu créa la femme

La femme explose en plein jour, franche et charnelle, version haute couture. J’y vois du Klimt, du Chantal Thomass, mais il n’y a pas de règles. “Tout le monde, même ceux qui ne kiffent pas trop l’art, y trouvent quelque chose. Ce sont les yeux des héroïnes qui aimantent. La sensualité passe par là, sans jamais tomber dans le cru, ce n’est pas mon truc : on n’est pas obligé de tout montrer. Un jour, j’ai fait un dessin avec des fesses bombées, une culotte dorée et des Stiletto, il est parti en 5 minutes, alors que j’étais gênée de le faire, d’être allée trop loin.” Et cette image de la femme, de l’esthétique dominante au respect profond, répond à son admiration pour la période pré-Raphaélite, celle qui rend grâce à une beauté juste, éclatante et surtout morale. Des femmes en pagaille, l’œil perçant et appuyé, marquantes et pleines de charisme, qui cachent derrière la noirceur des traits, l’impact séducteur de leur féminité. Courbes généreuses, bouches carminées, elles interpellent, attirent et appellent à la curiosité, révélées par des notes d’or qui les mettent en lumière. “Les héroïnes que je dessine ne baissent pas le regard et c’est très rare. Dans l’histoire de l’Art, les peintres qui étaient majoritairement des hommes, demandaient toujours à la dame de le baisser et d’être un peu soumise…” Aujourd’hui ne reste plus qu’à y plonger, ça tombe bien, Belinda a jeté l’encre. 

+d’infos : Instagram belindafrikh

en station : Jérôme Obiols, photographe

en station : Jérôme Obiols, photographe

Pics & clics

Image : Grimpeur au sommet de l’Aiguillette d’Argentière la nuit avec un faisceau lumineux. En arrière plan, l’Aiguille Verte et la voie lactée. Un bouquetin curieux assiste au spectacle en silence.

Elles lui ont littéralement tapé dans l’œil, bousculé la focale et imprimé la rétine. Depuis que le photographe lyonnais Jérôme Obiols a découvert les Alpes, il convoite leurs sommets, lorgne sur leurs courbes, a des vues sur leurs aiguilles et n’attend que de les capturer, avec ou sans philtre.
Jérôme Obiols n’était pourtant pas le premier monchu venu. Depuis tout petit, il arpentait, avec parents et fratrie, les chemins du Capcir, au-dessus de son Aude natale. Il connaissait la pêche à la mouche dans les torrents, les feux de camp, le zip de la tente qui révèle le soleil et son incroyable lumière. Mais les plateaux pyrénéens ne l’avaient pas préparé au choc alpin.
En 2001, après des études d’ingénieur, il accepte un premier poste à Lyon, et c’est à l’occasion d’un week-end entre copains qu’il découvre la vallée de Chamonix. “On avait fait la route de nuit, je n’avais rien deviné du paysage, et je me revois le lendemain matin, sur la terrasse du chalet à Argentière, au pied de l’Aiguille Verte recouverte de neige, avec le glacier, tout ça… Un vrai choc ! On a fait une petite randonnée sur les Aiguilles Rouges, et ma mâchoire tombait, je ne savais plus où donner de la tête. Ça a été le déclic. J’y suis retourné dès que je pouvais ».
C’est à force de revenir qu’il découvre aussi que la montagne, ce ne sont pas que des chemins et des sentiers, mais aussi des faces, des couloirs, des cordées. “Je savais marcher, lire une carte, me repérer, mais je ne connaissais pas l’alpinisme, je n’avais aucune idée de comment on grimpe, comment on descend… Alors j’ai commencé à me documenter, à lire pour connaître les bases.
Jusqu’à s’inscrire pour un stage et, à 25 ans, faire ses premiers pas sur un glacier. “C’était la 1re fois de ma vie que je montais au-dessus de 3000 mètres, ça reste gravé. Bien sûr, on peut prendre le téléphérique pour s’immerger, voir de beaux paysages depuis l’Aiguille du Midi, mais ça n’a pas la même saveur que quand on a fait un effort pour mériter la vue, ce sont des images qui marquent.

Massif du Mont-Blanc.

EXTERIEUR, NUIT

Les images, à cette époque, ça fait déjà quelques années que Jérôme essaie de les fixer. Etudiant, il avait d’ailleurs transformé sa salle de bains en chambre noire : avec du scotch pour calfeutrer la porte, une grande planche et trois bacs sur la baignoire, il développait les clichés pris avec son premier Reflex. “Même si je me disait que ça resterait un hobby, j’ai toujours essayé de faire «comme les pros» : bien.” Mais il découvre le numérique en même temps que le piolet et pendant presque 10 ans, sa passion dévorante pour les sommets réduit son activité photographique à la simple collection de souvenirs, «un peu accessoires». Jusqu’à ce qu’il s’offre LE matos, à la naissance de son fils en 2012. Avec l’hyper-sensibilité de cette technologie de pointe, et les conseils d’Eric Courcier, un ami photographe chamoniard, il commence à voir des choses que les autres ne voient pas encore… Il voit la nuit !
Ce qui m’a plu, c’est qu’on montrait la montagne différemment, pas avec un grand ciel bleu, mais un grand ciel noir ! Je ne savais même pas que c’était possible. L’appareil, avec un objectif adapté, perçoit beaucoup plus de choses que l’œil humain.” Et c’est là que sa connaissance de la montagne s’avère précieuse. “Quand on fait de l’alpinisme, on part très tôt le matin, à la frontale, ce ciel incroyable, c’est quelque chose que j’avais déjà vu. Je savais donc où me placer, parce que la nuit, comme on ne voit strictement rien, il faut avoir tout repéré d’avance. Et ça ne sert à rien de regarder dans le viseur ! Quant à la mise au point, à l’aveugle, ce n’est pas simple…

Image de nuit du massif du Mont-Blanc avec la voie lactée au-dessus du Mont-Blanc et de la Vallée Blanche (mer de Glace).

JOURS DE NEIGE

Jérôme passe donc beaucoup de temps à dénicher des points de vue depuis lesquels capturer la voie lactée. Car elle ne se donne pas au premier venu, elle impose sa saison, ses conditions, une direction… et de la patience. “Je me souviens de sessions qui ont duré jusqu’au lever du jour. Pour la photo de la voie lactée au-dessus de la Mer de Glace, par exemple, on allait dormir au refuge du Couvercle après 4 heures de marche assez technique. On arrive, il pleut, on se dit que c’est fichu. Mais vers minuit, quand les premiers alpinistes se lèvent pour repartir, j’ouvre la fenêtre et tout s’était éclairci. La pluie avait rincé l’atmosphère, il n’y avait plus une particule en suspension. On est sorti faire des photos pendant 2 ou 3 heures, il ne faisait pas froid, alors on est resté là, et en fin de nuit, on a réussi à prendre le jour qui se lève, avec les étoiles. Quand on a le temps, on voit des choses différentes.
Mais le photographe alpiniste n’est pas qu’un animal nocturne. Et il sait aussi être extrêmement réactif, saisir l’instant. Comme pour cette photo de l’Aiguille des Deux Aigles, enveloppée de brume, prise en dix minutes depuis la vallée, après trois jours de tempête. “J’étais au bon endroit au bon moment. C’était il y a 8 ans maintenant, mais je l’aime toujours autant, elle représente la pureté de la montagne après les premières neiges, son côté inaccessible, et on dirait un peu une estampe japonaise.” Une esthétique qui lui parle. “J’aime beaucoup le travail de celui qu’on considère comme le maître incontestable de la photo de paysage en noir et blanc, l’Américain Ansel Adams, ses compositions sont absolument parfaites, hyper soignées. J’aime aussi les clichés épurés d’Emmanuel Boitier. Quand on les regarde, on pense que c’est très simple, mais on s’aperçoit vite que c’est très compliqué de faire de belles photos simples, et c’est ce que je cherche.

Arbre isolé sur une falaise entourée de nuages. Massif du Mont-Blanc.

+ d’infos : http://www.jeromeobiols.com

en station : Tess Ledeux

en station : Tess Ledeux

Big Little Tess

1,58 m d’explositivité, un mélange d’audace et de légèreté. Depuis 5 ans, Tess Ledeux squatte les podiums mondiaux de freestyle en enchaînant les figures les plus haut-dacieuses. Et quand elle s’envole, difficile de ne pas être scotchés…

©Louis Garnier / Red Bull

« Petite, je suivais beaucoup de skieurs, mais le premier qui m’a mis des étoiles dans les yeux, c’est mon cousin, Kevin Rolland ! Toute la famille se réveillait au milieu de la nuit pour suivre ses compétitions.” Forcément, quand on a des gènes communs avec un champion du Monde de half-pipe, on est naturellement plus excitée par l’idée de défier les airs que celle de toucher du piquet. “On nous obligeait à faire deux ans d’alpin avant de passer au freestyle, et ce n’était pas du tout mon truc, je n’étais pas à ma place. C’était quand même un bon terrain de jeu, mais je regardais tous les matin les freestyleurs partir à l’entraînement et je n’attendais que d’intégrer leur groupe.” Une petite tête de Gretel, de la détermination jusqu’au bout des tresses et un sacré carafon, les coaches de La Plagne n’ont pas le choix : à 9 ans, soit deux ans avant l’âge requis, Tess est exaucée, elle rejoint le côté « libre » du ski.
Avec Charlie, sa sœur aînée, elles ne sont que deux filles dans un groupe de garçons plus âgés, qui les tirent vers le haut, sans les ménager. « Je me rappelle très bien mon jour de test. On est parti en freeride, en dehors des pistes, et tout le monde a sauté un rocher. Moi, je ne suis pas allée assez loin, à l’atterrissage, je me suis pris un genou dans le nez ! » Mais il faut plus qu’un nez cassé pour l’effrayer. « Pour commencer, il faut être un peu insouciant. Après, on a besoin d’une part de peur pour canaliser les choses, ne pas faire n’importe quoi. En grandissant, on réalise qu’on n’est pas invincible, qu’on peut se blesser, c’est là que l’adrénaline s’installe. Mais jamais personne ne m’a dit « fais attention, tu vas te faire mal !»”.

Saas-Fee, Suisse, Octobre 2020 ©Louis Garnier / Red Bull

UNE GRANDE PARMI LES GRANDS

Pour être sûre de sa vocation et s’occuper à la fonte des neiges, Tess s’essaie quand même à d’autres sports : danse classique, escalade, tennis… mais elle n’a que le ski en tête. Et dans le sang. Très rapidement, ses résultats confirment qu’elle a trouvé sa voie. Elle a tout juste 15 ans quand elle prend son envol au niveau international. “Je venais d’entrer en équipe de France, tout était nouveau, les sponsors, la pression… Pour ma 1re Coupe du Monde, je pensais que j’étais à la ramasse, je n’attendais rien. Mais finalement les conditions étaient horribles, il neigeait, il y avait du brouillard. C’était à celle qui arriverait à poser son run du haut en bas, et j’ai gagné. J’ai vu que j’avais des qualités, que je pouvais prendre les choses au sérieux, que mes rêves pouvaient devenir réalité.
A peine quelques mois plus tard, elle est la première Française à participer aux XGames, l’événement mythique qui concentre, à Aspen aux Etats-Unis, tout ce que la glisse extrême compte de surdoués. Elle y décroche une médaille d’argent en slopestyle -descente sur une piste aménagée avec des tremplins et des rampes sur lesquels les skieurs ou snowboardeurs peuvent réaliser des figures–, avant de finir la saison 2016-2017 couronnée du titre de championne du Monde. Alors oui, à ce niveau-là, on peut dire que les choses deviennent sérieuses.

©Perly

ENTRE CIEL ET TERRE

Un peu trop peut-être. “Tout se passait super bien, je m’impressionnais de compétition en compétition. Je suis donc arrivée aux J.O. de PyeongChang sur petit nuage, en mode « c’est acquis ». Mais je me suis rendu compte que même avec de bons résultats, tout pouvait basculer…” Tess est en effet éliminée dès les qualifications, après une chute. C’est sa première défaite. Son monde s’écroule. “Après ça, j’ai eu une espèce de dégoût, je n’ai participé à aucune compétition pendant 6 mois.” Elle fait alors un gros travail sur elle-même, avec son coach, pour retrouver sa confiance en elle, réussir à dédramatiser, gérer le surplus de pression et garder les pieds sur terre. Sans réfréner son incroyable élan. Elle se remobilise donc, de la pointe des bâtons jusqu’au bout des spatules, pour devenir, l’année suivante, la toute première championne du Monde de Big Air, ce tremplin sur lequel il faut «plaquer» les plus belles figures et qui sera discipline olympique en 2022. Mais n’en parlons pas trop tôt. Non pas que la Plagnarde soit superstitieuse. En début de carrière, c’est vrai, elle portait les mêmes sous-vêtements à chaque compétition, mais aujourd’hui, le petit cochon en peluche qui l’accompagne partout n’est pas un gri-gri, c’est un doudou qui lui rappelle ses premiers coaches et la rassure. Elle n’est donc plus superstitieuse, mais veut, tout en avouant avoir de « gros objectifs » pour Pékin, rester concentrée sur le moment présent.

©Louis Garnier / Red Bull

FAIM DE LOOP*

Après une blessure au genou qui l’a privée des dernières compétitions de 2019-2020, Tess aborde donc cette nouvelle année à la manière d’une bouteille de champagne qu’on aurait sabrée, prête à pétiller après avoir projeté son bouchon haut et fort. C’est en effet un double «cork» (bouchon en anglais), série de rotations désaxées qu’elle n’avait jamais réussi à poser en slopestyle, qui lui vaut son premier or de la saison en Coupe du Monde en novembre. La belle 2e place qui a suivi début janvier ne l’a pas tout à fait contentée. Issue d’une famille de restaurateurs, Tess est une vraie gourmande, elle adore la pâtisserie, mais cet hiver, si elle est affamée, c’est de victoires qu’il faudra la rassasier.

*Lincoln Loop, rotation à 360° désaxée sur le côté

en station : Ben Cavet

en station : Ben Cavet

Des creux & un boss

Une pente au relief tourmenté, des tremplins dont il faut s’envoler en toute légèreté et 2 fois 20 secondes pour montrer l’étendue de ses capacités: le ski de bosses est rapide, exigeant et impressionnant à regarder. Ça tombe bien, le Haut-savoyard Ben Cavet, N°3 mondial de la discipline, l’est tout autant.

En 1994, quand il fait ses premiers pas à Tunbridge Wells, petite ville du sud-est de Londres, Ben Cavet a plus de chance de devenir champion de cricket ou de foot que de ski de bosses. Sauf que l’un de ses oncles était membre de l’équipe anglaise de ski acrobatique et qu’il a participé aux J.O. d’Albertville. Sauf que son père, accro aux sports outdoor, enseigne le ski sur la piste synthétique du coin. Et sauf que ce paternel a décidé, après plusieurs hivers en tant que moniteur en Haute-Savoie, d’installer toute sa famille dans les Portes du Soleil. Voilà comment Benjamin n’est pas devenu champion de foot ni de cricket.
Il a dix ans quand il débarque dans le Chablais et même si son patronyme sonne tout à fait local, il ne parle pas un mot de français. “C’était très dur. Ça ou du chinois, c’était pareil, on ne distingue pas les mots. Je me souviens d’être super fatigué, parce qu’hyper concentré en cours et hyper concentré à la récré aussi pour comprendre les potes, mais je me suis intégré grâce au ski-club, grâce au sport où la langue est moins une barrière.

EMPORTÉ PAR LE FULL* (*saut avec vrille complète)

Comme tous les petits gars du cru, Ben se met donc au ski, mais il est déjà attiré par les sauts et penche rapidement vers le free-style. A Châtel, on attaque la discipline par les bosses, histoire d’acquérir des bases solides. De backflips en 360, le jeune Franco-britannique godille rapidement vers les podiums. “J’ai toujours aimé la compétition, mais il y a eu comme un gros déclic vers 13 ans, après une très bonne course qui m’a marqué : j’ai vraiment éprouvé les sensations que je recherche encore aujourd’hui, j’étais comme transcendé. La compétition me fait du bien, c’est là que j’ai fait toutes mes meilleures descentes. Après, on n’a jamais vraiment trop à réfléchir, tout suit son cours tranquillement, avec le groupe, les coaches, les équipiers… Moins on rencontre de changement, mieux c’est pour un athlète, parce qu’on arrive en Coupe du Monde comme si c’était un Critérium.
La sérénité qui se dégage de ce grand blond aux joues roses -son 1,80m le place en haut de la courbe moyenne des free-stylers, un désavantage pour les sauts, mais une plus grande capacité à «absorber» les bosses- contraste avec le rythme effréné et l’intensité de sa discipline. Parce qu’un «run» de ski de bosses est en effet noté sur la technique, les sauts, mais aussi la vitesse : “c’est un sport que tu es obligé de faire à fond. Plus tu vas à fond, plus tu es engagé vers l’avant, mieux tu es et moins ça secoue !

PRIS AUX JEUX

Secoué, Ben l’est pourtant, quand il débarque sur le circuit seniors. Jusque-là, il a accumulé les succès, il aborde donc cette nouvelle étape avec beaucoup de potentiel et d’ambition. “Je pensais que, pour un champion, les choses étaient faciles, naturelles, zéro difficulté. Du coup, quand je suis arrivé en Coupe du Monde, que c’est devenu difficile, je me suis remis en cause. Peut-être que je n’en étais pas un, de champion, finalement…” Déstabilisé, le Châtellan d’adoption passe à côté de ses deux premières saisons, envisage même de tout abandonner, mais se qualifie de justesse pour les J.O. de 2014 à Sotchi. Et c’est là, quand les enjeux sont les plus importants, qu’il fait, en se plaçant 8e, le meilleur résultat de son début de carrière. Cet électrochoc le remet dans la course. En 2017, il monte 19 fois sur le podium et finit 5e du classement général. “J’ai dû beaucoup travailler sur moi-même pour continuer à progresser et m’imposer. J’essaie de ne pas éviter les émotions, même négatives et d’apprécier la pression. Si je l’ai, c’est une bonne chose, c’est que j’ai tout mis en place depuis le printemps pour bien faire.

©Agence Zoom

APRÈS-SKI ?

Tout pour bien faire ? En 2021, c’est visiblement le cas : après avoir terminé l’hiver dernier sur la troisième marche du podium mondial, il entame en décembre sa 10e saison en Coupe du Monde avec une victoire à Idre Fjäll, en Suède, pour un doublé français aux côtés de l’Ariégeoise Perrine Laffont. “Toutes les compétitions hommes et femmes se déroulent au même endroit, ça donne une dynamique encore plus sympa. Le groupe est hyper important pour moi, ça fait partie de mes valeurs. Parce qu’une victoire en Coupe du Monde, on a envie de la savourer en équipe.
Pour se donner les moyens de revivre ces émotions, aujourd’hui, Ben est donc entièrement focalisé sur son ski. “C’est comme ça que ça doit être. Mes deux principaux concurrents ne font que ça, si je veux suivre, je dois donc m’aligner et faire des heures d’entraînement. J’ai encore 6 ans de ski à fond, et même si les gens me disent que c’est dur d’arrêter jeune, je vois ça comme une chance, à 32 ans, une autre vie s’offrira à moi. Mais pour le moment, je n’y réfléchis pas trop pour essayer de rester investi à 100%. Après, je prendrai toute la passion que j’ai, toutes les leçons que j’ai apprises, pour les transférer dans autre chose.” Golf ? Cuisine ? Photographie ? Après le champ de bosses, Ben explorera celui des possibles.

©photo : Agence Zoom

en station : Argeline Tan-Bouquet

en station : Argeline Tan-Bouquet

La France a un incroyable talon

Argeline Tan-Bouquet a le sens du rythme, elle est gracieuse, fluide et aérienne sur la piste… de danse? Aussi, mais c’est surtout en télémark, entre les portillons, que la skieuse de Morillon chaloupe. Et si elle compte déjà parmi les meilleures mondiales, évidemment, elle en a encore sous le talon…

« L’alpin, c’est facile, on se met sur nos skis et on se laisse glisser, on peut ne pas faire de gros efforts – même si c’est différent en compèt’ ! – En télémark, c’est beaucoup plus fin, on est un peu funambule, sur le fil, et on part plus vite à la faute, du coup, c’est plus physique aussi, on est toujours en train de travailler. Et ce mouvement qui fait qu’on est très proche de la neige, c’est grisant.” On ne peut pas en vouloir à Argeline Tan-Bouquet de prêcher pour sa paroisse : la discipline d’origine nordique a révélé son talon. Ça s’est passé à Samoëns quand elle avait 14 ans.
Car cet alpin qu’elle trouve facile, elle le pratiquait jusqu’alors. Mais à l’adolescence, si elle aime s’entraîner, elle apprécie de moins en moins l’ambiance du club, sait qu’elle ne percera pas. Elle change donc de fixations et finit sa saison avec les télémarkeurs. “Il y avait tous les niveaux, on skiait avec les plus grands et ça m’a trop plu ! Au début, on chute, et quand ça fait plus de 10 ans qu’on fait du ski, on a un petit stade débutant, on se fait avoir et on ne comprend pas trop pourquoi, mais on se prend vite au jeu.

MARK SANS TELE

Dès le premier hiver, son expérience en géant, combiné à son habitude de l’entraînement à un rythme soutenu, lui donne un avantage sur les autres filles, pratiquantes en loisir. Et comme il n’y a pas d’autre circuit, elle débarque rapidement en Coupe de France, vit la compétition comme une « école de la vie » : “dès 16 ans, il a fallu gérer pas mal de choses en même temps : savoir se vendre, se mettre en avant, pour trouver des partenaires.
Pas toujours facile de se faire accompagner financièrement dans ce sport assez peu médiatisé, il est d’ailleurs quasiment impossible de voir des retransmissions télévisées, même de grands événements. “Quand on fait ça depuis des années, c’est bizarre d’avoir à expliquer tout le temps, on doit justifier ce qu’on fait, car ça reste plutôt confidentiel. Ça demande pourtant de gros investissements, en temps et en argent. Mais à l’exception de quelques coureurs, on n’est pas professionnel, on a une double vie.” Argeline, elle, travaille comme kiné et s’organise pour faire des remplacements entre-saison, d’avril à octobre.

Pralognan-la-Vanoise – Janvier 2019 ©Michel Cottin/Agence Zoom

AU TOUR DU GLOBE

Une organisation qui ne l’empêche pas de frayer avec le haut du panier. En tête du classement général à la fin de l’hiver 2018, la skieuse du Grand Massif devient même, à 24 ans, la première Française à décrocher le Globe de Cristal en télémark. Sa victoire en Coupe du Monde à Pralognan quelques mois plus tôt lui avait permis d’acquérir une belle avance : “c’est la course qui m’a le plus marquée. L’année d’avant, j’avais fait trois médailles d’argent, mais je n’étais pas assez régulière, je n’arrivais pas à concrétiser. Et là, je termine 2e en sprint et gagne en classique. C’était un accomplissement d’être arrivée là, en France, devant ma famille et mes proches. Et la Marseillaise, c’est vraiment quelque chose de particulier… J’ai même fait tomber mon trophée, parce que j’avais trop de choses dans les mains !
Ces triomphes, elle les partage avec le reste des Bleus : “on est une sacrée équipe, on a cette chance-là. On se tire la bourre, on regarde, on apprend. Même si en course, je ne veux pas voir quelqu’un devant moi, parfois, heureusement que l’autre fait un résultat, ça sauve notre journée !” Comme ce fut le cas aux Mondiaux de 2019, les derniers de Phil Lau, un des plus grands coureurs français. “On fait une médaille en équipe, mais globalement, ce n’est pas une grande réussite pour nous… et puis je finis 3e en parallèle, Noé Claye aussi, pour son premier podium, et Phil gagne ce jour-là la toute dernière course de sa carrière, sur une manche de folie. J’en ai encore des frissons.

EN PISTE ?

Frustrée par un hiver 2019-20 interrompu par le Covid, Argeline attend avec impatience le début de cette nouvelle saison, dont certaines compétitions ont déjà été annulées. Alors elle ronge son frein, rêve de portillons, d’adrénaline et de podiums. Comme tous les sportifs de haut niveau, elle veut toujours aller plus loin, plus vite, plus fort, repousser ses limites par tous les moyens physiques possibles. “Ça demande de la rigueur et de l’engagement, en sachant que ça ne va pas forcément payer… La compétition apprend à gagner, mais surtout à perdre, à gérer la frustration, à être patient, mais pas inactif. Avec l’expérience, j’ai moins tendance à m’énerver, j’arrive à rester calme et concentrée, mais je peux aussi être explosive, quand je suis trop dans mon truc, hurler parce qu’il s’est passé quelque chose de bien ou mal, il faut que ça sorte ! Il y a des moments où on se bat contre nous-mêmes et puis il y a un déclic. Et quand ça marche, c’est tellement génial, ça paraît tellement facile, qu’on oublie le reste et qu’on se dit qu’on veut faire ça toute sa vie !

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