chercher la chute

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COURANT ALTERNATIF

NE VOUS FIEZ PAS À SA VOIX FLUETTE ET SON PETIT GABARIT, PRESQUE TIMIDE SOUS SA CASQUETTE : NOURIA NEWMAN EST UN CONCENTRÉ DE DÉTERMINATION ET DE TÉMÉRITÉ. LA PEUR SEMBLE GLISSER SUR ELLE COMME L’EAU SUR LES PLUMES D’UN CANARD… OU SUR LA COMBI NÉOPRÈNE D’UNE KAYAKISTE EXTRÊME.

PAR MELANIE MARULLAZ
Image : Spirit Falls USA 2018©Erik Boomer / Red Bull Content Pool

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Nouria Newman © Teddy Morellec/Red Bull Content Pool

La frousse, la trouille, la pétoche, le trac ? Connaît pas. Nouria aborde les remous tranquilou, prend des bouillons comme d’autres des infusions, depuis qu’elle a 5 ans, elle est dans son élément au cœur des torrents. Elle a grandi au bord du Lac du Chevril, à côté de Tignes, et c’est devant le bateau d’un ami de la famille qu’elle écarquille les yeux la 1re fois. Il est bleu et jaune comme sa voiture Playmobil® qu’elle adore. Mais interdiction d’y monter, elle ne sait pas nager. En quelques leçons, c’est réglé. “Quand je suis arrivée avec mon certificat, mon père s’est senti obligé de m’emmener.”
Rapidement elle contre-gîte, dessale et esquimaute en club, sur le bassin international de Bourg St Maurice, La Mecque du kayak, et se retrouve, sans y avoir trop réfléchi, en compétition. “Pour moi, c’était Noël, tu partais en week-end avec les copains et tu ramenais des cadeaux à la maison, des paniers de bonbons, des bananes Crédit Agricole et des coupes en plastique fluo. L’idée de perf’, de progression, est arrivée plus tard. Mais j’ai l’impression que tu ne la voies pas venir : à 9 ans, tu fais tes courses comme ça et 10 ans plus tard tu es sur les circuits mondiaux. Ce n’est pas comme si tu avais fait un choix, en te disant : « je veux devenir champion ». C’est plutôt un travail de longue haleine, on te construit des objectifs, d’ailleurs ce ne sont pas toujours vraiment les tiens. Mais moi, ça me correspondait.”

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Rio Baker en Patagonie © Erik Boomer / Red Bull Content Pool

LIBRE COMME L’EAU

En ayant commencé si tôt, Nouria finit par tourner en rond sur le circuit traditionnel. Heureusement, au détour d’une démo de freestyle – figures acrobatiques avec un kayak plus court et plus large –, elle croise Nicolas Chassing, star locale de la discipline, qui convainc son père de l’inscrire à son 1er contest. A l’adolescence, elle pagaie donc à la fois en championnat du monde de Freestyle et championnat de France de slalom. “Ce n’était pas très bien vu, il y avait des a priori des deux côtés, comme en ski : ceux considérés comme psycho-rigides contre ceux qui ont une image de branleurs. Mais moi, je n’avais pas du tout envie de choisir. Du coup, pendant très longtemps, j’ai été vue comme la rebelle. Le problème, c’est que quand tu arrives avec cette étiquette-là, tu te fais un peu latter par les entraîneurs nationaux, et comme je ne me laissais pas faire… Finalement pour convaincre, ce qui marche le mieux dans ces cas-là, ce sont les résultats.” A 17 ans, elle décroche le titre de championne du monde de Freestyle, quelques années plus tard, c’est en slalom qu’elle monte sur la 2e marche du podium mondial, avant de dominer, de 2014 à 2017, les compétitions de kayak extrême. Ce que Nouria veut, Nouria l’atteint.

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Tree Trunk Gorge, Central North Island, New Zealand ©Graeme Murray/Red Bull Content Pool

ROCK ON THE WATER

Mais le monde du sport est ingrat. Une, deux mauvaises saisons, une petite baisse de motivation et “ciao bye, trop lente, trop vieille, à 26 ans… C’est la dure loi du haut niveau, il faut être bon tout le temps. Et quand tu te retrouves à faire des tours dans un bassin artificiel, sur une eau pompée, avec un tapis roulant qui te remonte pour ne pas perdre du temps, ou que tu fais ton stage hivernal aux Emirats Arabes dans une fausse rivière au milieu du désert, c’est très éloigné de ta vision du sport et de ce qui t’a fait aimer le kayak à 5 ans.”
Il y a 3 ans, Nouria arrête donc la compétition. Ce qui ne l’empêche pas d’être nommée pagayeuse de l’année, chaque année depuis. Car elle ne peut pas en rester là. Ce kayak qu’elle aime, elle n’a heureusement jamais cessé de le pratiquer avec son père, en loisir, souvent contre l’avis de ses entraîneurs, jusqu’à ce qu’ils comprennent que c’était, pour elle, un besoin vital. Elle a surtout lié de fortes amitiés avec les meilleurs kayakistes mondiaux, ce qui lui permet, depuis plusieurs années, de partir régulièrement ramer chez les uns et les autres, aux quatre coins du globe. Que ce soit au Canada, aux Etats-Unis, ou en Amérique du Sud, elle recherche toujours les mêmes frissons : “la glisse, évidemment, la sensation de force de l’eau, de chute libre, la force centrifuge et l’adrénaline dès que c’est dur… mais aussi la fierté de pouvoir résoudre les problèmes. Chaque rapide, c’est comme un problème de maths : comment j’assemble toutes les pièces du puzzle pour descendre ? Et quand tu arrives à compléter une 1re descente ou rapide très compliqué, c’est une immense satisfaction.”

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Spirit Falls USA 2018 ©Erik Boomer / Red Bull Content Pool

POOL NEWMAN

Depuis 2017, Nouria est sponsorisée par une grande marque de boissons énergisante, elle enchaîne notamment les aventures sportives et humaines aux côtés de deux Américains, kayakistes de l’extrême, Ben Stookesberry et Erik Boomer. En 2019, ils ont d’ailleurs réalisé plusieurs premières mondiales en Patagonie. “En attendant que le niveau d’eau baisse, on a donné un coup de main à une boîte de raft, en échange du gîte et du couvert. Puis on est partis vers le sud. On a souvent besoin d’aide pour trouver des tronçons de rivière, Google Earth a ses limites, alors on tape à la porte des fermes, et on finit par dormir chez les gens ; le fermier nous montre le chemin et nous, on doit lui ramener ses vaches égarées si on les voit. Il y a aussi des dames qui attendaient notre retour avec un ragoût, elles savaient qu’on serait gelés et affamés. Ce sont de belles rencontres, de belles histoires.” Leurs vidéos cartonnent sur les réseaux sociaux, mais la Savoyarde s’en méfie : “Soit tu deviens youtubeur et du fais les choses parce qu’elles vont plaire, soit tu fais ce que tu aimes. Moi, je ne veux pas être influenceur, je ne suis personne pour influencer, je veux juste être une athlète.”

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
Les Gorges du Verdon hors-saison sinon tu prends surtout des pédalos dans la figure !
… buller ?
Aller se promener dans les Bauges, c’est chanmé les Bauges !
… se dépenser ?
Partout en montagne, surtout dans les Ecrins.
… faire la fête ?
Je ne fais pas trop la fête, ça me gonfle d’être fatiguée le lendemain. Ma grande fierté, c’est de n’avoir jamais mis les pieds à la Folie Douce, je n’ai aucune envie de faire la fête avec 500 inconnus. Mais ça ne m’empêche pas de tomber dans des traquenards… Partout où c’est pas prévu, ça ce sont les meilleurs endroits pour faire la fête !…
… manger ?
Au restaurant le Monal quand tu montes à Ste-Foy-Tarentaise. Le vendredi, ils font des petits concerts, c’est un bon endroit pour un traquenard aussi…
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Chez mes parents soit au Villaret, soit à Pau.

stéphane tourreau, apnéiste

stéphane tourreau, apnéiste

SOUFFLER N’EST PAS JOUER

JE SUIS UN PEU BATOPHOBE, VOIRE CARRÉMENT APEIROPHOBE. CE QUI NE SIGNIFIE EN AUCUN CAS QUE JE REFUSERAIS TAPAS ET ROSÉ SUR UN VOILIER, MAIS QUE DEVANT LES GRANDES PROFONDEURS OU L’INFINI, J’AI LE SOUFFLE COUPÉ. BREF, JE NE SUIS PAS FAITE POUR L’APNÉE. STÉPHANE TOURREAU, LUI, SI.

PAR MÉLANIE MARULLAZ
Image : © Daan Verhoeven

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Stéphane Tourreau ©Draz Foto

 

 

On se souvient tous de la première fois qu’on a mis la tête sous l’eau, avec masque et tuba. Les respirations saccadées, le bruit de son propre souffle amplifié par le tuyau, les onomatopées paniquées à la vue d’un bébé maquereau “UN ÉOME OION!!! UN ÉOME OION!!!”, l’eau qui s’infiltre par les côtés quand on commence enfin à rigoler et la buée… Pour Stéphane Tourreau, ce fut l’ouverture sur un univers magique. Il avait une dizaine d’années et la découverte des fonds corses allait lui changer la vie. “Je me suis aperçu qu’on était bien sous l’eau, qu’on avait une sensation de liberté, surtout par rapport au système scolaire dans lequel je me sentais très cloisonné. Avec cette visibilité incroyable, ces eaux cristallines et ces poissons de tous les côtés, c’était un mélange de stupéfaction et d’envie d’aller plus loin en profondeur. Quelque chose de très grisant et frustrant à la fois. Addictif tout de suite.” Par tous les moyens, le Thononais essaie donc de prolonger ces sensations. A l’adolescence, il commence à pratiquer l’apnée dans le Léman.

TIRER L’APNÉE DE SON TOURREAU

A l’époque, pas de structures pour l’accompagner, en dehors de clubs de plongée. Mais Stéphane ne manque pas d’air, il apprend sur le tas. “Tout ce qu’il ne fallait pas faire, je l’ai fait : on force, on se blesse, puis on s’assagit, on apprend, on se renseigne… Finalement, c’est la meilleure des écoles : tu n’appliques pas une théorie, mais d’après tes erreurs, tu sais précisément ce qui marche ou pas.” Seul, il se forme également au statut de sportif indépendant, à la communication, à l’environnement, au métier de conférencier…
Quand les clubs commencent à faire appel à lui pour développer l’activité, il descend quand même jusqu’à Villefranche-sur-Mer, pour rencontrer Guillaume Nery, double-champion du monde en poids constant – descente à la seule force musculaire avec palmes, sans lest, ni gueuse -. Auprès de lui, ses mains ne se palment pas comme celles de Patrick Duffy dans l’Homme de l’Atlantide, il ne lui pousse pas non plus des branchies, mais le Haut-savoyard acquiert les bases afin de pouvoir, à son tour, les enseigner.

© Daan-Verhoeven

En 2011, il s’installe à Annecy et rencontre Loïc Gourzeh, préparateur mental qui l’aide à aller encore plus loin, l’accompagne vers le haut niveau et les grands fonds. “La compétition, c’était une catastrophe au début, notamment en ce qui concerne la gestion du stress. Aujourd’hui, c’est un outil, un bon moyen de voir où j’en suis avec mes émotions, au moment le plus stressant possible. Si là tu gères, c’est que tu as fait un gros travail sur toi.” Développement personnel, méditation, pleine conscience… Ses efforts paient : en 2016, à Kas en Turquie, il devient vice-champion du monde en poids constant.

©Daan-Verhoeven

TRANSFERTS DE FONDS

“En grande profondeur, on a la sensation d’être autonome avec son corps, d’aller explorer des choses que peu de gens ont pu découvrir.” Ce sont surtout ses propres limites que Stéphane explore, quand il se prive d’air frais pendant plus de 7 minutes, sans bouger. Car en se laissant entraîner à 113 mètres de profondeur – son record, atteint en 2019 -, Stéphane Tourreau ne satisfait pas uniquement sa curiosité pour les abysses, c’est en lui-même qu’il plonge. “L’apnée est un guide, qui m’a permis de m’accepter, de prendre confiance en moi au fil des années. En lac surtout, on a moins de visibilité, le fait que ce soit plus sombre pousse à être plus attentif à ses sensations internes, à rentrer dans l’obscurité à l’intérieur de soi, pour trouver la lumière ensuite. Et quand on arrive en mer, les sensations sont décuplées, on n’a qu’une envie, c’est de plonger !”
Sa passion le mène en effet plutôt à nager dans les eaux chaudes, Méditerranée, Golfe du Mexique, Dominique, Bahamas… “Mais ma terre natale reste la plus forte, je suis toujours hyper content d’y revenir. Pour moi, notre région est liée à la notion de verticalité, avec la montagne et le lac. C’est le meilleur lieu au monde pour s’entraîner. Tout est à portée de main.” Pour atteindre 45 mètres, Stéphane plonge à côté de chez lui, à Chavoire, ou aux Marquisats s’il veut aller plus profond. “Il n’y a pas de courant, pas besoin de bateau pour aller au large… De temps en temps, je vais me faire une plongée sur le France, c’est toujours un grand moment, et c’est ce qu’on va faire avec un ami champion du monde en piscine, Guillaume Bourdila. J’adore aussi faire du ski de fond, rouler sur les cols, être en montagne connecté avec la nature et savourer les paysages. Tout ça est totalement complémentaire à mon sport”.

©AGPhoto

EAU LES CŒURS

Car pour l’athlète de 33 ans, l’environnement et la construction d’un équilibre émotionnel sont presque aussi importants que l’entraînement, mais bien plus longs à constituer. “Je n’en étais pas encore là il y a 1 ou 2 ans, mais j’ai atteint un nouveau cap. J’ai lâché prise, lâché la peur, et tout est arrivé. Plus on est dans l’équilibre intérieur, plus on trouve un équilibre naturel. Et mon équilibre, c’est l’unité, je pense que tout, dans l’univers, est relié, interconnecté, que si je suis dans l’apnée, si je m’amuse autant, ce n’est pas un hasard, ce n’est pas pour rien, c’est que je devais y être, je dois vivre ça.”

+d’infos: http://stephane-tourreau.com

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
Au Col de La Forclaz ou au Mont Veyrier
… buller ?
Partout au bord du lac d’Annecy !
… se dépenser ?
Sous le lac évidemment ou autour dans les cols en vélo 😉
… faire la fête ?
Là où il y a un beau truc à fêter, qu’importe l’endroit.
… manger ?
Les Trésoms évidemment !
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Dans une rivière d’Angon entre les arbres…

soul flyers, freefly

soul flyers, freefly

ON S’ENVOIE EN L’AIR ?

CROYEZ-MOI RIEN DE GRIVOIS LÀ-DEDANS, QUOIQUE QUESTION FRISSONS, J’AI FRÔLÉ L’APOPLEXIE RIEN QU’EN ÉCOUTANT FRED FUGEN ET VINCE REFFET. RENCONTRE DU 3E TYPE AVEC LES SOUL FLYERS, DES CHAMPIONS DU MONDE DE FREEFLY*, DES AS DU BASE JUMP**

PAR GAËLLE TAGLIABUE
Image : ©Max Haim/Red Bull Content Pool

Vince Reffet et Fred Fugen ©AFP PHOTO / Lionel BONAVENTURE

Et pour les attraper, c’est au vol qu’il a fallu les saisir, entre deux avions… Un peu l’histoire de leur vie en somme. Les deux Anneciens passent la majeure partie de leur temps en plein ciel et quand ils sont au sol, c’est toujours la tête en l’air qu’ils reprennent leur souffle.

PARACHUTAGE CONTRÔLÉ

Le 13 octobre 2017, une porte s’ouvre dans le ciel. A peine 1,25m de haut, c’est celle d’un Pilatus. Aux commandes, Philippe Bouvier secondé par le co-pilote Yves Rossy. Un peu plus haut, à 4060m, Fred et Vince s’élancent dans le vide, du haut de la Jungfrau en Suisse. En tête, ils ont une obsession, celle de rendre hommage à Patrick de Gayardon, celui qui les inspira, 20 ans plus tôt, en réussissant le pari de rentrer par la porte de l’avion par laquelle il venait de sauter ! Même folie, mais en plus technique… Pourquoi est-ce qu’ils ne partiraient pas d’une falaise plutôt que de l’avion ? Ils doivent «juste» trouver le moyen de caler leur propre chute sur la vitesse de l’avion. “C’était chaud quand même. Parce qu’on devait sauter avec un parachute de base-jump, qui n’a pas de système de sécurité, au-dessus de la montagne…”, se souvient Fred. “Le risque zéro n’existe pas, évidemment. Quand tu sautes de la falaise, si tu arrives fort sur l’avion et que tu t’assommes, personne ne va aller ouvrir ton parachute à ta place !”, reconnaît Vince.

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©Thibault Gachet/Red Bull Content Pool

4 mois d’entraînement, des dizaines de sauts, des tentatives ratées, des portes d’avion mal engagées, quelques côtes froissées plus tard, leur foi est inébranlable et ils parviennent le pari dingue de rentrer dans le zing l’un après l’autre, à près de 138km/h. Pour le coup, le clin d’œil à l’inventeur de la wingsuit, la fameuse combinaison ailée, est réussi et la vidéo affole les compteurs sur le web ; 200 millions de vues, rien que ça !

Fred Fugen et Vince Reffet

LES FOUS DU VOLANT ?

Mais avant d’en arriver à ce niveau de technicité, ils ont bossé leurs gammes. Fred, l’aîné, aux portes de la quarantaine, a commencé à sauter en parachute comme d’autres apprennent à faire du vélo. Il grandit en regardant ses parents tomber du ciel et trépigne en attendant son tour. “Je n’avais pas vraiment d’appréhension, pour moi c’était ça la normalité”. Il traîne des pieds à l’école, enchaîne les sauts dès qu’il le peut, s’initie aussi au parapente aux côtés de son père et à peine le BAC empoché signe pour plier des parachutes. Le meilleur moyen de financer ses escapades aériennes.
Pour Vince, un poil plus jeune – il est né en 1984 – le chemin est moins tracé. “Mon père et mon frère sautaient, mais j’étais plutôt comme ma mère, peu emballé par le sujet”. Une première tentative en tandem à l’âge de 14 ans qui le terrorise, puis un premier saut seul un an plus tard qui le convertit cette fois totalement.
C’est en 1999 sur le site de Lapalisse qu’ils se rencontrent pour la première fois. Un an après, Vince n’a qu’une quinzaine de sauts à son actif, Fred, plus de 1000. Un premier saut ensemble, l’alchimie est parfaite. Si ça, ce n’est pas un coup de foudre !

© Jean-Philippe Teffaud/Red Bull Content Pool

LIBRE CHUTE

Lorsque Vince rejoint Fred en équipe de France de freefly (discipline du parachutisme qui regroupe toutes les positions de la chute libre), en 2003, il est en plein apprentissage du métier de charpentier chez les Compagnons du Devoir. Et plaque tout sans hésitation.
Un premier titre de champions du monde un an plus tard au Brésil et des victoires qui s’enchaînent: 6 en 6 ans. Une ascension fulgurante à l’image de leur palmarès et de la barre des 7000 sauts franchie ensemble. Le binôme diversifie très vite sa pratique, délaissant peu à peu la compétition.
Un premier saut de BASE jump en 2003 (saut en parachute à partir de points fixes et non d’un avion tels que des immeubles, des antennes relais, des ponts ou des falaises), mais aussi du parapente – au-dessus du lac bien sûr – et du speed-riding – dans les Aravis. Pas question de se cantonner.
Incarnant pleinement son esprit et son inspiration no limit, ils redonnent vie depuis 2010 au nom des Soul Flyers*** – un groupe d’amis sportifs unis autour d’une même passion pour les disciplines aériennes -, qui sommeillait depuis la disparition de deux de leurs membres. Installés depuis 2009 aux alentours d’Annecy, ils enchaînent les projets jusqu’à attirer l’attention de Red Bull qui les sponsorise depuis 2012 et SkyDive Dubaï depuis 2013. Il n’en fallait pas moins pour leur permettre de réaliser des performances toujours plus démentes. “Ce qui est fou, c’est qu’on nous donne les moyens de réaliser des rêves. Mais il n’y a pas d’escalade, on ne veut pas faire toujours plus ou mieux, chaque projet est unique et nous mobilise pleinement”.
En 2014, ils réalisent un saut en wingsuit du haut de la tour Burj Khalifa à Dubaï, l’une des plus hautes du monde (828m), avant de sauter au-dessus du Mont-Blanc, à 10 000 mètres d’altitude…

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Avec la patrouille de France © Airbornes Films

LE RÊVE D’ICARE À PORTÉE D’AILES

Vous l’aurez compris, pour impressionner Fred et Vince, il en faut une sacrée dose. Alors, lorsque Yves Rossy, ancien pilote de chasse et développeur des ailes motorisées, leur propose de tester le dit procédé, Vince se propulse tout naturellement à ses côtés pour voler dans le sillon d’un Airbus A380 au-dessus de Dubaï. Drôle de normalité. Et quand Fred les rejoint pour devenir le 3e Jetman du nom, il signe sans avoir jamais effectué de vol motorisé. Toujours normal ! Ensemble, ils vont relever un nouveau défi technique ahurissant : voler avec 8 Alpha Jet de la Patrouille de France. Impressionnant de précision, le projet Alpha Jetman donne la mesure de la démesure. “Nous devions voler à la vitesse maximale de 280km/h qui se trouve être la vitesse minimale pour les avions de la Patrouille de France pour voler en formation. Au début, nous étions très impressionnés, mais finalement, c’est un respect mutuel qui s’est installé. Les pilotes ne pensaient pas qu’on parviendrait à se rapprocher autant d’eux”. Alors ils en ont sous les ailes ou pas ? Mais ne vous y trompez pas, si Fred et Vince ont la décontraction des insouciants, ils ont surtout l’engagement des passionnés et la rigueur des athlètes de haut niveau. De quoi nous faire décoller… par procuration, au moins.

+ d’infoshttp://soulflyers.com – facebook.com/soulflyers – Instagram.com/soulflyers

*Discipline de figures en chute libre à 3, reconnue depuis 2000 par la Fédération Aéronautique Internationale.
**Le BASE jump est un sport extrême consistant à sauter depuis des objets fixes, équipé d’un parachute et non depuis des avions. «BASE» étant l’acronyme des 4 catégories de points fixes «Buildings, Antennas, Spans, Earth».
*** Collectif de sportifs fondé en 2003 par Loïc Jean-Albert, Valéry Montant, Claud Remide et Stéphane Zunino.

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
Vince : Au sommet de la Tournette, avec une vue incroyable sur le lac d’Annecy et les sommets aux alentours.
Fred : Au sommet de Balme à La Clusaz : quelle vue sur les Aravis et le massif du Mont Blanc !
… buller ?
A la plage du Palace de Menthon-St-Bernard , on y va souvent pour pique-niquer avec les amis.
… se dépenser ?
Les combes des Aravis pour aller sauter en BASE jump ou décoller en parapente. Notre favorite, la combe de Bellachat à La Clusaz.
… faire la fête ?
La Scierie à La Clusaz, une super ambiance avec François !
… manger ?
La ferme des Vonezins à Thônes et la Scierie à La Clusaz !
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
A la maison !
Fred : J’habite à Thônes, avec une vue magnifique sur la Tournette !
Vince : Et moi, à Alex, au pied des Dents de Lanfon, c’est superbe !

valentin delluc, speed rider

valentin delluc, speed rider

AIR DE JEUX

« ALLER PLUS HAUT, ALLER PLUS HAUUUUUUUT… » POUR QUOI FAIRE ? VALENTIN DELLUC N’EST VISIBLEMENT PAS UN FAN DE TINA ARENA, CAR LUI, QUAND IL S’ENVOLE, CE N’EST PAS POUR S’ÉLOIGNER DU PLANCHER ET DE SES VACHES, MAIS POUR CONTINUER, TOUT EN LÉGÈRETÉ, À LES EFFLEURER.

PAR MÉLANIE MARULLAZ
Image : Aiguille du Midi (2016)©Tristan Shu

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Valentin Delluc ©Tristan Shu

La météo est capricieuse ce matin. De gros nuages sont accrochés aux falaises qui surplombent le Lac de Montriond, du côté de Morzine-Avoriaz. Valentin n’a pas pu gonfler sa voile, mais il en faut plus pour faire disparaître les fossettes qui chatouillent ses joues dès qu’il sourit. Le jeune speed-rider a le zygomatique hyperactif, l’œil qui brille et l’enthousiasme contagieux.
“Mon but, c’est de me faire plaisir, d’arriver en bas avec le sourire. Même si tu viens de dévaler 1000 mètres en 2 minutes, alors qu’il t’a fallu 2 heures pour les monter ! C’est tellement fort qu’à chaque fois que tu te poses, quoi qu’il se soit passé, tu es toujours content. Et je veux que ça reste comme ça : une passion. J’aime voir des choses que peu de gens voient”. Et les voir de près, au point, souvent, de les toucher du bout des spatules ou même des doigts : les toits des immeubles d’Avoriaz, la cime des sapins, la main de Nathan Paulin en équilibre sur sa slackline… C’est la particularité de ce type de vol, très court et intense, proche du sol : “A cette hauteur, on ressent très fort l’effet de vitesse, il faut adapter sa trajectoire au terrain, au centimètre près. Tu n’as jamais trop l’impression de quitter le relief, tu le frôles, tu cherches des trajectoires, c’est comme en ski.”

UN AIR DE FAMILLE

Car son premier élément, à Valentin, c’est la neige. A 2 ans et demi, il glisse déjà. Après le ski club de Lans-en-Vercors et la découverte du freestyle, il enchaîne sur une formation sport études à Thônes pour devenir pisteur, comme son père qui balise chaque hiver les pentes des Portes du Soleil. Comme lui aussi, il se met très tôt à la voltige. “Il est pilote d’ULM. Tout petit, je suis monté dans son 3 axes (petit avion biplace) et il me faisait faire des décrochages.” Liées à un ralentissement, ici volontaire, ces pertes d’altitude donnent, dans le cockpit, une impression d’apesanteur. A laquelle Valentin prend goût : à 11 ans, il s’initie au parapente, à 15 ans, il est instructeur d’ULM et quand il skie, il décolle dès qu’il peut, enchaîne les sauts, les figures… Bref, c’est en l’air qu’il a ses repères. A 18 ans, il fait enfin converger ces deux univers, neige et air, en se mettant au speed riding.

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Aiguille du midi ©Tristan Shu

APPEL D’AIR

Ça fait un moment déjà que son frère Anthony, de 4 ans et demi son aîné, lui parle de cette pratique toute récente : du vol libre avec une mini-voile (d’une surface de moins de 12m2 contre 20m2 minimum pour une voile de parapente) qui permet “d’améliorer le ski”, et de se lancer dans des endroits inaccessibles.
Mais c’est quand ce dernier perd la vie, dans un accident sur le Tour de France d’ULM, que Valentin ressort son matériel. “J’ai voulu faire ce qu’il faisait, voir ce qu’il ressentait, il me disait que c’était tellement bien. En freestyle, je commençais à avoir mal aux genoux, j’avais envie de faire autre chose, et avec ce genre d’événements, tu revois ta façon de penser… J’avais toutes ses vidéos, de bonnes connaissances en aérologie, et j’ai pris quelques conseils auprès d’Albert Baud, qui m’avait formé au parapente. Mais les 1res fois, zéro tension dans le harnais, mes pentes n’étaient pas bonnes, ça ne marchait pas, je ne comprenais rien.” Il ne lâche pas l’affaire pour autant. Et se rapproche d’Antoine Montant, figure de proue de la discipline, orphelin d’un frère aîné lui aussi, et tous les jours pendant l’hiver 2010-2011, il chausse les skis, déplie sa voile, démêle des suspentes… Tant et si bien qu’il participe, à la fin de cette première saison, aux championnats de France. Six ans plus tard, il accédera au titre national.

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Moonline ©Stefcande.com

SOUFFLE D’AIR SHOW

A 28 ans, sous ses airs d’enfant, Valentin Delluc est aujourd’hui un grand du speed riding et quand il ne vole pas… il vole. Adepte du base jump, il vient de se mettre au kitesurf, mais aussi à l’apiculture, et bientôt à la couture, pour ravauder ses voiles. “J’ai plein de passions, mais je n’ai pas le temps de tout faire…” La vidéo et les réseaux sociaux ont attisé la curiosité de gros sponsors et assis sa notoriété. La toile s’enflamme quand il «ride» le câble d’un télésiège désaffecté ; retient son souffle quand il surfe sur l’aérosol d’une avalanche qu’il vient de déclencher dans l’Aiguille du midi ; jubile quand il se lance dans un canyon poursuivi par un drone; s’émeut quand le halo de sa voile, éclairée par des centaines de leds, survole en nocturne les séracs du glacier des Bossons, dans un doux mélange de vitesse et de poésie.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, si ce prodige de la voltige aime jouer, ce n’est pas une tête brûlée, du décollage à l’atterrissage, il garde tous les sens en alerte. “Il faut avoir peur, s’en servir pour ne pas se sentir invincible et faire n’importe quoi. L’humain n’est pas fait pour voler à 140 km/h à quelques centimètres des cailloux. A cette vitesse, si proche du sol, il n’y a pas de marge d’erreur, il faut donc être un peu «réveillé». Et puis, il faut savoir se dire que la montagne ne bouge pas, que si les conditions ne sont pas bonnes, tu peux toujours revenir le lendemain. 80% des accidents arrivent quand tu pousses… Je ne vole donc jamais l’après-midi par exemple, même si ça paraît encore bon, il faut réussir à se dire «non, je n’y vais pas», essayer d’avoir de l’avance sur le danger avant qu’il ne te rappelle qu’il est là…” Vu la vitesse à laquelle Valentin fend les airs, on peut en effet espérer qu’il ne le rattrapera pas.

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Moonline ©Stefcande.com

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
Les Portes du Soleil, j’adore, c’est joli partout. Des Hauts-Forts jusqu’aux Dents du midi, il y a vraiment des choses à faire.
… buller ?
N’importe où au sommet d’une montagne, dès que je pars, je bulle dans ma tête, sinon, j’ai du mal à rester en place.
… faire la fête ?
Avoriaz, mais peut-être plus l’hiver que l’été, pour faire une petite descente en luge après une bonne soirée.
… manger ?
Au Tremplin à Morzine ou au Passe-Montagne aux Lindarets.
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
J’adore me poser en ULM sur une alti-surface dans le Dévoluy, à 2000m d’altitude. Il y a une piste et un petit chalet dans lequel tu peux dormir. Mais moi j’aime dormir sous mon aile. Tu vas marcher un peu, tu repars le lendemain et tu n’as croisé personne. J’aime pas quand il y a trop de monde…

nathan paulin, slackliner

nathan paulin, slackliner

LIGNE A HAUTE TENSION

LE PLUS COURT CHEMIN ENTRE DEUX POINTS ? LA LIGNE DROITE, ON LE SAIT TOUS. MAIS LÀ OÙ NOUS NOUS CONTENTONS SOUVENT DE L’IMAGINER OU DE LA DESSINER, NATHAN PAULIN, LUI, LA SUIT AVEC OPINIÂTRETÉ, DU BOUT DES PIEDS ET SANS BALANCIER.

PAR MÉLANIE MARULLAZ
Image : Massif du Bargy©John Anthoine-Milhomme

Nathan Paulin

Entre les pitons rocheux d’une crique infestée de requins aux Marquises, au-dessus de la Seine pour relier la Tour Eiffel au Trocadéro, ou en frôlant les séracs du glacier d’Argentières… à chaque fois, le chemin est court, certes, mais il n’est pas aisé. En équilibre sur sa slackline, une sangle de 2,5 à 5 cm de large tendue à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres de hauteur, on ne peut pas vraiment dire que Nathan Paulin ait choisi la facilité. Mais qu’attendre d’autre de la part d’un garçon qui, tous les matins, avale le Bargy au petit-déjeuner (1000 mètres de dénivelé), alors que nous n’avons pas encore bu notre 1re goutte de café ? “Ce n’est pas une routine que je m’impose pour la slack, mais c’est un moment de sport intense suivi d’un moment de détente – dès qu’il le peut, il redescend en parapente – et ça me clarifie l’esprit, avant de me mettre devant l’ordinateur, pour gérer l’administratif.” Trop plein d’énergie déchargé, il peut se concentrer.

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Glacier d‘Argentières ©Thomas Savarin

FIL DE SOI

La concentration, voilà ce qui l’a suspendu à son fil. “Mon attention est diffuse, je capte tout ce qui se passe autour de moi, et la slackline, c’est de la méditation, ça captive l’attention, ça prend tout le corps. Quand je prépare une traversée, j’applique des techniques de visualisation, je me projette dans la situation, mais une fois sur la ligne, je ne suis même pas dans le pas d’après, je suis absolument dans le moment présent, à 100% là, ancré dans l’instant.” Nathan est encore au lycée quand il se fait happer par ce dérivé du funambulisme, inventé dans les années 80 par des pratiquants d’escalade qui, comme le mythique Patrick Edlinger, cherchent à travailler leur équilibre. Le jeune Reposerand – habitant du Reposoir, près du Grand Bornand, 74 – est naturellement sportif. Il est rare de ne pas l’être quand on grandit dans une station de ski. Son père, Manceau – habitant du Mans, lis Activmag et deviens, toi aussi, lecteur/-trice avisé(e), expert(e) en gentilés – est tombé amoureux d’une randonneuse haut-savoyarde et… de la montagne. En famille, ils marchent beaucoup, skient tout autant, sans être jamais tentés par la compétition ou la recherche de performances.

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© Thomas Savarin

Mais à l’été 2011, alors que, comme tout ado qui se respecte, Nathan s’ennuie, il tend une sangle entre deux arbres. “Au ras du sol au début, puis sur des distances de plus en plus longues. Au-dessus du vide, c’est une autre pratique, il faut gérer son appréhension. Mais comme je ne faisais que ça, tous les jours, j’ai franchi le pas au bout de trois mois. A partir de là, je ne me suis plus jamais ennuyé. Ça m’a donné un élan, ça m’a permis de m’accomplir.”

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Lac Vert ©Bertrand Delapierre

LIGNE DE VIE

Vite, il devient fort, très fort. Deux ans à peine après ses débuts, il s’attaque à son 1er record mondial. Il en épinglera une dizaine, de longue distance tout court, puis de longue distance au-dessus du vide. En 2017, il franchit les 1662 mètres qui séparent les deux versants du cirque de Navacelles (Occitanie) à 300 mètres au-dessus des toits du hameau de St Maurice. Au-delà du kilomètre – qu’il fut l’un des premiers à parcourir, avec son ami tchèque Danny Menšík – il faut de nouvelles techniques, notamment pour relier départ et arrivée : un 1er fil de pêche est tiré par un drone, qui permet ensuite de tirer des fils de plus en plus épais, et enfin une sangle. Et sur ces distances-là, la traversée dure plus d’une heure… le temps de passer par plusieurs états : “bonheur intense, stress, en fonction des endroits, des imprévus, des conditions. Et quand c’est dur, parfois tu n’as même qu’une seule envie, c’est de tomber. Ce serait plus facile.” Contrairement aux funambules, les slackliners sont assurés.

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Moscou ©Anya Sandler

“Je ne condamne pas ceux qui ne le font pas, si c’est un besoin personnel, je peux le comprendre, mais ça ne me correspond pas. Je n’exploite pas le côté dangereux. Pour moi, l’engagement est quasiment nul, je travaille d’ailleurs avec des bureaux de vérifications, avec qui je fais les installations. Par contre, je ne suis pas pour le show-off et je combats l’adrénaline, parce qu’elle a des effets sur le cœur qui peuvent te rendre moins précis.” La perte de contrôle, l’inconnu, voilà ce qui l’effraie. “Par exemple, je ne me suis jamais détendu pendant la traversée entre deux tours à Moscou. A cause du bruit, de l’ambiance, j’étais terrifié. Les Gorges du Verdon aussi font très peur. L’acclimatation se fait au fur et à mesure, mais elle n’a pas que du bon. Ça peut devenir naturel d’être au bord du vide pendu à une corde, mais tu dois rester vigilant, la peur protège.”

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Massif du Bargy entre la Pointe du Midi et la Pointe Dzérat ©John Anthoine Mihomme

TRAIT D’UNION

L’équipe aussi. Car s’il est seul dans le vide, pour Nathan, il est impossible de pratiquer la slackline en solitaire. “Parfois, la difficulté est plus dans l’installation que dans la traversée elle-même. La traversée n’est en fait que le dernier pas d’une ligne, c’est l’aboutissement, la concrétisation d’un projet.” Et des projets, Nathan en a à la pelle. Il les prépare souvent juste au-dessus de chez lui, au Col de la Colombière ou au-dessus du petit Lac du Carmel du Reposoir. Aujourd’hui, un peu détaché de la course aux records, il aimerait d’ailleurs se concentrer sur le territoire qui l’entoure : une idée de film avec son frère, “on part de la maison et on y revient sans voiture, pour montrer à quel point c’est beau autour, qu’on peut faire beaucoup de choses, parapente, escalade, cascades de glace…” ; une envie de traversées en haute montagne, entre le Refuge du Goûter et l’Aiguille de Bionnassay pour commencer, “un de mes rêves” ; un désir de beau, de sens avec le chorégraphe Rachid Ouramdane, du centre chorégraphique national de Grenoble, “il me fait entrer dans un autre univers, une bulle différente”. Et ça tombe bien, car Nathan, habitué aux horizons dégagés, déteste les milieux fermés. “Il y a quelques années, je faisais tous les festivals de slackline, j’étais censé représenter une communauté, car j’étais très médiatisé. Les gens avaient donc des attentes, mais j’aime les casser. C’est une question d’équilibre : en slackline, on va d’un point A à un point B, on relie des choses différentes, on crée des connections.”

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Glacier d‘Argentières ©Thomas Savarin

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
La vallée blanche à Chamonix, très simple d’accès depuis l’Aiguille du Midi, on à l’impression d’être sur une autre planète.
… buller ?
La piscine du Grand Bornand en souvenir de mon adolescence.
… se dépenser ?
La pointe Percée, une belle balade avec du dénivelé et de la technicité en grimpe l’été, en ski l’hiver.
… faire la fête ?
Le Bobby Bar à Scionzier, une ambiance toujours au rendez-vous et des pizzas délicieuses.
… manger ?
Le Rond de Carotte, un petit restaurant étonnant à Saint-Gervais découvert récemment.
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Le petit Bargy, j’y vais régulièrement à pied pour y décoller en parapente, c’est mon petit paradis à deux pas de la maison.

Les Bear’s Towers

Les Bear’s Towers

CHACUN SA TOUR

UN OURS, TROIS TOURS ET DES RIFFS QUI SONNENT ET VOILÀ BEAR’S TOWERS QUI SORT DE SA GROTTE. A 25 ANS TOUT MOUILLÉS, AVEC LEUR NOUVEAU SINGLE VERTIGO, LES 4 COMPÈRES CLUSIENS MIXENT FOLK, HUMOUR ET POP MAINSTREAM POUR UN DERNIER OPUS, TOUT DANS LE MÉLO.

Nathan, Tommy, Aurélien et Olivier, c’est avant tout une histoire de potes de collège et des 400 coups. Alors qu’ils traînent leur swag au skate park du coin, ils grattent quelques accords, juste pour le fun. Les garages tremblent et la musique se donne, à l’inattendu, ils foulent leurs premières scènes et les débuts cartonnent. En 2016, un label les repère et les signe, leur album Never Alone détonne, plutôt bien joué !
Il faut dire qu’ils ont ce petit quelque chose qui les distingue des autres, l’alliance d’une emotional voice et d’un côté rock bon enfant très assumé, signature d’une musique à fleur de peau. Ouvrez vos écoutilles, ça déchenille.

Activmag : Pourquoi Bear’s Towers ?
Aurélien :
Au départ on était 3. Tommy, Nathan et moi. Je suis un peu trapu, avec de la barbe, eux sont jumeaux ! On trouvait que ce nom sonnait bien et sur scène, l’ours entouré des deux tours, c’était cool. Quelques mois après, Olivier nous a rejoints, on s’est dit, une 3e tour ? Pourquoi pas.

Qu’est-ce qui vous démarque ?
L’authenticité de nos liens, l’alchimie qui fait qu’en concert, on s’éclate ! Parfois les gens nous disent qu’il est est rare de voir des musiciens avec une telle complicité. On se marre, on se charrie, on reste nature et on ne cherche pas à composer autre chose que de la musique.

Et de quoi vous inspirez-vous ?
De plein de choses ! Du rap, de l’électro, du jazz aussi. L’éclectisme est un mot qui nous correspond plutôt bien. On n’a aucune limite dans l’inspiration musicale et depuis le départ. Mais on avait besoin d’expériences pour pouvoir aller au bout de l’idée. Aujourd’hui, les compos ont pris toutes les influences de chacun, et c’est ce qui fait notre force.

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Et il n’y a aucune rivalité entre vous ?
C’est une aventure de vie à 4, où chacun a sa place et son mot à dire. Personne ne bride personne et il n’y aucune dictature, malgré la posture du guitariste qui crée toujours un peu l’émeute !

Il paraît que les groupes 100 % masculin sont pires que les filles pourtant…
On se crêpe le chignon encore mieux ! Mais ça renforce ! La priorité, c’est notre musique et c’est ce qui nous met au diapason. On sait qu’il ne faut pas que ça éclate trop sous peine de nuisances sonores et ce serait bien dommage. On est une famille, comme 4 frères, ce n’est pas facile de gérer l’émotionnel, mais on rebondit toujours !

C’est rare d’entendre parler les hommes de sensibilité et d’émotionnel, c’est votre côté féminin ? Ça tombe bien, on est très féministe, on est un peu des femmes entre nous (rires) ! Mais c’est fou quand même ce truc qui fait que les hommes doivent être virils sans assumer leurs émotions, comme si c’était une faiblesse de ressentir quelque chose. Nous, on joue beaucoup dessus, sur les choses qui nous touchent. Le monde se porterait un peu mieux si on laissait un peu plus de place à l’émotionnel. C’est juste beau quelqu’un qui pleure !

C’est un des messages que vous véhiculez ?
Disons qu’on a cette chance de pouvoir s’exprimer à travers la musique et l’avantage d’être d’accord sur beaucoup d’idées. Les inégalités, les questions existentielles, comme celles de l’état d’urgence qu’on aborde dans Bells (extrait du dernier EP Prism). On préfère parler à travers nos sets, qu’en manifestant dans la rue. On touche les gens, mais à notre façon. Par contre, on n’aime pas les choses hyper engagées. Le but n’est pas de faire la morale, mais de partager une vision. Hors de question de nous coller une étiquette, le plaisir avant tout !

d’infos : http://bearstowers.com

© Romain Lohezic

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