Les sœurs Berthollet au diapaZon

Les sœurs Berthollet au diapaZon

CORDES SENSIBLES

ON LES A SOUVENT PRISES POUR DES JUMELLES. CAR SI QUELQUES MOIS SÉPARENT JULIE ET CAMILLE BERTHOLLET, LEUR PASSION COMMUNE POUR LA MUSIQUE – ET LA GÉNÉTIQUE ! – LEUR DONNE DES TRAITS COMMUNS. HYPER CONNECTÉES, LOOKÉES, ENGAGÉES…
ELLES EN PARTAGENT ÉVIDEMMENT BEAUCOUP AUSSI AVEC LES JEUNES DE LEUR GÉNÉRATION, LES Z.

A l’âge où la grande majorité des enfants mettent tout leur talent dans les châteaux de sable et la peinture à doigts, Julie et Camille Berthollet, elles, tombaient amoureuse d’Antonio Vivaldi. A 3 ans, donc, Julie, l’aînée, réclame un violon -réclame, oui, oui- que ses parents lui procurent, en même temps qu’un professeur acceptant de satisfaire une envie si précoce. Bis repetita quelques mois plus tard, puisque Camille, sa cadette, avoue en pincer aussi pour les cordes. Des bords du lac d’Annecy où elles font leurs premières gammes, jusqu’à Genève, Zürich ou Bruxelles, les deux sœurs font donc de la musique leur voie, excellant non seulement au violon, mais aussi au violoncelle ou au piano.
Très tôt, elles donnent leurs premiers concerts, se produisent pour des oreilles expertes. Mais c’est en 2014 que le grand public les découvre, quand Camille remporte le concours musical télévisé Prodiges, sur France 2. Repérée par Warner Music, elle enregistre un 1er album dans la foulée, disque d’or au bout de quelques mois, avec, en Special Guest Star, Gauthier Capuçon et… Julie, évidemment. Elles partageront ensuite la couverture des quatre albums suivants, dont “Nos Quatre Saisons”, sorti début 2020. Elles y retrouvent Vivaldi, “son énergie, ses couleurs, ses émotions” qu’elles vivifient en prenant la liberté d’accélérer parfois les tempos ou celle d’enregistrer les morceaux originaux qu’il leur a inspirés : des versions “pop” en collaboration avec Joyce Jonathan, l’artiste toulousain Foé ou encore Ycare, sur lesquelles elles passent d’un instrument à l’autre sans souci. Connectées par le sang et par la passion, Camille et Julie, 21 et 22 ans aujourd’hui, ont un parcours singulier, c’est vrai, mais un petit tour sur Insta suffit à voir que ces deux jeunes femmes, accros au shopping et aux belles robes, fans du dernier album de Pomme et d’Orelsan, sont aussi bien dans leurs baskets que dans leur génération.

Activmag : On pourrait imaginer que, comme c’est le cas pour un sportif de haut niveau, des musiciennes virtuoses vivent un peu en dehors des préoccupations des jeunes gens de leur âge. C’est le cas ?
Camille : en partie, oui, on ne peut pas mentir. Même nos profs comparent ça à du sport, parce qu’on doit avoir une hygiène de vie, manger correctement, avoir nos heures de sommeil, pour que nos muscles soient en forme -parce qu’on peut aussi se faire mal aux muscles, on utilise toujours les mêmes, donc il faut faire super attention-. On est obligées d’avoir une discipline, de travailler un certain nombre d’heures par jour depuis qu’on est petites. Chaque année, nos parents nous proposaient de faire autre chose si on le souhaitait, mais c’est notre choix. Et on voyage pas mal, donc c’est une organisation et une rigueur pour beaucoup de choses, mais ça devient notre quotidien, notre routine, donc on ne s’en rend plus forcément compte. Et puis ça aide aussi, ça permet d’être structurées, en tout cas, moi, j’adore quand les choses sont bien organisées, donc ça me va bien ! Ça n’empêche pas d’avoir aussi une vie privée et sociale remplie, parce que c’est ça qui nous nourrit, mais forcément, on ne peut pas sortir en boîte tout le temps -enfin moi je n’aime pas ça de toute façon!-, mais on ne peut pas aller boire un verre tous les soirs, toutes les semaines. On choisit des moments. C’est un bon équilibre, ça marche comme ça. Mais oui, c’est sûr qu’on ne va pas avoir la même vie que quelqu’un qui a un boulot, et qui est peut-être plus libre pour ses loisirs, mais on a beaucoup de chance de voyager et de pouvoir se faire plein d’autres expériences.
Julie : Mais en termes de préoccupations, moi, j’ai totalement l’impression de faire partie de cette génération, par rapport à l’écologie, la lutte pour l’égalité dans tous les domaines. Et ce qui est assez beau, je trouve, c’est qu’il y a quand même un grand rassemblement autour de ces causes, avec assez peu de divergences.

blank

On dit de votre génération qu’elle est hyper connectée ? Est-ce que vous l’êtes ?
Julie
: On l’est par choix, et par nécessité, et aussi un peu par confort, par addiction. On passe beaucoup de temps sur notre téléphone pour le travail. Mais c’est le même outil qui va nous permettre de nous relier personnellement à nos familles et à nos amis quand on est loin, et de répondre à toutes les sollicitations extérieures, les concerts, les enregistrements et toute la logistique, qui prend beaucoup plus de temps que ce qu’on pourrait penser dans notre métier de musicien. Après, on passe aussi pas mal de temps dessus pour décompresser. Ainsi, quand on est dans les transports, on regarde pas mal de vidéos.
Camille : Mais on essaie quand même de faire attention à ne pas être trop scotchées. Toutes les heures qu’on passe avec nos instruments, on n’est pas dessus, et on essaie, quand on retrouve des amis, de ne pas prendre nos téléphones, parce qu’on voit beaucoup de personnes de notre génération et même de celle de nos parents, qui ne les lâchent pas, même dans les restos. Je trouve ça dingue de voir deux personnes à table, chacune sur son téléphone !
Julie : C’est vrai, et quand on y réfléchit, je ne crois pas que notre génération soit plus accro que les précédentes, c’est juste qu’on ne fait pas les mêmes choses dessus. J’ai l’impression que dans les transports, dans la vie de tous les jours ou dans l’espace public, la consommation de la technologie est relativement similaire quelle que soit la génération.

La génération Z est traversée par des préoccupations environnementales. Et vous ? Quels sont vos gestes dans le quotidien ? Vos engagements ?
Julie : Le problème, c’est que plus je m’engage, plus je vois mes contradictions, toutes les choses que je fais et qui ne vont pas dans ce sens-là. Mais on a grandi toutes les deux à la campagne, on a mangé les fruits et les légumes du jardin, Maman a toujours acheté bio. Quand on était petites, on mangeait déjà très peu de viande, et moi je n’en mange plus du tout parce que je suis végane. Quand on voyage, dans ma valise, je mets toujours un sac en tissu vide pour éviter de devoir consommer des sacs plastiques. Mais à l’étranger, souvent, quand on a faim, et qu’on voit que les seuls fruits disponibles sont prédécoupés dans des emballages plastiques, avec des étiquettes, des codes-barres et qu’après on rajoute encore des couverts en plastiques qui sont emballés dans du plastique, et re-dans un sac plastique… Plus on fait attention, plus on réalise qu’il y a des choses vraiment, vraiment absurdes ! On essaie aussi toujours de privilégier les transports en commun. Quand on est à Paris, on circule en métro, ou à pied, pas en vélib’, parce qu’avec nos instruments, on ne peut pas, si on tombe…
Camille : Et quand on doit aller loin pour des concerts, dans d’autres pays ou sur d’autres continents, on prend l’avion parce qu’on n’a pas le choix, mais pour tout le reste, en France et en Europe, il y a quand même pas mal de trains, de Thalys, qui vont tout aussi vite, alors on essaie vraiment de voyager en transports plus écologiques.
Julie : C’est la politique du moindre mal. Je n’irais certainement pas jusqu’à dire qu’on fait du bien à la planète, mais on essaie de limiter la casse.

Ce sont des engagements qui vous tiennent à cœur et du coup, est-ce que vous vous sentez concernées par la politique ?
Julie : Ça devrait être lié, mais ça ne l’est clairement pas assez. J’ai souvent du mal à regarder les débats politiques ou à suivre l’actualité, parce que j’ai l’impression que l’écologie est toujours reléguée au dernier plan dans les programmes.
Camille : Ou alors quand ils s’engagent, les actes après ne sont pas concrétisés, ou c’est minime et ça ne sert strictement à rien. Il faudrait des changements bien plus grands, et maintenant! Pas dans 10 ans ou dans 15 ans… Il y a des décisions énormes qui sont prises contre l’écologie, comme d’importer encore plus de viande d’Amérique… Si au-dessus, ils ne prennent pas des décisions correctes, ça n’ira jamais. Au final, nous, on aide, mais on est tout petits par rapport à l’immensité des industries. Il faut que ça vienne de plus haut, sinon on fait un peu tout ça dans le vide.

blank

Vous avez récemment dénoncé les agressions sexuelles dans le monde de la musique classique, est-ce que vous pensez que les relations hommes-femmes sont plus compliquées pour votre génération ?
Julie : Je pense que c’est un problème qui est très, très, très vieux. Comme beaucoup de problèmes, quand on les dénonce, ce n’est pas parce qu’ils viennent d’arriver ou d’être créés, c’est simplement qu’il y a une peut-être une accélération de la communication, que les choses peuvent bouger un peu plus vite avec les réseaux sociaux et que la parole se libère, ce qui est une très bonne chose, dans tous les domaines d’ailleurs.
Camille : En ce qui concerne les relations hommes-femmes, on a déjà beaucoup plus de chance que les générations d’avant, je trouve, ça s’équilibre de plus en plus.
Julie : Même s’il y a encore beaucoup de travail! Par exemple, en France, je crois que seulement 4 % des chefs d’orchestre sont des femmes, et on sait qu’il y a toujours près de 19 % d’écart salarial entre hommes et femmes pour le même travail. Donc au niveau de l’égalité, il y a encore beaucoup de chemin à faire! Mais on essaie de partager l’information et de faire en sorte que la génération suivante puisse vivre dans un monde un peu plus égal et plus sûr pour tout le monde.

Nous, nous sommes la génération X, je pense que c’est la génération de vos parents aussi, avez-vous des choses à nous reprocher, des messages à nous faire passer ?
Julie : Je ne suis vraiment pas sûre que reprocher puisse faire avancer quoi que ce soit, et dans deux générations, on nous reprochera des choses aussi, à nous, les Z. Ce qu’il faut voir, c’est ce que chaque génération peut apporter pour améliorer la situation. Et il y a beaucoup de choses à faire: essayer de réduire la consommation, les importations, acheter plus local, se renseigner sur ce qu’on achète, essayer de ne pas fermer les yeux et dire: «je ne savais pas», mais au contraire, aller faire l’effort de se renseigner. Et ça, je pense que toutes les générations peuvent chercher.
Camille : La seule chose qui est importante, c’est de ne pas se dire: «c’est les jeunes qui vont s’en occuper», mais «maintenant on le fait!». C’est important d’en parler et de tous, nous mobiliser, peu importent les âges et les générations. Ce sont les personnes qui sont ici, aujourd’hui, dans ce monde, qui doivent essayer de tout faire pour aider.

Photos : Simon Fowler

+ d’infos : http://camilleetjulieberthollet.com
Prochains concerts dans la région:
09/12/20 Villefontaine (38) – Théâtre
21/01/21 Caluire-et-Cuire (69) – Le Radiant – 11/03/21 Annecy – Arcadium

les Z & les médias

les Z & les médias

FLASH INFO !

FILS D’ACTU CONTINUE, NOTIFICATIONS EN RAFALE ET SURENCHÈRE DE VÉRITÉS MOYENNEMENT VÉRIFIÉES… LES Z SONT PLUS BOMBARDÉS D’INFOS QUE NE L’ONT JAMAIS ÉTÉ LES GÉNÉRATIONS PRÉCÉDENTES. AVEC, POUR EFFET PERVERS, UNE DÉFIANCE CROISSANTE ENVERS LES MÉDIAS. ON REMET LES CHOSES À PLAT ?

Dans la famille Todesco, je demande le père, Emmanuel, 51 ans, directeur des services techniques d’une commune du nord de la Haute-Savoie. Abonné à la presse régionale, “pour se tenir au courant des prises de décisions locales”, il l’est aussi à la version numérique du Monde, écoute quotidiennement la radio et se branche tous les matins sur BFM TV. Emmanuel aime se tenir informé, et c’est avec lui que Romuald, son aîné de 21 ans, regarde parfois le JT le soir. Lui n’est pas accro aux infos. “Je réagis aux titres aguicheurs de Brut ou autres, quand ils apparaissent dans mon fil Snapchat, je regarde ce que les gens commentent, mais il y a de plus en plus de fake news sur les réseaux et on ne fait pas forcément la différence. J’ai tendance à croire ce qui me semble logique, et ce que je vois ensuite à la télé… Mais, même si je sais qu’il est important de se tenir au courant, je fais très bien ma vie sans, on est tellement abruti par les infos que je n’ai plus envie de les regarder.

TROP D’INFOS TUE L’INFO

Alors ? X» sur-informés et «Z» désintéressés ? Ne nous fions pas aux apparences : d’après une étude de l’Observatoire du Webjournalisme, publiée en 2017, 89% des 18-24 ans estiment essentiel ou assez important d’être au courant de l’actualité du monde. Mais baignée dans un flot permanent d’informations, la génération née en même temps que Google a du mal à faire le tri. “Elle a tendance non seulement à s’informer prioritairement sur les réseaux sociaux (74% des 18-24 ans, dans la même étude)”, décortique l’anthropologue Elisabeth Soulié, “mais aussi à donner spontanément plus de crédits à des médias comme Twitter et Facebook qui réagissent aux évènements du monde ou simplement les relaient et donnent une information attractive ou insolite, plus qu’à des médias traditionnels qui proposent des informations plus sérieuses et font un travail de fond, en tentant de recouper et d’analyser les sources, avant de restituer l’information1.
Ce n’est pas le cas de Margaux. Il y a quelques mois, cette étudiante à HEC Paris, aux racines annéciennes et à l’ancrage chamoniard, a réalisé qu’elle restait en surface de l’info. “C’est une prise de conscience à avoir, un effort à faire, de lire un article en entier, et pas juste la notification. On en discute pas mal avec mes amis, et on a des opinions très divergentes : je pense que c’est bien de s’informer sur différents médias, pour une question de fiabilité et d’ouverture d’esprit ; eux lisent les articles sur Facebook et les commentaires, prennent l’avis de M. et Mme tout le monde.

blank

RETOUR AUX SOURCES ?

Comme métier, Margaux voulait faire «Claire Chazal» quand elle était petite. Elle a donc une certaine sensibilité au sujet. Mais même parmi les jeunes qui ont choisi de faire de l’actualité leur profession, le recul n’est pas toujours inné. “Nous, on allait chercher les infos dans des canaux stables et identifiés, dont la déontologie et l’éthique étaient portés par une rédaction”, explique Julie Joly, 46 ans, ancienne journaliste pour l’Express, directrice de l’école W à Paris, qui propose notamment une préparation aux concours des écoles de journalisme. “Mais aujourd’hui, tout le monde peut être témoin de quelque chose, le filmer et le partager. Info ou intox, nos étudiants le prennent au même niveau, ils n’ont pas d’esprit critique, c’est ce qu’on essaie de travailler, ainsi que leur curiosité. Parce que le fait qu’ils n’achètent pas les journaux et ne regardent pas les JT ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bien informés, ils suivent d’autres canaux, mais ils ne sont plus soumis à des séquences «complètes» d’information, au-delà de leurs centres d’intérêt. Leur champ de sujets d’infos se réduit à leurs goûts personnels, en fonction de leur communauté ou leurs engagements, à des choses qu’ils partagent ou qu’on leur suggère.

CONTE DE FAITS

Pour ramener ces Z submergés et égarés dans le droit chemin de l’info vérifiée, ou même tout simplement les y intéresser, peut-être faut-il donc repenser la manière de raconter l’information ? En 2015, Hugo Travers a 17 ans quand il lance sa chaîne YouTube «Hugo Décrypte», un média qui se veut ouvert aux jeunes et informatif avec «un traitement journalistique de l’actualité» dans de courtes vidéos. Montage cut, infographies, musique, le format plaît: 5 ans plus tard, ce drôle de Z approche doucement le million d’abonnés, il a interviewé Emmanuel Macron en tête à tête, et s’est retrouvé face à Marine Le Pen dans l’émission politique de France Télévisions. Encore une fois, quand les Z parlent aux Z, ça marche. “Je suis convaincue que c’est aux journalistes de réinventer le traitement de l’actualité”, conclut Juliette Joly. “Il faut creuser de nouvelles formes d’écriture, en série, avec des infographies, des insertions sonores… remettre le réel au centre du récit, et c’est au cœur de ce qu’on fait à l’école W. Parce qu’on ne peut pas laisser au divertissement et aux fake news la propriété de la créativité en termes de récit. Bien maîtriser la narration n’est pas réservé aux bateleurs et aux vendeurs de soupe !

1 « La génération Z aux rayons X » Elisabeth Soulié – Ed. du Cerf – 2020

le Z au boulot : l’adapter ou s’adapter ?

le Z au boulot : l’adapter ou s’adapter ?

DRH vs Génération Z

POUR NOS DRH QUADRAGÉNAIRES, QUINQUAGÉNAIRES, SEXAGÉNAIRES, LE CHOC DES GÉNÉRATIONS S’ILLUSTRE AVANT TOUT AU TRAVAIL…

Avant d’être nos aînés, ces derniers ont été (si si !) de jeunes responsables du personnel ayant connu l’adoption, sinon les prémisses, en 1973, de la première Loi encadrant le licenciement. Autant dire qu’à l’époque, l’appréciation de la cause réelle et sérieuse de la rupture du contrat de travail était sommaire, et les décisions diamétralement opposées à celles qui constituent aujourd’hui la jurisprudence, riche et protectrice, des droits de nos salariés. Qui pourrait penser, en 2020, que le vol, par un personnel de réfectoire, d’un morceau de fromage justifierait un licenciement pour faute grave ?
Bien loin de cette préhistoire du droit du travail, le DRH des années 2020, lui-même potentiellement né durant cette ère préhistorique (du droit social, bien sûr !), se doit de comprendre les évolutions digitales des outils numériques utilisés par l’entreprise et ses salariés, et s’adapter à l’évolution, tout aussi fulgurante, des mentalités des plus jeunes générations : génération X (née entre 1965 et 1980), génération Y (entre 1980 et 1995) et génération Z (celle qui voit le jour après 1995).

DU PERSO AU BOULOT

Dans l’ordre des bouleversements juridiques, la perpétuelle transformation digitale, accélérée avec l’apparition des messageries électroniques dans les années 1990, a conduit la Cour de cassation à préciser, au début des années 2000, le principe du respect de la vie personnelle au travail. « On croit rêver » marmonneront les vieux de la vieille… Au milieu de cette décennie, le DRH a dû ainsi se mettre au diapason des règles concernant l’utilisation des outils informatiques toujours plus innovants, lesquels peuvent conduire – volontairement ou pas – au contrôle de l’activité des salariés, ainsi qu’à l’utilisation de leurs données personnelles (badgeage, relevés de géo-localisation…). Le législateur et la Cour de cassation ont de nouveau édicté des règles strictes de mise en œuvre et d’utilisation de ces outils dans l’intérêt des salariés (déclaration CNIL, information des représentants du personnel…, et plus récemment RGPD).
Toujours au milieu des années 2000, les réseaux sociaux ont appris aux moins jeunes DRH, les dérives éventuelles de salariés qu’ils devaient contrôler sur ces vecteurs de communication, tout en respectant le droit au respect des correspondances privées.

LE BOULOT, UN MOYEN, PAS UNE FIN !

Enfin, cela serait trop simple si, en plus de leur adaptation à l’évolution des technologies, le DRH ne devait pas s’adapter également à l’évolution des aspirations des jeunes générations X, Y, puis Z… lesquelles affirment sans complexe vouloir travailler pour vivre et non vivre pour travailler. Et les vieux de la vieille de s’étouffer !
En effet, pour toutes ces générations de dirigeants et de collaborateurs, l’informatique, internet et la communication font maintenant partie intégrante de leur ADN…
Si les DRH peuvent les remercier de les pousser à une mise à jour permanente, en revanche, ils ne concèderont jamais que dans les rapports humains, les vieux de la vieille savent tout de même bien tirer leur épingle du jeu ou, si vous préférez, « le spam de la corbeille » !


les Z & la banque

les Z & la banque

questions de fonds

SANS CASH, VOIRE SANS CB, MAIS PAS SANS BESOINS, SI LES DIGITAL NATIVES N’EN SONT PAS ENCORE AU POINT DE SE PASSER DE COMPTE, ILS QUESTIONNENT FORTEMENT LE RAPPORT CLIENT-GUICHETIER. ALORS LES Z ET LEUR BANQUE, FLOUZE ARTISTIQUE ? AVIS D’EXPERTS.

C’est une génération qui est dans le rejet des normes sociétales que les baby-boomers ont mises en place et que nous, les X, avons suivies aveuglément. Et remettre en cause le monde bancaire, c’est remettre en cause cette époque”, résume Julien Jammet, 44 ans et gérant de fortune à Genève. Et ça commence par le lieu lui-même, dans lequel les Z traînent rarement leurs baskets. “On va dans une banque pour deux raisons : soit pour déposer de l’argent, or, ils n’ont pas de cash ou très peu, peuvent faire verser leur salaire sur des banques en ligne et pourront bientôt le faire sur Apple, Google ou Amazon ; soit pour négocier un crédit. Les gens de ma génération, par exemple, avaient, pour beaucoup, l’objectif d’acheter un bien immobilier, mais aujourd’hui, les jeunes n’ont pas accès à la propriété, ou ils attendent l’aide de leurs parents, ils préfèrent donc voyager, sont plus dans le moment présent.

ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION

Peu adeptes du guichet, dans leur monde dématérialisé, la base, c’est évidemment le digital. Les Z veulent quelque chose de facile, intuitif et qui peut leur rapporter. “Quel que soit l’achat que vous faites, la banque récolte des données et les redonne à plusieurs partenaires qui les ana- lysent. Cette génération le sait, alors elle veut en récupérer le maximum, c’est donnant-donnant ! Beaucoup ont donc plusieurs banques, et 4 ou 5 cartes bancaires différentes. Alors le seul moyen de les fidéliser, c’est avec tous les services à côté : réductions auprès des magasins, salles de sport ou opérateurs de téléphonie…

blank

BLÉ ÉQUITABLE

Et quand leur portefeuille se remplit, leur conscience les rattrape. “On sent déjà des changements, avec certaines exigences en termes d’investissements socialement responsables et pour plus de green. Pour l’imposer, il y a deux moyens d’agir : soit vous squeezez les banques et passez par le financement participatif, soit vous faites pression sur votre banque ou votre gestionnaire de fortune pour dire : «on ne veut plus de ça».” “Globalement, ils ont une vraie volonté de comprendre ce qu’ils consomment”, complète Pierre-Marie Muron, responsable du service Marketing du Crédit Agricole des Savoie. “Ils s’intéressent aux services financiers, veulent qu’on arrive à leur parler simplement de nos métiers. Avant, avec les autres générations, nous étions plus dans un mode d’expression d’expert. Là, il faut être sur un pied d’égalité, avec plus de liberté dans le ton.

COMPOSEZ VOTRE CODE

Nouveaux modes de communication, mais aussi avantages extra-bancaires et bons plans, offres axées sur les frais internationaux, applis de cagnotte de partage, ou encore appels de fonds en local pour jouer sur le terrain du financement participatif… Afin de ne pas passer à côté de cette clientèle volatile et multi-équipée, les banques traditionnelles se remettent donc en question. “Il faut s’adapter, alors qu’on vient d’un monde statutaire, vertical et un peu austère, mais on a de la chance d’avoir des collaborateurs très jeunes au CA, notamment parmi les conseillers de vente, qui connaissent donc déjà ces codes et ont des idées pour communiquer autrement, parce que ça bouge sans arrêt et très vite !”.
A tel point que des Z eux-mêmes commencent à tirer les cordons de la bourse. Dernièrement, plusieurs «néobanques», comme Kard, Xaalys ou Pixpay, se sont positionnées sur des produits spécifiquement dédiés aux jeunes adultes. En 2019, l’équipe de Vybe, 25 ans d’âge moyen, a même lancé son offre de cartes bancaires pour les 12-18 ans, les «Baby Z». “Nous ne nous sentions pas du tout visés par les banques qui s’adressaient aux jeunes, nous avions l’impression que c’étaient nos parents qui disaient «Salut les djeunes !»” explique dans la presse Vincent Jouanne le fondateur de la start-up*. Communication sur Insta, services gratuits, réductions à la FNAC, Deliveroo, Burger King ou UGC, quand les Z parlent aux Z, ça marche: avant de lancer sa carte bancaire début septembre, cette appli pour une banque «cool, mais pas que» avait déjà enregistré plus de 170 000 précommandes. L’air de rien, ça pèZe…

* « Vybe, une nouvelle néobanque qui veut capter la génération Z » – Deborah Loye – Le Temps – 24/01/2020

les Z & la spiritualité

les Z & la spiritualité

IL ETAIT UNE FOI

FOI RELIGIEUSE OU SIMPLE QUÊTE DE SENS, COMMENT LES Z ET LEURS PAIRS, EN L’OCCURRENCE PÈRE ET MÈRE, DÉFINISSENT-ILS LA SPIRITUALITÉ ? LEUR CONCEPTION EST-ELLE UN HÉRITAGE FAMILIAL ? «CREUSAGE» DE MÉNINGES AVEC CHIARA ET SA MÈRE ALEXANDRA.

Janvier 2019, Panama, 700 000 jeunes participent aux 34es Journées mondiales de la jeunesse organisées par l’Eglise catholique. Moyenne d’âge des Français présents : 25 ans. A l’heure où les statistiques se mélangent les pinceaux quant au degré d’attachement à la religion des jeunes, ce grand rassemblement sème le doute.
Eh oui ! Parce que selon Populus pour la Varkey Foundation, moins de la moitié des 16-22 ans (42 %), déclare que la foi est importante dans leur vie, alors que d’après OpinionWay pour La Croix, les 18-30 ans seraient de plus en plus religieux, et davantage que leurs aînés (53 % s’identifient à une religion en 2016 contre 34 % en 2008).

ÇA SENT LE P’ATHÉE !

D’autres recherches sont à l’opposé de cette vision optimiste. Elles pensent qu’il y a de bonnes raisons de croire que la génération Z “sera la plus agnostique que le monde ait jamais connu depuis l’époque médiévale”, peut-on lire sur le site américain The Truth Source. Ainsi, la proportion des membres de cette génération qui se disent athées serait aujourd’hui le double de celui des adultes. “Plus que toute autre génération avant eux, la génération Z n’affirme aucune identité religieuse”, explique le groupe de recherche Barna. “Ils peuvent être attirés par des choses spirituelles, mais avec un point de départ très différent des générations précédentes, dont beaucoup ont reçu une éducation chrétienne.” Pour la première fois au Royaume-Uni, 53% des personnes se décrivaient comme n’ayant «aucune religion», dans une enquête menée en 2016 par le Centre national de recherche sociale. Parmi les personnes âgées de 18 à 25 ans, la proportion était de 71%. Et il en va de même dans une bonne partie de l’Europe. Ainsi, d’après une étude menée par l’Institut Catholique de Paris et de la St. Mary’s University de Twickenham à Londres, sur les jeunes et leur rapport avec la religion dans 21pays européens (entre 2014 et 2016), une majorité des 16-29 ans déclare n’avoir aucune affiliation religieuse. En République Tchèque, ils sont même neuf jeunes adultes sur dix à indiquer n’être affiliés à aucune confession ou religion, en Estonie ils sont 80% dans ce cas, en Suède 75%, au Pays Bas (72%) et en France 64%. A l’opposé, les plus religieux sont les jeunes Polonais (17% seulement se déclarent sans affiliation confessionnelle), suivis des Lituaniens (25% religieusement non affiliés).
Des chiffres représentant un «défi permanent aux églises» dans «un monde sceptique et pluriel» reconnaît-on du côté des religieux.
Histoire de bien embrouiller tout le monde, ajoutons aux chiffres le succès du phénomène des néo-guérisseurs de la génération Z -dont les aficionados écoutent «laïquement» les paroles d’Allie Michelle, influenceuse de son état- qui, à travers des pratiques physiques et spirituelles (yoga sur la plage, retraite dans la jungle, escapade dans le désert, écriture philosophique, poésie…) veulent «soigner le corps et l’âme par des méthodes naturelles». Ah… spiritualité quand tu nous tiens…

Alexandra, 46 ans
Chiara, 21 ans

AVEC OU SANS FOI ?

Alors question ! Pour nos petits rats de laboratoire : la spiritualité est-elle religieuse ? “Quand je pense à la spiritualité, je vois quelque chose de calme, de zen. Une bulle dans laquelle on se met, pour méditer ou pour réfléchir à plein de choses, mais pas au quotidien”, répond Chiara, 21 ans, assistante logistique dans l’industrie sur le bassin annécien. Un état d’esprit que partage sa mère, Alexandra, 46 ans, dans le marketing, et pour qui «spiritualité» rime plutôt avec Dalaï-lama “et ces personnes auxquelles je me raccroche pour penser, être, me guider”. Bref «une connexion à l’esprit» qui leur donne une “autre approche de la vie, des choses, des gens”, même si comme beaucoup, il leur arrive d’emprunter à la religion quelques-uns de ses héritages (mariage et enterrement à l’église…).
Mais encore ? “Ce sont des petites croyances, en quelqu’un, en quelque chose d’immatériel ; des petits signes qui font mon fil conducteur de la journée”, précise Alexandra. Et sa fille de compléter : “Une présence… Quelqu’un qui nous a quitté, les anges ou notre bonne étoile, qui nous envoient des messages.” Ah oui, autre statistique : la croyance en une vie après la mort au- rait progressé depuis les années 1980 chez les 18-29 ans (de 37,5 % en 1981 à 42,5 % en 2008, Cairn info).

DIRECTION LE BONHEUR

Messages, présence, guide… “on ne serait donc pas tout seul -sans être illuminées ni croire aux extraterrestres” prévient Alexandra- et cette présence nous aiderait ? A quoi ? “Il y a des choses qui nous conditionnent, des croyances dont on hérite qui nous empêchent parfois d’avancer. La spiritualité pour moi nous fait réfléchir, nous permet de nous dégager de ces ancrages, nous soulage, nous ouvre l’esprit”. Sa fille va plus loin : “En fait, la spiritualité nous aide à être qui on est vraiment. C’est important pour être plus heureux. Etre en accord avec soi-même pour être en accord avec tout.” “Etre à notre place”, résume Alexandra, “ne pas subir, ne pas être en mode métro-boulot-dodo. Cela dit, il y a des gens qui ne se rendent même pas compte qu’ils ne sont pas eux-mêmes et ils n’ont pas l’air malheureux pour autant !”, “Oui, mais peut-être qu’ils ne sont pas aussi heureux qu’ils pourraient l’être ! Mais ils ne le savent pas”, nuance Chiara. “Oui, ils ne se posent pas de questions”, résume Alexandra, ”ça peut être le prix de la tranquillité !”, “Sans doute leur définition du bonheur !”, philosophe Chiara.
Pour ceux-là, exit donc la prise de risque chère à Chiara. Et quand l’essai ne se transforme pas en succès ? “On apprend toujours de ses échec”, positive Alexandra. Faire ses propres expériences, on y est ! Aujourd’hui, les jeunes préfèreraient la découverte aux modèles déjà construits. A leur âge, leurs aînés voulaient changer les institutions pour en créer d’autres (il y en a même qui se sont battus à coup de pavés !). Aujourd’hui, la génération Z n’en voudrait plus du tout (selon Robert Rochefort, Credoc). D’où un «butinage spirituel». Résumons, la spiritualité serait donc pour certains des croyances et des pratiques qui nous aideraient à trouver l’harmonie. Et pourquoi pas pour remettre ce monde dans le bon sens?

les Z & leur smartphone

les Z & leur smartphone

BALANCE TON PORTABLE !

QU’ILS AIENT LA VINGTAINE OU LE DOUBLE, TOUS POSSÈDENT UN SMARTPHONE, MAIS TOUS NE S’EN SERVENT PAS DE LA MÊME FAÇON. ET LES PLUS LIBRES PAR RAPPORT AUX ÉCRANS NE SONT PAS TOUJOURS CEUX QUE L’ON CROIT…

Les études montrent que les jeunes utilisent, en moyenne, leur téléphone 4 heures par jour*, contre 2 heures en moyenne pour le reste de la population. Et encore, chez certains, ça peut grimper jusqu’à 7 heures, ne vous plaignez pas ! La fréquence peut même atteindre 120 consultations par jour… L’appareil semble littéralement être un prolongement de leur bras. C’est bien simple, vous en avez presque oublié la couleur de leurs yeux.
70% des sondés ont eu leur premier téléphone à 12 ans ou moins. La Génération Z est en effet la première génération à être née et à avoir grandi avec les smartphones (le premier smartphone, l’Ericsson 380 remonte à 2000, le premier Iphone datant de 2007). Mais que font-ils devant leur doudou numérique ? Près de 90% des jeunes sondés déclarent utiliser leur mobile pour passer le temps et se divertir, ou dans une moindre mesure pour se cultiver (46%). Dans les faits, les Z passent du temps principalement à consulter les réseaux sociaux, en moyenne 2 h 55 par jour. Tandis que le nombre de SMS envoyés par jour est en constante diminution depuis quelques années, le nombre d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux est lui en croissance constante. Pour cette cible, Instagram, YouTube, Snapchat et TikTok font figures de favoris, à savoir des applications axées sur la vidéo avant tout. Et, justement, c’est bien là l’autre point incontournable pour les Z sur leur mobile: la vidéo est le sujet qui accapare de plus en plus leur temps sur le mobile, avec plus d’une dizaine d’heures de contenus vidéo visionnés chaque semaine en moyenne.

INSTANTS INSTA

Maureen a 22 ans, elle est organisatrice de concerts et, parallèlement, se forme à la communication culturelle à Lyon. Selon elle, elle passerait 2 heures devant son téléphone par jour, principalement sur Instagram : “je m’en sers pour découvrir ou faire découvrir de nouveaux artistes, partager des infos et des causes qui me tiennent à cœur. Pas pour parler de moi”. Pour les Z, Instagram ferait davantage office d’outil professionnel que leurs aînés. Et pour monter un évènement, Maureen règle les détails par messages privés. “C’est plus pratique : mes contacts sont sur Insta, pas d’adresses mail à pister”. Par ce canal, ses correspondants se montrent «plus réactifs, moins rigides». Quant aux stories sur Insta, elles assurent la promotion d’un titre, d’une soirée. Et la jeune femme d’ajouter : “Instagram me sert aussi de book, pour présenter mon travail”. Idem pour, Ninon, chef cuisto de 27 ans, qui photographie et publie ses plats via le même réseau social, étoffant sans cesse son «CV» illustré. Sans mélanger les genres. La jeune femme possède un compte pro public et un autre privé où elle diffuse des «histoires» sur sa vie quotidienne “pour mes vrais amis, ma famille”. Au final, elle dit traîner peu sur son téléphone, bien que n’ayant pas d’ordinateur. Elle préfère cuisiner pour ses amis souvent réunis autour d’elle, tout en avouant craquer sur les vidéos de chats et les achats en ligne. Mais ne lui parlez pas mail: “Il y en a toujours plus ! Il faut les supprimer, ça pollue. C’est stressant !”.

blank

IL Y A IMAGE ET IMAGE…

Si Maureen garde de la distance par rapport aux réseaux sociaux, outre son éducation, c’est aussi parce que, dans son entourage, figurent “des adeptes des réseaux sociaux pour les réseaux sociaux : Twitter pour la polémique, Facebook pour le clash, Insta pour les obsédés de la production d’images parfaites, souvent trompeuses pour les autres comme pour soi…” Le besoin de reconnaissance de se prouver qu’on existe, qu’on est en couple, pour elle, c’est toxique. Le sujet revient d’ailleurs souvent entre amis. Antoine, assistant commercial de 28 ans, peine aussi à comprendre un proche de 45 ans, affichant 10 000 abonnés, qui vont passer par la chirurgie esthétique pour booster son audience : “On n’est plus dans l’humain. Il faut constamment nourrir la bête, ça n’a pas de sens…”.
Lui a jalonné une partie de sa vie numérique de garde-fous, malgré les rafales de textos envoyés pendant l’interview… L’absence de messagerie pro sur son smartphone le rendrait plus efficace au bureau.
Bruno, entrepreneur de 47 ans, se situe aux antipodes. Le smartphone lui permet de rester à table jusqu’à 15 heures, il «gère». Une liberté qui réclame une disponibilité de tous les instants, repas, soirées, week-ends et vacances compris. Tout quadra qu’il est, il a sans cesse son téléphone à la main. D’autant qu’à chaque fois qu’il répond à un mail pro, il en profite pour effectuer sa tournée des réseaux sociaux, Twitter, Insta, Linkedin, jeux en ligne (scrabble et belote), Facebook, même s’il «l’a cramé en acceptant trop d’inconnus». La peur de louper quelque chose explique également son état d’alerte quasi constant. Avec l’administratif, il flirte avec 5 heures d’écran par jour, plus haut score de pianotage digital de notre panel.

I JUST CALL TO SAY…

Bruno aime encore appeler les gens, ses contacts pro ou amicaux, “pour tout régler d’un coup”. Chose qu’apprécie nettement moins sa compagne, née dans les années quatre-vingt-dix : parler au téléphone l’agace, “une perte d’énergie”. Claire, graphiste de 43 ans, rejoint sa cadette là-dessus, elle n’appelle plus, mais “par crainte de déranger”. Elle privilégie les textos moins invasifs, qui ne réclament pas de réaction immédiate. “Quant à mes amis, je les vois, pas besoin du télé- phone pour savoir comment ils vont”, tranche la jolie quadra.

blank

QUAND L’ÉCRAN VOIT DOUBLE

Certains sont tellement accros, que leur téléphone semble greffé au poing. Et ce ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Le double écran -portable et télé- semble sévir davantage chez les cheveux grisonnants. Pas étonnant au fond, les Z n’étant plus des consommateurs assidus de programme tv. En revanche, Bruno consulte son smartphone même devant un bon film. Claire écume Pinterest, à la recherche d’images liées à son travail et pas seulement durant la pub. Line, avocate de 48 ans, dégaine son téléphone quand ce qu’elle entend à la télé l’ennuie: réponses aux textos, What’sApp, et mail non traités, achats en ligne, tout y passe. Charles, garagiste quadra, file sur les profils Instagram d’invités d’émissions, pour savoir à qui il a à faire. Quasi tous reconnaissent une faculté de concentration réduite, entre SMS, notifications…

OH ! TU M’ÉCOUTES ?

Pire, le téléphone a surtout empiété sur le temps accordé à la lecture, notamment avant de dormir. Toutefois, les quadras interrogés lisent encore les journaux ou leur version numérique auxquels ils sont abonnés. Maureen, en revanche, refuse de payer pour s’informer : “C’est un fait, l’info on y a accès gratuitement. Je finis toujours par trouver ce qui m’intéresse sur Internet. Même si ça m’oblige à multiplier les sources et donc les points de vue”, ce qu’elle trouve d’ailleurs plus sain. On ne peut pas demander à son téléphone d’être intelligent à sa place… “C’est à chacun de faire son chemin, de trouver ce qui lui convient. A multiplier les canaux…” Elle, elle apprécie l’émission d’info «Quotidien» quand ils sont défricheurs, qui l’amènent à lire James Balmin, pas quand ils radotent ou croient révéler aux jeunes l’existence de personnalités déjà repérées via les réseaux sociaux… C.Q.F.D.

* Selon une étude menée par App Annie, le premier fournisseur mondial de données et d’analyses mobiles sur 2019.

Yannick, Melin, 19 ans – Finaliste Objectif Top Chef 2020

Votre fond d’écran ? Une photo du chanteur Mika, de dos, avec ses Louboutin.
Votre réseau de prédilection ? Insta, pour le côté visuel. Je suis beaucoup de choses en cuisine, des restos, des concours, des chefs, et notamment le Chef Etchebest, depuis que je l’ai rencontré et que j’ai partagé pas mal de choses avec lui.
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? Apple Music! J’écoute de la musique toute la journée, du matin quand je me lève, aux pauses entre les cours.

Edgar Grospiron, 51 ans, Champion olympique et conférencier

Votre fond d’écran? Une photo de famille.
Votre réseau social de prédilection? LinkedIn. Je ne suis pas très réseau, je m’en sers plus pour des raisons professionnelles, pour trouver de nouveaux clients et échanger avec mes prospects.
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? J’ai le droit à 2 ? Masterclass, des professionnels de haut niveau qui partagent leur expérience; et Koober, des résumés de livres, beaucoup sur le développement personnel, liés à des parcours de formation. Je les écoute en voiture ou en faisant du sport, je transforme les temps morts en temps forts !…

Catherine Pacoret, 44 ans, Conseillère régionale

Votre fond d’écran? Une photo de famille. Mes enfants, Paul et Marie, et mon mari Vincent.
Votre réseau social de prédilection? Facebook, sans hésiter! Parce qu’il a une très large audience, qu’on peut toucher des gens qui ont jusqu’à l’âge de nos grands-parents, et ça, ça me plaît en tant que personne publique. Et aussi parce que l’on peut exprimer des choses plus précisément qu’en 140 signes, et illustrer des moments de vie qu’on a envie de partager avec ses amis et les gens qu’on aime.
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? Whatsapp, parce qu’on peut communiquer par communautés, par groupe, et qu’on peut rester en lien et dialoguer avec plusieurs personnes en même temps. C’est un peu le café du commerce numérique !

Perrine Laffont, 22 ans, Championne olympique de ski acrobatique

Votre fond d’écran? Une vue du ciel des Maldives, où je suis partie en vacances le printemps dernier. En principe, je choisis toujours un paysage où il fait chaud, vu que je suis tout le temps au froid, au moins, ça réchauffe un peu le coeur.
Votre réseau social de prédilection ? Instagram parce qu’il est très riche en divertissement et puis c’est chouette de pouvoir partager son quotidien à travers des photos, des vidéos, tout en restant informée de l’actu des autres. Mais j’aime aussi bien Tiktok avec les vidéos d’animaux, c’est marrant ! On va dire que je jongle entre les deux… Et Twitter pour rester connectée à l’info !
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer ? Yuka ! Une application qui scanne le code barre des aliments qu’on peut manger. Ça nous donne le nutriscore et ça nous oriente sur ce qui est bon ou pas. Et si je fais attention à mon alimentation, les produits de beauté, c’est pareil. Contre les apparences, on se rend compte qu’il y a plein de mauvaises choses à l’intérieur. L’appli suggère des produits meilleurs pour nous et pour l’environnement et c’est très bien.

blank
Mickael Marin, 45 ans, Directeur de Citia

Votre fond d’écran? Mes enfants.
Votre réseau social de prédilection? Twitter. Parce que ça me permet, au sein de mon réseau de m’informer sur l’actualité, et plus spécifiquement dans mon secteur d’activité.
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? Podcast Addict, parce que j’en écoute de plus en plus sur différents sujets, sur l’actu, le ciné, l’économie, l’histoire, je retrouve tout un tas d’émissions de France Inter, France culture, ou autres… et c’est là qu’on voit l’importance considérable de la voix.

Alexandre Fillon, 25 ans, Milieu de terrain FC Annecy

Votre fond d’écran? Ma compagne et moi en vacances, tout simplement.
Votre réseau social de prédilection? J’étais beaucoup sur Facebook, mais j’ai migré sur Insta, je préfère le côté visuel, et c’est uniquement sur Insta que je communique d’ailleurs, je poste des photos. L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? Whatsapp, parce que j’ai plein de groupes de message, autant d’amis et que de famille, et que c’est plus pratique que les i-messages pour envoyer des photos, de l’audio ou de la vidéo.

Rebecka Coutaz, 50 ans, Directrice du Studio Ubisoft

Votre fond d’écran? Mes enfants.
Votre réseau social de prédilection ? J’adore Instagram pour pouvoir partager des moments de vie quotidienne avec mes proches.
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer ? Je ne pourrais plus me passer de Whatsapp car cette appli me permet de communiquer vite avec tous !

Julie et Camille Berthollet, 22 et 21 ans, musiciennes

Votre fond d’écran?
Julie :
Ça change tout le temps : à un moment, j’ai mis une photo sur scène, parce que ça faisait longtemps qu’on n’y était pas retournées et que ça me manquait. Puis j’ai remis une photo d’une robe que j’aime bien, donc vraiment aucune profondeur psychologique ou philosophique ! Camille : Toujours ma famille, en tout cas sur l’écran que tout le monde voit…
Votre réseau social de prédilection?
En chœur
: Instagram ! Camille : Facebook sélectionne ceux qu’ils veulent nous montrer, qui ne sont pas forcément ceux dont on a envie de voir tous les posts. Et il y a de plus en plus de pubs. Au moins, sur Instagram, je vois de belles photos, je m’abonne à des comptes que j’aime bien, donc artistiquement, je trouve ça plus intéressant. Julie : Instagram, parce que les stories, je trouve ça très addictif et assez divertissant à regarder, et puis on voit beaucoup moins les fautes d’orthographe qui font mal aux yeux, parce qu’il y a la photo en 1er. Ça nous évite aussi les coups de gueule dont on n’a rien à faire… c’est moins négatif !
L’appli dont vous ne pourriez pas vous passer? Camille : Whatsapp, je communique beaucoup avec ça. Julie : Moi, c’est l’inverse, je déteste envoyer des messages ou en recevoir, mis à part si c’est vraiment ma famille très proche. Je suis vraiment phobique de tout ça, donc je dirais Youtube, c’est là que je perds une bonne partie de ma vie, mais c’est une perte qui n’est pas trop désagréable…

Pin It on Pinterest