Villa Haussmannienne proche de Lyon

Villa Haussmannienne proche de Lyon

Colorama sur Saône

Situé au sein d’une bâtisse haussmannienne de 700 m², avec un vaste jardin longeant la Saône, l’appartement de l’architecte d’intérieur Florence Monroe était resté intact depuis… 150 ans !

Inutile de dire qu’il lui a fallu beaucoup d’énergie pour ôter l’odeur persistante de « renfermé » ainsi que les éléments d’époque, moisis et fanés pour la plupart…
Mais Florence a pris à cœur de redessiner les contours de ce lieu « coup de cœur ». Aujourd’hui, un nouveau souffle anime l’espace par la couleur et une décoration actuelle, laissant sa créativité s’exprimer entre respect de l’ancien et originalité. Bref, elle fait cela tellement bien que c’est devenu son métier.

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La Carlotta


Retour d’Argentine, changement de décor !

Tout a commencé en 2015, de retour de 8 ans d’expatriation à l’étranger, Florence cherchait une maison où elle pourrait développer un concept de slow design sur le modèle de ce qu’elle a pu expérimenter en Argentine : à savoir, prendre le temps d’écouter et de comprendre le projet de vie de ses clients dans un lieu apaisant, de façon à bien les accompagner dans la réalisation de la vie matérielle et spirituelle qui les habite, et ainsi imaginer un aménagement en harmonie avec le lieu et les personnes qui y habitent. Elle crée alors Synesthésies, un cabinet d’architecture d’intérieur. Reste à lui trouver un toit.
Lorsqu’avec son époux, elle découvre cette maison, celle-ci est restée dans son jus avec ses hauts murs de pierre, son perron à double révolution, son bassin, ses hauts plafonds, ses stylobates et ses moulures… Dedans, l’appartement affiche les mêmes codes architecturaux avec une superficie de 200 m2. Le couple est totalement séduit par ce duplex de très belle facture, doté d’une cave semi enterrée de 40m2 en sous face.
Les extérieurs directement accessibles depuis les pièces de vie ont en ligne de mire une chapelle blottie au pied d’une colline, anciennement couverte de vignes que Jean-Jacques Rousseau a sans doute arpentée dans Les Rêveries d’un promeneur solitaire. Poésie quand tu nous tiens…
“Mon parti pris fut de prendre en compte l’existant et de le magnifier. Pour cela, j’ai mis un point d’honneur à m’inscrire dans l’histoire du lieu, en travaillant avec des matériaux authentiques, quels que soient la nature et la taille du projet”.

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On ouvre les espaces et on colorise tout ça  !

L’ancien petit salon et la cuisine attenante ont été réunis en une seule pièce à vivre, privilégiant convivialité et esthétisme. Florence a conceptualisé la cuisine avec pas moins de deux plans de travail dont un très grand îlot qui dissimule deux grandes colonnes de rangements horizontales, ainsi qu’une table de cuisson avec hotte intégrée. Là voilà transfigurant ainsi la pièce dont l’unité de sol est en connexion directe avec les extérieurs qu’elle a paysagés et éclairés. C’est d’ailleurs la végétation qui a inspiré le choix des verts qui délimitent les deux espaces : la palette Farrow & Ball avec sa charge de pigments a permis de jouer les clairs obscurs dans l’espace cuisine savamment mis à distance par l’Inchyra Blue, tandis qu’en contre point, le Teresa Green qui se poursuit dans le vaste salon, allège l’espace et livre une seconde respiration. “La vie en Argentine m’a décomplexée avec le mélange de couleurs audacieuses. Alors oui, j’ai osé des canapés rose framboise associés à des murs vert d’eau, et alors ?”
Et alors… ça le fait !

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Décoration et spiritualité


“Je me fais un point d’honneur dans toutes mes rénovations, à harmoniser tous les sens pour créer un bien-être total. Par un travail de synesthésie, je me suis attaché à poser une variété de matériaux tels l’émail d’anciennes lampes chinées en Inde, le plateau en bois d’une table issu d’Argentine, du mobilier en carton, le granit du Zimbabwe et l’acier brossé des plans de travail dans la cuisine et le salon. Je me suis quelque peu lâchée dans les pièces à vivre, en revanche, la chambre parentale sobre et minimaliste, a pour seul mobilier un meuble menuisé multifonction”. Quant à la salle de bain, elle apporte la fonctionnalité et le confort qui faisait initialement défaut.

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Ce n’est pas l’Argentine… c’est mieux !

La distribution sur deux étages est idéale pour concilier vie professionnelle et familiale, permettant à Florence de profiter pleinement de son appartement. Cette maison, c’est celle du nouveau départ, du renouveau.
Elle est désormais le point d’ancrage pour elle et sa famille, le retour aux origines… Pour Florence, c’est fini les voyages à l’autre bout du monde, surtout dans le contexte actuel… “Alors on se pose où l’on se sent bien. Pour nous, c’est ici, ça ne fait aucun doute. Nos maisons nous choisissent parce que nous leur ressemblons et j’encourage vraiment les univers qui racontent les histoires de leurs occupants…” Et celle-là ne fait que commencer.

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Photos : Frenchie Cristogatin

+ d’infos : synesthesies.com

Les flops du design

Les flops du design

Regards dans le bide !

Fiascos planqués sous le capot ou ratages sans battage… L’erreur fait horreur, mais au mois de décembre, à la Cité du Design de St Etienne, c’est pourtant aux flops qu’on rendra hommage. L’occasion, pour une fois, de conjuguer le verbe créer au pas parfait.

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Mais qu’est-ce qu’un flop d’ailleurs ? “Une déviation par rapport à l’issue attendue ou désirée” résume Samuel West. Ce psychologue et “irrévérencieux” chercheur comme il se définit lui-même, est également le conservateur du Musée de l’Erreur (Museum of Failure), à Helsingborg en Suède, dont une sélection d’objets sera exposée à St Etienne. “Notre société glorifie le succès, vous devez réussir vos études, votre mariage, votre vie de famille… Si nous échouons en tant qu’individu ou équipe, nous sommes sanctionnés, alors la peur de l’échec est très forte. Quand j’ai fait mes recherches sur le monde de l’innovation, je m’intéressais au type d’entreprises dans lesquelles les gens se sentaient suffisamment en confiance pour se lancer, expérimenter. Et j’ai été surpris de voir que dès qu’elles commencent à vendre, les entreprises cherchent à couvrir l’échec, à le cacher. Les « Success Story » sont toutes les mêmes, pourtant, et dans le design c’est flagrant, derrière chaque produit réussi, il y a quelqu’un qui a travaillé dur et échoué plusieurs fois. C’est drôle de voir que le ratage est si important pour l’innovation et qu’on en parle pourtant si peu.”

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Sélection de (petits) fours

Résultat, ces ratés, il s’est mis à les collectionner. Du masque de beauté électrique « Rejuvenique », dont Linda Evans, la Kristle Carrington de Dynastie vantait les vertus en 1999, mais qui, dans la réalité, donnait l’impression que des fourmis mordaient le visage et qui n’a jamais été approuvé par les autorités de sécurité ; en passant par le ketchup Heinz violet bourré de colorants ; le Crystal Pepsi dans lequel on les avait tous enlevés mais qui s’est avéré imbuvable ; ou la Delorean, voiture que seuls Marty McFly et Doc ont jamais réussi à conduire.
Mais son fiasco préféré, c’est la bouilloire Hot Bertaa, dessinée en 1987 par Starck pour Alessi. “J’en ai même deux ! Une à la maison et une au musée. Elle est très chère, mais on ne peut pas l’utiliser, au risque de se brûler (la poignée servant aussi d’évacuation pour la vapeur)”, s’amuse-t-il. “C’est un très bon exemple d’objet pour lequel le design a été plus important que la fonction. Alessi est un nom extrêmement prestigieux, mais il a été lui-même très ouvert à ce propos, en appelant cette bouilloire « mon plus joli fiasco ». Et ça mérite d’être souligné, car la plupart des marques l’auraient caché. Mais aujourd’hui, Bertaa est probablement plus célèbre en tant que raté, qu’elle l’aurait jamais été si elle avait fonctionné.”

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Errare fecundum est

“Les erreurs ont presque toujours un caractère sacré, n’essayez jamais de les corriger”. C’est par cette citation de Salvador Dali que Sylvie Sauvignet, en charge de la programmation et de l’accueil des publics à la Cité du Design de St Etienne, aime entrer dans le vif du sujet. Elle définit le flop, comme “un échec commercial, dû à un problème de conception ou un manque de design, ou encore à un concept trop en avance sur son temps, on dit d’ailleurs : « avoir raison trop tôt c’est avoir tort »”. A l’image de cette Little Miss No Name, imaginée en 1965 par Hasbro pour proposer une alternative à la populaire Barbie. En adéquation avec les idéaux de l’époque, la marque de jouets souhaite apprendre aux petites filles la compassion, les sensibiliser aux réalités de la vie pour les moins chanceux. Avec de grands yeux expressifs d’où coule une larme, la poupée est donc vêtue de chiffon et pieds nus, elle a même une main tendue, attendant d’être consolée et protégée. L’intention est louable, mais elle rate sa cible : la plupart des enfants sont terrifiés. Hasbro l’abandonne rapidement.

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Echecs et mate !

Ces ratés permettent d’anticiper de nouvelles pratiques, de comprendre ce qui déclenche l’envie de l’utilisateur. Ils nous obligent aussi à regarder le monde de la production différemment, parce qu’on a tendance à oublier qu’on vit dans un monde standardisé, ergonomique”, analyse Sylvie Sauvignet. “Parfois, l’aléatoire rentre dans le processus, alors qu’on a du mal à le laisser entrer, mais c’est exactement ce que fait la jeune architecte designer grecque Katerina Kamprani (voir article p. 56), elle fait entrer cette poussière dans le rouage, détourne la fonction du design.”
Dans l’exposition, à côté de ses « Inconfortables », les loufoqueries imaginées par Jacques Carelman, dessinateur, dentiste de formation, qui, en 1969, publie un Catalogue d’Objets Introuvables. Dans cette parodie du catalogue Manufrance (première société française de vente d’objets par correspondance), il propose notamment un fusil à kangourou, dont « la forme du canon imprime à la balle une trajectoire sinusoïdale qui suit l’animal dans ses bonds » ; une paire de pantoufles de ménage, dont la droite est munie d’un balai, et la gauche d’une pelle pour permettre à la ménagère de « balayer sans avoir à se baisser » ; « une cafetière pour masochiste » dont le bec verseur se trouve au-dessus de la poignée ou encore une fourchette à spaghettis, montée sur une manivelle, « qui peut également servir pour la choucroute ».

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L’appel du bide

L’échec n’est donc finalement qu’une vue de l’esprit, universel, inévitable, mais relatif. C’est ainsi qu’ont décidé de le traiter les membres du réseau international « Fuck Up Nights », qu’on pourrait traduire par les Soirées du Foiré. En France, ils sont présents à Paris, Lyon, Clermont-Ferrand ou Nice, et proposent de « vivre une vie sans filtre, en partageant des histoires d’échecs  », partant du principe que ces échanges peuvent créer des environnements de travail plus sains, réduire la frustration professionnelle et libérer l’innovation. Récemment, Hap Klopp, fondateur du groupe américain de vêtements outdoor The North Face, est venu y déconstruire le mythe de la réussite fulgurante, véhiculé notamment par la Silicon Valley. Il reconnaissait appliquer la stratégie de Thomas Edison, père de l’ampoule électrique et du phonographe : “je n’ai pas échoué, j’ai juste trouvé 10 000 solutions qui ne marchent pas.”

+ d’infos : Flops ! Quand le design s’emmêle du 11.12.2020 au 21.02.2021 à la cité du design de St Etienne citedudesign.com museumoffailure.comfuckupnights.com

design: sophie duflos & christian arnal

design: sophie duflos & christian arnal

duo du haut

SOPHIE DUFLOS ET CHRISTIAN ARNAL CRÉENT ENSEMBLE POUR LE MEILLEUR ET POUR L’AVENIR. À COURCHEVEL, CE COUPLE FUSIONNEL (RE)DONNE UNE BELLE IMAGE AUX MEUBLES ANCIENS ET AUTRES OBJETS DU QUOTIDIEN.

Il paraît qu’aujourd’hui tout est question d’image. Celles de Christian Arnal, photographe passionné de montagne, occupent en tout cas une place majeure dans l’histoire du binôme et de ses créations. Il suffit de visiter leur studio show-room de Courchevel pour s’en convaincre. Là, du plateau au coussin, en passant par le transat, les rideaux, la crédence de cuisine et les skis, ses clichés habillent tous les supports ou presque.

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TROUVER SAVOIE

L’histoire de Christian ne démarre pourtant pas sur les sommets, mais à Saint-Etienne où il grandit en même temps que son amour du ski. Un engouement si important qu’il décide de devenir moniteur. Au sein du lycée dans lequel il est formé, le jeune homme découvre aussi la photo. C’est le flash : Christian fera profession de ses deux passions. Il s’implante à Val d’Isère où il développe ses différents talents sur fonds blancs. Parisienne, Sophie suit en parallèle ses propres traces: des études littéraires, linguistiques et de stylisme. Exerçant dans un bureau de style de la capitale, la jeune femme est appelée dans la région en 1989 pour lancer la gamme textile de Rossignol. Les deux protagonistes se rencontrent lors d’un salon professionnel et forment rapidement un couple.

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S’INSCRIRE DANS LE TISSU MONTAGNARD

Les naissances successives de trois enfants les amènent à quitter Val d’Isère pour Courchevel, qui s’avère plus propice à l’exercice de la double activité de Christian. Depuis 15 ans, le «moniteur chasseur d’images» arpente ainsi les pistes des Trois Vallées, photographiant inlassablement les moindres détails de la montagne, de ses paysages et de ses personnages. De ses images, il constitue une vaste collection et édite plusieurs ouvrages. Sophie poursuit, elle, sa carrière jusqu’à devenir en 2015 directrice de collections chez Fusalp, tout en déposant plusieurs brevets dans le domaine textile.
Epanouis, chacun dans leurs domaines, les époux se rejoignent dans leurs passions des photos et de la montagne. Christian partage avec Sophie tout ce qu’il produit et elle connaît par cœur la photothèque de son mari. Une complicité pour socle de leur travail créatif commun…

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ARRÊT SUR IMAGE

ll y a six ans, lors d’une vente dans un hôtel qui cédait son mobilier en fin de saison d’hiver, j’ai craqué sur deux jolis fauteuils”, raconte Sophie. “J’ai toujours aimé refaire des meubles et j’ai eu un déclic. J’avais en tête les photos de Christian et je me suis dit que celle des télécabines du Praz irait bien sur ces fauteuils. Cette photo a une signification particulière pour nous. Elle avait été remarquée par Nicolas Morel, le fondateur du Salon Alpes Home, lors d’une exposition. Et c’est son regard professionnel qui a contribué à nous donner confiance en sa qualité visuelle. Au départ, on a décidé de la reproduire sur ces fauteuils et de les garder pour nous dans notre maison en Chartreuse.” Dans la foulée, le fameux cliché des «œufs» séduit aussi la propriétaire d’un concept store à Courchevel. Le couple lui dépose alors à la vente des sièges relookés avec cette même photographie. “Ils ont été achetés le jour même et on s’est dit qu’il y avait peut-être une attente pour ce genre de réalisations.

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MÉTIERS À TISSER !

Depuis, en plus de leurs activités professionnelles, Sophie et Christian s’emploient à redonner une nouvelle vie à des meubles de famille. Les leurs… et ceux des autres! “Nous avons commencé à refaire du mobilier sur-mesure par le bouche-à-oreille. Les gens ont de belles pièces dont ils ne veulent pas se séparer, mais qui sont parfois en mauvais état. Nous collaborons avec un ébéniste et une tapissière pour restaurer les meubles et les recouvrir avec l’image sublimée sur tissu que les propriétaires des objets choisissent dans la photothèque de Christian ou nous demandent de trouver. C’est un travail personnalisé, totalement artisanal et unique. Il nous arrive aussi, en chinant, de tomber amoureux d’un meuble et de l’acheter, sans pour autant savoir tout de suite quelle photo ira bien dessus. On se laisse alors le temps de la trouver. Le processus artistique peut être long et chaque pièce est une nouvelle aventure. Ce qui nous anime en permanence, c’est la recherche du plaisir créatif et celui de voir renaître un objet, de contribuer à ce qu’il retrouve un avenir”.
Outre les meubles, la palette des créations du couple compte des objets du quotidien également parés des photos de Christian et le duo vient déjà d’enregistrer la commande de 40 transats pour un restaurant d’altitude qui ouvrira cet hiver à Courchevel. La future retraite du duo ne s’annonce pas de tout repos !

+ d’infos : http://christianarnal.com/sophie-duflos-creation

PHOTOS : CHRISTIAN ARNAL PHOTOGRAPHIE

visite d’appartement à annecy

visite d’appartement à annecy

POUR UN FLIRT AVEC TOITS

QUAND DEUX ANCIENS ÉTUDIANTS EN ÉCOLE D’ART, L’UN PASSIONNÉ D’ARCHITECTURE ET L’AUTRE FANA DE DÉCO, SE RENCONTRENT DANS LE MILIEU DE LA JOAILLERIE, QU’EST-CE QUE ÇA DONNE ? UN PETIT BIJOU DE RÉNOVATION, PARSEMÉ DE QUELQUES PERLES DESIGN, DANS UN ÉCRIN LUMINEUX, RAFFINÉ, MAIS JAMAIS BLING-BLING.

En 2018, quand il entre pour la 1re fois dans ce 160 m2 qui regarde Annecy d’en haut, ce jeune couple de trentenaires est au 7e… étage. Le ciel, ce sera pour un peu plus tard. En attente de leur 3e enfant, ils cherchent une chambre de plus, et les travaux ne leur font pas peur. Ils ont déjà retapé deux appartements avant celui-ci : “on est amoureux des projets. On n’achète que quand c’est très vieux et qu’il y a tout à refaire !”, s’amusent-ils. Ils veulent aussi rester dans le centre-ville dont ils aiment l’animation, préféreraient un peu de charme, “de vécu”, et ne cracheraient pas, en bonus, sur une belle vue. Ça tombe bien, le balcon en L qui court tout le long de la façade donne à 180° sur le Semnoz, le Château, la Tournette, Notre-Dame de Liesse et tout un camaïeu de toits. Côté vécu, là aussi, ils sont servis. Les choix déco des anciens proprios et leur passion pour le vert sont très tendance. A condition de faire un bond de 50 ans dans le temps : tapisseries kaki et corniches-caches-tringles à pompons assorties, papier peint en version tulipes géantes ou tournesols psychédéliques, l’ensemble est donc bien dans son jus. “Ça faisait presque flipper et il y avait quand même une forte odeur de renfermé…” Mais il en faut plus pour empêcher nos deux inconditionnels de «la Maison France 5» – enfin surtout elle – de se projeter.

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D’UN COUP D’L

L’objet de leur convoitise se fait un peu désirer, mais 6 mois après cette visite, les travaux commencent. Et Bébé arrive. Et la première équipe de démolition disparaît dans la nature. Et la date du déménagement se rapproche dangereusement, car ils ont vendu leur ancien appartement. Bref, comme dans la plupart des cas, cette rénovation commence très sereinement. “On était sur le chantier tous les jours, et la deuxième équipe a travaillé sans relâche pendant 4 mois, malgré les chaleurs de l’été. On leur apportait des glaces, de quoi se rafraîchir.” Au final, ils divisent la surface en deux entités. Ils s’installent dans la plus grande et transforment l’autre, où se trouvait la cuisine, en studio dans lequel ils pourront accueillir leurs famille et amis. Pour agencer ces espaces, ils se font accompagner par Angèle Vuillet, architecte d’intérieur. “Elle a vraiment insisté pour qu’on fasse la cuisine à l’extrémité droite du L, alors que nous pensions la faire tout de suite après l’entrée. Mais elle a tellement bien fait ! Dès les premières visites, on se retrouvait tout le temps là, au centre de l’appartement. Ç’aurait été dommage d’en faire une cuisine, c’est devenu la pièce à vivre.

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© Clément Sirieys

RENNES DU VINTAGE

Avec ses grandes fenêtres -et pas de vis-à-vis à moins de 100 mètres- le salon est très lumineux. Effet renforcé par le blanc -sans solvant- des murs, “qui se porte bien avec le vert des plantes et le bois de nos meubles foncés”. Du mobilier des années soixante-dix notamment, trouvé un peu par hasard. “C’est une dame qui vendait son appart’ et qui voulait s’en débarrasser, elle ne pouvait plus les voir ! Mais ils étaient impeccables, n’avaient absolument pas bougé, il y avait encore toutes les petites clés en laiton.” Coup de cœur immédiat, donc, pour cette collection vintage composée d’une enfilade, d’un buffet haut et de chaises, qui donnent au salon un air scandinave, bien qu’il ait vu le jour à Rennes. “C’est du made in France !” Comme le parquet, les fenêtres ou la cuisine, où c’est évidemment un choix. Le vintage, lui, s’invite aussi dans les sanitaires, en lieu et place des meubles de salle de bains.

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DANS LE BLANC DES LIEUX

L’autre fil conducteur, c’est un bleu profond, tirant sur le cobalt. “On voulait une entrée foncée, mais on ne savait pas laquelle. Avec une coloriste, on a donc décliné une des trois couleurs du motif floral du carrelage de la cuisine, qu’on a utilisé à la fois sur l’îlot central et dans le sas.” Sas où trône un authentique fauteuil Emmanuelle en rotin. “On l’a acheté en Franche-Comté, à un photographe qui nous a assuré que des personnes connues s’y étaient assises… On ne savait pas où on le mettrait, mais quand on est arrivés ici, le déménageur l’a juste posé dans l’entrée, et il y est resté.” Amateurs de belles pièces, nos esthètes font côtoyer leurs trouvailles chinées avec des incontournables du design, fauteuil Diamond de Bertoia à côté du canapé, ou suspension Vertigo de Petite Friture pour éclairer la suite parentale. Seuls clins d’œil à la première vie du lieu, c’est également dans cette chambre qu’ont été conservés la corniche et les placards qui encadrent le lit. Là encore, le blanc domine, mais il joue avec une tapisserie dont le rose pâle répond à celui du carrelage de la salle de bains. Même écho dans la salle d’eau des enfants pour un dialogue en bleu-gris et blanc, entre le sol et les murs.
Mais aujourd’hui, c’est surtout un dégradé de rouge, orange et jaune qui s’invite par les fenêtres. En admirant ces couleurs d’automne se répandre sur le Semnoz, et le soleil matinal qui réchauffe doucement les toits de la vieille ville, les deux anciens sertisseurs se disent que jamais ils ne se lasseront de cette vue incroyable… Enfin… En tout cas pas avant qu’un nouveau projet ne vienne leur titiller les envies…

Photos : Lara Ketterer

design: l’atelier du bidon

design: l’atelier du bidon

BARIL EN LA DEMEURE

SKIEUR, SURFEUR, SKATEUR, JORDAN PIERRU, INSTALLÉ À CONS-SAINTE-COLOMBE, PRÈS DE FAVERGES, A TOUJOURS SU QUOI FAIRE D’UNE PLANCHE… ET DE SES MAINS AUSSI, CAR C’EST UN HABILE BRICOLEUR. MAIS UN JOUR, C’EST DEVANT UN BIDON QU’IL EST TOMBÉ EN ARRÊT, ET C’EST LÀ QUE LA LUMIÈRE « FÛT »…

Jordan Pierru, dit «Jo», n’est ni tapissier ni ferrailleur, ni ébéniste ni brocanteur, mais un peu tout ça à la fois. Et son truc à lui, c’est le bidon. Plutôt massif et bourrelé, mais surtout recyclé. “Je suis un peu branché écolo quand même, alors plutôt que de donner de grandes leçons, je me suis demandé ce que je pouvais faire à mon échelle.” A partir de ses bidons, il conçoit donc des meubles propres, originaux et avec un minimum d’impact sur la planète.
Jo, on l’a dit, n’est pourtant ni tapissier, ni ébéniste… mais il est bricoleur. Depuis qu’il est en âge de manier une disqueuse ou une scie sauteuse, il traîne sur les chantiers avec son père électricien. “Et sur les chantiers il y a toujours un bidon, coupé en deux, qui sert de barbecue. Notre 1re idée, c’était donc d’en fabriquer un. Mais une fois qu’on l’a découpé et qu’on a posé la grille dessus, il avait plus l’air d’un fauteuil que d’un brasero.” Il retravaille la coupe avec sa mère, imagine une assise avec son père, sur laquelle sa grand-mère coud un coussin –oui, dans la famille de Jo, on est plutôt habile de ses mains–. “On l’a présenté à une salle de sport qui nous en a tout de suite commandé 4. Peu de temps après, sur une brocante, on en avait installé deux pour nous asseoir sur le stand qu’on tenait, comme on aurait pris deux chaises en plastique au fond du jardin, et ils sont partis en une heure…

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HÉ ! VIS, MÉTAL…

Jo, on l’a déjà dit –mais j’aime les anaphores–, n’est pourtant pas brocanteur… Mais il a des idées. Tellement d’idées qu’il attend d’être bien sûr de cette dernière avant d’embarquer son père dans l’aventure, “parce qu’il est d’accord à chaque fois, alors je fais gaffe à ce que je dis, faut aller jusqu’au bout !” Ils commencent donc à tailler du bidon au coup par coup, dans la cave de la maison familiale, puis dans un garage, avant de lancer officiellement l’atelier, il y a trois ans. Pour la matière première, Jo furète. Comme certains sont rompus à l’art de dénicher des chanterelles dans un sous-bois, lui repère immédiatement le bidon canon planqué au fond d’une grange. “Une fois, j’ai flashé sur un baril rainuré dans le jardin d’un vieux monsieur, mais il ne voulait pas me le donner, il en avait besoin pour récupérer l’eau de pluie. Il a fallu négocier, et l’échanger contre un nouveau bidon et une bouteille de rouge !” Il en récupère également auprès d’une entreprise partenaire dans un échange gagnant-gagnant: ce qui lui assure un stock de récipients en bon état permet à l’entreprise, de son côté, de faire l’économie de l’enlèvement et la compression de ses fûts.

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PLUS BELLE LA SECONDE VIE

Et après ? “Après ? Tout est possible ! C’est simple à travailler, il n’y a pas de limite. Ce qui prend le plus de temps, finalement, c’est la réflexion en amont.” Fauteuil, guéridon, bar et mange-debout, voire bancs ou meuble-vasque, le bidon s’adapte à toutes les décorations. Mais avant de lui attribuer une fonction, Jo le nettoie à la sciure, dégraissant naturel réutilisable à l’infini –enfin, plusieurs années en tout cas– et une fois coupé, essaie de réutiliser un maximum de matière. Ainsi, le couvercle du bidon devient l’assise du fauteuil et la découpe de la table basse se transforme en applique.
Pour les finitions extérieures, soit il conserve les logos publicitaires quand ceux-ci sont d’intérêt, soit, en fonction des envies, il sable le métal, en accentue l’effet rouillé à coups de vinaigre citronné ou propose une couverture peinture thermo-laquée. L’idée, de toute façon, c’est de personnaliser. Et pour être totalement cohérent avec son approche «upcycling», tous les accessoires et matériaux qu’il y ajoute entament leur seconde vie : poignées et boutons de porte sont chinés, bois et cuirs récupérés sur de vieux canapés… Quant au tissu, s’il ne s’agit pas de chutes assemblées par sa grand-mère, il est bio et principalement français. Dans son atelier sur les hauteurs de Faverges, bidons du sol au plafond et musique à fond, Jo, 31 ans cette année, ancien saisonnier sur les côtes landaises, est heureux d’avoir créé son activité, de bosser seul, en toute liberté. Il n’en revient pas, surtout, des rencontres que ses bidons ont occasionnées et du soutien qu’ils ont trouvé sur les réseaux sociaux. “Parfois, j’ai des périodes de doutes, j’en ai marre de mon pantalon crade et de mes mains sales, et puis un post sur Insta fait 300 likes et ça repart !
Par sécurité, l’hiver, il rechausse quand même spatules et habit rouge, pour enseigner le ski sur les pentes savoyardes. Mais il croit en sa bonne étoile: depuis qu’il s’est lancé, il n’a eu qu’un ou deux ratés. “On n’est pas pressé. On n’a pas d’argent, mais on a du temps !

+ d’infos : http://latelierdubidon.com

PHOTOS : BAPTISTE DIET

design: Atroposmoth

design: Atroposmoth

UN IL DEUX AILES

NAGE, NAGE PETIT POISSON… VOLE, VOLE, VOLE JOLI PAPILLON ! SI CES MOTS D’ENFANTS RÉSONNENT DANS NOS TÊTES COMME UNE RITOURNELLE, POUR RON LAHYANI, TAXIDERMISTE ES-INSECTES GENEVOIS, LES SOUVENIRS SONT PLUTÔT SAUTS DE BICHE, TRALALAS ET BUTTERFLY DANS LES FILETS… DE LÀ À FINIR SOUS VERRE, IL N’Y A QU’UN PAS.

Acherontia, thysania aggripina, Iosaria coon ou hypolimnas dexithea, quand Ron retourne sa veste de professeur de français, alea jacta est et laissez voler les p’tits papiers ! Parce que si corriger des copies et conter littérature rythment ses journées, depuis 6 ans, il rajoute un peu de folie dans l’alexandrin, des insectes en déco à glisser dans notre quotidien ! Ben quoi ? Y’a un truc qui cloche ?

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PAS BÊTE

Vous ne croyez pas si bien dire ! Sous cloche, sous verre ou façon tableaux, les bestioles, c’est son credo. “Je suis passionné par les insectes et les papillons depuis tout petit et j’ai eu la chance de grandir dans la campagne genevoise avec pour voisin, un entomologiste -docteur en étude des insectes- à l’université de Bâle. C’est lui qui m’a montré les gestes et offert le matériel que j’utilise encore aujourd’hui.” Parce qu’il ne faut pas croire, chercher la p’tite bête, c’est tout un art. Pinces, spatules et précision, c’est un sacré boulot de rendre scarabées, sauterelles et papillons beaux : “J’ai un savoir-faire taxidermique, l’essentiel de mon travail est de préparer les insectes pour les présenter. Les papillons me parviennent tout secs, avec les ailes fermées. Je dois les humidifier, les faire sécher dans la bonne posture et ce sont des gestes qui s’apprennent.

design / Atroposmoth Un il, deux ailes

ASIAN BEAUTY

Parce qu’avant de frimer dans nos salons ou nos salles de bains, ils en ont fait du chemin… En provenance de fermes d’élevage d’Amazonie ou d’Asie du Sud-Est, à l’arrivée, ils ont grand besoin de se rafraîchir les idées. Alors quand ils atterrissent dans son atelier, en plein centre de Genève, les spécimens suivent un protocole bien huilé : quelques jours au congel’ pour détruire toute invasion de parasites, un p’tit coup d’acétate d’éthyle au pinceau pour exterminer la vermine récalcitrante et hop, mission «papillonner» activée ! “Les gens n’aiment pas trop se réveiller le matin et voir leur papillon grignoté par un vers… On évite !!!” Une fois décapés, Ron les humidifie, les ouvre et les place sur une planche de bois. Il les recouvre d’un papier transparent qui permet de maintenir les ailes ouvertes, de passer entre les interstices aussi, les fixe avec des aiguilles et laisse sécher. Mais quand même, ça fait un peu poupée vaudou, cette histoire !!!

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DU ZÈLE !

Et pourtant, les papillons n’ont de mystique que leur beauté chamarrée, délicate et légèrement poudrée, cette fragilité élégante qui les rend distingués. Rouge carmin, bleu roi ou jaune poussin, de races communes pour la plupart, mais on peut aussi trouver des spécimens plus rares, voire des pièces uniques dans son atelier. Parce que s’il est taxidermiste, du haut de ses 33 ans, il est avant tout lepidoptérophile -collectionneur de papillons, quoi !- de la tête au pied et ne laisse jamais une demande battre de l’aile : “Certaines personnes recherchent des papillons particuliers, des bêtes de chasse même. Et puis, il y a ceux qui descendent de la montagne après une randonnée avec un coléoptère trouvé sur la route, ceux qui récupèrent des vieilles pièces pour leur redonner vie.

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EN PLEIN VOL

Et oui, si la mode du papillon accroché au mur ou du scarabée posé sur un bureau est aujourd’hui tendance, n’oublions pas qu’ils étaient déjà stars des cabinets de curiosités, super héros du vintage : “Il y a 5-6 ans, ces objets sont revenus sur le devant de la scène. Mes amis et mes proches savaient que j’avais des insectes et ont commencé à me demander de leur en filer un dans une petite boîte pour leur déco ! C’était cool ! Alors ça m’a donné l’idée. Et puis j’avais l’impression qu’il y avait une demande, j’avais envie de faire quelque chose de mes mains, quelque chose de plus manuel, avec un début et un aboutissement.” Ça tombait plutôt bien !

ATTERRISSAGE CONTRÔLÉ

Depuis, de bouche à oreilles et de lui en ailes, 2000 pièces se sont envolées. Contemporaines et épurées, uniques dans des cadres, ou clochées sur des branches perchées, l’imagination du créateur s’arrête là où les papillons se posent. Poétique et enjouée, sa petite entreprise Atropos a plutôt bien décollé… Et il ne l’a pas volé !

+ d’infos : http://atroposmoth.com

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