David Olifson chez les Birmans

9 Juin 2017

distance minimale

L’aventure humaine au bout du viseur. Deux fois par an, David Olifson, photographe amateur et migrateur, quitte Genève et ses Genevois pour poser son œil sur d’autres visages. Longs courriers et courte focale, plus il s’éloigne, plus il se rapproche des gens. Dernières rencontres en date : les Birmans.

David Olifson

Etats-Unis, Thaïlande, Israël… Depuis que sa famille a quitté l’Egypte de Nasser, l’ADN de David Olifson est éclaté au quatre coins du monde, façon puzzle. Tous ses cousins éloignés, comme autant d’opportunités de voyager, ont alimenté son syndrome de la bougeotte, ses envies de décoller. Résultat, entraînant femme et fille dans son sillage, ce quinqua, dont l’espièglerie frise au coin de l’œil, a fait le tour du globe. Plusieurs fois.

Passionné de photos, il y a deux ans, il finit par offrir à son œil aiguisé une formation en accéléré et du matos approprié. Et il bûche, beaucoup. Dans les rues de Genève, autour des bureaux de la Tribune où il travaille : “j’adore essayer de saisir une image, quand je pars j’en veux UNE, au moins une, qui combine contexte et émotion. Je ne suis pas encore un bon photographe de paysages, mais j’adore les gens, leur visage, l’impression de voir leur histoire, leur vécu, leur âme.”

J’adore les gens, leur visage, l’impression de voir leur histoire, leur vécu, leur âme.

IMAGES ET MESSAGE

Un investissement personnel qui paye, puisqu’il est, dans la foulée, deux fois récompensé par le Jury du Photographe Voyageur, concours organisé depuis 2013 par une agence suisse de voyages sur- mesure, en partenariat avec Leica. 1er cliché primé, une mouette survolant les eaux turquoise de Polynésie. Et cette année, pour illustrer la thématique «nourritures terrestre/nourritures spirituelles», trois nonnes bouddhistes dont il a capturé la sérénité, depuis le sommet de l’incroyable Pagode blanche d’Hsinbyume, en plein centre du Myanmar (ex-Birmanie). Une image forte dans un pays où la religion cristallise de nombreuses tensions : contre la minorité musulmane, par exemple, les Rohingyas, originaires du Bangladesh et discriminés par les Bouddhistes radicaux. La situation dans les régions frontalières reste donc tendue, et on ne circule pas en toute liberté dans le pays.

Longtemps cloisonné, le Myanmar a progressivement baissé ses gardes dans les années 90, jusqu’à ce que la junte soit finalement remplacée par un gouvernement civil formé d’anciens militaires, puis par la Ligue Nationale pour la Démocratie, formation de l’opposante historique Aung San Suu Kyi, en 2016.

HORS-CHAMP

Libéralisation de l’économie, ouverture au tourisme de masse, Rangoon ne se donne pourtant pas encore aussi facilement que Bangkok, sa voisine thaïlandaise. Interdiction pour les habitants d’accueillir chez eux des étrangers pour la nuit. David et sa compagne réussissent cependant à rester dans un village Chin, au-delà de Mrauk U et ses temples en forme de gigantesques cloches. “Le village est visité par les touristes le matin, les locaux essaient de leur vendre des tissus, puis ils repartent le soir, et c’est là que nous sommes arrivés. C’est une toute autre ambiance… ils vous accueillent avec des regards, des sourires, et reprennent assez vite leurs activités. A l’heure du bain, les femmes et les enfants descendent à la rivière, où ils font leurs provisions d’eau. Nous avons donc pu nous baigner avec eux, partager leur repas, sans avoir établi de lien «commercial»”.

Leur hôte est une femme-araignée. Son visage, entièrement tatoué, est l’empreinte d’une coutume abandonnée dans les années soixante, le vestige d’un temps où les rois et princes du puissant état voisin d’Arakan convoitaient les très belles femmes Chin et venaient «se servir» dans leurs villages.

Le peuple Chin tatouait le visage des femmes pour les enlaidir afin qu’elles ne soient pas enlevées par le roi…

BEAUTÉ PAS VOLÉE

De ces rencontres éphémères, en très peu de mots, David essaie de capter l’essence. Sa focale fixe, en 28 mm, l’oblige à être très rapide, mais surtout très près de ses sujets. Franchissant presque obligatoirement la barrière de la sphère personnelle, voire intime. Et étonnamment, les Birmans le laissent approcher.

Pour les photos, je ne demande jamais l’autorisation de la personne, parce que je suis malpoli et que je n’aurais pas ce que je veux !

“Normalement, cet objectif n’est pas fait pour le portrait, donc j’ai cassé un code, mais c’est un pays qui permet de le faire. Pour les photos, je ne demande jamais l’autorisation de la personne, parce que je suis malpoli,” avoue-t-il dans un sourire, “et que je n’aurais pas ce que je veux. Le contact se fait donc avec ce que vous dégagez, mais c’est finalement assez facile, car les gens vous font sentir quand ils ne sont pas d’accord. Au Laos par exemple, les Akkhas (ndlr: peuple montagnard originaire de Chine, que l’on retrouve en Thaïlande, au Laos, et en Birmanie, dont les femmes sont facilement reconnaissables avec leur coiffes et leurs tenues noires décorées), partaient en courant, avec l’impression qu’on volait leur âme, alors que les femmes de la même ethnie, en Birmanie, se laissaient photographier. Alors il faut y aller, ne pas avoir peur de prendre des images”. A défaut d’abolir la distance, il faut donc essayer de la surmonter.

photos : David Olifson

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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