en station : Jules Chappaz

L’âme de fond

On dit des montagnards qu’ils sont tenaces, persévérants, accrocheurs. Originaire des Aravis, Jules Chappaz ne fait pas mentir cette réputation : il ne lâche rien, surtout pour décrocher, à 20 ans, un titre de champion du monde Junior de ski. Une belle mise de fond…

©Baptiste Gros

Lahti, Finlande, 22 janvier 2019. Il reste deux kilomètres avant l’arrivée. Sur le bord de la piste, Olivier Michaud lui crie qu’il joue la médaille. L’émotion dans la voix de son coach fait comprendre à Jules que ce n’est pas qu’un encouragement, que l’or est là, à portée de skis. Il y en a à qui ça couperait les pattes.
Pas Jules. “Ça m’a donné envie de donner encore plus, j’en ai remis, remis, remis… et quand j’ai passé la ligne, j’ai vu le vert sur le grand écran, j’avais 21 secondes d’avance et plus personne derrière moi, j’étais le dernier dossard.” Ce jour-là, il est donc champion du Monde junior de ski de fond sur 10 km, une première française sur cette longue distance. “Beaucoup de médias l’ont repris, mais ça n’a jamais été mon ambition, j’étais là pour tout donner et je suis content d’avoir pu tout aligner ce jour-là, mais quand j’y repense, je revis juste l’émotion en passant l’arrivée, avec mes parents dans les tribunes.” Deux jours plus tôt, il avait terminé 4e du sprint, “j’étais déjà super content, car j’étais le seul Européen de la finale”. En ski de fond, les Scandinaves ne sont pas comptés comme Européens, histoire de laisser un peu exister les autres. Pourtant, et ça peut paraître surprenant, le fondeur de La Clusaz insiste : il n’est pas là pour la performance. “Le sport de haut niveau est un défi contre soi-même, plus que contre les autres. Je fais vraiment ça pour moi, je suis là pour jouer, pas forcément pour gagner, c’est peut-être pour ça que je garde une certaine fraîcheur par rapport aux résultats, que j’encaisse.

UNE VRAIE TÊTE DE JULES

Encaisser, se relever, travailler… C’est à l’adolescence que Jules bifurque sur le fond. Son père est moniteur de la discipline, les places en alpin sont chères et de toute façon, il n’aime pas trop s’ennuyer seul sur un téléski entre deux slaloms. Ce n’est pas vraiment son choix, “mais ce n’est pas un mauvais choix”. Dans la pratique nordique, il découvre des sensations, une équipe soudée, apprend à aller plus loin dans l’effort et à aimer le défi physique. Tant et si bien qu’il vise le pôle Espoirs du Comité Mont-Blanc. Mais s’il est « techniquement en place », à 15 ans, sa morphologie n’est pas encore celle d’un adulte, il est encore un peu petit et se voit refuser l’accès au haut niveau. Qu’à cela ne tienne. Avec le soutien du Club de La Clusaz, il s’inscrit au CNED pour suivre sa scolarité à distance afin de se concentrer sur l’entraînement. Pendant 2 ans, il ne fait que ça et rat- trape un niveau de ski qui lui permet d’intégrer le Comité, puis, en 2017, le graal : la «Fédé ». “En s’accrochant, en travaillant dur, ça paie…

J’étais peut-être le meilleur ce jour-là et je n’ai pas eu le droit de jouer…
Ça m’apportera quelque chose de positif pour la suite, plus de niaque…

RETOMBER COMME UN CHAVE SUR SES PATTES

Alors il s’accroche, Jules. Aux spatules des meilleurs fondeurs français, en équipe nationale, dans laquelle il évolue avec ses potes Cluses (de La Clusaz, ou Chaves en patois) Hugo Lapalus et Théo Schely. Au top 30 du circuit senior dans lequel il a fait des premiers pas à la suite de son exploit finlandais. Ou encore à Alexander Bolshunov, le «patron», lors du 15 km individuel de Toblach (IT) fin 2019. Une de ses plus belles courses. Le Russe, quadruple médaillé olympique, part juste derrière lui et avale rapidement les 30 secondes qui les séparent, mais le Haut-savoyard ne lâche pas l’affaire et se met dans son sillage jusqu’au bout. “J’étais très content de ça, c’était très dur, mais j’ai eu un déclic sur le fait d’aller encore plus loin, j’ai fini 13e et engrangé mes premiers points en Coupe du Monde”.
Cette première saison dans la cour des grands prend pour Jules des allures d’ascenseur émotionnel, puisqu’il a été sélectionné en Coupe du Monde, et c’est plutôt rare, mais finit sur une disqualification litigieuse pour faux départ, en mars, chez les moins de 23 ans. “J’étais peut-être le meilleur ce jour-là et je n’ai pas eu le droit de jouer. J’ai fini ma saison là-dessus et n’ai pas réussi à me re-mobiliser. Mais ça fait partie de ma carrière, ça m’apportera quelque chose de positif pour la suite, plus de niaque, plus d’envie, de dépassement.

©Daily Skier

AINSI FOND, FOND, FOND

Encaisser, se relever, travailler, encore et toujours… et profiter aussi ! De la montagne, de ses copains, des plaisirs de la table… mais après l’hiver. “Les fondeurs sont connus pour être très pros toute l’année, mais bien lâchés au mois d’avril !” C’est aussi à cette période de l’année qu’il reprend sa licence STAPS à Annecy, parce que dans une autre vie, il se verrait bien entraîneur ou gardien de refuge. Mais chaque chose en son temps. Pour le moment, Jules avance course après course, comme s’il n’y en avait qu’une et pour laquelle il se donne totalement. “C’est ma philosophie pour avancer”, conclut-il avec le large sourire qui quitte rarement sa bouille brune, “et ça marche pour ma carrière, pour le bilan d’une année, ou à l’échelle d’une course : mon objectif quand je prends le départ, ce n’est pas d’être 1er, 2e ou décrocher une sélection, mais de me lancer en faisant le mieux possible, pour ne jamais avoir de regret.


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Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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