et une mauresque, une !

1 Mai 2018

casa amor

Saint-Martin-le-Vinoux, aux portes de Grenoble, dans les années 50. Depuis le bus qui la conduit régulièrement chez ses grands-parents, une petite fille admire une étonnante bâtisse en «or gris». Fascinée, l’enfant fait de ce palais de princesse d’orient, le creuset de ses rêves d’évasion.
Christiane Guichard pressent peut-être qu’un jour, elle en sera propriétaire et remuera ciel et terre pour sauver cette «casamaures»…

A l’origine baptisé «Villa Les Magnolias», l’ouvrage néomauresque est une création de Joseph Jullien dit Cochard. Ce maréchal-ferrant acquiert en 1855 un terrain de 6500 m2 bordant l’Isère. Avec sa deuxième épouse Marie-Jeanne, «marchande de nouveautés» à Grenoble, le quinquagénaire veut y faire édifier sa «Folie architecturale», une de ces maisons de plaisance, lieux de villégiature et de réception, prisées par la bourgeoisie.

“Cette villa est un vrai manifeste sur la modernité. Joseph Jullien fait usage du ciment, une invention récente de Louis Vicat ; ainsi que du fameux pigment bleu Outremer artificiel tout juste créé par Jean-Baptiste Guimet. Pour la décoration, le couple s’inspire des voyages et de l’orientalisme, à la mode à l’époque”, évoque l’actuelle propriétaire, Christiane Guichard, soulignant au passage les diverses références au sentiment amoureux présentes dans l’ornementation.

ORIENT PROCHE

Construit sur un promontoire rocheux dominant de superbes espaces verts, l’édifice en ciment moulé de 883 m2 se déploie sur 4 niveaux.

52 colonnes forment sa structure porteuse, encore allégée par des vitraux offrant toutes les couleurs du jour : bleu et vert le matin, rouge orangé au soleil couchant. Cette lumière changeante contribue à la magie du palais qui abrite mille trésors.

Dans son exceptionnel jardin d’hiver par exemple, où l’une des façades est décorée d’un immense panneau de bois portant l’inscription «Turquie». Des recherches d’archives en cours s’attachent à confirmer son incroyable origine : “S’il est avéré qu’il s’agit bien de la porte de la section turque de l’exposition de 1855, vous serez en présence du plus vieux vestige de toutes les expositions universelles jamais organisées” précise Sylvain Ageorges (photographe auteur d’un ouvrage inventaire des vestiges des expositions parisiennes).

Papiers peints à la main, décors en trompe l’œil, calligraphies et symboles franc-maçon ou orientaux… Dans la salle à manger, le boudoir, les deux chambres, les caves voûtées (aujourd’hui transformées en ateliers d’artistes), tous les moyens sont employés pour contribuer au faste du lieu.

LES COMPTES DES MILLE ET UNE NUITS

Hélas, Joseph Jullien dit Cochard a peut-être eu les yeux plus gros que son portefeuille et se ruine en 23 ans pour sa propriété, qu’il doit finalement céder à ses créanciers. Morcellée par les héritages, victime des outrages du temps, dégradée par les guerres, elle n’est plus que l’ombre de sa splendeur passée.

13 propriétaires se succèdent avant que le destin ne ramène la jeune artiste Christiane Guichard à ses portes: “En 1981, j’ai rencontré par hasard le propriétaire de l’époque dans une galerie où j’exposais. Il m’a confié qu’il était en passe de revendre et que la maison serait sûrement détruite pour construire un immeuble locatif. Cela m’a profondément choquée. J’avais 29 ans et pas du tout l’intention de devenir propriétaire, mais j’ai eu une envie absolue de préserver cette maison. J’ai accompli cet acte de sauvegarde pour stopper cette «malédiction des promoteurs». Depuis toujours, je lutte contre l’inertie, le conformisme, et les idées reçues. J’ai sauvé une ruine abandonnée, peuplée par les clochards… La maison était abîmée, pillée de son contenu, je ne savais pas alors qu’elle était unique en son genre en France”.

Pour financer la restauration du «plus ancien monument français en or gris» et dans l’optique d’en faire un patrimoine vivant, la jeune femme est particulièrement soutenue par deux amis qui lui avancent la mise nécessaire à l’obtention d’un prêt.

PASSION ET SACERDOCE

Une association est créée en 1985 et la demeure classée monument historique en 1986. “Ce n’est pas un acquis, c’est plutôt un choix de vie. Lorsque je me suis engagée dans l’aventure, je n’avais pas mesuré toutes les difficultés qui m’attendaient et l’ampleur de la tâche”, confie Christiane. Car le chemin est semé d’embûches.

Il faut faire face aux détracteurs qui n’apprécient guère le caractère oriental de la demeure rebaptisée la Casamaures. Aux coups du sort aussi, comme l’effondrement d’un mur de soutènement (depuis reconstruit et agrémenté de cadrans solaires). Il faut encaisser les épreuves, rebondir, accomplir à chaque instant un travail d’entretien et d’embellissement, trouver de nouveaux financements.

Découragée parfois, doutant souvent, la «conservatrice bénévole du patrimoine» garde pourtant toujours la flamme, touchée par les prix officiels obtenus, portée par les soutiens et par les belles rencontres qu’elle fait grâce à la Casamaures. «Une demeure porte bonheur» qui a vu naître son idylle avec son compagnon Jean-François. Qui douterait encore que le palais oriental qui a peuplé les rêves de princesse d’une petite fille est bien une «maison de l’amour» ?

+ d’infos :
casamaures
.org
Visites guidées. Expositions du 28 avril au 26 mai : «Galerie de portraits en Cas’amore» par Chrystelle Coste-Guichard

Photos : JM Francillon – Chrystelle Coste Guichard

Béatrice Meynier

Béatrice Meynier

Journaliste SURNOM: du classique Béa au moins conventionnel Chounie. PERSONNAGE DE FICTION: une héroïne qui se baladerait de roman en roman, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre... Sinon l’inventeur de la machine à miniaturisation de voiture pour la mettre dans mon sac à main au lieu de la garer (un vieux fantasme !) OBJET FETICHE: la bague offerte par mes parents pour mes 20 ans. ADAGE: positive attitude. JE GARDE: Raiponce: mes cheveux ! Et 2 ou 3 autres bricoles... JE JETTE: en combien de lignes ? DANS 20 ANS? tout est possible... presse@activmag.fr

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