femmes made in maroc

14 Juin 2018

femmes, je vous hais-me !

En février 2018, après 5 ans de discussions, le parlement marocain adopte enfin un projet de loi contre les violences faites aux femmes, le mariage forcé, le harcèlement de rue, et les violences physiques. Pourtant, près de 15 ans après la rédaction du nouveau code de la famille, la Moudawana, l’émancipation des femmes reste plus que jamais un combat, tant les résistances sont nombreuses.

Depuis les années 2000, la question des femmes au Maroc est sortie de l’espace privé pour devenir un sujet public et politique. De nombreuses mesures ont en effet été décidées par le royaume chérifien, sous la pression d’une vingtaine d’associations féministes locales, pour tenter de concilier les aspirations légitimes des femmes avec la loi coranique. La création d’un ministère chargé des femmes en 2000, l’adoption du nouveau code de la famille en 2004 et la nouvelle constitution de 2011 font figure de points d’orgue de cette évolution, puisque ces textes consacrent l’égalité et la parité hommes/femmes, et cherchent à promouvoir les droits de ces dernières. Age du mariage reporté à 18 ans, réglementation de la polygamie, divorce par consentement mutuel, responsabilité conjointe du mari et de l’épouse envers la famille, sont autant d’acquis essentiels. Un bilan jugé très positif par la ministre de la femme, Bassima Hakkaoui, décidément bien optimiste.

ÊTRE UNE FEMME

Car l’affirmation laisse perplexe de nombreux observateurs, comme Hayat Hayat Guibert Guibert. A 46 ans, cette coordinatrice marketing annécienne, volubile et pétillante originaire de Fès, installée en France depuis 1977, pointe les limites de ces évolutions. “Mon pays natal demeure profondément contradictoire! De grandes avancées, et surtout beaucoup d’intolérance. Le divorce par consentement mutuel est autorisé, mais la femme est toujours sous la surveillance d’un homme, notamment dans les milieux modestes. Les filles voilées semblent de plus en plus nombreuses, et aux terrasses de café, il n’y a que des hommes!” Une société marocaine schizophrène tiraillée entre modernité et conformisme extrême.

Hayat Guibert

LA FILLE DOIT ARRIVER VIERGE AU MARIAGE, MAIS L’HOMME DOIT AFFIRMER SA VIRILITÉ PAR LA SEXUALITÉ… COMMENT SORTIR DE CETTE HYPOCRISIE  ?

ETRE UNE FEMME LIBÉRÉE N’EST PAS SI FACILE !

En fait, le fossé est énorme, entre les mesures prises et la réalité sur le terrain. Il y a la loi, ceux qui l’exécutent et l’opinion publique. Car être femme au Maroc reste un problème. Pauvreté, chômage, discriminations et violences en tout genre sont le lot quotidien d’une grande partie des Marocaines et freinent leur émancipation. La répartition inégale de l’héritage par exemple est symptomatique de la place octroyée aux femmes. Une fille hérite en effet de la moitié de ce que reçoit son frère.

Quelques chiffres significatifs noircissent un tableau déjà peu reluisant. 62,8% des femmes marocaines ont déclaré avoir subi des violences de genre ; les jeunes filles analphabètes sont deux fois plus nombreuses que les jeunes hommes. Et encore, ce sont là des moyennes, qui reflètent mal la diversité marocaine. Entre les villes et les campagnes, entre les catégories sociales, les chiffres fluctuent de manière considérable. La violence et le harcèlement sexuel constituent de véritables fléaux, qu’entend combattre la récente loi de 2018.

Mais comment prouver la violence ? Là encore, la politique officielle risque de se heurter à la réalité. “Une femme ne peut pas se promener dans les rues sans être sans cesse sifflée, interpellée par des bruits, touchée…” raconte Hayat. Une drague lourde qui peut mener jusqu’au viol, et que certains expliquent par l’immense frustration sexuelle des hommes. “La fille doit arriver vierge au mariage, mais l’homme doit affirmer sa virilité par la sexualité… Comment résoudre cette contradiction, comment sortir de cette hypocrisie ?”, se demande-t-elle. Ces violences, conjugales, familiales ou dans l’espace public, de nature physique, sexuelle, verbale, psychologique ou même politique ou économique, ne sont pas nouvelles, certes, mais les femmes ont de moins en moins honte à les dénoncer. Cette libération de la parole, notamment chez les jeunes, est un progrès considérable.

LA FEMME EST L’AVENIR DE L’HOMME…

En effet, cette «génération Moudawana» n’hésite plus à se mobiliser au sein d’associations, dans les écoles ou universités pour dénoncer les abus dont elles sont victimes. L’éducation et l’enseignement semblent bien devenir la clé de voûte du changement pour les Marocaines. “Une femme éduquée est mieux respectée par son mari, c’est une arme contre la maltraitance”, s’enthousiasme Noureddine Ayouch, le «roi de la pub» au Maroc, qui, à la tête de sa Fondation Zakoura, lutte pour la scolarisation des enfants marocains. Un défi majeur, surtout en zone rurale. “Ma mère n’a pas suivi de scolarité, seul mon père a fréquenté l’école coranique ; aujourd’hui la moitié des bacheliers sont des filles” rappelle Hayat. “Mon père n’a eu de cesse de nous pousser à travailler à l’école ; pour lui c’était la voie du salut”.

Mais d’autres mutations importantes sont à l’œuvre. La politique de discrimination positive a ainsi permis l’élection de plus de 80 femmes au Parlement marocain. “Et dans les grandes villes, on peut voir des filles fumer dans la rue, sans se cacher, s’habiller librement. Jamais on n’aurait vu cela avant!” constate Hayat.

Une révolution silencieuse, porteuse d’espoir, mais fragile, entre avancées et reculs. Pour les femmes marocaines, le combat ne fait que commencer!

EN CHIFFRES

2004 : modernisation du code de la famille par Mohammed VI, vers une plus grande égalité homme/femme. Son application reste difficile.

2014 : 30 % des femmes sont analphabètes en ville, 60 % dans les campagnes (13% et 35 % pour les hommes).

28 % des femmes sont au chômage, 12 % des hommes.

60 % des femmes subissent des violences (de tous ordres, dans le contexte conjugal ou dans les lieux publics notamment).

20% d’élues à la Chambre marocaine, grâce à une politique de discrimination positive.

Photos : Guillaume Desmurs

Emmanuel Allait

Emmanuel Allait

Chroniqueur SURNOM : Manu. Mais je préfère qu'on m'appelle Emmanuel. Un peu long, mais plus c'est long, plus c'est bon, non? PERSONNAGE DE FICTION : bob l'éponge. J'ai passé 40 ans à faire la vaisselle et ce n'est pas fini ! Je suis un spécialiste. OBJET FETICHE : un stylo plume. Beaucoup plus classe qu'un ordinateur. Ou une montre, automatique bien sûr. Regarder le temps qui passe pour en profiter au maximum. ADAGE : mon cerveau est mon second organe préféré (woody allen). JE GARDE : joker. JE JETTE : mes pieds. DANS 20 ANS ? je serai sur une scène, guitare à la main, pour jouer Europa de Carlos Santana. presse@activmag.fr

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