A fl’haut
C’est en montagne qu’il a trouvé sa voie et sa nature profonde. Nourri par l’énergie des hautes cimes, le photographe Florent Pedrini partage, en images, la magie des massifs et de l’humain.
Image : sur les Aiguilles d’Entrêves, depuis Courmayeur
L’Essonne, ce n’est pas la porte à côté. Cela n’empêche pas Florent, qui y réside durant 27 ans, de venir à la montagne toutes les années. Depuis l’enfance, il conserve ainsi l’amour absolu des montagnes et de la photographie. Après avoir emprunté le droit chemin d’une vie bien cadrée, il s’est engagé peu à peu sur un sentier plus escarpé : faire profession de ses deux passions.
Après un détour par une formation à l’environnement, l’adolescent s’oriente vers le plus pragmatique domaine commercial. 5 ans d’études en France, en Angleterre et au Canada, où l’attend aussi une belle expérience de musher. “Je suis curieux de la vie, du monde, des autres, et j’aime voyager et apprendre. Je ne me posais pas trop de questions, c’était assez fluide.”
A 25 ans, Florent démarre une carrière de cadre chez un géant du BTP en région parisienne. Mais la montagne lui fait de l’œil. Le jeune homme négocie et prend en 2007 un poste de responsable d’agence à Albertville.

TEMPS DE POSE
S’ensuivent 3 ans où le perfectionniste touche à ses limites, il frôle le burn-out et finit par jeter l’éponge. Devenu ingénieur commercial, Florent retrouve de l’équilibre et du temps. En 2010, il s’inscrit au Club Alpin à Annecy, ville où il est désormais basé.
Les diverses activités montagnardes qu’il découvre et ses rencontres avec des compagnons de cordée l’accrochent à tout jamais. “Quand tout est simple, qu’on est dans un environnement où on se sent bien, on ne se pose pas de question. On a juste envie d’en profiter. Et quand c’est naturel comme ça, ça matche avec les personnes que l’on rencontre. On fait ensemble une randonnée, une grande voie, un sommet, et c’est magique. La seule envie qu’on ait après, c’est d’y retourner. C’est comme une addiction, mais c’est plus que de la dopamine. Il y a aussi l’effort que l’on fait qui est «grâcié» quand on arrive au sommet, l’adrénaline du danger, ce dépassement de soi, cette énergie qui nous porte et qui est là, partout, dans la roche, la nature, le soleil et le partage avec l’autre.”

CLICS ET DÉCLICS
A chaque sortie, Florent amène son appareil et saisit ses instants. En septembre 2014, il photographie «L’équilibriste dans l’ombre», une image plusieurs fois primée qui est devenue l’emblème de son travail iconographique. “C’était dans le massif du Mont-Blanc. J’étais avec mon compagnon de cordée, mon frère de cœur. On avait dormi dans un refuge. Vers 3 heures du matin, le soleil se lève sur le Cervin au loin, et je fais cette photo qui me touche. C’est un des déclics, parmi d’autres, qui se sont succédés et m’ont entraîné à devenir photographe de montagne. Il y a eu aussi l’ascension de l’arête Berhault menant en Italie. Je me suis arrêté pour dormir dans un tonneau, à 3000 mètres d’altitude. J’étais tout seul, face au Mont Viso. A cet instant précis, j’ai eu la certitude que c’était dans ce milieu que j’avais envie de vivre.”
GRAND ANGLE DE VIE
Florent suit son instinct et décide de se lancer. Il enchaîne les formations, les contacts avec des pros, et démarre en tant qu’indépendant en 2016. Il touche à tout, cherche la belle image, capte l’humain, et travaille la lumière. Des aurores boréales de Norvège, aux paysages de «début du monde» de l’Islande, en passant par un voyage initiatique en Indonésie, la quarantaine pointant, l’homme confirme par ailleurs son besoin viscéral de cimes, de froid et de nature. Depuis 2019, la commercialisation de ses photographies alpines sous le label Vertical Flow s’accroît. Et plusieurs projets se développent, notamment en collaboration avec des magazines et des athlètes de la montagne.

OBJECTIF LUMINEUX
Un aboutissement, mais pas une fin en soi. “Je pense que chacun de nous est sur terre pour trouver sa raison d’être. On devrait savoir s’écouter un peu plus, et sortir de notre zone de confort, même si ce n’est pas facile. Ce serait même un gâchis de ne pas suivre ce pour quoi on est fait, parce qu’on ne le fait pas seulement pour soi, mais aussi pour rayonner autour de nous. Aujourd’hui, mon thème, c’est que l’humain trouve sa place dans la nature que je photographie. Je comprends, par tout ce qui m’arrive, que le chemin qui s’ouvre est le bon, que c’est ma voie de devoir rapporter des images de ce que je peux vivre en montagne, pour pouvoir les donner à ceux qui y trouveront un écho…”. Un écho de là-haut.

+ d’infos : http://verticalflow.net
Photos : Florent Pedrini/Vertical Flow