LUC REVERSADE, GLOBE SKIEUR

6 Jan 2022

RADIO DE STATIONS

Endossant la tenue du client ordinaire, Luc Reversade teste, chaque hiver, une douzaine de stations de ski européennes. Depuis une quarantaine d’années, le visionnaire fondateur des restaurants d’altitude La Folie Douce capte ainsi la montagne d’aujourd’hui et imagine celle de demain.

Luc Reversade

Activmag : Quels sont les atouts majeurs des stations françaises ? 

Luc Reversade : Il y a, en France, une réelle diversité de l’offre, ce qui est moins flagrant dans d’autres pays. Ici, les stations ont des identités marquées. Il est d’ailleurs important que chacune définisse son ADN et affirme sa spécificité pour se positionner au mieux dans l’avenir. L’implantation des stations françaises à des altitudes en moyenne plus élevées qu’en Autriche ou en Italie par exemple, est également un point fort. La qualité d’accueil, l’architecture, le soin apporté à la décoration sont aussi des atouts français. Et avec la proximité d’un aéroport et la desserte ferroviaire, certaines stations, comme Chamonix et Megève, ont l’avantage de l’accessibilité.

Et leurs points à améliorer ? 
L’acheminement fait défaut pour la plupart des stations françaises situées loin des aéroports et des grandes gares. Tout comme le stationnement. On fait encore des parkings dans leur centre alors qu’on sait très bien que dans 10 ans, il n’y aura plus de voiture ! D’ailleurs, les gens veulent des stations piétonnes. En France, les pistes de ski sont en moyenne deux fois plus étroites qu’ailleurs en Europe, ce qui est moins sécurisant. Nous accusons aussi un retard en termes de remontées mécaniques et d’aménagements pour y accéder (chemins piétons balisés par exemple). Il y a également un manque d’activités ludiques comme la luge ou le ski nocturne. Le système de réservation en ligne français n’est pas homogène, ni centralisé. Contrairement à beaucoup de stations autrichiennes ou comme Laax en Suisse qui permettent avec une seule application de réserver son type de forfait, la remontée mécanique, et même le restaurant.  

Quelles sont leurs principales concurrentes et pourquoi ? 
En Autriche, au Tyrol : St. Anton, Lech, Warth, St. Christoph… ont des remontées mécaniques extraordinaires et offrent un excellent rapport qualité-prix. En Italie, celles des Dolomites : Arabba, Kronplatz, Val Gardena…. On peut aussi citer Madonna di Campiglio qui est devenue piétonne et connaît depuis un succès fulgurant. Avec l’implantation de remontées mécaniques directement au départ des gares ferroviaires, la Suisse s’affirme aussi de plus en plus comme une concurrente redoutable (avec Zermatt, Verbier, Andermatt, Grindelwald…). Il y a là-bas des stations qui ont des identités fortes et ont parfaitement ciblé leur clientèle. Laax qui est jeune et très branchée a le plus grand snowpark du monde. Flims, plus bourgeoise, a notamment mis en place un télésiège à bulle, chauffant, qui pivote à 180° pour la vue !

Vous constatez le retard pris par les stations françaises. À quoi l’attribuez-vous majoritairement et comment lutter contre ?
Le Plan Montagne est fait par des politiques qui ne prennent pas le temps de bien connaître les stations étrangères et leurs atouts. En Autriche ou en Italie, les stations sont la propriété de familles qui ont tout intérêt à investir pour maintenir une qualité qui n’est pas toujours garantie en France  ! Les remontées mécaniques devraient appartenir aux villages au moins à 50%. C’est capital : tant qu’on ne changera pas fondamentalement ce mode de gouvernance, on n’arrivera pas à revenir au niveau des Autrichiens, des Suisses et des Italiens ! En matière d’hébergement, la politique française génère aussi beaucoup de lits froids. Pour éviter cela, il faut absolument arrêter le système qui permet de vendre des bâtiments à la découpe à des promoteurs ! La loi qui autorise ça aujourd’hui ne protège pas la montagne. D’autant que ce n’est pas le cas ailleurs, comme en Suisse, avec la loi Lex Weber qui limite les constructions de résidences secondaires et de fait le bétonnage des stations. 

Que faudrait-il aussi mettre en place pour répondre aux attentes clients ?
Il faut proposer, sur les pistes, des services qui vont au-delà d’une agréable pratique du ski. Ce peut être, par exemple, de pouvoir s’acheter une paire de gants, si on les perd dans les remontées, sans avoir besoin de redescendre en station, une crème solaire ; d’essayer une paire de skis, un vêtement ; ou de disposer d’un espace connecté pour pouvoir gérer un problème professionnel urgent en haut des pistes. En restauration d’altitude, il est important d’avoir une offre diversifiée et d’élargir la prestation (garder les skis des clients, les farter pendant leur déjeuner…). 

On parle aujourd’hui beaucoup de la station « quatre saisons ». Pensez-vous que ce soit l’avenir ? 
Ce type de positionnement dépend de ce qu’on peut proposer aux clients comme hébergements ou activités en dehors de la saison d’hiver. C’est lié à la localisation, à la culture locale, aux infrastructures. Ouvrir l’été serait par exemple adapté dans les Aravis, à Samoëns, à Châtel. Mais faire venir des clients à Val Thorens ou à Val d’Isère en intersaison serait beaucoup plus compliqué !

Le dérèglement climatique impacte particulièrement l’environnement montagnard. Pour l’avenir, quelles solutions écologiques vous paraissent compatibles avec les réalités économiques ?  
Quand je suis arrivé à Val d’Isère dans les années 80, on fermait le restaurant au minimum 2 semaines par an en raison des problèmes d’accessibilité liés à l’enneigement et aux tempêtes. Depuis une dizaine d’années, c’est réduit à un jour à peine. Il peut y avoir autant de neige qu’avant, mais désormais il pleut même en haute altitude. Pour diminuer l’empreinte carbone, on pourrait planter des arbres sur les montagnes, ce que je voudrais d’ailleurs faire à Val d’Isère. On peut envisager des chauffages collectifs au bois y compris à l’échelle d’une station, comme c’est le cas à Lech en Autriche, la récupération de l’eau de la fonte des neiges, l’amélioration du traitement des déchets qui sont triés par les restaurants d’altitude, mais finalement collectés en bloc pour être amenés à la déchetterie, etc… On peut aussi miser sur le photovoltaïque qui fonctionne bien en altitude, la géothermie, et pourquoi pas avoir des ratracks électriques…

L’application de mesures environnementales est donc la solution ?
L’écologie -bien pensée et non pas punitive- est indispensable. Il y a plein de choses à faire, on peut toujours s’adapter et il faut trouver des solutions au cas par cas. Mais arrêter l’enneigement artificiel et les remontées mécaniques serait vraiment contre-productif pour les stations à ce jour… 

Photo : Télésiège station Flims-Laax

Béatrice Meynier

Béatrice Meynier

Journaliste SURNOM: du classique Béa au moins conventionnel Chounie. PERSONNAGE DE FICTION: une héroïne qui se baladerait de roman en roman, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre... Sinon l’inventeur de la machine à miniaturisation de voiture pour la mettre dans mon sac à main au lieu de la garer (un vieux fantasme !) OBJET FETICHE: la bague offerte par mes parents pour mes 20 ans. ADAGE: positive attitude. JE GARDE: Raiponce: mes cheveux ! Et 2 ou 3 autres bricoles... JE JETTE: en combien de lignes ? DANS 20 ANS? tout est possible... presse@activmag.fr

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