je pense, donc j’essuie !

16 Jan 2020

mais… fallait demander !

INTRODUIT EN SOCIOLOGIE DANS LES ANNÉES 80, LE CONCEPT DE CHARGE MENTALE CONCERNE CELLES QUI ONT 10 BRAS, 6 JAMBES ET 3 TÊTES. DES SHIVA D’AUJOURD’HUI SWITCHANT ENTRE CHARGES ADMINISTRATIVES, TRAVAIL, TÂCHES MÉNAGÈRES… ET AUTRES.

Elles étaient 3 actives sur 100 en 2012, contre 1 homme actif sur 100, à se plaindre de souffrance psychique au travail. La «charge mentale», syndrome des femmes épuisées d’avoir à penser à tout, concerne aussi bien celles qui travaillent tout en menant une vie de famille, que celles qui sont au foyer.

ON A ENCORE DU CHEMIN

Très souvent surchargées, elles n’ont que peu de temps pour elles, voire pas du tout, elles doivent faire et penser à tout ce que leur conjoint ne gèrera jamais ou rarement. Si d’après l’INSEE, depuis 25 ans, les hommes s’occupent un peu plus de l’éducation des enfants, leur participation aux tâches ménagères, elle, est restée stable, les femmes ayant en charge 71% des tâches ménagères et 65% des tâches parentales. Selon l’Observatoire des inégalités, elles consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques, contre 2 heures pour les hommes.

ETRE ICI ET AILLEURS À LA FOIS

La charge mentale se définit comme le fait de devoir penser à un domaine alors qu’on se trouve physiquement dans un autre. En 1984, la sociologue française Monique Haicault évoque le concept et développe la notion de “deux univers, l’univers professionnel et l’univers domestique, qui coexistent et empiètent l’un sur l’autre”. Nicole Brais, chercheuse de l’Université Laval de Québec, profile la charge mentale comme “un travail de gestion, d’organisation et de planification, à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence.” Bref, il faut faire tourner la boutique ! En mai 2017, la BD d’Emma «Fallait demander» fait le buzz. Une planche culte résume la situation : “T’as pas fait la vaisselle ?” demande-t-elle face à l’évier débordant. “Bah, tu m’as pas demandé”, répond-il depuis la pièce voisine. Parce que l’homme voit en la femme la cheffe de l’organisation logistique de la maison, il attend d’elle qu’elle dispatche les missions. Mais c’est justement ce «penser à… te dire… t’expliquer… te rappeler…» dont les femmes souffrent, parce qu’il rajoute du poids à ce qui est déjà lourd.

EST-CE SI IMPORTANT QUE CELA ?

Plutôt que de dresser des «to do list» aussi effrayantes qu’interminables, la psychiatre Aurélia Schneider propose une «did list» pour faire le compte-rendu exact de toutes les choses faites jour après jour. Sa lecture en provoquera un petit choc, confrontée au «trop» de la journée qui passe pour du banal au quotidien. Autre antidote pour alléger la charge, déconstruire les croyances pour en reconstruire de nouvelles : en prenant tout d’abord conscience des conséquences (sur sa santé, notamment), il s’agit d’en finir avec le sacrifice, le perfectionnisme et la culpabilité, et de trouver le courage de dire qu’on n’a pas besoin de se faire aider, mais plutôt besoin de faire tourner la maison à deux. Attention aussi, aux fins de s’alléger, de ne pas trop anticiper, à force de tout vouloir contrôler, on ne s’arrête jamais. Et puis, il y a un petit exercice de décentration dans le temps qui permet de relativiser : en se demandant quelle importance aura dans 5 ans cet événement ou cette tâche. Instructif !
Jean-Philippe Lachaux, neurobiologiste, suggère que “la charge mentale est un petit cadeau qui vient avec le fait d’être humain”. Messieurs, vous êtes donc aussi concernés !

 

+ d’infos : La charge mentale des femmes… et celle des hommes – Dr Aurélia Schneider – Ed. Larousse
Fallait demander – Emma – www.https://emmaclit.com

 

illustration : Sophie Caquineau

Nolwenn Huyart

Nolwenn Huyart

Chroniqueuse psychologue
SURNOM : Je n’en ai pas… Nolwenn, c’est déjà pas mal… PERSONNAGE DE FICTION : Le Bouddha, mais pas vraiment de fiction OBJET FETICHE : Gwen Ha Du (drapeau breton) et mâlâ (chapelet bouddhiste) ADAGE : «Notre peur la plus profonde n'est pas d'être inadéquats, mais d'être puissants au-delà de toute limite. C'est notre lumière, pas notre part d'ombre, qui nous effraie le plus. Nous nous demandons, qui suis-je pour oser être brillant, magnifique, talentueux, fabuleux? Mais en fait, qui suis-je pour ne pas l'être? » Marianne Williamson JE GARDE : le sourire (intérieur) JE JETTE : l’exigence DANS 20 ANS ? contemplant la Côte de granit rose, inspirant et expirant, moment après moment

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