j’me suis fait griller !!

Il faisait un froid de canard dans ce frigo, et je poireautais depuis des heures, redoutant qu’il ne me pose un lapin. Mais pas question de rester en carafe. C’est à moi de passer à la casserole!

Et puis, ouvrant la porte, la gueule enfarinée, il a finalement ramené sa fraise, un bouquet garni à la main.

J’étais sûre que la mayonnaise prendrait entre nous : il me dévorait des yeux. Là, en deux coups de cuillère à pot, il pouvait me saisir, me ficeler, me fourrer, m’embrocher… Sans robe des champs, je rêvais de lune de miel, qu’on aïoli, qu’il me retourne comme une crêpe, me rentre dans le lard, me braise et balance la sauce! Et ce soir-là, j’avais le cul bordé de nouilles : on était serrés comme des sardines, et beurrés comme des p’tits Lu. On allait bien se fendre la poire!

Mais soudain, j’ai senti qu’il y avait un os… et pas de celui qu’on ronge.

Il était en train de me rouler dans la farine… Allons bon… C’était qui, cette fois? Julienne? Non, partie en Macédoine! Marie? Toujours dans son bain! Madeleine? Sans doute encore à éponger ses larmes. Maïzena? Pitié, elle est gratinée celle-là. Pas cette bonne Franquette quand même ? Une escalope de bas étages, oui… Non, à voir sa bouche en cul de poule, tout mielleux devant son appareil à lui compter fleurette, ça sentait la chair fraîche… Quel fayot ce cœur d’artichaut ! Sans vouloir cracher dans la soupe à la grimace, ni casser du sucre sur son dos, la morue était plate comme une limande ! Pas de quoi prendre le melon…

Mais il a beau avoir de la bouteille, les cheveux poivre et sel et en avoir dans le citron, une fois croque love, plus rien dans la carafe, les jambes en compote, tout juste bon à sucrer les fraises.

Et voilà que cette grande asperge se prenait pour un cordon bleu! Avec ses yeux de merlan frit, il allait finir par faire chou blanc s’il ne revenait pas très vite à ses moutons… S’occuper de mes oignons en l’occurrence, avant que les carottes ne soient cuites et qu’il s’en morde les doigts.

J’aurais dû sentir qu’il allait se noyer dans un verre d’eau. Il n’était pas dans son assiette, c’est clair, et moi, à ce rythme, non plus. Il se mettait la rate au court-bouillon tout seul. Ah, ça pour pédaler dans la choucroute… J’en restais baba!

Et puis ça a tourné en eau de boudin ! Je ne suis pas une poule mouillée, et encore moins le dindon de la farce! Mais pas question de me faire pigeonner. Il commençait à me courir sur le haricot, celui-là, à me laisser mariner! La moutarde me montait sérieusement au nez.

A couteau tiré, il me l’a remué dans la plaie. Ail!!! C’est qu’il n’y allait pas avec le dos de la cuillère! Il a remis le couvert : mais à peine enfournée, il s’est écroulé… et moi je me suis viandée.

Des heures à passer sur le grill, ça sentait drôlement le roussi par ici. On y voyait comme dans une purée de pois. Pour finir, les poulets sont arrivés, ont mis les pieds dans le plat! Ils en avaient plein les basquaises.

Et là, j’en ai gros sur la patate, bonne à ramasser à la petite cuillère. Moi qui pensais me faire dorer la barbaque, je me suis fait griller, oui! Je suis marron. Et il ne m’a même pas tirée… (du feu!)

Le lendemain, bien sûr, les journaux en ont fait leurs choux gras : « Pour surprendre sa belle le soir de la St Valentin, un homme s’est mis aux fourneaux. Il n’aurait visiblement pas fait qu’arroser sa daube, le quinqua s’est assoupi, oubliant son plat sur le feu. La note va être salée… »

Quoi? C’est moi la daube?

Lara Ketterer

Lara Ketterer

Lara Ketterer meneuse de revue SURNOM: enfant, c’était Tatouille, en rapport avec mon prénom... PERSONNAGE DE FICTION: depuis toujours : la femme piège, d’Enki Bilal, une reporter mystérieuse et un peu paumée en 2025... OBJET FETICHE: mon téléphone portable, un vrai doudou que je traîne partout ! ADAGE: vivre sans folie, ce n’est pas raisonnable du tout ! JE GARDE: mes yeux et mon esprit rock, toujours provoc ! JE JETTE: mes coups de blues, ça abime les yeux ! DANS 20 ANS ? Adulte ? presse@activmag.fr

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