le design et son environnement social

8 Avr 2019

Design-moi une conscience

PENDANT PLUSIEURS DÉCENNIES, LA PRÉOCCUPATION PREMIÈRE DU DESIGN, C’ÉTAIT D’ENTRER DANS TOUTES LES VIES, VITE. VITE ET À MOINDRE COÛT. DANS UNE DYNAMIQUE INDUSTRIELLE, ACOQUINÉ À LA CONSOMMATION DE MASSE, IL NE S’EST PAS POSÉ BEAUCOUP DE QUESTIONS SOCIALES OU ENVIRONNEMENTALES. MAIS LES TEMPS CHANGENT…

C’est comme si, à l’image des nouvelles générations, nées dans une époque bouleversée par des questionnements collectifs, le monde du design n’avait plus vraiment le choix. Comme s’il arrêtait de se regarder le nombril pour se faire, lui aussi, l’écho des préoccupations de la société qui l’entoure : la place de chacun, les changements climatiques, les dérives numériques… Comme s’il prenait (enfin ?) conscience du rôle qu’il pourrait jouer pour accompagner ces bouleversements.
La biennale du design qui se tient à St Etienne ce mois-ci se penche sur la thématique. “ME – YOU – NOUS traite d’inclusion dans une ère de divisions, d’individualismes et de peurs vis-à-vis des autres, de la technologie, de la nature et du futur”, explique, en guise d’invitation, Lisa White, la commissaire principale de l’exposition. “Nous devons regarder au-delà de nos propres limites, afin de prendre en compte et comprendre nos voisins, qui ont leur propre vision du monde, et parfois, très différente de la nôtre. Regarder au-delà des bulles du business, de la technologie et du marketing, afin de s’adresser aux personnes, à leurs besoins, leurs désirs et, au-delà, leurs rêves.”
Ça pourrait paraître tout à fait anodin, mais il s’agit presque d’un constat d’échec, une sorte d’aveu de faiblesse : trop concentré sur le beau, le design se serait- il éloigné du bien. Est-il donc en train de se racheter ?

Exposition « Systems not stuff » à la biennale de Saint-Etienne

SYSTÈMES VERT…UEUX

A St Etienne, il prend en tous cas de la profondeur. Lisa White coordonne d’ailleurs plus particulièrement un pan de la Biennale qui en est la preuve : l’exposition «Systems not stuff», axée autour de systèmes de conception, production ou distribution vertueux. Le «Théâtre du Plastique», par exemple, s’intéresse à la prochaine ère du plastique, son recyclage, les alternatives respectueuses de l’environnement composées d’algues ou de mycellium (champignon) et le refus de l’usage unique non biodégradable.
Dans la «Bio factory», l’homme fabrique, mais la nature pousse et fournit le matériau : quand Jen Keane manipule des bactéries pour leur faire faire du tissage mi-crobe mi-textile, Gavin Munro plante des arbres à chaises (http://activmag.fr/toi-mon-toit/full-grown-designer-vert). Quant au lichen de Piero d’Angelo, il colonise les vêtements ou les façades pour métaboliser les dioxydes de soufre ou le nitrogène.

This is grown – Jen Keane, prototype de chaussure fabriqué à base de bactéries

ÇA ROULE ?

La diversité, c’est être invité à la fête ; l’inclusion, c’est être invité à danser”, disait Verna Myers, stratège de l’inclusion. Dans le «Bureau des Inclusions», ce sont les jeunes femmes en fauteuils d’Izzy Wheels (http:http://activmag.fr/toi-mon-toit/izzy-wheels-un-design-joliment-roule), dont les roues sont égayées par des motifs et couleurs vives, qui dansent. Des sans-abris sont, eux, invités par le japonais Tomo Kihara à dialoguer avec les passants, à participer au débat public, et tous les objets du collectif hollandais Social Label sont fabriqués en partenariat avec les équivalents néerlandais de nos Services d’Aide par le Travail (ESAT) ou associations d’insertions. Les conditions d’habiter le monde changent, les questions que se pose le design aussi…

Vaas Social Label, travail en partenariat avec des associations d’insertion

GÊNE ÉTHIQUE

Ce n’est pas le cas cette année, mais on pourrait croiser Gauthier Roussilhe dans les allées de la Biennale. Il a en effet co-dirigé une agence de design à Lyon pendant 5 ans. Pour répondre à toutes les questions qu’il se posait à cette époque, il est aujourd’hui devenu chercheur et travaille sur la responsabilité du designer, son éthique. L’objet le plus symbolique de sa démarche est une arme, imprimée en 3D avec du plastique recyclable : “elle est éco-responsable, mais ça reste une arme à feu. L’idée, c’était de montrer comment les entreprises peuvent s’approprier les discours verts ou solidaires à des fins commerciales”, explique-t-il. Il ne suffit pas de concevoir son produit dans les clous, faut-il encore que la bonne conscience ne s’égare pas en chemin pour ne rester que cosmétique.
Dans «Ethics for design», un documentaire qu’il a réalisé en 2017, il interviewe une douzaine de designers du monde entier. Tous s’interrogent sur leur pratique, font face à leurs contradictions – la tentation de la célébrité, l’étiquette éthique qui n’est que marketing… – et se rejoignent sur une idée : le niveau de responsabilité s’est considérablement accru ces dernières années. Inclusif, écologique, économique, bien dessiné… Ce qu’ils conçoivent aujourd’hui demande de prendre en compte beaucoup de paramètres.

Street debater – Tomo Kihara, inciter le débat entre passants et SDF

RESPONS’HABILITÉ

Pour autant, il n’est pas devenu plus facile de concilier éthique, convictions personnelles et survie financière. Ont-ils, par exemple, le luxe de refuser le projet d’un robot fabriquant des pizzas à Shanghaï, tout en sachant qu’il mettra en péril toute une partie de l’économie locale basée sur les petits boulots ? Ou d’imaginer des bancs sur lesquels les SDF ne pourront plus s’allonger ? «Un designer met son expertise au service des autres, sans être leur serviteur. Dire « non » est une de ses compétences», précise Mike Monteiro, un designer américain auquel se réfère Gauthier Roussilhe. Dans un article destiné aux étudiants en design (1), il pose d’ailleurs la trame d’un code d’éthique du design. Pour lui, le designer est avant tout un être humain qui doit répondre de ses actes : «On ne peut pas feindre l’étonnement quand une arme que nous avons dessinée tue quelqu’un, qu’une base de données que nous avons imaginée pour cataloguer les immigrants serve à les renvoyer chez eux».
Pour Gauthier Roussilhe, l’époque est propice à la création de nouveaux schémas de pensée, il voit donc encore plus loin : “avec le réchauffement climatique, à quoi sert d’imaginer des services dont on sait qu’ils sont dénués de bon sens au vu des conditions de vie futures et des réserves d’énergie ? A quoi bon booster le numérique, developer des sites hyper consommateurs en énergie, alors que très bientôt, on risque de ne plus avoir les ressources pour s’en servir ? A mon sens, l’enjeu principal, pour les designers français, c’est de sortir des imaginaires de la Silicon Valley, ultra technologiques, qui ne sont la vision que d’une seule culture, la culture américaine. Le design travaille sur la vie quotidienne des gens, en pensant une chaise, une théière ou un site web, il a donc la possibilité d’ouvrir vers des imaginaires différents, d’autres façons de voir le monde.
Le monde du design est-il donc en train de dessiner les contours de sa propre conscience ? «Nous sommes en tous cas dans l’obligation d’avoir une pratique beaucoup plus complexe, résume Gauthier Roussilhe, car les pressions à venir vont être plus importantes. A l’heure où le design fait surtout la promotion du consumérisme et du productivisme, il est urgent de repenser sa mission. A défaut d’avoir une conscience, il peut au moins se poser les bonnes questions…»

(1) A Designer’s Code of Ethics – Mike Monteiro – Medium – Juillet 2017

 

Plus d’infos : Biennale Internationale du Design 2019 – jusqu’au 22 Avril. Cité du Design à St Etienne

http://biennale-design.com

 

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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