Maison d’hôtes : La divine comédie à avignon

8 Avr 2022

CÔTÉ JARDIN

S’il y a bien un endroit où la comédie est une chose extrêmement sérieuse, c’est à Avignon. Alors tapons trois coups, prenons la direction de la ville-théâtre et franchissons ses remparts pour lever le rideau sur une maison au décor opulent, dans laquelle le jardin ne joue pas les figurants.

Les portes cochères sont souvent des promesses de surprise. Une fois leurs lourds vantaux de bois entrouverts, elles révèlent des pépites jalousement préservées des regards passants. Dans le cœur de la Cité des Papes, à deux pas du Palais du même nom, cette porte-là est imposante, mais plutôt simple, d’un gris foncé moderne, très haute et surmontée de balustres. Rien, dans sa sobriété, ne laisse deviner la luxuriance du jardin qu’elle abrite : 2600 m2 de vert en camaïeu, une centaine d’essences différentes et quatre gigantesques platanes séculaires dont la canopée filtre les rayons du soleil provençal. “On a acheté la maison pour le jardin, c’est la pièce principale”, confie Gilles Jauffret, décorateur d’intérieur et propriétaire des lieux depuis 2010. “On a gardé les platanes, qui sont protégés, mais on a enlevé tout le reste.


Cet éden a ensuite été réaménagé en plusieurs espaces, pensés comme autant de niches d’intimité : “ma définition du luxe, c’est de ne pas être les uns sur les autres. Par exemple, je voulais un bassin de nage à l’abri des regards, mais on peut également être tranquille sur la terrasse de l’orange- rie, et la folie [ndlr : petite construction ornementale, parfois romantique, souvent atypique ou extravagante, qui sert d’articulation dans une composition paysagère, ici inspirée par une lampe arabe du XIXe siècle] qui abrite l’espace bien-être, a été conçue pour n’accueillir que deux personnes. Mais il y a aussi, bien sûr, tout ce qu’on attend d’un jardin : les couleurs, les odeurs, avec du jasmin, des lauriers-fleurs, des roses… et les sons. La ville d’Avignon est bercée par ses cloches, et là dans le jardin, il y a toujours, en fond, le bruit de l’eau qui coule et du vent dans la bambouseraie.”

ENTRER DANS LA LUMIÈRE

De l’espace, de la végétation, du soleil, c’est ce que cherchaient Gilles et son ami Amaury en quittant Paris. Tout en restant à distance raisonnable de cette capitale qui les passionne. Quand ils rencontrent la maison –car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une rencontre– elle est quasiment à l’abandon, après avoir longtemps abrité les salles de classe d’une école de langues. Les murs datent des XVIIIe et XIXe siècle, il faut la repenser entièrement, décloisonner, faire entrer la lumière. “On a commencé par ré-ouvrir la maison sur le jardin. Dans l’ancienne salle-à-manger devenue salon, seule pièce gardée en l’état avec ses passe-plats et ses trumeaux [ndlr : espaces peints] au-dessus des portes, nous avons enlevé les fenêtres et mis des portes-fenêtres. Mais nous les avons ré-utilisées pour délimiter les espaces dans les suites à l’étage.” Ils échangent ensuite l’unique ouverture du jardin d’hiver contre de grandes verrières, dont les carreaux, imitant le verre ancien, donnent le sentiment d’avoir toujours été là. “Tout doit paraître naturel, mais tout est calculé”, sourit Gilles. “Chaque élément a la même force décorative, les couloirs, par exemple, ont autant d’importance que les pièces.”

UN DÉCOR QUI A DU CHIEN

Une verrière, ils en découpent aussi une dans le toit, afin qu’elle éclaire, de manière zénithale la cage d’escalier centrale. Un patchwork de plus de 200 peintures et gravures y racontent Avignon entre les XVIe et XIXe siècles. Ce sont également des toiles, et la passion pour les objets de ces deux grands collectionneurs, qui ont guidé la décoration des cinq suites : des lithographies du Bosphore et des malles anciennes dans la suite Consul ; des gouaches du Vésuve en éruption et un baldaquin majestueux dans la suite Naples ; des vues de la cité lacustre et des fauteuils coquille seventies dans la suite Venise ; des toiles orientalistes et un spectaculaire lit rond dans la suite Aphrodite ou d’anciennes maquettes de bateaux chez Anatole.
Mais tout bouge tout le temps, le décor change en permanence. Et curieusement, je n’aime pas la déco”, ironise Gilles, “je suis entouré d’objets de compagnie, aucun n’est là « pour faire bien ». Tous, au même titre que les tableaux, correspondent à une rencontre, un souvenir, un moment.” Dans une recherche permanente de « justesse et d’équilibre », œuvres contemporaines et morceaux d’histoire se côtoient donc, comme le font aussi les animaux, vrais ou faux. Éléphanteau, buffle ou singes dialoguent avec Simone et Gaston, les Chartreux dont le pelage argenté est parfaitement assorti à celui de Théodule, le placide et impeccable Braque de Weimar, toutou à l’élégance aristocratique.

SCÈNE DE VIE

Quand nos hôtes arrivent, ils sont accueillis par le chien, qui est persuadé de connaître tout le monde, et ça désacralise l’ensemble : on se retrouve comme si on se connaissait depuis 20 ans. Nous sommes tous des personnages avec des rôles, des positions, des façons d’être ; je voulais donc que ce lieu soit un décor de théâtre, car la vie est une scène de théâtre et nous jouons en permanence une douce comédie.” Divine ici, en référence au célèbre poème de Dante. Un voyage entre l’enfer et le paradis, guidé par la raison et la foi, métaphore de cette aventure avignonnaise ? “7 ans de travaux, 7 ans d’emmerdes ! On a refait 90% des espaces intérieurs et, à l’extérieur, on n’a gardé que 10 arbres, on est donc passés par des étapes compliquées…
Mais parce qu’un dénouement heureux, c’est le propre de la comédie : “on a une chance inouïe. Recevoir, c’est une passion. Nous aimons que les gens se sentent bien : on ne se pose pas de question quand on est bien, tout est naturel. Chacun arrive avec un objectif différent, seul ou en amoureux, les étrangers pour visiter la région, les Français pour profiter de la maison. C’est un lieu de rencontres, et les rencontres humaines, c’est essentiel, c’est ce qui nous nourrit.

+ d’infos : http://la-divine-comedie.com

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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