Mec plus-ultra : David Foenkinos

18 Déc 2020

Lignes de vie

Accro à l’écriture comme à une drogue dure, David Foenkinos promène sa plume tout en délicatesse sur les sentiers de l’âme. entre légèreté, humour et drame, cet amoureux des lettres se livre à demi mots…

La première fois que j’ai vu David Foenkinos, c’était au supermarché. Au rayon livres, histoire d’être à la page. En route pour le festival littéraire de Val-d’Isère, l’écrivain quarantenaire avait fait halte avec son ado(rable) pour une séance de dédicaces et une interview destinée à la presse locale. Nichés entre deux couvertures, on a évoqué la maladie cardiaque qui lui a donné le cœur d’écrire, le succès de son roman La Délicatesse, son obsession pour l’artiste Charlotte Salomon, ses scénarios pour le théâtre et le cinéma, ses prix littéraires… Ce fut un moment suspendu, chaleureux, une de ces belles rencontres qui laissent au fond du cœur un petit concentré de bonheur. Six ans plus tard, David a, en rayons, son 18e roman « La famille Martin », la réalisation d’un film et la préparation de la tournée de sa pièce de théâtre « 10 ans après » (dates en Suisse début 2021).
Et moi, la tête emplie de souvenirs, j’attends déjà la prochaine fois…

Activmag : David, pour rester dans la thématique de ce numéro anniversaire, où en étiez-vous à 30 ans ? Comment était cette période de votre existence ?
David Foenkinos : J’ai eu un moment de bascule très fort dans ma vie : à l’âge de 36 ans, avec le succès de « La délicatesse » qui m’a donné la grande liberté de pouvoir faire ce que j’aimais. Avant cela, je n’imaginais pas que je pourrais vivre de l’écriture. J’étais un peu dans la fragilité, l’incertitude. Mais c’était aussi une époque d’insouciance. Paradoxalement, je trouve qu’il y a des périodes qui peuvent paraître inquiétantes, dans l’idée qu’on ne sait pas ce qu’on va devenir, mais qu’on traverse finalement avec beaucoup de bonheur. Et à 30 ans, je venais d’avoir Victor, mon premier enfant, dont je me suis beaucoup occupé. Cela correspondait à un désir très fort de paternité, que j’ai également eu pour ma fille (5 ans).

En quoi cette paternité est-t-elle importante pour vous ?
J’adore en fait l’idée de la transmission, la puissance affective que peut représenter la paternité. C’est difficile de définir pourquoi on a un désir. Et au fond, j’adore cette idée qu’il y ait plein de choses qui nous traversent dans la vie, qui apparaissent comme des nécessités, des besoins, et qu’on n’identifie pas vraiment. Je ne suis pas pour la clarté en toutes choses. J’aime bien l’idée d’avoir des sensations, des intuitions qui me paraissent un peu étranges, mystérieuses… Et je n’ai pas besoin de réponse. Je suis plutôt excité par le questionnement, par l’idée de laisser libre cours à une sensation plutôt qu’à une pensée intellectuelle.

C’est peut-être ce qui a fait que vous êtes devenu écrivain. Quand avez-vous su que vous étiez fait pour ça ?
Je ne me suis pas formulé les choses comme ça. J’ai beaucoup aimé la peinture, j’ai fait des études de musique. Je pense que j’ai longtemps cherché une sorte de nourriture émotionnelle. A un moment donné, je ne sais pas pourquoi – peut-être que c’était mon destin – les livres ont changé ma vie. J’ai été bouleversé par la lecture. J’ai commencé à être sensible aux mots. Je me suis mis à écrire et c’est devenu un besoin de plus en plus vital. Vers 16-18 ans, j’ai senti que je ne pourrais pas vivre sans être accompagné par les mots. Après, j’ai développé la fiction, le désir de raconter des histoires. J’ai eu une sorte de nécessité de m’échapper de moi-même, comme un adultère à ma personnalité. Et c’est devenu vital d’avoir ces moments où je pouvais me quitter. C’est devenu une sorte de drogue, même si parfois c’est dur. J’ai besoin d’être en permanence dans l’écriture et dans la nourriture que cela me procure.

Sur le tournage de Jalouse, les frères Foenkinos et Karin Viard

Mais apparemment pas dans l’autobiographique ?
Je n’écris pas pour me comprendre ou pour parler de moi. Même dans ma sphère privée, je ne suis pas quelqu’un qui ait un grand besoin de me raconter. La littérature a toujours été un vecteur de voyage hors de moi-même. Mais j’adore l’idée que la fiction puisse avoir un écho avec sa propre vie.

J’ai eu une sorte de nécessité de m’échapper de moi-même,
comme un adultère à ma personnalité.


Juste un écho ou plus que ça ?
Dans « La Famille Martin » notamment, je joue beaucoup avec l’idée de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. Il y a un mélange de tout ça, mais je suis plutôt un écrivain de fiction. Le livre dans lequel j’ai le plus parlé de moi, c’est sans doute « Charlotte ». Je trouvais qu’on ne pouvait pas évoquer son admiration pour une personne sans expliquer pourquoi elle vous touche personnellement
.
Quels sont les thèmes qui vous inspirent ?
Dans « La Famille Martin », ils y sont tous. C’est un livre que j’ai voulu ludique sur l’écriture, sur la notion de soumission qu’on a au divertissement. Il y a l’idée de rater des choses, d’essayer de les rattraper, la seconde chance, la pression professionnelle, les psychopathes qui vous gâchent la vie, la tragique usure du couple, le fait de tenter de s’accommoder de ses désirs, l’angoisse des adolescents de savoir ce qu’ils vont devenir, la dépossession des personnes âgées quand on décide pour elles… Dans mes livres et mes films, il y a toujours l’aller-retour permanent entre des choses graves et des choses légères.

En effet, même si elle est empreinte de gravité, votre écriture tend souvent vers la légèreté. Pour vous l’humour sauve de tout ?
J’ai besoin d’humour, de dédramatiser les choses complexes. J’ai besoin de la légèreté, de cette pudeur, de cette politesse. J’aime les gens qui me font rire, les gens que j’admire me font rire. Pour moi, l’humour est la plus grande qualité. Ça ne m’empêche pas d’être très premier degré quand je parle de choses graves. Je ne suis pas pour la pirouette permanente, pour le détachement en toutes choses. J’aime être sérieux, réfléchir aux choses sérieuses, mais j’ai besoin qu’on ne soit pas toujours dans l’excessive posture du drame.

Les frères Foenkinos, jean-Paul Rouve et Karin Viard

Le livre que vous avez préféré créer est de quel registre ?
Mon livre le plus important, c’est « Charlotte  ». J’ai fait beaucoup de recherches sur elle, ça a été passionnant et elle me fascine encore. Mais celui que j’ai préféré écrire c’est « La Famille Martin », parce que j’ai tout fait pour qu’il soit amusant, et je me suis vraiment amusé à l’écrire.

Vous écrivez aussi pour le cinéma, comme en témoigne votre actualité. C’est un domaine qui vous attire de plus en plus ?
Je viens de terminer « Les fantasmes », une comédie sur les fantasmes sexuels qui devrait sortir à l’automne prochain. C’est le troisième film co-écrit et réalisé avec mon frère. On s’est bien amusés avec les acteurs : Jean-Paul Rouve, Karine Viard, Carole Bouquet… Mais je ne peux pas dire que le cinéma m’attire plus que ma vie littéraire. Je ne pourrais pas me passer d’écrire. Ecrire, c’est toute ma vie. Même quand j’écris un film, c’est pour moi une forme d’écriture visuelle. Ce qui est magnifique dans le tournage d’un film, c’est que c’est collectif. C’est un grand luxe pour moi d’avoir la chance tous les 2 à 3 ans de sortir de ma bulle d’écrivain et de travailler en équipe.

Réaliser des films est aussi l’occasion de collaborer avec votre frère Stéphane…
Au-delà du fait que ce soit mon frère, c’est surtout que nous sommes extrêmement complémentaires. C’est totalement harmonieux entre nous sur un plateau et c’est vraiment étrange, parce que nous ne sommes pas du tout issus d’un milieu culturel. Je me suis mis à lire à 16 ans après une grave maladie. Mon frère a fait du théâtre et il est devenu directeur de casting. Il sait travailler avec les acteurs, moi c’est l’écriture. On s’est retrouvés un peu par hasard en capacité de faire des films ensemble.

Vous vous êtes écrit une lettre à vous même à l’issue du confinement de début d’année. Que diriez-vous aujourd’hui à celui que vous étiez à 30 ans ?
A 30 ans, je me disais que j’étais heureux d’avoir accompli ce que j’avais pu faire. Publier des romans alors qu’il n’y avait pas de livres chez moi. J’avais le sentiment d’aller vers un chemin qui m’attendait. 16 ans plus tard, je le pense plus que jamais.

© Stephane Grangier – Corbis/ Getty Images / © Francesca Mantovani – Ed. Gallimard / DR

+ d’infos : A lire : « La famille Martin » de David Foenkinos aux éditions Gallimard

Béatrice Meynier

Béatrice Meynier

Journaliste SURNOM: du classique Béa au moins conventionnel Chounie. PERSONNAGE DE FICTION: une héroïne qui se baladerait de roman en roman, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre... Sinon l’inventeur de la machine à miniaturisation de voiture pour la mettre dans mon sac à main au lieu de la garer (un vieux fantasme !) OBJET FETICHE: la bague offerte par mes parents pour mes 20 ans. ADAGE: positive attitude. JE GARDE: Raiponce: mes cheveux ! Et 2 ou 3 autres bricoles... JE JETTE: en combien de lignes ? DANS 20 ANS? tout est possible... presse@activmag.fr

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