Mec plus-ultra : Olivier Norek

A (h)auteur de flic

Oubliez le cliché du policier qui tape son rapport à deux doigts, la langue tirée, alternant les blagues potaches et les fautes d’orthographe. Olivier Norek lui, est toujours officier, mais ce sont les romans noirs qu’il aime dégainer.

Le regard est doux, la voix aussi. Son truc à lui, ce ne sont pas les descentes musclées façon BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention), mais plutôt l’écoute et l’empathie, au sein de la Police Judiciaire de Seine-Saint-Denis. Pendant des années, Olivier Norek interroge, enquête, vit au rythme de ce département dont le taux de criminalité est 20% au dessus de la moyenne nationale. Agressions sexuelles, enlèvements, braquages… Il y a 8 ans, il décide d’en faire autre chose que des procès verbaux, de transposer son quotidien en une fiction ultra réaliste. Dans Code 93, son premier livre, les flics ne trimballent pas leurs névroses en holster, ce ne sont pas des têtes brûlées et la folie meurtrière est expliquée. Ni noir, ni blanc, c’est sombre, violent et haletant.
Cinq bouquins et 700 000 exemplaires vendus plus tard, le Capitaine Norek, en disponibilité de la SDPJ 93 pour deux ans encore, fait partie des incontournables du polar français. Mais au-delà du suspense, ses livres sont traversés par des thèmes d’actualité. “Pour se renouveler, ne pas se cannibaliser, le polar a besoin de ce qui se passe aujourd’hui. Bientôt, on y trouvera des gilets jaunes, Notre-Dame en train de brûler, des personnages masqués …” et la pollution. Cet assassin en série, le plus efficace du monde, est d’ailleurs au centre d’Impact, dernier ouvrage en date de celui dont les héros sont Bertrand Piccard, créateur de l’avion solaire Solar Impulse, ou Benjamin Laredo, étudiant ingénieur dont le projet de barrages pourrait fournir la France en énergie 100% renouvelable. Succès ou pas, Olivier Norek devra bientôt choisir définitivement entre l’insigne et le clavier, la fiction et la réalité. Mais cette page, il n’a pas l’air tout à fait prêt à la tourner…

Activmag : Vos 30 ans, c’était plutôt une période heureuse, positive, stressante pour vous ?
Olivier Norek : Très heureuse. 2005, c’est l’année où je passe le concours d’officier de police, le moment où je me dis que je peux faire mieux, avoir plus de responsabilités, des affaires et des enquêtes plus intéressantes… A 30 ans, on se dit : “voilà ça y est, j’ai construit quelque chose, je suis sur un chemin qui peut me faire traverser les 10-20 prochaines années sans souci”. Mais est-ce que, pour autant, je suis heureux de ça ? Est-ce que ça me va ? Est-ce que c’est assez ? Parce qu’il n’y n’aura pas de seconde chance… C’est terrorisant de se dire qu’à chaque choix qu’on fait, c’est surtout beaucoup d’autres qu’on ne fait pas. Ça me fout la trouille, alors quand j’ai l’impression d’avoir fait le tour de quelque chose, j’essaie de me demander vers où je peux aller. Là, j’étais gardien de la Paix et je n’ai pas voulu m’endormir, je suis passé officier. 10 ans plus tard, on m’a proposé d’écrire des bouquins, de perdre mon job, mon salaire, de tout recommencer à 40 piges. J’étais heureux, mais je savais que je pouvais l’être différemment, avoir une nouvelle vie, en étant auteur cette fois-ci.

Le fait d’écrire, c’est multiplier les choix, vivre plusieurs vies finalement…
C’est totalement ça. C’est comme quand on a une voiture en leasing, tous les trois ans, on peut en changer. Ma vie elle est en leasing aussi. Quand je prends un sujet pour un bouquin, il faut que je m’immerge totalement, que j’aille sur place, que je rencontre les gens, que je vive un peu leur vie pendant un an et demie. Pour « Surface », qui se passe à la campagne, avec des villages inondés par des barrages, une flic défigurée, je suis allé voir des villages engloutis et des hôpitaux qui s’occupaient des gueules cassées. Quand j’ai écris « Entre deux mondes », une enquête dans la jungle de Calais, j’y ai vécu pendant plusieurs semaines, dans la partie du camp soudanais, avec les Syriens, les Erythréens, les Afghans. Et si mon prochain sujet se passe au Groenland ou en Antarctique, je pendrai l’avion et j’irai vivre là-bas, pour pouvoir goûter, sentir, toucher les choses. Je vis ces 1000 vies différentes.

Y’a-t-il des qualités communes entre un flic et un écrivain ?
Je ne sais pas faire de généralités, mais des qualités communes entre le flic que j’étais et l’écrivain que je suis, oui, c’est une certitude. L’enquête déjà. Quand on écrit un livre, on a le sujet, les personnages et puis il va falloir créer l’enquête, aller chercher des informations, partir du principe qu’on ne sait pas et rencontrer les gens dont c’est le métier. On fait la même chose que quand on est policier, on prend des consultants et des experts en balistique, en sang, en toxicologie, en comptabilité… pour être sûr et certain que notre enquête soit parfaitement étayée, que notre roman soit parfaitement architecturé. Et quand j’étais flic, sur les cas un peu compliqués, on faisait ce qu’on appelle un tableau criminel, un « criminal board » pour faire plus classe. Ça nous permet d’avoir une image rapide de toutes les personnes mises en causes, toutes les victimes, avec des flèches, des points d’interrogations, des questionnements, etc… J’ai exactement la même chose dans mon appartement, un grand tableau blanc qui prend les 3/4 de mon mur principal et sur lequel je colle des photos des lieux ou des gens dont je parle, des entrefilets de presse, des questions et des réponses reliées les unes aux autres, pour avoir une radiographie complète de mon livre avant même d’écrire les premiers mots.

Est-ce que la réalité que vous avez connue a déjà dépassé la fiction que vous écrivez ?
Toujours. Il y a même des choses qu’on ne peut pas raconter, dans leur violence, leur incongruité, leur cocasserie… De toute façon, le roman policier se nourrit des faits d’hiver, de ce qui se passe, donc à moins que ce soit un peu caricaturé, on n’est jamais vraiment très loin de la réalité et des faits. Le seul truc qui n’existe pas chez nous, c’est les serial killers qui tuent 14 personnes en fonction de la lune ou du signe zodiacal, ça c’est très américain !

J’ai une vision de l’homme qui est celle du policier,
je vois celui qui tue, qui agresse, qui ment, donc c’est un peu biaisé.
Je me force à me répéter que parfois, l’homme peut être bon…

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Que ce soit Victor Costes dans la trilogie dont il est le personnage principal, ou Noémie Chastain dans « Surface », vos héros ont une vision désabusée de la nature humaine. Est-ce que c’est inévitable quand on est flic ? Est-ce que c’est votre cas ?
Je sais pas si c’est inévitable, mais quand votre quotidien, c’est ce que l’homme recèle de pire ; que l’autre ne vient vers vous que quand il est en situation de faiblesse, de cassure, quand il est blessé ou trahi ; quand vous ne voyez que les résultats d’un dérapage ou d’une ligne de vie qui a été brisée, au bout d’un moment, oui, vous commencez à avoir un préjugé. Quand je rencontre quelqu’un, je me demande de quelle manière il pourrait me décevoir ou me faire du mal, parce que c’est ce que j’ai vu pendant 18 ans. J’ai une vision de l’homme qui est une vision de policier, je vois celui qui tue, qui agresse, qui ment, donc c’est un peu biaisé. Mais j’en ai conscience. Je me force aussi à me répéter que parfois, l’homme peut être bon, que les choses peuvent bien se passer, mais malheureusement pour un flic, c’est plus compliqué de faire ce constat. Il faut qu’on fasse trois pas en arrière pour y arriver.

Malgré cette méfiance que vous pouvez éprouver envers le genre humain, est-ce qu’il y a des hommes qui vous ont accompagné, qui ont été importants ?
Il y en a deux, ce sont deux hommes qui m’ont fait confiance. Quand j’avais 17 ans, juste avant de rentrer à la fac, je me suis dit : “ça y est, tu vas faire tes études, devenir avocat, et après c’est torché, tu vas avoir 70 piges, et tu n’auras rien vu passer. Il faut que tu prennes le pouls de la planète et que tu ailles voir un peu ailleurs ce qui se passe”. Et j’ai voulu faire de l’humanitaire. Je suis allé voir le patron de Pharmaciens sans Frontière (PSF), Jean-Louis Machuron, il m’a regardé, avec mon visage encore un peu ingrat d’ado, et il n’a pas eu peur. Il m’a envoyé sur une première mission à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, où j’ai participé à la réhabilitation d’un hôpital et puis sur des missions un peu plus complexes, en ex-Yougoslavie, en Croatie en plein milieu de la guerre des Balkans, où on faisait des apports en médicaments à côté des zones de front et dans les camps de réfugiés. J’ai vécu deux années terribles, mais magnifiques dans cette association. Avec cette expérience, j’ai réalisé que je ne serais heureux qu’en faisant quelque chose de dirigé vers l’autre. C’est pour ça que je suis devenu flic. Quelques années plus tard, je suis flic et je gagne la 3e place d’un concours de nouvelles. Je rencontre plusieurs maisons d’édition, mais les choses ne démarrent pas vraiment et je suis contacté par Michel Lafon. Il ne me connaissait absolument pas, il avait lu trois pages de ce que je savais faire. On a déjeuné ensemble, je lui ai raconté des histoires, il m’a dit : “ça m’intéresse, je te donne une chance.” Il m’a quasiment financé une année pour que je sois libre d’écrire un bouquin ! Je pense que ça n’arrive à personne ça. Donc j’ai eu une chance incroyable, encore, de rencontrer un homme qui m’a fait confiance.

Est-ce qu’on reverra Victor Costes ou sa carrière est terminée ?
Non, on le reverra, mais c’est lui qui va décider si l’enquête que je lui propose lui convient. Quand j’ai imaginé l’histoire de «  Surface  », cette disparition de 3 enfants il y a 25 ans, un « cold case », je ne voulais pas créer de nouveau personnage, alors je lui ai demandé si ça l’intéressait, une enquête à la campagne. Il m’a répondu très clairement : “Olivier, la campagne, qu’est-ce que tu veux que j’aille foutre là-bas ? Je suis un urbain, moi, je vis dans le 93, je connais les arcanes et les secrets des banlieues, là je vais être complètement perdu”. Donc j’attends une enquête qui soit à sa hauteur, mais surtout à la hauteur de son retour. Parce que si on fait un numéro 4, il faut vraiment avoir quelque chose à raconter. Je préfère même laisser passer l’occasion, plutôt que de le faire n’importe comment. Parce que si Costes revient, ça va déménager sévère, il ne revient pas gratis !

© Pauline Darley / © Bruno Chabert

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Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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