mode : livy

3 Avr 2021

A la force des bra*

*soutien-gorge en anglais – on le retrouve d’ailleurs dans le néologisme français « bralette », ce soutien-gorge léger sans armatures, alternative sexy à la brassière.

Pour affirmer sa féminité, on peut prendre les armatures, hurler à soutien-gorge déployé, jouer les gros bonnets ou monter sur le string… Lisa Chavy, elle, créatrice de la marque de lingerie Livy, fait plutôt dans la dentelle.

Lisa Chavy

Un tigre brodé au bas des reins pour un effet tatouage, des liens de passementerie et des anneaux en métal inspirés du bondage ou la chaîne dorée d’un harnais bijou, touche raffinée d’un look pointu et sauvage… Pour Lisa Chavy, la lingerie n’est pas qu’une simple pièce de tissu réduite à sa fonction de maintien, mais un accessoire de mode à part entière. « Aujourd’hui entre l’importance du mouvement nobra – qui consiste à libérer sa poitrine de l’oppression du soutien-gorge – et la chirurgie esthétique, grâce à laquelle les femmes, qui en ont les moyens, peuvent faire ce qu’elles veulent, notamment la réduction mammaire, le maintien n’est plus vraiment un sujet et on porte de la lingerie parce qu’on la trouve belle.

Pourquoi, depuis toujours en lingerie, on pense deux bretelles et une armature, c’est tellement dommage de s’être limité à ça…

Dès qu’elle a planté une aiguille dans le textile, cette Mâconnaise savait qu’elle manipulerait dentelle, corset et bonnets. “J’avais une poitrine forte et je ne trouvais pas ce que je voulais, très vite, j’ai donc eu envie de proposer des choses pour toutes les tailles et toutes les envies. Mais j’aime aussi la lingerie parce que c’est proche du corps des femmes, de leurs sentiments et puis parce que c’est très personnel : on ne sait pas ce qu’elles portent, il y a un côté assez mystérieux.” Lisa Chavy l’avoue aussi, elle aime la complication, le petit, le minutieux : “j’ai fait un bac scientifique, j’adore les maths, et dans la lingerie, il faut beaucoup de fournitures avec un assemblage au millimètre près.

©Dimitri Coste

ESPRITS DE CORPS

Très jeune, d’ailleurs, elle se passionne pour les pièces vintage, qu’elle trouve notamment dans une boutique des Puces de St-Ouen tenue par Ghislaine Rayer, la plus grande collectionneuse de maillots de bain au monde – elle en possède plus de 500 modèles -, devenue son amie. “A l’origine, la lingerie était confectionnée sur mesure, par des corsetiers, pour des gens qui avaient de l’argent. Chaque modèle ancien est donc une pièce unique, sublime, avec des broderies faites à la main.” Comme ce corset rouge d’une prostituée du XVIIIe siècle, rarissime : considérées comme des objets du vice et du péché, ces pièces étaient généralement brûlées. “J’aime les collectionner, m’en inspirer mais aussi les couper, les regarder, voir comment elles sont faites, pour faire avancer la science ! Après, j’adore aussi tout ce qui est soutien-gorge, avec une mono-armature notamment, c’est de là qu’est partie Livy”.

©Dimitri Coste

PLUS BELLE LIVY

Li-vy, contraction de ses prénom et nom, est née il y a cinq ans. Lisa est alors directrice de style pour Undiz, la filiale d’Etam destinée aux 15-25 ans. Mais avant de rejoindre le groupe français, c’est pour le spécialiste tricolore de la lingerie de luxe, qu’elle déclinait, en sous-vêtements, les créations des plus grands couturiers : Dior, Lacroix, John Galliano… “On avait accès à toutes les dernières pièces de défilé, leurs imprimés, leurs couleurs, à partir desquels on dessinait des modèles. Mais la lingerie restait toujours le dernier petit truc, et on dépendait de leurs exigences. Moi, j’avais envie d’aller plus loin, de m’exprimer par moi-même et de voir plus grand.
En arrivant chez Etam, en 2007, elle change justement d’échelle, se frotte à l’international et découvre d’autres savoir-faire : “les Chinois, notamment, restent les meilleurs en terme de technique et de qualité d’exécution, personne n’arrive à leur niveau.” Mais fille de commerçants, elle a l’entreprise dans les gènes, et au bout de cinq ans, si elle continue à dessiner les courbes d’Undiz, elle le fait au sein de son propre atelier de création, dernière marche avant le projet qui lui tient à cœur : monter sa marque. Ce qu’elle fait donc en 2016. Le crédo de Livy ? “Du luxe à un prix qui reste accessible, qui puisse descendre dans la rue, pour une femme qui peut faire ses choix, chic un jour, chill le lendemain, et qui a envie de ne pas être comme tout le monde : « tiens si aujourd’hui, je montrais mon dos ? »… Pourquoi, depuis toujours en lingerie, on pense deux bretelles et une armature, c’est tellement dommage de s’être limité à ça…

TOUT FEU, TOUT FEMME

A tout juste 40 ans, Lisa Chavy ne s’arrête jamais. Même en vacances, dans le chalet familial de Megève, où elle retrouve toute sa tribu : « on discute au coin du feu, on refait le monde, mais je ne décroche pas. En fait, je ne suis pas sûre d’en avoir besoin… » Directrice artistique et présidente de sa jeune marque, directrice du style d’Undiz et mère de deux ados, le mot « impossible » n’est pas dans son vocabulaire : « il faut accepter de ne pas tout faire parfaitement et d’avancer sans filet, mais depuis trois ans, je bosse jour et nuit, en n’accordant que peu de temps à tout ce qui est personnel, ce serait donc inconcevable pour moi de revenir vers mes enfants et de leur dire que j’ai échoué, que j’ai fait tous ces sacrifices pour rien. Je veux qu’ils soient fiers de moi. Et mes équipes aussi, je leur ai promis qu’on ferait le tour du monde ensemble et on va le faire ! ».

+ d’infos : http://li-vy.com

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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