on the rhône again : le domaine Vintur

30 Sep 2021

Gentlemen viticulteurs

Il y a 40 ans, dans son guide des vignobles de France, le « Pape du vin » Alexis Lichine consacrait trois chapitres à la Bourgogne, trois au Bordelais et… un paragraphe aux vins « légers et fruités » des Côtes de Ventoux. Deux Anglais sont bien décidés à prouver qu’aujourd’hui, les choses ont changé…

Graham Shore (©Mélanie Lévêque) et James Wood (©Clément Sirieys)

Juillet 2012. Bradley Wiggins est le tout premier Britannique à remporter le Tour de France. Son fair-play lui a surtout permis de gagner le cœur du public et des journalistes : à l’occasion de la 14e étape, dans les Pyrénées, il a en effet ralenti et incité tous les autres coureurs à le faire pour que l’Australien Cadel Evans, son principal adversaire, victime de plusieurs crevaisons successives, puisse rattraper le peloton. Des clous avaient été lancés sur la route, provoquant cette série d’incidents. Critiqué jusque-là, accusé d’agressivité, voire de triche, c’est le désormais «Gentleman» Wiggins qui arrive donc en vainqueur sur les Champs-Elysées une dizaine de jours plus tard. En son hommage, ses compatriotes James Wood et Graham Shore, qui viennent de reprendre un domaine viticole au pied du Mont Ventoux, près de Carpentras, nomment leur cuvée phare «le Gentleman». C’est avec un œil sur l’étape du jour de l’édition 2021 du Tour –on est début juillet– que Graham Shore raconte cette histoire. L’ancien financier, semi-retraité reconverti en vigneron, navigue aujourd’hui entre l’Angleterre et sa Provence d’adoption.

COUP DU SHORE

A la fin des années 90, alors que sa vie professionnelle l’a trimballé des vignes australiennes à celles du Chili, d’Argentine ou de Nouvelle-Zélande, ce passionné de vin pose ses valises entre Manosque et Forcalquier : “je suis tombé amoureux de tout ce qui est provençal, la nourriture, le paysage, les gens, les marchés, l’histoire… J’achetais souvent des vins des Côtes du Luberon ou de la Vallée du Rhône, des vins intéressants, mais qui n’avaient pas la reconnaissance qu’ils méritaient.” Il creuse donc la question, lit beaucoup sur le sujet : “plus vous en savez, plus vous comprenez qu’il y en a encore plus à savoir, et ça, ça correspond bien à ma personnalité”. En parallèle, il se met en quête de vignes.
En 2010, il rachète l’ancien domaine Ribas. Dans les années 60, il avait été l’un des premiers producteurs indépendants, équipé d’un caveau, dans un Ventoux dominé par les coopératives. “J’ai fait les choses à l’envers, car après l’avoir acheté, je me suis dit : quitte à faire du vin, autant savoir comment on le fait. Alors je suis retourné à l’école.” Il s’inscrit donc en viticulture et œnologie à Plumpton, au nord de Brighton. “C’est petit, mais tous les Anglais qui veulent faire du vin finissent à Plumpton, ou connaissent quelqu’un qui en sort, c’est comme une école de commerce, il y a un vrai réseau.” C’est là que son chemin croise celui de James Wood, alors assistant-maitre de chai dans un domaine voisin de celui qu’il vient d’acquérir.

GREEN WOOD

Quadra à la carrure de rugbyman, initié dès son plus jeune âge à l’Hermitage blanc par son père et fan du travail du savoyard Dominique Belluard à Ayze -“mon héros”-, James prend donc la direction des opérations. “Quand on est arrivés, la terre était morte, le sol béton”, explique-t-il. “On a commencé par couper les arbres dans les vignes, arracher, replanter. Ici, la montagne est un peu sauvage, il y a des animaux, de la menthe, du thym, de l’aubépine, les nuits sont fraîches grâce au Mont Ventoux, c’est très bon pour l’acidité… Peu à peu le terroir s’est révélé. Et Shore m’a donné un chèque en blanc.” En 2013, il lance la conversion des vignes en bio, et très vite, pour les critiques, Vintur devient «le domaine sur lequel garder un œil». Vintur ? “Un article expliquait que le nom du Mont Ventoux venait de Vintur, dieu gaulois du feu, de la lumière et de la montagne, aussi appelé Belenos”, raconte Graham Shore. “Je ne pense pas que ce soit vrai… Une des dernières fois que le Tour de France y est monté, ils ont dû arrêter la course plus bas à cause du vent… Vent, Ventoux, ça paraît assez évident. Mais j’aimais ce nom Vintur, il marche aussi bien en français qu’en anglais.

NEW VENTOUX ?

En cave, James Wood multiplie les expériences –“c’est pour ça que je suis ici”, sourit-il– comme avec L’Effervescence, ce pétillant très fin, «prosecco-esque», mariage de Bourboulenc et de Roussanne, ou la cuvée Ariadne, assemblage de 5 millésimes de cépages blancs, élevés en cuves de vieilles vignes. “Faire du bon vin, c’est comme cuisiner”, résume Graham Shore, “il faut avoir des notions de chimie et de la créativité, savoir combiner les deux. Tout en ayant un immense respect pour les traditions et le terroir français, nous essayons donc d’introduire des idées d’un Nouveau Monde. Et quand ça marche, que les gens aiment ce que vous faites, c’est très satisfaisant, c’est même difficile à décrire avec des mots, mais c’est incroyablement épanouissant ! L’appellation Ventoux n’est pas encore très connue, le prix du terrain n’est pas très élevé, ce qui a encouragé pas mal de gens à s’installer, expérimentés ou non, locaux ou non, des gens qui aiment le vin et veulent innover, faire les choses un peu différemment… Et si on commence à faire du bon vin, ça profitera à tous les autres producteurs du Ventoux.” De là à se mettre sur le côté de la route pour attendre qu’ils raccrochent le peloton…

Le Mot de CHARLY

Je suis allé dans le sud-Vaucluse il y a 3 ans, pour une semaine de dégustation avec un ami sommelier de longue date, Daniel Chaussée. On voyait trois vignerons par jour, et puis on s’est arrêtés à Vintur et on est restés plus longtemps que prévu ! James Wood, qui a beaucoup de personnalité, nous a fait goûter plein de choses, mais j’ai été impressionné par la qualité du vin, du Ventoux blanc notamment, Tradition ou Séléné, ils avaient quelque chose de différent, une fraîcheur, une expression… Il y a certainement beaucoup de Clairette dans ses assemblages. Je le recommanderais avec une viande blanche ou un saumon beurre blanc. Depuis cet été, notre chef Christophe Le Digol propose un tartare de veau et de seiche, un terre-mer, qui peut très bien se marier avec la fraîcheur de ce vin.

+ d’infos : http://vintur.fr

Photos : Clément Sirieys

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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