nathan paulin, slackliner

LIGNE A HAUTE TENSION

LE PLUS COURT CHEMIN ENTRE DEUX POINTS ? LA LIGNE DROITE, ON LE SAIT TOUS. MAIS LÀ OÙ NOUS NOUS CONTENTONS SOUVENT DE L’IMAGINER OU DE LA DESSINER, NATHAN PAULIN, LUI, LA SUIT AVEC OPINIÂTRETÉ, DU BOUT DES PIEDS ET SANS BALANCIER.

PAR MÉLANIE MARULLAZ
Image : Massif du Bargy©John Anthoine-Milhomme

Nathan Paulin

Entre les pitons rocheux d’une crique infestée de requins aux Marquises, au-dessus de la Seine pour relier la Tour Eiffel au Trocadéro, ou en frôlant les séracs du glacier d’Argentières… à chaque fois, le chemin est court, certes, mais il n’est pas aisé. En équilibre sur sa slackline, une sangle de 2,5 à 5 cm de large tendue à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres de hauteur, on ne peut pas vraiment dire que Nathan Paulin ait choisi la facilité. Mais qu’attendre d’autre de la part d’un garçon qui, tous les matins, avale le Bargy au petit-déjeuner (1000 mètres de dénivelé), alors que nous n’avons pas encore bu notre 1re goutte de café ? “Ce n’est pas une routine que je m’impose pour la slack, mais c’est un moment de sport intense suivi d’un moment de détente – dès qu’il le peut, il redescend en parapente – et ça me clarifie l’esprit, avant de me mettre devant l’ordinateur, pour gérer l’administratif.” Trop plein d’énergie déchargé, il peut se concentrer.

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Glacier d‘Argentières ©Thomas Savarin

FIL DE SOI

La concentration, voilà ce qui l’a suspendu à son fil. “Mon attention est diffuse, je capte tout ce qui se passe autour de moi, et la slackline, c’est de la méditation, ça captive l’attention, ça prend tout le corps. Quand je prépare une traversée, j’applique des techniques de visualisation, je me projette dans la situation, mais une fois sur la ligne, je ne suis même pas dans le pas d’après, je suis absolument dans le moment présent, à 100% là, ancré dans l’instant.” Nathan est encore au lycée quand il se fait happer par ce dérivé du funambulisme, inventé dans les années 80 par des pratiquants d’escalade qui, comme le mythique Patrick Edlinger, cherchent à travailler leur équilibre. Le jeune Reposerand – habitant du Reposoir, près du Grand Bornand, 74 – est naturellement sportif. Il est rare de ne pas l’être quand on grandit dans une station de ski. Son père, Manceau – habitant du Mans, lis Activmag et deviens, toi aussi, lecteur/-trice avisé(e), expert(e) en gentilés – est tombé amoureux d’une randonneuse haut-savoyarde et… de la montagne. En famille, ils marchent beaucoup, skient tout autant, sans être jamais tentés par la compétition ou la recherche de performances.

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© Thomas Savarin

Mais à l’été 2011, alors que, comme tout ado qui se respecte, Nathan s’ennuie, il tend une sangle entre deux arbres. “Au ras du sol au début, puis sur des distances de plus en plus longues. Au-dessus du vide, c’est une autre pratique, il faut gérer son appréhension. Mais comme je ne faisais que ça, tous les jours, j’ai franchi le pas au bout de trois mois. A partir de là, je ne me suis plus jamais ennuyé. Ça m’a donné un élan, ça m’a permis de m’accomplir.”

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Lac Vert ©Bertrand Delapierre

LIGNE DE VIE

Vite, il devient fort, très fort. Deux ans à peine après ses débuts, il s’attaque à son 1er record mondial. Il en épinglera une dizaine, de longue distance tout court, puis de longue distance au-dessus du vide. En 2017, il franchit les 1662 mètres qui séparent les deux versants du cirque de Navacelles (Occitanie) à 300 mètres au-dessus des toits du hameau de St Maurice. Au-delà du kilomètre – qu’il fut l’un des premiers à parcourir, avec son ami tchèque Danny Menšík – il faut de nouvelles techniques, notamment pour relier départ et arrivée : un 1er fil de pêche est tiré par un drone, qui permet ensuite de tirer des fils de plus en plus épais, et enfin une sangle. Et sur ces distances-là, la traversée dure plus d’une heure… le temps de passer par plusieurs états : “bonheur intense, stress, en fonction des endroits, des imprévus, des conditions. Et quand c’est dur, parfois tu n’as même qu’une seule envie, c’est de tomber. Ce serait plus facile.” Contrairement aux funambules, les slackliners sont assurés.

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Moscou ©Anya Sandler

“Je ne condamne pas ceux qui ne le font pas, si c’est un besoin personnel, je peux le comprendre, mais ça ne me correspond pas. Je n’exploite pas le côté dangereux. Pour moi, l’engagement est quasiment nul, je travaille d’ailleurs avec des bureaux de vérifications, avec qui je fais les installations. Par contre, je ne suis pas pour le show-off et je combats l’adrénaline, parce qu’elle a des effets sur le cœur qui peuvent te rendre moins précis.” La perte de contrôle, l’inconnu, voilà ce qui l’effraie. “Par exemple, je ne me suis jamais détendu pendant la traversée entre deux tours à Moscou. A cause du bruit, de l’ambiance, j’étais terrifié. Les Gorges du Verdon aussi font très peur. L’acclimatation se fait au fur et à mesure, mais elle n’a pas que du bon. Ça peut devenir naturel d’être au bord du vide pendu à une corde, mais tu dois rester vigilant, la peur protège.”

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Massif du Bargy entre la Pointe du Midi et la Pointe Dzérat ©John Anthoine Mihomme

TRAIT D’UNION

L’équipe aussi. Car s’il est seul dans le vide, pour Nathan, il est impossible de pratiquer la slackline en solitaire. “Parfois, la difficulté est plus dans l’installation que dans la traversée elle-même. La traversée n’est en fait que le dernier pas d’une ligne, c’est l’aboutissement, la concrétisation d’un projet.” Et des projets, Nathan en a à la pelle. Il les prépare souvent juste au-dessus de chez lui, au Col de la Colombière ou au-dessus du petit Lac du Carmel du Reposoir. Aujourd’hui, un peu détaché de la course aux records, il aimerait d’ailleurs se concentrer sur le territoire qui l’entoure : une idée de film avec son frère, “on part de la maison et on y revient sans voiture, pour montrer à quel point c’est beau autour, qu’on peut faire beaucoup de choses, parapente, escalade, cascades de glace…” ; une envie de traversées en haute montagne, entre le Refuge du Goûter et l’Aiguille de Bionnassay pour commencer, “un de mes rêves” ; un désir de beau, de sens avec le chorégraphe Rachid Ouramdane, du centre chorégraphique national de Grenoble, “il me fait entrer dans un autre univers, une bulle différente”. Et ça tombe bien, car Nathan, habitué aux horizons dégagés, déteste les milieux fermés. “Il y a quelques années, je faisais tous les festivals de slackline, j’étais censé représenter une communauté, car j’étais très médiatisé. Les gens avaient donc des attentes, mais j’aime les casser. C’est une question d’équilibre : en slackline, on va d’un point A à un point B, on relie des choses différentes, on crée des connections.”

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Glacier d‘Argentières ©Thomas Savarin

UN ENDROIT POUR…

… en prendre plein la vue ?
La vallée blanche à Chamonix, très simple d’accès depuis l’Aiguille du Midi, on à l’impression d’être sur une autre planète.
… buller ?
La piscine du Grand Bornand en souvenir de mon adolescence.
… se dépenser ?
La pointe Percée, une belle balade avec du dénivelé et de la technicité en grimpe l’été, en ski l’hiver.
… faire la fête ?
Le Bobby Bar à Scionzier, une ambiance toujours au rendez-vous et des pizzas délicieuses.
… manger ?
Le Rond de Carotte, un petit restaurant étonnant à Saint-Gervais découvert récemment.
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Le petit Bargy, j’y vais régulièrement à pied pour y décoller en parapente, c’est mon petit paradis à deux pas de la maison.

[social_warfare]
Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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