Alain Voge, vigneron

4 Sep 2020

Fond de terroir

A l’heure où nous imprimons, le décès d’Alain Voge, gronde sur Cornas. Figure incontournable du monde vigneron, il fut un des premiers à voir le potentiel planqué dans les coteaux granitiques du village et c’est toute une région qui boit des bulles à sa santé. Accrochez vos souliers, on a le dévers à traverser.

Par Magali Buy – photos : Clément Sirieys

Et c’est Lionel Fraisse, aux commandes du domaine depuis 2018, qui nous raconte l’épopée fantastique.  Lionel, c’est le Saint Perollais de la bande, comme il dit, l’enfant du pays du village d’à-côté, là où on fait du blanc, mais pas du rouge, de quoi se mélanger les pinceaux. Pas de panique dans l’alambic, le vigneron n’est pas là par hasard non plus, un petit retour aux sources s’impose.

Coup de cep’ette !

En 1958, quand Alain Voge, prend la suite de son père, on ne fait pas que de la vigne et du vin, mais on suit la tradition, depuis 4 générations. Polyculture ardéchoise par excellence, fruits, céréales et animaux se disputent la vedette. Au sortir de la seconde guerre mondiale, Cornas n’est pas considéré comme un grand rouge de la vallée du Rhône nord, célèbre pour ses Ermitages ou Côte-rôties. Plutôt vin de table, il se balade dans les maisons de négoce rhodaniennes, entre Valence et Lyon, avant qu’Alain Voge and co ne soufflent dans le ballon. Auguste Clape, Noël Verset, Joseph Michel ou Marcel Juge, les hommes croient en leur terroir et s’appliquent à replanter le coteau, et vous allez voir ! La production s’annonce nectar, la tâche était pourtant risquée, mais ils ont bien fait d’y croire. Ils s’autonomisent sur la mise en bouteille et marquent leur identité loin de l’effet de masse, Alain Voge part en croisade, son domaine sur son dos, affaire à suivre.

En rouge ET blanc

“Il a pris son bâton de pèlerin et s’est appuyé sur la gastronomie locale, la famille Pic à Valence, les restaurants lyonnais, avant de s’étendre à tout le pays. C’est vraiment lui qui a démarché et propulsé, avec les autres, le Cornas vers ce vin de référence.” Et il aura fallu des décennies pour mener ce projet à bien, avant qu’il ne commence à zieuter… sur St Peray ! “C’est une appellation qui est jumelle du Cornas, puisque c’est tout de suite au sud. C’est ici qu’il a repris un vignoble que je connais très bien… puisque c’est celui de mon oncle !” Aaahh… On y vient, Lionel ! Tout comme Condrieu et Côte-rôtie, St Peray épouse Cornas. Un blanc, un rouge pour un mariage parfait, les jeux sont faits. Enfin pas tout à fait…
De 1825 aux années 1980/90, 80% des terroirs historiques ont disparu. Phylloxera, urbanisation et crise économique ont ratiboisé le secteur. 500 hectares balayés au profit de 45 : un peu plus et l’appellation tombait aux oubliettes ! Ouf ! Mais Les St Peray, plutôt à bulles, ont connu une telle effervescence au 19e, qu’il a fallu ramer pour les ramener à ce niveau de prestige. “Ça toujours été un terroir identitaire, plus complexe et diversifié que Cornas. Et en plein creux de la vague, ce vin champagnisé coûtait plus à produire qu’autre chose, sa qualité avait baissé, on essayait de vendre pas cher pour concurrencer la Clairette de Die ou les crémants, mais rien ne fonctionnait. C’est là que certains, comme Alain, sont intervenus.”

Sos détresse vinifiée

A l’époque, Lionel a 16 ans et la vigne, à St Peray, ne lui donne pas très envie. “Mon oncle, Robert Fraisse, avait un niveau de vie très bas, il fallait qu’il fasse des cerises et des abricots à côté, parce que la vigne ne nourrissait pas.” Et l’homme veut prendre sa retraite, mais sans vendre ses vignes. Son grand ami de toujours, Alain Voge, les prend alors en fermage, il y a matière, c’est sûr. Et quand il a une idée en tête… Il s’aventure sur une pente osée, délaisse les bulles mythiques pour inviter la Bourgogne dans ses cuvées, et travaille la Marsanne – cépage de St Peray –, comme le Chardonnay à Meursault ou à Montrachet. Idée biscornue qui surprend… Et qui fait mouche quand on sait que les vins tranquilles – sans bulle – font partie du patrimoine, et que Saint Peray compte 110 hectares aujourd’hui ! Pas touche !

To the bio

Mais débuts des années 2000, Alain pense sérieusement à se faire épauler. “En 2004, il s’associe à Albéric Mazoyer, ancien œnologue conseil pour la maison Colombo à quelques kilomètres de là. Il prend la direction du domaine et démarre son gros chantier : la conversion complète en bio certifié et en biodynamie.” Les Saint Peray entre 2006 et 2009, les Cornas entre 2013 et 2016, tout le vignoble y passe. Et quand les vignes se convertissent, Lionel aussi… “A cette époque, je suis dans l’édition pédagogique et universitaire. J’ai vécu 10 ans en Champagne, 10 ans à Paris, j’ai fondé une famille, je suis toujours passionné de vin, je viens à St Peray en vacances et tout va bien.” C’est sans compter sur le middle age crisis qui met son grain dans les rouages… Prise de conscience, chamboulement, impression d’avoir fait le tour d’une première vie, à 45 ans, Lionel prend femme et enfants sous le bras et rentre à la maison, et s’il faisait du vin, tiens ?

Eyes Wine shot !

“En 2011, je suis allé voir mon oncle. Les vignes étaient chez Voge, alors on s’est tous assis autour d’une table et on a discuté. Il se trouve qu’ils étaient à la recherche d’un profil comme le mien, un peu polyvalent. Et Alain a été très bienveillant et efficace.” Lionel part deux ans au lycée viticole d’Orange pour un BTS Viti Oeno en alternance, fait son apprentissage au domaine et vogue la galère, ou pas, d’ailleurs : “J’ai un peu essuyé les plâtres. J’avais 45 ans, dans une classe de gamins de 18 à 20 ans. C’était drôle. J’ai été formé par Albéric et Laurent Martin, aujourd’hui mon directeur technique. J’ai beaucoup appris en production, vigne et cave avec lui…” Sa motivation l’emporte et au terme des deux ans, il décroche sa place au domaine Voge et n’en partira plus. Depuis octobre 2018, Lionel Fraisse orchestre la Maison, ses traditions, ses terroirs et ses ceps qui parlent tant. Rouges ou blancs, Vieilles vignes, Les Pérouses, Harmonie ou Fleurs de Crussol, vignes doyennes de 80 ans, ici, une chose est sûre, la vie n’a pas pris une ride, le vin non plus.

d’infos : www.alain-voge.com

Magali Buy

Magali Buy

SURNOM : Mag... (d'ailleurs activ'mag c'est pour moi, non ?) PERSONNAGE DE FICTION : Xéna la guerrière OBJET FETICHE : mon piano, il m’écoute, me répond et me comprend mieux que personne. ADAGE : « si tout le monde sait où tu vas, tu n’arriveras jamais à ta destination. Laisse-les croire que tu dors.» JE GARDE : mon mauvais caractère, ma langue bien pendue, mon cœur ouvert et mes yeux verts JE JETTE : mon insécurité, ma cellulite et ma paranoïa... DANS 20 ANS : la même en pire, si c'est possible !

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