villes thermales : DIVONNE-LES-BAINS

7 Mar 2022

LUXE, CALME ET… CROUPIERS !

L’eau appelle les liquidités, c’est logique… Autour des bains, il s’agit surtout de celles qu’on mise, avant de les perdre ou de rafler le gros lot à une table de jeu. Le casino est un pilier de l’offre thermale, mais à Divonne, il a fini par lui voler la vedette.

De l’eau, il y en a en quantité dans ce village de paysans et d’artisans. La rivière fait tourner plusieurs moulins, dont celui d’une papeterie. C’est dans cet immense bâtiment que seront installés les premiers thermes. “Ici, pas d’utilisation par les Romains, ni d’usage immémorial des eaux : cela change !” constate Marc Boyer, historien spécialisé dans le tourisme*. “Une date d’intervention et un fondateur reconnu : le Dr Paul Vidart, créateur en 1848 du premier établissement.
À cette époque, la majorité des «eaux guérisseuses» sont chaudes, mais le Dr Vidart voit dans les sources froides de Divonne (4 à 6°C, même en plein été), l’opportunité d’appliquer la méthode Priessnitz (douches, bains, compresses et enveloppements froids) pour traiter des maladies nerveuses. Dans la foulée, il ne bâtit pas un casino, mais un théâtre, considérant les représentations comme faisant partie intégrante des traitements, contrairement aux jeux.

Deuxième établissement thermal construit en 1885 et détruit en 1962. (©racontemoidivonne.com)
©Archives départementales de l’Ain, 5 Fi 143-135
Premier établissement thermal, à droite (1850-1885) et le deuxième, au fond (©racontemoidivonne.com)

ENTRÉE DE (BEAU) JEU

Le succès de la station est quasi immédiat, porté notamment par les visites de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon, ou du Khédive Ismaïl Pacha, vice-roi d’Egypte. Pour satisfaire les baigneurs les plus fortunés, Vidart fait construire une villa-château dans le parc thermal, mais l’hôtellerie dans la commune reste relativement modeste jusqu’à la fin du siècle. “L’autre permanence de Divonne”, note Marc Boyer, “c’est son mode de développement concerté et prudent. Tandis que d’autres stations connaissent de forts à-coups, la ville progresse régulièrement, dans une concertation entre les acteurs : thermes, médecins, mairie, auxquels s’ajoutent au XXe siècle les grands hôtels et… le casino”*.
Il faut attendre 1912 pour que ce dernier soit installé, un peu à l’extérieur du village, dans une villa au nom prédestiné : la Villa Beaujeu. À cette époque, un deuxième établissement thermal, luxueux, de style mauresque, se greffe au premier, devenu hôtel et restaurant. Une vingtaine de maisons, chalets ou meublés accueillent les baigneurs. La Villa Vidart, elle, a gagné deux ailes, pour devenir le premier établissement de luxe de Divonne. Elle est suivie par le Grand Hôtel (1901) et le Nouvel Hôtel (1906), dont la fréquentation majoritairement américaine lui vaudra le surnom de «Chicago».

JACKPOT !

À la fin du XIXe siècle, la Société des Bains a ouvert son capital à des investisseurs extérieurs à la famille Vidart. Parmi eux, les Goudart, des diamantaires propriétaires du moulin David -toujours visible au centre du village- qui, transformé en usine électrique, alimentera les thermes et les grands hôtels jusqu’à la fin des années 1990. Sous leur impulsion, après la Première Guerre, de gros investissements sont lancés pour faire de Divonne une station mondaine : un terrain de golf est inauguré en 1931, en même temps que l’hôtel du même nom, bâti en lieu et place de la Villa Vidart.
Cette orientation luxueuse perdure après-guerre, orchestrée par l’ancien résistant Marcel Anthonioz, maire de la ville 30 ans durant. Il transforme le Château de Divonne en hôtel-restaurant de grand standing, entreprend le rachat des biens de la Société des Bains et l’ouverture d’un casino, dans un ancien hôtel en 1954, le premier avait fermé au milieu des années 30. Ce nouvel édifice redessine entièrement le cœur de la commune, il en devient surtout le poumon économique.
Son ouverture correspond au début d’une forte croissance de la population divonnaise, relativement stable depuis plus d’un siècle. La proximité de la Suisse, où les casinos sont longtemps interdits, en fera le 1er de France jusqu’en 2000 ; avec ses 300 salariés il est, aujourd’hui encore, le plus gros employeur du Pays de Gex. Supplantant même les thermes, dont le rôle dans l’économie locale est à l’image de leur situation géographique : ils sont éloignés de la place centrale en 1962 et installés dans un nouveau bâtiment. Bâtiment qui accueille désormais l’Hôtel de Ville et ce, depuis 1990, date à laquelle le complexe thermal a une 4e fois déménagé dans un nouvel établissement, un peu plus éloigné encore.

Casino de Divonne (©mairie de Divonne)

À COURT THERMES

Aujourd’hui, s’il reste encore quelques belles villas”, conclut le maire Vincent Scattolin, “avec la proximité de Genève, la croissance de l’emploi, la forte pression démographique et foncière, on a vu peu à peu disparaître les caractéristiques de la ville thermale. Par le biais d’une charte architecturale, nous voulons donner à la ville un nouvel essor, lié au thermalisme : c’est un travail de dentelle, de matériaux, de détails, comme imposer un jardin devant les nouveaux bâtiments afin de l’aérer, favoriser la présence de l’eau en ville, être attentif aux toitures, remettre des marquises… Nous allons aussi engager la rénovation des thermes, pour faire de cette architecture fonctionnelle des années 80, un endroit chaleureux, accueillant, adapté aux besoins des curistes et aux nouvelles contraintes environnementales. Le tout pour redonner son lustre à la ville.

*Le Thermalisme dans le Grand Sud-Est de la France (Marc Boyer – Presses universitaires de Grenoble – 2005)
Avec l’aide d’Annie Grenard, historienne locale

+ d’infos : http://racontemoidivonne.com

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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