visite de maison… d’acier

2 Nov 2021

STEEL* LOVING YOU

*acier en anglais

Il y a ceux qui donnent corps à leurs impulsions créatives en photo, en sculpture, en dessin ou par l’écriture. Marc Dentand, artiste polyvalent, a exploré la plupart de ces voies. Et à Thonon, il a aussi pensé une maison, un mariage d’acier et de bois, avec une touche d’abstraction.

Embarcadère de Thonon, ambiance balnéaire, embruns, mouettes et sirènes de bateaux, la Suisse pour horizon. C’est là que gamin, Marc Dentand venait, avec ses copains, pêcher têtards et petits poissons. Installé à l’étranger, l’artiste contemporain n’aurait jamais pensé revenir et construire un jour ici. Mais en accompagnant un ami à la recherche d’une maison au bord du lac, il tombe amoureux de cette parcelle de verger pentue, sur les berges, qui lui rappelle son enfance. Elle est prise en sandwich entre deux grosses villas Belle Epoque -selon la légende, la construction de l’une d’entre elles, propriété d’amis des frères Lumière, aurait d’ailleurs fait l’objet de l’un de leurs premiers films-. Mais ce n’est pas leur allure bourgeoise qui intéresse le plus Marc Dentand, ce qui l’inspire, ce sont leurs hangars à bateaux, quasiment posés sur l’eau.
Il contacte alors les architectes zürichois Kaufmann et Widrig, à qui il avait déjà confié une rénovation. “C’était une maison des années 30, style Bauhaus, que nous avions revue de manière minimaliste, avec de superbes sols en pierre”, explique-t-il, “mais elle était invivable. Ça m’a servi de leçon. Du coup, j’ai envisagé Thonon en réaction contre ce projet. Je voulais que ce soit mon interprétation du savoir-vivre à la française, avec un jardin, des gravillons devant l’entrée, du béton ciré, le bois qui se patine… Le tout dans une architecture contemporaine.” Il tient aussi à envelopper son «hangar» d’acier, dont il aime le mariage de la couleur, une fois rouillé, avec le bleu du lac.

DONNER LA VUE

Les architectes imaginent donc un long pavé métallique, qui prend de la hauteur par paliers, passant de 2,80 à 9 m alors que le terrain, lui, s’incline. Ses lignes sobres, avec les rangées de fenêtres horizontales et la cheminée posée au sommet, évoquent la superstructure d’un paquebot qui aurait accosté au milieu des pommiers. Le terrain, en contrebas du Château de Sonnaz -demeure historique du XVIIe qui abrite aujourd’hui l’Office de Tourisme de Thonon- est situé en zone protégée par les Bâtiments de France. Mais contre toute attente, l’expert qui évalue les plans est totalement conquis : “Il m’a dit : enfin quelque chose de bien en Haute-Savoie !”. En 2009, après deux ans de travaux, la Casa 26 est à flots. A l’extérieur, quand on la regarde d’en haut, elle semble tourner le dos à l’eau, regarder vers le sud. Ce n’est qu’une fois à portée de clapotis qu’on découvre son impressionnante façade vitrée. A l’intérieur, c’est l’inverse : à peine le seuil franchi, le regard est immédiatement attiré par cette fenêtre cathédrale, vers le paysage encadré par les platanes qui se dessine au bout du couloir. Et une fois dans le salon-salle à manger, on est happé par la vue, gagné par le calme, l’intensité, l’étonnant silence… Mais, pour ne pas désacraliser ce précieux décor, ne pas en atténuer l’effet, aucune des autres pièces, chambres ou cuisine, ne regarde dans cette direction. “Il n’y a pas besoin d’avoir de grandes baies vitrées dans toutes les pièces, je trouvais bien plus intéressant qu’une sorte de tube concentre la vue vers le lac. Il est parfois brumeux, mais même quand il pleut ou qu’il y a de l’orage, il y a toujours une belle lumière”, décrit Marc Dentand, “c’est un spectacle fantastique !

DÉCROCHER LES TOILES

C’est un menuisier autrichien qui a accepté de fabriquer la porte coulissante de cette fenêtre aux dimensions et au poids hors normes. “Un type extra, complètement amoureux de son métier, qui a également fait le montage du Musée d’art contemporain de Bregenz. Et dans la maison, il a fait un travail d’orfèvre.
Il a notamment concrétisé les intentions des architectes en alignant parfaitement les panneaux de pin des murs aux plafonds : tous les joints se poursuivent et se répondent, d’une pièce à l’autre. Quant au bois, dont les nuances font écho à l’acier corten de l’extérieur, il apporte la chaleur qui pourrait manquer à des espaces si vastes. Marc Dentand, lui, a laissé sa patte en dessinant meubles et placards ou en… décrochant des toiles : “j’ai vraiment planifié qu’il y ait des marques de tableaux sur les murs, pour qu’on les voie. J’ai donc décroché des plaques et j’ai déclaré que c’était des œuvres d’art ! Comme dans mon travail, j’aime les choses zen, simples, mais avec plusieurs couches.

NE PAS SE RETOURNER

Pendant plusieurs années, Marc Dentand passe ses vacances sur les bords du lac Léman, puis il vend la Casa 26, sans regret : “ça fait partie de la vie d’un artiste que d’apprendre à se séparer des choses.
Elle est rachetée en 2018 par un propriétaire lyonnais qui a tenu à en conserver fidèlement l’esprit : en dehors des «marques», quelques œuvres sont restées au mur ; certaines pièces iconiques de mobilier, comme le Lounge Chair de Charles & Ray Eames ont encore leur place dans une sélection d’objets design pointue ; et les salles de bains, avec leur mosaïque bleu-vert Le Corbusier, n’ont pas bougé. La cuisine, par contre, a troqué son jaune poussin contre un anthracite plus classique, et dans les chambres, les têtes de lit se sont faites plus cosy. Mais, pour respecter le parti-pris minimaliste de cet intérieur, aucun placard n’a été rajouté, aucun luminaire n’a été encastré.
C’est comme une œuvre d’art que cette maison a été pensée, et c’est comme telle qu’elle est aujourd’hui occupée.

+ d’infos : otoctone.com/otoctone-thonon-2

Photos : Zariel

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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