Design – Panter & Tourron

Design – Panter & Tourron

MOBILIER DERNIER CRY

DERRIÈRE CHAQUE OBJET, IL Y A UNE HISTOIRE. MAIS DERRIÈRE CEUX QU’IMAGINENT ALEXIS TOURRON ET STEFANO PANTEROTTO, À LAUSANNE, IL Y A LES ASPIRATIONS D’UNE GÉNÉRATION, LES Y OU «MILLENIALS», ET L’ENVIE QUE LE DESIGN S’ADAPTE À LEUR MODE DE VIE.

Alexis Tourron et Stefano Panterroto

Nés dans les années 90, ils ont vécu, étudié et travaillé à l’étranger. Ils sont français et italien, mais leur coup de crayon ne revendique aucune nationalité, veut refléter la fluidité de leur époque ; dans leur studio se mélangent d’ailleurs Européens, Orientaux et Américains. Et les grands enjeux planétaires, la fine équipe en est tout à fait consciente.

LUXE, CALME ET… TECHNOLOGIE

Alexis Tourron et Stefano Panterroto sont donc bien ancrés dans leur début de millénaire, ils ne l’idéalisent ou ne le diabolisent pas, mais s’acharnent à le décrypter. Au-dessus de leur table à dessin se rencontrent Victor Papanek, défenseur, dès les années 70, d’un design responsable, et les analystes de grandes plateformes communautaires du web, qui tentent de lire l’avenir dans les tendances, comme d’autres le feraient dans des boules de cristal. Stefano et Alexis ont travaillé avec eux pendant 6 mois aux Etats-Unis, afin d’imaginer comment nous allions vivre demain. “Le monde des hautes technologies et celui du luxe se cherchaient mutuellement à ce moment-là, raconte Alexis. Ils voyaient les jeunes fascinés par l’un comme par l’autre, et nous, on était pile poil entre les deux.” C’est en 2015, à l’ECAL (Ecole Cantonale d’Art de Lausanne) où ils se sont rencontrés, qu’ils commencent, au cours de leur Master «Luxury and Craftsmanship», à faire converger ces deux mondes. Alexis, originaire de Clermont-Ferrand, arrive du Danemark, où il a complété ses études de «design produit et espace» par une approche plus environnementale. Stefano, lui, a suivi son cursus à l’université de Venise, puis à Politecnico Milan, avant de se poser sur les rives du Léman. Ils sont tous deux passionnés, travailleurs acharnés et perfectionnistes, c’est un véritable coup de foudre professionnel. “C’était la première fois qu’on était aligné avec une autre personne du design, se rappelle Alexis. A chaque fin d’année, l’école décerne un prix à un étudiant méritant du master, et cette année-là, ils en ont donné deux : un à Stefano, l’autre à moi.”

L’horloge magnétique Ora

LIVING(-ROOM) IN AMERICA

A partir de là, Stefano et Alexis ne se quittent plus : ils cogitent et habitent ensemble. “Nous avons divisé un petit appartement en deux chambres, et dans le salon, pas de télé, pas de canapé, il y avait juste une table pour travailler. Pendant 2 ans, nuit et jour, on n’a fait que ça, travailler.” Avec une telle force de frappe, ils décrochent vite de gros projets, des vitrines pour Hermès, des collaborations avec des marques de vêtements ou de grands noms de l’industrie horlogère. Et en 2017, c’est le mastodonte Airbnb, depuis ses bureaux de San Francisco, qui jette son dévolu sur eux et les intègre à son projet «Future of Living».
Alors qu’ils venaient de prendre un peu de recul sur leur carrière, en emménageant chacun de leur côté, ils quittent la Suisse sans préavis, pour se lancer dans cette folle aventure et se retrouver, à nouveau, colocataires en Californie. “Ce fut un gros virage pour le studio, qui nous a fait découvrir une manière totalement différente de travailler, dans un monde qu’on connaissait moins bien, celui des hautes technologies et des start-ups à l’américaine.”

Le marché du design est dominé par les années 70, rien n’a été dessiné pour nous, rien n’a vraiment l’identité de notre génération.

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ULTRA MODERNE PLÉNITUDE

A leur retour, ils ont envie de montrer leur propre vision du monde: une conception qui reste humaine, mais sait employer les nouvelles technologies à bon escient. Ils veulent également mettre à profit leur expérience transatlantique en utilisant les connaissances accumulées sur les tendances en cours et à venir : “les gens sont redevenus nomades pour les études ou leur carrière, mais le mobilier n’a pas évolué, il est sédentaire. L’autre chose qui nous étonne, c’est qu’aujourd’hui, le marché est dominé par les années 70, rien n’a été dessiné pour nous, rien n’a vraiment l’identité de notre génération.”

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Pour la Design Week de Milan, ils imaginent donc «Tense», une collection de mobilier à leur image. “Nous avons beaucoup regardé dans l’univers de la mode et des sneakers, et nous nous sommes inspirés de ce monde pop, d’où le 3D knitting -tricot en 3D, technique utilisée par Nike pour la fabrication de ses chaussures de sport-, un bleu super saturé et ce matériau à l’aspect très technique. Ça représente tout un vocabulaire qui n’apparaissait pas dans le design et la déco avant. Nous avons aussi décidé d’utiliser uniquement du tissu et du métal, entièrement recyclé et recyclable.” L’ensemble de 5 éléments (table, chaise, paravent, luminaire suspendu ou mural), se monte sans outil et pèse moins de 20 kg. Il peut se replier et être expédié dans des cartons plats, afin d’en optimiser le transport.
Consécration : «Tense» est élu mobilier de l’année 2019 par le jury du très influent magazine Deezen, composé de cadors du design dont Philippe Starck. Il propulse Stefano et Alexis dans la ligne de mire de grands noms du mobilier, pour lesquels ils travaillent actuellement sur différents projets. Mais comme les Eames ont rencontré Vitra, ou Charlotte Perriand, Thonet, ils rêvent d’une relation durable avec un éditeur, “parce que même si la nouveauté est stimulante, la qualité, elle, se construit sur le long terme, un peu comme une relation amoureuse…”

+ d’infos : http://pantertourron.com

Urbanisme – Lyon places Pradel et Tolozan

Urbanisme – Lyon places Pradel et Tolozan

LAISSE BETON !

LYON POURSUIT LA REMISE À JOUR DES PLACES PUBLIQUES DE SA PRESQU’ÎLE. LES PROCHAINES À PASSER AU VERT : LES PLACES LOUIS PRADEL ET TOLOZAN, VOISINES DE L’OPÉRA DE LYON.

La place Louis Pradel… Il semble presque normal qu’une place aussi ingrate porte le nom de celui qui a détruit la moitié de la rue Mercière et qui avait les mêmes ambitions pour le Vieux Lyon. Un homme auquel on doit la morne et encombrante gare de Perrache. Située en léger surplomb de l’Opéra de Lyon et de l’Hôtel de Ville, la place Louis Pradel marque le début des pentes de la Croix Rousse. Elle constitue la pièce principale d’un réseau de placettes, qui part de celle de la Comédie, rénovée en 2020 et 100 % minérale, pour ricocher jusqu’à la place Tolozan en passant par la place Pradel. Au tour donc de ces deux espaces publics d’être revus et corrigés. Le relooking spatial et végétal de 17 millions d’euros a été confié à un collectif emmené par AJOA -l’Atelier de paysage et d’urbanisme Jacqueline Osty et Associés-, déjà à l’origine des nouvelles versions des places Bellecour et des Jacobins.

place Tolozan

RAS-LE-BOL DU MINÉRAL

Pourquoi cette rénovation, outre l’aspect esthétique ? Parce qu’il s’agit de l’un des secteurs piétons les plus empruntés de la ville avec, à la clef, une cohabitation compliquée entre les différents usagers. Parce que les arbres y sont rares et l’endroit quasi infréquentable sous le soleil féroce d’été. D’où l’idée de transformer ce vaste espace, que l’on se contente de traverser, en «amphithéâtre de verdure», où 5 000 m2 de pelouse remplaceront les revêtements en pierre, omniprésents. Une verdure qui sera agrémentée d’un bassin miroir peu profond où se rafraîchir.

OUVRIR DES PERSPECTIVES

Bonnes nouvelles : soixante arbres hisseront leurs branches entre le quai André Lassagne et la rue Désirée, dessinant une allée feuillue propice à une pause dans les marches transformées en gradins. L’idée est également de dégager une nouvelle perspective avec la place Lyautey, située rive op- posée, dans le 6e arrondissement. Le carrefour trop routier quai de Rhône sera ainsi aligné dans l’axe du pont Morand, et allégé d’une voie dans chaque sens, pas du luxe !

place Louis Pradel

ÇA ROULE PLUS OU MOINS…

Mais l’annonce de la refonte de la place Pradel a provoqué du rififi. En effet, depuis les années 90, un spot, sorte de place dans la place, constitue un haut lieu de la culture skate internationale. Autour de la statue de la poétesse Louise Labé, ça taleslide et virevolte, en écho au préau de l’Opéra de Lyon, où l’on breakdance et acrobatise aussi. Mêmes prouesses à l’étude, même jeunesse en construction. Or la Métropole voulait passer un coup d’éponge sur cette histoire en interdisant l’accès à la future place aux skateurs. Grâce à sa mobilisation, le peuple à roulettes a réussi à être intégré au projet et conserverait un pré carré, a priori place Tolozan. Une concertation doit encore être menée en amont des travaux, prévus pour 2023, seulement…

©AJOA/JOYLAND

Urbanisme – La Motte-Servolex – les Granges

Urbanisme – La Motte-Servolex – les Granges

PLANS DE CAMPAGNE

A LA MOTTE-SERVOLEX, LE LIEU-DIT LES GRANGES SE PRÉPARE À CHANGER DE VISAGE. ANCIENNE «CICATRICE INDUSTRIELLE», LE SITE EN INTERFACE AVEC LA COMMUNE DU BOURGET ET TECHNOLAC, DEVIENT UN ÉCOHAMEAU INTÉGRANT HABITAT ET ESPACES NATURELS PRÉSERVÉS.

Pour la commune savoyarde de 12 000 habitants, ce projet conséquent s’inscrit sur la durée. “Il est né dans l’esprit du maire Luc Berthoud en 2008 et devrait être totalement achevé vers 2030”, précise Anthony Perrin, chargé de mission EDD au sein de la Ville. “L’objectif est d’urbaniser sans impacter le milieu agricole (La Motte-Servolex est la première commune agricole de Savoie en nombre d’exploitations), avec l’enjeu important de développer une offre d’habitat à proximité de Savoie Technolac”.
Initialement exploité comme carrière, le site au nord de la ville a par la suite servi de zone de remblais de matériaux. Aujourd’hui libre d’occupation, il demeure l’une des dernières grandes emprises constructibles de la commune et se situe dans un secteur à haute valeur environnementale (zones humides, forêt, falaises…). Sur cette friche à la topographie particulière, la Ville s’attache à créer l’Ecohameau des Granges sur près de 17 hectares. Parmi les grandes étapes de l’opération initiée début 2009, le pré-projet d’urbanisation et la création d’une ZAC avec signature de la charte Ecoquartier sont respectivement intervenus en 2011 et 2014. L’aménagement du site et les opérations de cessions de terrains communaux aux promoteurs ont ensuite conduit à des lotissements par secteurs.

plan de localisation du site des Granges

Les premiers permis de construire devraient être déposés fin 2020 par l’OPAC (100 % de logements sociaux). Une deuxième vague concerne la Savoisienne Habitat avec 50 % de logements locatifs et 50% en accession à la propriété. Et Bouygues Immobilier amorcera, en principe fin 2021, une promotion en propriété privée. A terme, l’écoquartier verra, d’ici une dizaine d’années, l’émergence de 560 logements, de quelques locaux commerciaux et de services, d’espaces verts d’agrément, ainsi que la création d’un parc à vocation pédagogique et de préservation du milieu naturel.
Le budget global devrait avoisiner les 10 millions d’euros (équilibré entre investissements communaux et recettes foncières) pour cette opération d’urbanisme à fort caractère environnemental.

+ d’infos : http://www.mairie-lamotteservolex.fr/

Activ pousse les murs

Activ pousse les murs

SANS DESSOUS DESSUS

QUAND LA FAMILLE S’AGRANDIT, YANN ET JULIE NE FONT PAS LES CHOSES À DEMI. TOURNICOTI, TOURNICOTA, PASSE PAR ICI, REVIENT PAR LÀ, ON POUSSE LES MURS ET ON S’ÉTALE, SAINTE-FOY-LÈS-LYON JOUE AUX CHAISES MUSICALES !

Ils habitaient au centre de Lyon et voulaient un nouveau chez eux, plus au calme, mais proche de la capitale gone, question pratique, ça va de soi. Coup de cœur quand tu nous tiens, en 2009, ils tombent sur une maison de ville avec jardin, exiguë mais pleine de charme, du pisé, des pierres apparentes et des plafonds à la française, repaire parfait pour accueillir leur deuxième enfant dans les starting-blocks. Nec plus ultra, elle se situe au cœur des rues piétonnes et offre une vraie vie de village, intime et pittoresque, et ça, ça ne se refuse pas. 11 ans plus tard, d’opportunités en pochettes surprises, les pièces ont sacrément eu la bougeotte, voyez plutôt, ça dépote !

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TOURNIS CÔTÉ

La quarantaine tout juste, la pro- priétaire pétille d’histoires à raconter. Depuis ses fourneaux et pendant que la blanquette mijote, elle me livre la partition d’une rénovation mouvementée. “Au départ, ça faisait à peu près 50 m2 au sol avec des combles. Une cuisine, 3 petites chambres sous les toits, on était 3, bientôt 4, ça nous allait très bien.” Le couple rafraîchit et mène sa barque, quand deux sauts de biche et trois pas chassés plus loin, le vent tourne, la maison s’agrandit, la tribu aussi : “On avait la possibilité d’acheter pour faire une extension et ça n’a pas été de tout repos ! Il y avait deux propriétaires, 3 notaires, c’était l’enfer. Ça a pris 2 ans, mais on y est arrivé ! En 2015, on a eu notre troisième enfant et racheté un corps de ferme qui tombait un peu en ruines, mitoyen, mais pas à la même hauteur que nous, et il a fallu surélever…” Ah… Parce que c’est biscornu en plus ?

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DES HAUTS ET DÉBAT

Et oui, pour entrer chez Julie et Yann, il faut passer sous la maison et cra- pahuter pour toquer à l’entrée, le jardin est en haut. “Dans la rue, nous ne sommes pas comme tout le monde, notre rez-de-chaussée est le premier étage des autres !” Qu’à cela ne tienne, pour tout mettre à leur niveau et orchestrer les travaux, ils font appel à Aude Dumont, architecte et amie. Et en avant la musique. Fini le vide sous salon qui devient garage, une cuisine ouverte sur l’extérieur, une chambre sur cour et une petite piscine sont rajoutées sur mesure, c’est chamboule tout et un peu fou, mais quelle bouffée d’air frais. La maison prend ses nouveaux quartiers et 60 m2 contemporains et aériens, autant de coins de vies à explorer en pagaille. Et si on valse et transvase d’un côté, de l’autre on fait quoi ?

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DYADE AIME

Une fois l’extension terminée, le salon a pris la place de l’ancienne cuisine et il était trop grand !!! Il fallait cloisonner. En 2018, on a eu un 4e enfant, on a rebondi et on s’est dit qu’avoir une chambre supplémentaire serait parfait.” Sur conseil d’amis, ils contactent Luce et Annabelle, architectes d’intérieur pour Dyade Atelier à Lyon. Le cahier des charges est simple, il faut un séjour avec bibliothèque, une cheminée, une suite parentale avec dressing et ouverte sur le jardin, le tout assorti au reste, à la bonne heure ! Facile, non ? “Nous avions environ 55 m2 pour tout faire, dans la lignée de ce qui avait été réalisé, une esthétique contemporaine et un esprit famille indispensable”, explique Luce. “Avec Annabelle, nous avons tout repensé et décidé de garder les tasseaux en chêne massif comme fil d’Ariane. Le matériau était déjà très présent dans la maison, dont la cuisine, où Julie et son petit monde passent beaucoup de temps.” Fil conducteur tout trouvé, les filles jouent au petit poucet, c’est raccord, aucun doute. La salle à manger est supprimée au profit de la chambre, le salon, plus petit, trouve enfin ses marques, le tandem peut passer à la vitesse supérieure et donner le ton.

BRIC À BRAC

Du bleu nuit pour le coin banquette, de l’imitation Terrazzo vert foncé dans la salle de bains parentale, clair obs- cur et profondeur sont à l’ordre du jour de cette rénovation. Optimisation des espaces et demi-niveaux, miroirs en fer noir et vasques en quinconce, plafonds rabaissés pour l’intimité, Annabelle et Luce se sont remuées les méninges pour mixer rationnel et élégance, modernité et ambiance rétro déco, sans en faire trop. Et pour la bibliothèque en cloison trompe l’œil, c’est la même chanson : “on a fait quelque chose avec plein de niches pour permettre aux propriétaires de caser leurs objets chinés. Il y a de vieux instruments médicaux rouillés, une chouette, un S patiné, plein de petits clins d’œil clairsemés. Les livres sont choisis, les photos aussi, tout raconte une histoire.
Parce que Julie et Yann sont comme ça, amoureux des choses simples et authentiques, sensibles à l’insolite qu’ils s’amusent à dénicher un peu partout. Enfilade dans son jus, toile du peintre lyonnais Jean Noël Bachès, lampe Pipistrello, chaise à bascule orange ou bonbonne vintage, dans cette maison où les feutres trônent dans une boîte à outils, ça bouge, ça grandit et y’a de la vie, et si on n’était pas au bout de nos surprises ?

photos : sabine serrad

 

Activ vintage

Activ vintage

C’EST UNE MAISON BLEUE

DANS LE TROISIÈME ARRONDISSEMENT DE LYON, UN VENT DE COOKIES ET QUELQUES PRIMEVÈRES RAPPELLENT WISTERIA LANE ET SES QUARTIERS. BIEN À L’ABRI DES REGARDS INDISCRETS, UN PETIT BIJOU DES ANNÉES 30 FRAÎCHEMENT RELOOKÉ FLÂNE…

Aussi tendre qu’une brioche à la praline, la maison d’Aurélie et Dominique a ce petit côté hors du temps qui plaît aux journées tranquilles. Moments en famille, fous rires entre amis ou paresse au fond d’un crapaud, facile d’imaginer une pause farniente dans leur quotidien pressé comme un citron.
Mais avant d’en arriver là, il a fallu la jouer serré et stressé! Eté 2018, quand le couple et ses petites filles trouvent le bien de leur rêve, quartier de Montchat, le plus gros reste à faire. Les travaux de leur future maison s’annoncent colossaux et la période estivale loin d’être propice pour démarrer au plus vite. Mais la chance est là : ils tombent sur Skéa Design et Tiphaine Thomas, architecte d’intérieur avec qui le courant passe illico. Des semaines de brainstormings, 6 mois d’huile de coude et eurêka, en janvier 2019, c’est plié. Ils rentrent dans les temps et surtout chez eux, et c’est Tiphaine, pas peu fière de cette rénovation craquante, qui passe aux aveux…

VOUS AVEZ UN MESSAGE

Et c’est plutôt sympa comme histoire. “Je suis lyonnaise d’origine, mais je vis au Canada et j’ai tout géré de là-bas, à distance. Avec Aurélie et Dominique, on a beaucoup échangé, le soir pour eux, les après-midi pour moi, décalage horaire oblige. Il était essentiel de comprendre ce dont ils avaient besoin et je crois qu’ensemble, on a fait du super boulot !” Et oui, d’un côté à l’autre de l’Atlantique, téléphones et tablettes ont chauffé pour échafauder les plans ! Les propriétaires ont des goûts extrêmement épurés, doublés d’un appétit d’ogre pour le cachet des années 30. Hauteurs sous plafond, tommettes ou cheminées en pierre, tout y était. Et pour Tiphaine qui adore mixer et révéler tout ça, comment ne pas relever le défi? “Ils voulaient une maison qui corresponde à une étape de vie, à l’éducation de leurs deux enfants, dans un quartier calme où tout est facile d’accès. Dans cette famille où les parents travaillent énormément, la priorité était de profiter au mieux de chaque instant passé ensemble. Ils sont très attachants, c’était un beau challenge.”

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MOTS DE TÊTE !

Beau, c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Il faut répondre aux critères, conserver l’héritage de l’époque, faire entrer la lumière, raviver l’ambiance restée dans son jus, tout en apportant une note moderne et contemporaine indispensable. Et quel chantier ! Parce que si le potentiel est énorme, niveau timing, c’est chaud. Alors pas de temps à perdre et place au plus gros œuvre : le rez-de-chaussée. L’objectif était de faire une pièce de vie très conviviale, où grands comme petits puissent avoir leur espace, tout en restant proches les uns des autres. Et bien sûr, rien n’était fait pour arranger l’affaire. Pièces étriquées, moulures, corniches et carreaux de ciment ont valu à Tiphaine migraines et tourments : “On a décloisonné une bonne partie. Je devais garder la couleur -bleu, terracotta et ocre- des carreaux, c’était une priorité pour Aurélie. Alors on a laissé tel quel. Mais au niveau du parquet, on a eu un gros boulot une fois les cloisons tombées. Il y avait des trous partout et chapeau au menuisier qui a réalisé un super travail de retouches et de mise en valeur !” Question plafond par contre, c’est tête dans le guidon. Toutes les corniches sont rattachées à l’ancienne disposition et la jeune femme s’arrache le chignon : “c’était un peu bizarre d’avoir des corniches qui encadraient ces anciens passages, alors qu’il n’y avait plus de murs… Là, je vais me jeter des fleurs, parce que j’ai réussi à faire en sorte que tout soit intégré à la nouvelle structure et jets de fleurs aussi aux maîtres d’œuvres d’Ecoconfiance Rénovation, qui ont réussi à tout conserver, sans casser ni remplacer une seule moulure ou corniche.”

Dans sa nouvelle garde-robe moitié vintage, moitié haut de gamme, la maison regorge de rires d’enfants, de bonne humeur et de palettes gourmandes.

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C’EST PAS DE LA TARTE !

Le masque des années tombe avec les gravats, la pièce de vie prend forme et la lumière fuse. Ouf! On y voit plus clair. Des verrières pour délimiter d’un côté, une banquette claustra de l’autre pour paresser dès l’entrée, la chaleur est là, partout, et n’a pas attendu sur l’ancienne cheminée en marbre rouge de Rance, ou le nouveau poêle design, pour s’exprimer. Dans la salle de jeu des filles, qui jouxte le salon, un pouf tricoté, un bouquet de plumeaux déposés, quelques jouets qui traînent, un sofa bleu ou un plaid molletonné, mais surtout, dans ses habits tout neufs, carrelages, faïences et petits papiers… peints bien sûr ! Liberty ou fanions en guirlande, mosaïque, floral ou géométrique, si l’esprit graphique est un mood crucial, les couleurs donnent, sans conteste, le ton principal. Dans les chambres du premier étage, sur un mur corail ou le bleu de l’escalier… Un coussin jaune pour rehausser, un lustre rose poudré, l’imitation Terrazzo bleu de la salle de bains parentale.
Dans sa nouvelle garde robe moitié vintage, moitié haut de gamme, la maison regorge de rires d’enfants, de bonne humeur et de palettes gourmandes. Tiphaine l’a même surnommée la «Praline bleue», c’est pour dire… “Parce que cette maison fait partie de l’excellence architecturale lyonnaise, pour le rose voulu par Aurélie et la couleur bleue, fil conducteur du projet. Je trouve que ce nom lui va bien. Et puis, je n’allais pas oublier la petite référence à Lyon et sa tarte !”

photos : sabine serrad

 

Design – Nathalie Monnier

Design – Nathalie Monnier

VOUS RÊVEZ DE SAPINS SANS ÉPINES, D’OISEAUX IMMOBILES ET DE FLEURS ÉTERNELLES ? NATHALIE MONNIER REND POUR VOUS LA NATURE IMMORTELLE. AVEC SES DESIGNS MURAUX ET SES MOTIFS EMPREINTS DE POÉSIE, L’ISÉROISE DONNE À VOTRE INTÉRIEUR UNE ÂME ET DE L’ESPRIT.

Nathalie Monnier ©Fabrice Grondeau

Une voix hésitante, des intonations discrètes, Nathalie ne joue pas les vedettes. Observatrice timide, elle n’en dit jamais trop. La créatrice sait placer le bon mot, là où il faut. Parler d’elle, pour quoi faire? Sa véritable muse, c’est la Terre. Grâce à ses richesses, elle peut concevoir des papiers peints, réinventer une pièce en dessins.
Graphiste pendant près de 20 ans, cette dame nature se lance un nouveau défi en 2018 pour prolonger son voyage artistique. Son enthousiasme s’était fané à force de publicités et de logos. Mais son bonheur bourgeonne à nouveau grâce à la déco. Sur les coussins, les meubles ou les murs, elle imprime son désir d’aventure. Ni une, ni deux, elle ouvre son atelier à Grenoble. Les dés sont jetés, Design éMotif est né.

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ENTRÉE EN MATIÈRE

Avec un grand-père soyeux, Nathalie a vite évolué dans de beaux draps. Petite, elle aimait les tissus, les reflets de lumière et toucher la matière. L’esprit en ébullition, elle façonnait déjà ses premières créations. “Mes parents me laissaient tout tester. Peinture sur toile, sur soie, poterie… Dans le jardin de mes grands-mères, je faisais des compositions végétales, des dîners de fleurs et j’adorais ça”. En grandissant, la fibre artistique ne l’a jamais quittée. Après le lycée, elle entame des études d’Arts appliqués, poursuit avec une prépa de dessin et une formation en design graphique. Aujourd’hui, à 55 ans, elle conserve sa liberté d’enfant et croque le quotidien à pleines dents. Sa nouvelle activité, c’est du plaisir à l’état pur. “Toute ma vie, j’ai toujours fait ce que j’ai voulu”. Et pourvu que ça dure !

RETOUR VERS LA NATURE

Sur la porte de son showroom, des horaires. Et les horaires, pour Nathalie, c’est comme de la Patafix. Ça se fixe et ça se défixe ! Une envie d’air frais, hop, elle chausse ses baskets et part en vadrouille. Un cahier dans la poche, un stylo dans la main et la voilà disparue dans les sous-bois. Rester enfermée?! Quelle idée ! Afin de créer, elle a besoin d’espace pour respirer: “Quand je pars me balader, je suis très attentive aux détails. Le vent qui fait bouger les feuilles, la rosée du matin sur les pétales, la texture de la mousse qui enveloppe les pierres… C’est une source d’inspiration infinie”. Captivée par un tronc écorcé vif ou par une pierre poncée, notre rêveuse perçoit immédiatement la beauté. C’est ce que l’on appelle avoir le goût des merveilles. Dessins, croquis, photos, elle récolte toutes les infos. Un mélange de techniques et de sensibilité –ou une «grosse bidouille» comme elle le dit– qu’elle épure ensuite au numérique pour un rendu léché.

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LE CINQUIÈME ÉLÉMENT

Loin de se résumer à des effets visuels, les motifs de Nathalie ont une dimension émotionnelle. A travers ses décorations murales, ses abat-jour et ses tapis, la designeuse transmet une ambiance, des ressentis. Son cinquième élément, c’est le sentiment. “Un projet de décoration, c’est avant tout une histoire d’émotions. La rencontre avec mes visiteurs, les échanges que j’ai avec eux, les moments d’intimité où ils me racontent leur passé, leur vie, tout cela constitue une expérience humaine particulière”. Ça discute, ça discute, mais il faut bien mettre la main à la pâte à un moment. Une fois les grandes conversations achevées, la conceptrice planche sur plusieurs axes de recherche. “Je propose toujours deux ou trois ébauches différentes, puis lorsqu’ils ont fait leur choix, on affine”. A coup de jonquilles, de lilas ou d’essences de bois, elle apaise toutes les humeurs. Pour elle, une seule obligation : il faut que ce soit green, ok ?

 

+ d’infos : http://nathaliemonnier.fr

 

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