En visite à Lyon, aux monts d’or

En visite à Lyon, aux monts d’or

COMME DANS UN AVION

Attention : belle baraque ! Dedans, 250m2. Devant, piscine et panorama à perte de vue sur Lyon. Derrière, de la verdure et quelques rares voisins. Tout autour, un max de tranquillité et de douceur de vivre.

Extérieur jour. Lyon. 2006. Un jeune couple sans enfant cherche un appartement en centre-ville lyonnais. Avec terrasse, svp. Cherche encore et encore. Et ne trouve pas. Pas de bol ? Au contraire. Ce qu’il trouve est beaucoup mieux. L’histoire de l’acquisition de cette incroyable maison donnerait presque raison au dicton «C’est quand on ne cherche pas qu’on trouve». En l’occurrence, sur la piste d’un appartement urbain, notre couple fraîchement formé tombe finalement, devant l’insistance de leur agent immobilier, sur une maison mal en point, mais pleine de potentiel : 250m2 posés sur un terrain de 1000 m2 , avec horizon illimité. Une lumière de dingue, le soleil faisant tout le tour de la maison dans sa course quotidienne. Couchers de soleil somptueux inclus.


Les autres candidats ont vite déguerpi, refroidis par le décati des lieux. Eux ne retiennent que le site incroyablement vert, en surplomb de Lyon, et la vue grand angle sur l’agglomération qui fait dire aux copains de passage “On se croirait dans un avion !”. “Je dois rendre hommage à mon mari sur ce coup-là. Lui qui ne connaissait ni Lyon ni ses environs, il a su se projeter”. L’homme a hésité plus jeune à devenir architecte, mais devant la pépite, il fonce. Voilà un palpitant terrain de jeux pour lui.

PARI GAGNANT

Pourtant, ce n’était vraiment pas gagné. “Rappelez-vous, il y a ne serait-ce encore que 5 ou 6 ans, la commune des Monts d’Or n’était pas convoitée comme à l’heure actuelle”, recontextualise la pétillante propriétaire. La moyenne d’âge de la population locale, plutôt grisonnante que tapageuse, inspire ce commentaire à la maire quand les tourtereaux convolent en justes noces : “ça fait du bien d’avoir des jeunes qui se marient chez nous, parce que ce n’est pas souvent”. À l’époque, Lyon capte toute la lumière. Aujourd’hui, les maisons du quartier de cette banlieue chic s’arrachent à prix d’or, bien au-delà du million d’euros.

ON COMMENCE PAR OÙ ?

Un simple coup d’œil laisse planer peu de doutes sur l’ampleur du chantier de rénovation à mener. La maison en granit du 16e siècle, modifiée au 19e (ajout de balcons et bow-window), n’est pas habitable en l‘état. Le toit est à refaire, comme les façades. Idem pour le pigeonnier et la cage d’escaliers. Quant aux commodités, il n’y en a pas ! Quasi inexistante, la cuisine se révèle si sommaire et exiguë qu’aujourd’hui, ce même espace héberge la salle de bain d’un des enfants de la famille.
Enfin, détail pas tout à fait anodin, le dernier étage est loué et l’est toujours d’ailleurs. D’abord par un autre jeune couple avec lequel les arrivants sympathisent. Et désormais par une dame des plus agréables. Sinon c’était trop : trop cher, trop de travaux et même trop grand.

RIEN NE SERT DE COURIR…

Deux ans de labeur, d’artisans et de poussière plus tard, place à quatre chambres et autant de salles de bain et à une cuisine bien équipée donnant sur un grand balcon. Le fil conducteur adopté par les époux : tirer parti du faste du passé, la belle ayant longtemps appartenu à une grande famille lyonnaise, et tout restaurer -boiseries, stylobates, parquets, radiateurs en fonte, cheminées…
Les ouvertures au niveau de l’herbe présentent un joli galbe. Il s’agit des voûtes des anciennes caves transformées en suite parentale, au plus près du jardin et du bassin de nage. Dans leur salle de bain de plain-pied, une trouvaille : la paroi extérieure a été revêtue d’un effet miroir pour ne pas être vu pendant ses ablutions, tout en restant baignée de lumière naturelle.
À la phase de travaux initiale qui a permis l’emménagement, une seconde phase a succédé il y a 4 ans, et qui a notamment semé une piscine et une terrasse paysagée. Sachez que la demeure panoramique peut se louer durant les vacances scolaires et pour des shooting photo. On dit ça…

Images : AURÉLIEN VIVIER POUR www.the-only-place.com

maison d’hôtes : tombée du ciel à lovagny

maison d’hôtes : tombée du ciel à lovagny

DAME DE FIER

Le jeu de mots est tentant, mais l’allusion trompeuse. À Lovagny, en surplomb des Gorges du Fier, cette petite dame discrète, avec ses volets verts et ses grandes fenêtres, n’offre, loin des regards et du bouillonnement, que douceur et ressourcement.

« Notre maison se situe au-dessus du Bon Refuge, il faut traverser la voie ferrée, passer devant l’auberge et prendre le chemin qui monte à droite”. Les indications sont pourtant claires, mais en ce mois de février, les Gorges du Fier, qui fourmillent de visiteurs à la saison touristique, sont plutôt désertées, et j’hésite à m’engager dans cette toute petite impasse au fond d’une vallée où je n’avais jamais mis les pieds… Car oui, honte à moi, ce site incontournable de la région, je ne le connaissais pas.
Angèle et Patrice non plus, qui avaient vécu dans le centre-ville d’Annecy pendant des années. C’est d’ailleurs là qu’ils espéraient trouver un appartement. Mais après un an de prospection infructueuse, ils commencent à désespérer. Cette maison un peu isolée –“tellement cachée que même le maire ne savait pas qu’elle existait”– l’agent immobilier, lui, se lasse de la faire visiter pour rien. Trop décatie, trop de travaux, elle décourage les plus audacieux. À peine le seuil franchi, le couple de quadras tombe pourtant sous le charme de son côté champêtre, de ses encadrements cintrés en briques qui lui donnent des airs de petite gare, de sa vue imprenable sur le Château de Montrottier, tout droit sorti d’un conte de fées.

ÈRE DE FAMILLE

Datée de 1894, la bâtisse abrita longtemps une pension de famille. On devine encore, sur la façade, les inscriptions qui en témoignent. Beaucoup trop grande pour deux, lui rendre sa vocation d’accueil s’impose alors comme une évidence pour les nouveaux propriétaires : ils en feront une maison d’hôtes. À partir de là, tout se déroule avec la fluidité du Fier ruisselant dans son canyon : en 6 mois, elle a retrouvé son âme. Il faut dire qu’Angèle est architecte d’intérieur et que Patrice a souvent travaillé avec elle. Ils ont donc su se projeter au-delà des lourds travaux de toiture, d’isolation ou d’assainissement, visualiser le décloisonnement, penser de nouveaux aménagements. Au rez-de-chaussée, ils rassemblent d’abord deux pièces pour faire un vaste espace de vie, cuisine et salon réunis ; ils abattent ensuite toutes les cloisons du premier étage pour créer, sur ce grand plateau vierge, trois belles chambres –dont une familiale–, “on aurait eu la place d’en faire une 4e, mais on a fait le choix de l’espace” ; et se réservent enfin le dernier étage en installant leur nid dans les combles.

CHINE ET PATINE

Côté déco, il s’agit de préserver l’esprit «campagne» de la maison en commençant par réutiliser les éléments d’origine qui peuvent l’être. Certains meubles, armoires ou consoles, sont donc retapés et repeints, tout comme les portes intérieures et les volets. “On voulait garder cette apparence un peu abîmée, pas trop propre.” Idem pour la façade, pas question de la ravaler, de masquer sous une couche de peinture fraîche son aspect patiné.
Une ribambelle d’objets chinés trouvent tout naturellement leur place dans cet environnement, à l’image d’un couple de beaux radiateurs en fonte fleuris, d’une paire de chevets scandinaves ou de cette enfilade, nordique elle aussi, qui a conditionné la dimension de la pièce dans laquelle elle a pris place : “un meuble scandinave de cette hauteur-là, c’est rare, et c’était parfait pour poser une vasque, on a donc construit la salle de bains autour.” Et puis, il y a tous les petits nouveaux « rétro » qui se fondent dans le décor : le parquet vieilli “comme s’il avait toujours été là”, les interrupteurs en porcelaine ou les carreaux de ciment.

MAISON DU MONDE

Si chacune des trois chambres a une identité différente, elle s’exprime sur fond blanc –la «patte» d’Angèle– où viennent se poser des touches de couleurs, pour un ensemble épuré, lumineux et très apaisant. Car la tranquillité, c’est exactement ce qu’on vient chercher ici. Un point de chute éloigné du tumulte, où les journées sont rythmées par le sifflement du train, les visites des chevreuils le matin ou celles des poules –Simone, Suzette et Chewbacca, ça ne s’invente pas– à l’heure du pain. Une maison de famille où les enfants ont de quoi s’amuser, entre les jouets à portée de main dans la chambre-cabane, toutes les histoires à inventer dans le grand jardin et les activités organisées pour eux par Angèle, histoire de laisser aux parents le temps de se reposer ou de profiter d’une belle table en ville. “En s’installant ici, on s’éloignait d’Annecy et on aurait pu s’isoler socialement, mais c’est tout le contraire. On a fait des rencontres magnifiques, des gens avec lesquels on se donne des nouvelles régulièrement, et on a des invitations aux quatre coins du monde !”. États-Unis, Asie, Amérique Latine, si les hôtes des premières années ont fait place, pandémie oblige, à des visiteurs moins exotiques, les échanges restent la très bonne surprise de ce nouveau métier auquel Angèle et Patrice se consacrent aujourd’hui entièrement. “Au début, c’était un peu déroutant, on ne savait pas trop quoi dire, mais ça n’a pas dû se passer trop mal, car c’est avec nos tout premiers hôtes que nous avons fêté, cet automne, nos cinq ans.” De quoi être un peu Fier(s)…

+ d’infos : facebook : Tombée du Ciel

STYLISTE : L’AIGUILLE DU LAC

STYLISTE : L’AIGUILLE DU LAC

DANS LE BLANC DES YEUX

Opticienne de formation, couturière par filiation, un œil dans le pupillomètre et l’autre sur le chat (de l’aiguille), il a bien fallu qu’un jour, la Savoyarde Delphine Letellier fasse un choix. Elle s’est donc lancée dans la robe de mariée, les yeux (presque) fermés ! Et elle a vu juste.

Delphine Letellier a eu une première vie professionnelle. Son job, c’était les lentilles de contact et les examens de vue. Mais il y a quatre ans, elle commence à s’ennuyer, son enthousiasme et son énergie sont bridés. Elle qui a l’habitude de faire le boulot de dix, se sent en sous-régime. En parallèle, depuis peu, elle coud. Non, soyons précis : d’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours manié l’aiguille… sa mère est prof de couture. Mais ce hobby pour dimanche pluvieux est devenu, au fil du temps, un élément du quotidien. Comme d’autres cuisinent, Delphine coud, pour elle, pour ses enfants, pour ses proches. Ce qui a changé récemment, c’est qu’en voyant une de ses tenues de soirées, une amie lui a demandé de réaliser les robes de ses témoins de mariage. Depuis, les commandes se succèdent. Elle y passe ses soirées et ses jours de congés.
Alors, après un dernier essai, histoire de vérifier qu’elle veut vraiment changer d’optique, Delphine quitte définitivement l’univers de la correction pour celui de la confection. Pour se situer, cerner ses lacunes, et peut-être aussi pour se sentir légitime, elle passe quand même un CAP de couture en candidat libre. Elle complète également sa formation et ses connaissances instinctives par des lectures, beaucoup de lectures, sur le modélisme et le patronage. Au printemps 2018, la voilà prête à suivre le nouveau fil de son histoire : dans une pièce de sa maison, dans la campagne aixoise à deux pas du Lac du Bourget, elle installe son atelier.

COCKTAILS ET DENTELLE

C’est grâce à ses robes de cocktail qu’elle a été repérée, elle pourrait donc continuer sur cette lancée. Mais la trentenaire souffre d’une addiction que ce type de créations ne pourraient pas entièrement satisfaire : elle est accro à la dentelle. Une passion transmise dans sa famille de génération en génération, et dont les plus beaux galons, la prunelle de ses yeux, sont conservés dans une boîte à merveilles qui lui vient de sa grand-mère, une ancienne de chez Balmain. Pas une de ses collections, pas un de ses modèles sur-mesure ne sortent de son atelier sans un petit bout de ce passé. “Et puis, même si je ne suis pas une grande romantique, si je n’ai jamais rêvé de robes de princesses –j’étais plutôt garçon manqué quand j’étais petite–, j’ai envie qu’il y ait de l’émotion dans la robe. J’y mets beaucoup de moi. Quand je la place dans la housse, ça me fait un petit quelque chose, je la porte ensuite jusqu’à la voiture, je l’accompagne jusqu’au dernier moment. Et le jour J, je suis en stress, je prends toujours des nouvelles pour savoir si tout se passe bien.” Sa première mariée, elle se la rappelle d’ailleurs parfaitement : “une robe courte, assez atypique, dans le style années 50, en soie et dentelle de Calais, un joli défi ”, sourit-elle.

DÉFIS ET DES FIBRES

Et ça tombe bien, les défis, Delphine aime les relever. En sortant de son atelier, sa «petite grotte», pour confronter sa vision artistique à celles d’autres professionnels du secteur, maquilleuses, coiffeuses, photographes ou musiciens, avec lesquels elle aime collaborer, organiser des shootings ; en lançant ce printemps une petite collection « civile » –avec les jauges imposées dans l’événementiel, le Covid a accentué le principe de deux cérémonies distinctes– ; ou en travaillant, autant que faire se peut, de manière responsable.
À l’image de cette jupe en lin broché, dans son atelier, et des pétales de lin parsemés sur le top et le voile qui l’accompagnent, elle aimerait en effet pouvoir utiliser plus de fibres naturelles, mais l’univers du mariage n’est pas encore tout à fait prêt pour ça. Alors elle cherche un fonctionnement toujours plus vertueux, avec des matières certifiées, des fournisseurs européens, et l’utilisation de ses chutes pour créer des accessoires ou travailler avec une créatrice locale de bijoux.

TRÉSORS DE CHINE

En toute logique, Delphine est également une adepte du ré-emploi. Si elle trouve des merveilles chez les fabricants français, de dentelle notamment, elle aime par-dessus tout fureter dans les brocantes et vide-greniers pour s’approvisionner, récupérer des stocks de tissus haut-de-gamme ou de tulle : “j’aime l’idée qu’on ne va pas relancer une production juste pour nous.” De plus en plus, on lui demande aussi de remettre au goût du jour la robe d’une mère ou d’une grand-mère, chargée d’histoire familiale et d’émotions. Un ensemble d’envies et de démarches qui correspondent à ses valeurs : “ce qui me plait vraiment, c’est qu’avec l’univers du mariage, on peut éviter le principe de la fast-fashion, il y a vraiment une notion de temps qui accompagne ce vêtement, autant pour la future mariée qui prend le temps de se l’approprier, que pour moi : quand je brode à la main, c’est un temps d’introspection, à la limite de la méditation.” Delphine aurait-elle donc aussi un troisième œil ?

+ d’infos : laiguilledulac.com

PHOTOS : EPERDUMENCE ET MARINE DU SORDET

DESIGN AU JARDIN

DESIGN AU JARDIN

EXTÉRIEUR NUIT

Même si les journées rallongent, il y a toujours un moment où la nuit finit par tomber… On en profite pour faire la lumière sur une série de jolies idées très éclairées ?

BOULE DE LUX

Les baladeuses ont révolutionné le monde de la nuit en extérieur : pas besoin d’électrifier tout le jardin pour y voir clair. Mais souvent, elles se posent, alors que Bolleke se suspend… et sans aucun crochet ! Toute ronde, elle a des allures de pare-battage, ces bouées qu’on attache aux flancs des bateaux. C’est d’ailleurs l’univers marin qui a inspiré la designer Nathalie Schellekens pour la boucle de cette lampe. Système LED, 3 réglages d’intensité, rechargeable par connexion USB. + d’infos : http://fatboy.com

Son & lumière

Les enceintes portatives ont révolutionné le monde de l’apéro en extérieur : pas besoin de kilomètres de câbles pour mettre du son sur le terrain de pétanque. Alors imaginez une enceinte qui ferait de la lumière ? On pourrait titiller Fanny en musique jusqu’au bout de la nuit ! Il suffit de demander… Imaginée par les Américains de Pablo Designs, « Uma » combine toutes ces qualités : un son Hi-Fi à 360°, un éclairage doux et un design épuré. + d’infos : pablo.pablodesigns.com / nedgis.com

Du coin-coin de l’œil

Maintenant qu’on a tout éclairé, il est temps de plonger ! Oui, mais si dans la piscine, on ne voit pas le bout de ses pieds ? Mi-lampion, mi-bouée, ludique et régressif, le Duck Duck pare à cette éventualité : il est étanche, produit de la lumière et sait nager. Il peut même se piloter à distance et changer de couleur d’éclairage. Son ancêtre de baignoire n’en faisait pas autant ! Disponible en 2 tailles XL (50 cm) et S (30cm) et 2 couleurs. + d’infos : goodnightlight.eu / nedgis.com

Ciel de table

Les guirlandes lumineuses n’ont rien révolutionné du tout, mais elles ont un charme fou, donnent à la moindre terrasse guindée un petit côté guinguette décomplexé. Et quand on n’a, pour l’accrocher, ni mur ni pergola ni branche de cerisier ? Deux mâts en acier fixés par un étau au plateau de la table, et il n’y a plus qu’à brancher : sur une idée des designers belges de Vincent Shepard, une ribambelle d’ampoules réchauffe alors l’atmosphère du dîner. Adaptable à toutes les tables de 200 à 300cm de longueur et 6cm max d’épaisseur. + d’infos : vincentsheppard.com / madeindesign.com

maison d’hôtes : la ferme des vonezins, thônes

maison d’hôtes : la ferme des vonezins, thônes

L’HORS DU TEMPS

Comme une envie d’oublier la civilisation l’espace d’un week-end, de débrancher tout, de revenir à nous… L’adresse s’annonçait terriblement prometteuse : elle ne figure sur aucune carte ! Un chalet d’alpage au milieu de nulle part, et pour s’y rendre une petite route qui s’échappe de la vallée de Thônes, se fait la belle dans la montagne, et s’évapore dans un virage. Le reste de l’aventure, c’est sur nos 2 pieds qu’il faudra la chercher…

« Dis chéri, on fait une pause pour que je prenne quelques photos ?
– Mais lapin, on s’est déjà arrêté il y a 50
mètres pour en faire…
– Oui, mais c’est tellement beau avec ce soleil couchant…
– En vrai, tu veux reprendre ton souffle, c’est ça ?”
Bon, on ne va pas se mentir, dès qu’il faut grimper un peu, je ressemble à un vieux solex sous gitane maïs : je fais beaucoup de bruit, je n’avance pas vite et faut me pousser tout le long ! Alors 700 mètres de pente raide, me voilà red cramoisie arrivée en haut, avec de quoi réaliser 12 albums photos sur mon téléphone et bientôt plus de batterie. Quant à mon homme, il est frais comme un gardon… Promenade de santé pour lui, on n’est pas tous égaux devant les forts !
700 mètres de grimpette : c’est notre plus grande force et notre plus gros problème…”, reconnait Philippe, le maitre des lieux. “L’avantage du chalet, c’est qu’il est en pleine montagne, loin de tout, dépaysement total, tranquillité absolue et moment hors du temps garanti. Mais il y a toujours des personnes qui ne veulent ou ne peuvent monter, alors on fait des navettes, en moto neige en hiver, en 4X4 l’été. Mais Les Vônezins, ça se mérite !

©Lara Ketterer

PLUS DE REPÈRE DANS CE REPAIRE !

Pas peu fière de mon exploit sans assistance, ni voiture balai (à chacun son Everest !), je peux apprécier une nouvelle fois le cadre d’un peu plus haut. Les Aravis à 360°, pas une habitation à l’horizon, le chalet des Vônezins semble déconnecté de la société, coupé du temps, de tout, du blanc partout qui rougit de ce soleil en chemise de nuit, un étang givré à nos pieds, une parenthèse enchantée dans ce monde qui ne tourne plus bien rond ces derniers temps.
Onyx, un Saint-Bernard, bonne patte, nous souhaite la bienvenue… Pas de tonneau autour du cou, pour le remontant, faudra pousser la porte ! Nul besoin de me le répéter 2 fois… La nuit tombante, on se laisse guider par la lumière filtrant des fenêtres de ce vieux chalet qui semble avoir mille histoires à nous confier au coin du feu… Sitôt le seuil franchi –tête baissée pour ne pas perdre quelques centimètres au passage, rituel à renouveler à chaque franchissement de pièce : le Savoyard est blagueur !–, c’est en effet l’âtre crépitant qui nous attend tout en fumant les jambons et saucissons pendus quelques mètres plus haut : le Savoyard ne perd pas le nord !
Et des histoires, ces poutres datant de 1632, pour les plus anciennes, pourraient en raconter à foison… Par pudeur, elles en tairont certaines, mais se feront plus disertes sur d’autres. Ainsi, apprendrons-nous que le chalet prit sa forme actuelle en 1787. Pendant 2 siècles, il n’abrita que vaches, cochons, chèvres et moutons. La famille de Philippe, installée à Annecy, et possédant un chalet en contrebas pour les week-ends et vacances au grand air au milieu des bêtes, en fera l’acquisition en 1989, pour le bonheur de Philippe, devenu grand. Enfin, façon de parler : lui passe les portes sans courber l’échine, ce chalet semble définitivement taillé pour lui.

L’ÂME DE FONDS

Un goût du contact très prononcé, un sens de la déco particulièrement aiguisé, et un vieux mazot, ou plus exactement une ruine à retaper, l’histoire est amorcée. De résidence secondaire, elle deviendra principale, puis bientôt maison d’hôtes quand la famille cèdera ses boutiques en ville à l’aube des années 2000. Pour Philippe, la reconversion est toute trouvée !
Mais avant, il lui faudra une bonne dizaine d’années pour lui redonner corps, des fondations au toit, retrouver une âme oubliée sous un tas de bois, et offrir tout le confort rêvé, jusqu’à la piscine intérieure à contre-courant : il faut bien entretenir son corps d’athlète ! Puis encore une volée pour l’agrandir de 200 m2, avec cuisine professionnelle pour créer un restaurant, des chambres d’hôtes dont l’une recouvre maintenant la piscine –Philippe capitalisera désormais sur ses acquis !– dans la ferme et ses mazots en dépendances.
En tout, ce sont désormais 500 m2 de coins et recoins, de poutres et portes traitres, de meubles séculaires et de curiosités échappées d’une autre vie. “C’est un virus familial ! Mon arrière- grand-père genevois était un grand chineur. Il a d’ailleurs mangé toute sa fortune dans la chine et la brocante. Une catastrophe ! Papi l’était également, alors que Mamie pestait contre toutes les «saloperies dégoutantes» qu’il rapportait à la maison. Maman était piquée aussi. Quant à moi, je suis le seul des quatre enfants à être mordu de chine, toujours à l’affut. C’est mon côté Saint-Bernard, j’adore sauver les choses, de même que les chiens, les chevaux, les animaux en général… Ça a commencé avec les meubles et les objets, à ne plus savoir où les mettre. Je m’interdis maintenant d’aller à la déchetterie de Thônes. Je repars toujours de là-bas la voiture plus chargée qu’à l’aller ! Les gens jettent tout aujourd’hui : des jolis meubles à la benne au profit de 3 planches suédoises, montées avec un peu de scotch et 2 vis ! Très peu pour moi ! Je ne suis sûrement pas dans l’air du temps, mais je suis tellement plus heureux ainsi. Alors, oui, la déco est éclectique, elle vient pour beaucoup de brocanteurs et d’antiquaires. Tous ces objets surannés donnent une âme, racontent une histoire… Et je trouve ça tellement beau. Et moi, j’ai besoin de toutes ces vieilleries pour me tenir compagnie !
Une compagnie dont les troupes seront renforcées d’Onyx, sans sa gnole, du superbe Buck, un malamute d’Alaska, un rien dévastateur chez cette famille de clients, qui s’avèrera sage comme une image de passage aux Vônezins, et dont Philippe héritera inopinément, de Leika aux yeux bleus délavés qui lui vaudront le surnom de Michèle Morgan, de Mademoiselle Gaufrette, le teckel, alias Ratatouille dès qu’il passe sa truffe en cuisine, de Teddy, de Mirka… sans oublier les 3 chats dont le plus jeune affiche 26 ans au compteur !!!

L’ALPAGE À LA PAGE

C’est qu’on y est si bien, là-haut, dans ce chalet et ses 4 sublimes chambres et suites d’hôtes, spacieuses, confortables et merveilleusement décorées des coups de cœur hétéroclites du propriétaires, tableaux, sculptures et meubles «habités», mais aussi, encore plus déconcertant, d’équipements high tech Bang et Olufsen, vestiges de son ancienne vie à la ville, à se faire chouchouter par Philippe, ses p’tits plats et sa spontanéité aussi désarmante que charmante. Au final, je le sens déjà : la descente va être plus dure que la montée !
Au départ, je ne voulais faire qu’un restaurant, mais pour en vivre, c’était compliqué, surtout avec du personnel. Il fallait une autre structure pour l’amortir. Et la maison d’hôtes s’est imposée. Un engagement qui n’a rien d’anodin… Toutes les Marie-Chantal et petits Robert qui se mettent à faire des omelettes, une terrine et de la confiture de fraise pour faire table d’hôtes à côté de leurs chambres, ils tiennent 2 ans avant de vouloir s’échapper de leur tôle, une tôle dorée, mais tôle tout de même, où tu bosses de 7 heures du matin jusqu’à minuit, 7 jours sur 7, à recevoir des gens supers, comme les pénibles. Et t‘es scotché à ta maison, même quand tu n’as que 2 pensionnaires ! Si t’as des amis qui te disent : viens, on va boire un coup, tu ne peux pas. Tu dois être là. Moi, je tiens parce que ma maison, c’est une histoire d’amour fusionnelle et à vrai dire, je ne suis bien nulle part ailleurs. Et avec un hyper actif incanalisable qui rentre dans le 3e âge comme moi, soit tu le mets sous Vitaline, soit tu l’occupes ! Ce rythme soutenu ne me dérange pas, il est plutôt salutaire… pour les autres comme pour moi !

LE ZÉBULON DE LA MONTAGNE ENCHANTÉE

En cuisine, Philippe fait tout, de A à Z, seul avec la «saucisse» Ratatouille qui supervise tous les plats. 35 couverts midi et soir, 50 l’été avec la terrasse. Une carte généreuse à base de produits du terroir, des plats authentiques qui lui viennent de sa grand-mère, sans tralala, piochant ici et là aux traditions lyonnaises et savoyardes, gourmands et copieux pour ravitailler les troupes de retour d’une balade en raquettes sur le plateau de Beauregard ou d’une rando dans les Aravis. Depuis 5 ans, il s’est octroyé les services à l’année de Théo, un complice précieux lors des travaux, ou de l’aménagement du chalet, et chaque jour pour le service en salle. Les yeux pétillants, le sourire en étendard, le jeune homme évolue dans une chorégraphie millimétrée, ne prenant même plus la peine de relever la tête entre 2 pièces, –on devine que le métier est rentré dans le crâne, au propre comme au figuré !–. De Sylvie, la gouvernante, qui gère l’intendance des chambres et de la maison, de Jordan, “notre jeune farfelu, qui vient aider au service, en cuisine ou à la plonge…” Deux renforts viendront bientôt compléter l’équipe pour la haute saison. Avant, c’était l’hiver, de mi-novembre à Pâques… Maintenant, c’est plutôt l’été, de début juin à la Toussaint. “Et là, c’est tous les jours non stop ! C’est du sport !” L’établissement reste ouvert à l’année, Philippe et sa fine équipe -sur 2 ou 4 pattes- fidèles au poste. “Qu’est-ce que tu veux que je ferme ? Pour rester tout seul ici ? Je m’emmerderais ! Et pour partir ? Avec 6 chiens, 3 chats, 15 chèvres et 2 chevaux, y a pas d’arche qui m’attend en bas ! Mais je suis si bien là, et puis j’ai une bonne vocation d’ermite à la base.” Un ermite, à la langue bien pendue, au sens de l’accueil extraordinaire et au goût exquis… “C’est qu’on est plus à l’époque du grand-père d’Heidi ! On a même internet ! Et c’est pas mal d’accueillir du monde ! On fait de sacrées rencontres au final !” On y croise des vieux solex qui redescendent en silence… Le moteur gonflé à bloc.

+ d’infos : lafermedesvonezins.com

PHOTOS : BLUE 1310

styliste : maison athenaïs

styliste : maison athenaïs

TÊTES À COIFFER

Jour J. S’il y a bien un jour où aucun détail n’en est vraiment un, c’est celui-là. À Genève, avec poésie et délicatesse, Maison Athénaïs s’occupe de la touche finale : des perles fines, de jolies pierres, des grains de blé ou des plumes irisées… Pour resplendir jusqu’au bout des cheveux, l’hair de rien.

©Philippine Chauvin

Ça commence souvent comme ça : une copine en galère à qui on ne peut pas refuser de l’aide.
Pour Laure-Anne Le Priol, c’était il y a quatre ans, quand une de ses amies, qui se marie en Espagne, veut absolument, comme ça se fait beaucoup là-bas, un «tocado», quelque chose d’imposant et d’unique à mettre sur son chignon. Se désespérant de le trouver, elle met Laure-Anne sur le coup. “Ça n’avait pas l’air sorcier, mais j’avais un peu peur, elle est assez pointilleuse et me montrait des pièces soudées, pour lesquelles je n’avais pas le matériel nécessaire. On a travaillé ensemble, en achetant des petits éléments partout, des feuilles, un peu de métal aussi…” Le résultat séduit jusqu’à la rédactrice en chef du magazine spécialisé Semarier.ch, dans lequel est publié le reportage du mariage, au point qu’elle lui commande une pièce pour la couverture de son prochain numéro. Laure-Anne n’a quasiment pas le choix, si elle attendait un signe pour se lancer, le voilà ! En quelques semaines, elle crée donc sa petite entreprise et son site internet.

©Mailys Fortune Photography

PIERRES ET ROCAILLE

Il faut dire que la jeune femme n’est pas tout à fait novice en la matière : les diadèmes, tiares ou autres coiffes de mariées, elle ne connaissait pas, mais les bijoux… “Les pierres précieuses m’ont toujours attirée. Quand j’étais petite, j’avais un atelier dans la maison de mes parents, en région parisienne. Une pièce pour moi toute seule où j’étais tranquille –on était quatre enfants, j’avais besoin de ce moment !– dans laquelle je pouvais rester des heures sans voir le temps passer, à faire, défaire… Avec des perles de rocaille au début, des petites choses d’enfant, de toutes les couleurs, et après, avec mon argent de poche, je partais à Paris, dans un magasin de perles rue des Archives, je mettais tous mes sous là-dedans et je trouvais des trésors, il m’en reste encore…
En toute logique, elle choisit d’en faire son métier et se forme aux arts et techniques de la bijouterie-joaillerie, rue du Louvre. Un tour du monde, deux enfants, un déménagement au bord du Léman et le mariage espagnol d’une copine plus tard, voilà donc la fringante trentenaire installée dans son atelier genevois à la Jonction, prête à confectionner des bijoux de tête pour mariées bohèmes ou sophistiquées, rock ou éthérée.

©Gunis Zalmezs

RUBANS ET CORAIL

Améthyste, lapis-lazuli, quartz rose ou blanc… Si les pierres semi-précieuses sont au cœur de ses bijoux, elle utilise aussi les perles fines, l’ambre, le corail, le bois ou le ruban. “Quand les clientes viennent à l’atelier, elles me parlent de leur projet de mariage ou de soirée, puis je leur donne un plateau en velours. Dans ma caverne d’Ali Baba, elles prennent tout ce qu’elles aiment, en couleur ou texture, et le posent sur le plateau, ça n’a pas d’incidence sur la forme. Ce qui est assez drôle c’est que, quasiment à 90%, elles ne repartent pas avec l’idée qu’elles avaient en venant. Elles arrivent souvent avec l’envie de quelque chose de fin, de pas trop voyant, et finissent par prendre des plumes !
De plus en plus souvent, on lui apporte également une ancienne boucle d’oreille ou la broche d’une grand-mère, chargée sentimentalement, mais difficile à porter, qu’elle intègre à sa création. Pour les fixer, Laure-Anne n’utilise aucune colle, elle brode l’ensemble méticuleusement au fil métal- lique. Un artisanat qu’elle décline en épingles, peignes ou autres bandeaux (avec la collaboration de la tricoteuse genevoise Reine des Pom’s) et qu’elle verrait bien un jour monter sur scène, pour coiffer danseuses ou comédiennes. Déterminée jusqu’au bout de la barrette, Laure-Anne sait où elle va : c’est une femme de tête(s) !

+ d’infos : insta : maisonathenais – FB : maisonathenaisgeneve maisonathenais.com

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