Aux Alpes citoyens

Aux Alpes citoyens

L’hiver en pentes douces

L’après-ski, on connaît bien. Mais il existe aussi une vie AVANT le ski ! Enfin, avant la date d’ouverture des remontées mécaniques… Et même si les tire-fesses sont à l’arrêt, ça bouge dans les stations ! En attendant de pouvoir chausser, il y a donc mille et une façons de se dépayser, de se détendre ou de se dépenser.

Dans le contexte sanitaire actuel, les activités sélectionnées ci-dessous dépendent d’arrêtés préfectoraux. A l’heure où nous écrivons, tous ne sont pas tombés, et les choses peuvent encore changer… N’hésitez donc pas à contacter les O.T pour vérifier !

Même pas froid ! Val Cenis
On le sait, les Scandinaves sont de grands adeptes du chaud-froid, habitués à passer du sauna au bain glacé sans transition. Importé des pays nordiques, voici donc, pour l’hiver 2020, la version zen du choc thermique: l’ice-floating, littéralement glace flottante. Pour faire l’iceberg, vous aurez besoin d’une combinaison étanche et d’un trou dans un lac gelé. Celui de Sollières à Val Cenis semble tout indiqué. “On a le bruit de la cascade, la vue sur la Dent Parrachée”, explique Delphine Bergin, fournisseuse officielle de sensations fraîches et tenues de plongée, “c’est génial et complètement addictif, on a du mal à ressortir !” Sauf pour aller se glisser dans un spa bien chaud et, évidemment, fondre de plaisir!
+ d’infos : http://sensationsvanoise.com

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© Yannick Bellissand

Happy speed riding to you – Valfréjus
Dans le ciel de la Haute-Maurienne, il n’est pas rare d’observer des gypaètes, des trétas-lyre, des vautours, voire des aigles royaux et au milieu… des voiles. Colorées, petites et ultra rapides. C’est à Valfréjus, en effet, qu’a décollé le speed-riding, il y a 20 ans. Pour célébrer l’anniversaire de ce dérivé du parapente, pratiqué ski aux pieds, la jeune station (elle est née en 1983) accueille donc, pendant une semaine fin janvier, les meilleurs voltigeurs de la discipline. Plus d’une centaine de voiles et 13 nations différentes se défieront pour une “avalanche de couleurs” et se rassembleront même pour une tentative de record du monde: celui de la plus grande formation de speed-riders! Un vrai ballet aérien, pour que ceux qui n’ont pas froid aux yeux en mettent plein la vue de ceux qui les auront grands ouverts…
+ d’infos : les 20 ans du Speed riding à Valfréjus du 23 au 28 Janv. 2021 (dates et événement confirmés) – http://haute-maurienne-vanoise.com

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© David Ellis Dickerson

Mètre Yoga – Samoëns/Les Saisies
Après la méthode scandinave, on peut aussi aller chercher du côté de l’Himalaya afin de s’habituer au froid. A Samoëns, “allumer le feu, brûler tout ce dont on peut se débarrasser”, Claire Philipczyk, accompagnatrice en montagne et «médiatrice du corps» s’inspire du Toumo, qui utilise des techniques de yoga tibétain de respiration et à laquelle elle a été formée par -3°C… en maillot de bain. Ici, la doudoune est autorisée et les raquettes aussi. “A l’occasion de randonnées faciles, on fait plusieurs haltes pour enchaîner des postures avec une respiration adaptée. Cette combinaison active le système nerveux sympathique, qui réchauffe le corps.” Sur le long terme, cette stimulation permet également de renforcer l’immunité. Une discipline que l’on peut aussi pratiquer, sous le nom de Snowga® aux Saisies, dans les pas d’Hélène Durant.
+ d’infos : http://nature-quintessence.frsentiers-helene.com

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© Keno Derleyn

C’est watts qu’on préfère ! Les Gets
Après les mini-voitures, les mini-karts, les mini-motos, mettez des étincelles dans les yeux de vos mini-pilotes en les installant sur des motoneiges. Aux Gets, l’équipe de Mountain e-park a ouvert, il y a 3 ans maintenant, la 1re école de pilotage 100% électrique. Et oui, parce que, myrtille sur le gâteau de Savoie, ces mini-bolides, en plus d’être équipés de skis, n’émettent pas le moindre gramme de CO2, ce qui colle parfaitement à la philosophie éco-responsable de la station. Deux modèles sont disponibles: pour les 5-11 ans et pour les 12-17 ans. Les plus grands pourront également découvrir le Moonbike, modèle plus léger, sorte de chappy sur chenillette, conçu en Haute-Savoie. Et pendant ce temps-là, ceux (celles?) que la conduite sur neige et la vitesse n’intéressent pas, pourront aller se délasser dans le nouvel espace bien-être des Sources du Chéry, et flâner dans la galerie d’art attenante (autorisation confirmée).
+ d’infos : lesgets.comhttp://mountainpark.com

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A toiles et à mateurs – Les Arcs
Comparé à l’américain Sundance, les Arcs Films Festival récompense de ses Flèches de Cristal la crème du cinéma européen indépendant depuis 2009. Mais en 2020, qui dit contexte inédit dit forme inédite! Pour sa 12e édition, l’événement sort donc des couloirs balisés en s’attaquant à son versant «Hors-piste Digital». Le principe? Du 12 au 26 décembre, le public pourra acheter en ligne des places à la séance 4€ ou un pass de 25€ donnant accès à l’ensemble des films. Les tables rondes et master-class (avec le duo de réalisateurs Toledano-Nakache ou l’acteur Jérémie Reinier, quand même!) seront accessibles librement. Et le 15 décembre, date de la réouverture des salles, l’événement se lancera à l’assaut du versant «Hors-piste Cinéma», avec la projection de la programmation Arcoise dans plus de 150 salles en France.
+ d’infos : à partir du 12 décembre
Parmi les membres du jury: Zabou Breitman, Vincent Macaigne et Nicolas Maury pour les longs métrages ; Karin Viard pour les courts – lesarcs-filmfest.com

Mec plus-ultra : José Garcia

Mec plus-ultra : José Garcia

Si José…

Quand il pousse la porte du cours Florent, José Garcia a 20 ans et « pas le choix ». Sur les planches, il joue sa vie. Une carrière et plusieurs dizaines de rôles plus tard, l’envie ne s’est pas tarie, la joie du jeu est intacte, et sa foi, celle du premier jour.

L e duo comique est un classique. Souvent, il y a celui qui parle et celui qu’on regarde. Pendant les sept années de son tandem avec Antoine de Caunes dans l’émission Nulle Part Ailleurs, José Garcia a captivé la caméra. Sa simple apparition, en moine girond et imbibé, en De Niro possessif ou en pulpeuse Sandrine Trop forte (sosie, aux côtés de Richard Jouir, de Cindy Crawford), suffisait à déclencher l’hilarité du public, mais aussi, et surtout, celle de ses complices. Rien ne semblait l’arrêter, ni les overdoses de bananes ou de chantilly, ni les talons aiguilles ou les strings léopard, ni les chutes du ponton du Carlton. Pendant les quelques minutes que durait le sketch, il n’était peut-être que le second rôle, mais il le jouait totalement à fond, dégageant une sorte de jubilation communicative. A la fin de ces années 90, devenir l’un des visages phare de la grande époque Canal a lancé sa carrière d’acteur : du festif «  Jet-Set  » (2000) à l’effréné «  A fond ! » (2016), en passant par l’angoissant « Le Couperet » (2005), avec une quarantaine de films en 20 ans, il a, depuis, largement déployé sa palette de jeu. Et il y prend toujours autant de plaisir.


Activmag : Quand vous avez passé le cap de la trentaine, en 1997, vous sortiez de la folie «  Nulle Part Ailleurs », et vous mettiez les pieds au cinéma, avec «  La vérité si je mens !  ». Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
José Garcia : C’était des années extrêmement riches, ma fille aussi est née en 94, donc j’étais vraiment pleine bourre ! Des années bénies, avec le plaisir de jouer, de dire ce qu’on avait envie de dire sans être jugés toutes les 5 secondes, d’être dans un monde où on pouvait encore se marrer comme des fous, où rire était irrévérencieux. Après, ça a commencé à se durcir petit à petit. Mais pour être là tous les soirs à délirer avec les gens, il faut une vraie folie quotidienne et beaucoup de travail. Et puis Canal+ était au sommet de sa gloire. Il y avait un melting-pot de gens, un mix de fous furieux qui venaient de tous les horizons, de la radio, de la BD…
Et tous ceux qui écrivaient, que ce soit Albert Algoud ou Laurent Chalumeau, étaient vraiment des gens de lettres, ils ne s’arrêtaient pas à «  caca boudin  », quoi. Donc c’était valorisant et excitant intellectuellement.

Vous souvenez-vous de quelques épisodes marquants ?
Les plus dingues, c’était à Cannes. Là, on devenait vraiment barrés… On travaillait 15 heures par jour, dans une espèce de vitesse de croisière frénétique. Mais on en a fait tellement ! Certains personnages, je les avais oubliés. Parce que j’étais aussi avec Karl Zéro, avec qui je faisais déjà 3-4 personnages dans la journée, et le soir c’était avec Antoine, donc je passais mon temps dans les paillettes… A tel point que je nettoyais mon maquillage à l’acétone. Je peux vous dire que pendant un an ou deux, j’ai mis des pains de crème pour compenser tout ça !

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Après, on vous a naturellement associé à la comédie. Est-ce que vous auriez aimé jouer plus de rôles dramatiques ?
Des rôles dramatiques, j’en ai eu un paquet  ! A chaque fois que je faisais une comédie, j’avais deux films dramatiques ou d’auteur. De ce côté-là, je suis tranquille, tout va bien.

Vous êtes à l’aise dans les deux univers ?
Bien sûr. Vous savez, vous êtes un être humain, vous vous levez le matin, vous n’êtes pas forcément en train de rire. Les films, c’est pareil. On passe 2 ou 3 mois à travailler sur des thèmes qui peuvent être assez durs, d’autres qui portent des messages, parfois extrêmement profonds qui vous touchent personnellement et c’est très valorisant, parce que ça donne de l’énergie pour aller reprendre la comédie. L’idéal, c’est de pouvoir alterner tout le temps.

Je passais mon temps dans les paillettes…
A tel point que je nettoyais mon maquillage à l’acétone.
Je peux vous dire que j’en ai mis des pains de crème pour compenser tout ça !

Y a-t-il des films qui vous ont laissé une trace plus forte que les autres ?
L’expérience la plus forte, et en même temps le plus gros taquet que j’ai pris dans ma carrière, c’est le film de Jean-Jacques Annaud, «  Sa Majesté Minor  » (2007). Je me souvenais de « la Guerre du Feu » et quand j’ai fait Minor, j’ai dit à Jean-Jacques : “j’ai l’impression qu’on ne va pas en être loin” et il m’a dit que dans certaines scènes à la fin du film, j’avais fait pire ! J’étais toujours pieds nus et pratiquement à poil, on courrait dans la rocaille, mais c’était fait avec tellement de grâce qu’on ne voit pas tout ça. Mais moi j’ai vécu le summum de ce que j’attendais en tant qu’acteur  : quelque chose qui était très très difficile à faire. Chaque jour, je ne savais pas si j’allais m’en sortir. Et ça a été aussi le plus gros four qu’on s’est pris. Même la promo a été terrible… Mais ce que j’ai vécu là, je crois que je ne le vivrais plus jamais, et c’est bien dommage, parce que ça a été une expérience démente… Quand une truie de 300 kg manque de vous manger la moitié de la joue par exemple, ça ne s’oublie pas…


On a parlé de Jean-Jacques Annaud, d’Antoine de Caunes… Qui sont les hommes de votre vie ?
D’abord mon père, on a tous au moins cette référence-là. Elle peut être bonne ou mauvaise, pour moi, elle est bonne. Et puis il y a ceux qui étaient à l’écran et qui m’inspiraient. Un des tout premiers, c’est Anthony Quinn, parce qu’il avait justement quelque chose de mon père dans le sourire, le côté terrien. Pour moi, l’excellence, c’est «  Zorba le Grec  ». Mais il y a eu aussi Mastroianni ou Ugo Tognazzi, j’adorais la comédie italienne, de Funès, Albert Finney, Gene Hackman, De Niro… plein de grands acteurs qui m’ont donné la veine. Et après, François Florent (du Cours Florent) m’a donné confiance, Francis Huster, Philippe Gildas, évidemment Antoine, mais d’abord Albert Algoud, Karl Zéro…

A 30 ans, est-ce que vous vous imaginiez cette carrière ?
A 30 ans, j’avais la chance d’avoir des choses bien arrimées, d’avoir eu du succès, ce qui n’est pas évident. J’ai commencé très tôt, à 17 ans. Mais pendant 10 ans, j’étais au chômage, c’était difficile et franchement, je voulais simplement faire mon métier au théâtre, je n’avais pas d’autres prétentions… Mais je n’ai eu que des bonnes surprises, et beaucoup de chance, ça a été au-delà de mes espérances. Parce qu’il ne suffit pas de réussir pendant un certain temps, il faut tenir. J’aurais pu dévier vers l’écriture ou la réalisation, et être frustré de ne plus être appelé en tant qu’acteur, alors que mon plaisir, à moi, c’est de jouer.

A quoi ça tient, le fait d’aller dans la bonne direction ?
C’est de suivre son plaisir et ne pas s’étouffer non plus dans le travail. A 40 ans, je me suis arrêté pendant un peu plus de 2 ans, parce que j’étais en train de me mettre dans une espèce de boucle : je vivais dans un monde virtuel, sur des plateaux et en même temps sur des promotions, et des plateaux, et des promos… Le plaisir était en train de s’étioler. Il y a beaucoup de gens à qui ça arrive. On continue à avancer, on gagne très bien sa vie, alors on commence à s’embourgeoiser, à accepter des rôles, mais pas pour les bonnes raisons… Et ça, c’est le danger. Moi, j’ai toujours voulu rester extrêmement vif, rester à distance, pour garder le désir de créer des personnages ou de partir vers des rôles qui n’ont rien à voir, de prendre des risques qui paraissent inconsidérés pour certains, mais qui me plaisent. Parce qu’il faut y aller, quoi ! Parce que je suis un flambeur, j’aime quand il y a de l’adrénaline et que c’est difficile !

Est-ce qu’on n’est pas un peu obligé de passer par ces périodes-là, de remettre tout à plat ?
On est obligé de passer par plein d’étapes, mais il faut les raisonner tout le temps. M’arrêter pendant 2 ans et demi a été la meilleure chose que j’ai faite de ma vie ! Parce qu’après, j’ai commencé à avoir vraiment faim et à repartir. Aujourd’hui, j’arrive sur un plateau avec le même plaisir de mes 30 ans et je peux vous dire que j’étais extrêmement content d’arriver à cette période-là ! J’ai la même envie de me dépasser et ça, ça s’entretient. Il faut faire attention de ne pas tomber dans la facilité ou dans quelque chose qui peut coûter cher. Il y a des acteurs qui arrivent à faire une carrière internationale très belle, ce qui est formidable, mais ça a un prix. J’ai une amie actrice espagnole qui me disait : “José (avec l’accent), tu sais, aux Etats-Unis, plus la caravane est grande, et plus t’es seul”. Tout a un coût, il faut viser la vie qu’on a envie de choisir, ce qui vaut vraiment la peine d’être vécu.


Est-ce que vous auriez pu faire autre chose, prendre un autre chemin ?
Ecoutez… non. J’avais vraiment le couteau entre les dents quand je suis entré dans un cours de théâtre la première fois. C’était soit ça, soit finir du haut d’un pont, quoi… Et je crois qu’encore maintenant, j’ai toujours la même foi qu’au premier jour. Je n’ai pas eu ma ration d’imprévus, je ne suis pas allé au bout. Et je n’y arriverai jamais, c’est ça qui est beau !

Photos : © M Hugo KERR

ça m’énerve

ça m’énerve

c’est pas du gâteau !

« Mamaaaaaan j’ai faim !!! C’est 4 heures !!!! » C’est fou comme ils arrivent toujours pile, comme si 15 minutes plus tard, l’hypoglycémie allait les attaquer! Aujourd’hui, Galaad est là pour le goûter, alors, c’est double ration.

Non, nous ne faisons pas de jeux de rôle pour apprendre le Moyen Age. Vous m’avez bien regardée ? Je suis plutôt «tuto vite fait» que légende d’Excalibur pour réviser !! Galaaaad (avec 15 A), c’est le fils de ma voisine. Charlotte qu’elle s’appelle, je l’aime pas. C’est le genre de bonne femme qui donne un nom de chevalier de la table ronde à sa progéniture, parce que déjà, même pas accouché, ça fait bien. Il sort, il est intelligent, vaillant et courageux. Il est obéissant, fidèle à la légende, pas un mot plus haut que l’autre, sinon, popopo, au bûcher, il a même la raie sur le côté, c’est pour dire ! Alors pauvre gosse, il écoute, tu parles !!!
Ce jour-là, mes fils ouvrent le graal. Dans le tiroir, que des cochonneries !!! Chocolat, biscuits, bonbons, gaufrettes, madeleines et j’en passe, tout y est pour plaire à mes petits écoliers. Quand soudain, un coup de tonnerre s’abat sur l’orgie : “Moi je ne mange que les gâteaux faits maison !” Nianiania !!!! Ça va l’enfant roi, ouais ???? C’est fou comme même un gamin de 8 ans peut réussir en moins de deux à me foutre les boules, sur le sapin, il va sans dire ! (Ouais, ben moi, j’suis pas ta mère, je bosse, figure-toi !!! J’ai pas que ça à faire que de me prendre pour une pâtissière !!!) Mais je me tais. Je pense à Florence Foresti et je serre les dents avec le sourire, en imaginant mes doigts enfoncés dans les yeux de biche de Charlotte. Aaaahhh… ces mères parfaites, toujours prêtes à tout ! Et on en parle du matin quand t’arrives, le survet par-dessus les bottes, le chignon de biais et l’œil qui pleure et qu’elles sont fraîches comme des tanches et IM-PECC-ABLES ??!!! Brush, manucure, talons, taille de guêpe et rimmel au poil, même leur langage est assorti… Tandis que «Barnabééééé, mets ton anorak, j’te dis !!!» m’échappe pour la 6e fois en hurlant, elles récitent Dolto à la lettre et hop, le tour est joué ! Du coup, j’ai voulu tenter le diable et être une bonne mère moi aussi. Des fois que, sur un malentendu, j’arrête le prozac. Le lendemain, je me suis levée à 6 heures, Bree Vandekamp power. Farine, œufs, lait, petite pincée de cannelle et poêle huilée, j’ai fait sauter des crêpes, histoire, de m’la péter, d’avoir des enfants bien élevés et de mettre Charlotte aux fraises… Quand je les ai entendus arriver en criant, l’odeur plein le nez et les yeux en appétit : «Mamaaaaan t’as fait des crêpes??? Ah mais t’es vraiment la meilleure des meilleures mamans du monde tu sais!!!! Mais attends… T’es sérieuse??? T’as plus de Nutella???? Ben du coup…. Ça va être compliqué, là…»
Ci-git Louis XVI réincarné.

motorisés ? assurés !

motorisés ? assurés !

Chacun sa route

Alors qu’ils envahissent les rues et parfois même les trottoirs, le législateur s’est saisi de la question du statut et du régime juridique applicable aux trottinettes électriques, hoverboards, gyroroues et autres engins de déplacement moderne…

Esther est ravie, pour son anniversaire, Grégory lui a offert le top de la trottinette électrique. Fini les embouteillages, à elle la liberté ! Mais son bonheur est de courte durée. Ne maîtrisant pas le système de freinage de son nouveau bolide urbain, elle est passée à un cheveu de la collision, sur le trottoir, avec le pauvre Alain qui sortait de la boulangerie. Pour un peu, elle l’aurait percuté de plein fouet. Encore émue, elle raconte le soir même sa frayeur à ses convives. Son ami, Me Mathis Tao, qui n’en a pas perdu une miette, l’interroge sur sa couverture par une assurance. Il lui explique que depuis le Décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019 -et oui, il est incollable sur les décrets-, de toutes nouvelles dispositions s’appliquent aux engins de déplacement personnel motorisés (EDPM). L’article R. 311-1 du Code de la route -et, oui, il frime un peu, là !- les définit avec deux éléments clés : la vitesse (ils ne doivent pas pouvoir dépasser les 25 km/h) et l’absence de selle.

EXIT LE STATUT DE PIÉTON

Si les utilisateurs des engins de déplacement personnel «non motorisés» et toujours sans selle, à savoir trottinettes classiques, skate-boards et autres rollers sont assimilés à des piétons par l’article R. 412-34 du Code de la route -no comment- et peuvent donc circuler sur les trottoirs et autres espaces autorisés aux piétons, tel n’est pas le cas des EDPM. Au guidon de son nouvel engin motorisé, Esther est donc un usager de la route et est alors soumise au Code de la route. Elle ne peut pas arpenter le trottoir comme un piéton. Aïe… Esther se tasse dans son fauteuil. Elle doit utiliser la piste cyclable, s’arrêter au feu rouge et veiller à respecter le seuil d’alcoolémie autorisé, comme si elle conduisait sa voiture. Depuis le 1er juillet 2020, elle doit aussi être équipée de feux avant et arrière, de dispositifs rétro-réfléchissants, de frein et d’un avertisseur sonore.

GARE AUX RISQUES EN CAS DE COLLISION

En plus des obligations de prudence élémentaire, Me Tao conseille à son amie de vérifier sa couverture par une assurance.
Les EDPM répondant à la définition du véhicule terrestre à moteur, doivent satisfaire à l’assurance obligatoire : Rép. min. n° 4141 : JO Sénat Q, 13 sept. 2018, p. 4684, Cass. 2e civ., 17 mars 2011, n° 10-14.938. OK, là, il avait une antisèche…
Si l’accident avec Alain n’avait pas été évité, des problèmes de responsabilité et d’indemnisation n’auraient pas manqué de se poser. Esther n’est pas automatiquement couverte par sa multirisque habitation et s’expose à un risque sur son patrimoine personnel en cas de blessures causées à un tiers. Par ailleurs, n’étant pas considérée comme piéton, en cas de collision avec un autre engin motorisé, Esther conducteur pourrait se voir opposer un comportement fautif de sa part pour minorer son droit à indemnisation, voire même, et ça a déjà été le cas, de l’exclure complètement, sans qu’il soit besoin de la confronter à la faute de l’autre conducteur impliqué.
Moralité, quand on veut partir de bon matin à trottinette sur les chemins, mieux vaut être protégé et assuré.


mec plus-ultra : Jean-Marc Barr

mec plus-ultra : Jean-Marc Barr

De l’aura en Barr

A la barre de sa carrière, Jean-Marc Barr, acteur et cinéaste franco-américain, fait figure de barré. Il débute par un énormissime succès pour se réserver ensuite très vite à un style bien plus feutré, pas en apnée.

Il n’y a pas si longtemps, je me remémorais, en pleine expérimentation apnéique foudroyante, le regard abyssal de Jean-Marc Barr dans ce Grand Bleu dramatico-romantique qui éclaboussa le cinéma des eighties. Et immergea son disciple dans la vaste notoriété qu’on lui connaît. Une destinée qui aurait pu finir en queue de poisson si le beau gosse d’alors n’avait pas eu les nageoires véloces pour négocier rapido le changement de courant qui l’attendait. A 60 ans tout pile, Jean-Marc a gardé tout le charme de son accent d’outre-Atlantique et la facétie d’une posture bien en marge de la starification à tout prix. Pourvu qu’il soit libre.
Cap toute sur des choix artistiques plus confidentiels -tendance jusqu’au-boutistes- et des positions personnelles bien loin des standards, l’engagement et la conviction chevillés au cœur comme boussoles.

Activmag : Comme nous fêtons les 30 ans de notre canard, permettez-nous de faire un come-back sur vos 30 ans à vous. Vous les avez fêtés 2 ans seulement après la sortie du Grand Bleu. Est-ce à dire que vous étiez alors toujours en pleine déferlante à ce moment-là ?
Jean-Marc Barr : A 30 ans, on n’est plus vraiment un jeune homme, mais pas tout à fait un homme non plus. Le Grand Bleu a été un cadeau énorme, complètement inattendu, jamais je n’aurais imaginé être aussi connu à cet âge-là et aussi rapidement. J’ai tout fait pour ne pas y croire. Mon métier d’acteur était un choix du cœur et j’ai toujours su qu’il fallait du temps pour l’apprendre. Pour autant, j’ai vite fait des choix différents, qui ne rentraient pas dans ce que l’on attendait de moi, notamment avec les films de Lars Von Trier (NDLR : Jean-Marc Barr est l’un des acteurs fétiches de ce réalisateur, scénariste et producteur danois connu pour son univers trash et son esthétique sombre). Je me suis, en quelque sorte, un peu retiré du jeu, mais j’étais dans une espèce de quête intérieure. On me regardait un peu de travers, mais je voulais mener ma barque à ma façon.

Photo : Pool CATARINA/VANDEVILLE/Gamma-Rapho/Getty Images

Quels sont les meilleurs et les pires souvenirs de ces 30 ans ?
Le jour des mes 30 ans, j’étais tout seul à San Diego en Californie. Après le Grand Bleu, ma Yougoslave (Irina Decermic) avait perdu son sens de l’humour, même si elle est revenue ensuite ! J’ai tout de suite choisi une vie de nomade et déliée d’attaches matérielles très inspirée du parcours errant de Jack Kerouac. Me connaître, c’était accepter de ne jamais me voir. A cette époque je me suis parfois senti très seul à vivre dans les chambres d’hôtels…

En faisant le choix de n’avoir ni appartement, ni voiture et de gagner moins d’argent qu’en faisant des films très grand public, j’ai gardé ma liberté de dire et d’être.

Vous êtes aujourd’hui papa d’un petit garçon de 5 ans, quel monde lui souhaitez-vous pour ses 30 ans ?
Ça, c’est une question difficile. L’avenir me fait peur, je n’arrive pas à lire les nouvelles, je les trouve cauchemardesques. J’espère que dans 30 ans, l’être humain aura trouvé une autre philosophie que celle du profit et de l’exploitation. Nos vies sont liées à un énorme spectacle. Mais je garde l’espoir de la résistance.

Nous rendons dans ces pages hommage aux hommes qui nous ont inspiré et dont vous faites partie. Et vous, quelles sont les figures masculines qui vous ont marqué, influencé ?
Je n’ai pas eu de mentor à proprement parler mais ce que je peux dire, c’est que la culture américaine ne me suffisait pas, j’ai eu besoin de me plonger et d’aller puiser dans mes racines européennes. Des écrivains comme Arthur Miller ou Tolstoï m’ont imprégné, des personnages de l’histoire aux destins marqués aussi. Et comme je suis un enfant de l’image, le cinéma a été une vraie ressource spirituelle et de réflexion. Et mon père, bien sûr, qui m’a dit un jour que nous devions tous essayer d’améliorer l’espèce. Peut- être que cela m’a guidé dans mes choix.

Très sensible à la question de l’environnement, vous semblez très ancré dans la terre, la nature, le vrai. Vous êtes parrain de l’association CETASEA pour la protection des mammifères marins et avez des engagements forts et durables. En quoi cela est-il fondamental pour vous ?
J’ai toujours essayé d’avoir une démarche honnête et de rechercher la vérité en toute chose. Mes choix, parfois en marge, m’ont donné la possibilité d’avoir une opinion sur le monde et d’être libre de l’exprimer. En renonçant à une certaine forme de célébrité « main street », en faisant le choix de n’avoir ni appartement, ni voiture et de gagner moins d’argent qu’en faisant des films très grand public, j’ai gardé ma liberté de dire et d’être. Je suis fidèle à moi-même et à mes convictions et j’ai toujours essayé d’échapper au formatage de pensée.

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Vous êtes un des acteurs fétiches de Lars Von Trier dont le cinéma est un peu l’antithèse des blockbusters américains ? Qu’est-ce que ce cinéma incarne pour vous ?
Depuis 20, 30 ans, l’idée même du cinéma est noyée par le curseur du box-office. Pour moi, être acteur, ce n’est pas être un business man, ni se cantonner aux rôles qu’on vous impose. La vraie richesse, c’est de pouvoir choisir. En ayant pleinement conscience que le culturel est conditionné par le capitalisme et en essayant de m’extraire de ce schéma, peut-être que j’enraye un tout petit peu la grande machinerie, à ma façon…

Pour rester connecté, vous pratiquez toujours l’apnée, qui est finalement le plus grand cadeau que le Grand Bleu vous ait fait ! Qu’est-ce que cette activité vous procure ?
Faire de l’apnée, c’est entrer en contact avec sa mortalité et se connecter à son insignifiance. C’est la chose la plus forte et la plus claire qu’il m’ait été donné de faire. Et en même temps, c’est quelque chose à la fois de très profond et de très sensuel qui vous branche en direct sur l’instant et l’infini. Même si aujourd’hui, j’ai coutume de dire que je fais de l’apnée «pré-gériatrique», à 10 mètres de profondeur seulement !

Vous ne le savez sans doute pas, mais nous partageons avec vous un certain goût pour l’humour, parfois décalé, cela vous a-t-il parfois joué des tours ?
L’humour, j’en ai besoin, ça fait partie de moi. Mon père était comme ça, et j’ai gardé cette idée que l’on peut chercher le drôle en toute chose. C’est un plus de légèreté, et pour moi qui n’aime pas les conflits, c’est une façon de communiquer, de ne pas se renfermer sur soi. Même si nous n’avons, hélas, pas tous le même sens aiguisé. Pour moi, y a de l’amour dans l’humour.

mec plus-ultra : Michel Sarran

mec plus-ultra : Michel Sarran

Cuisiner Sarran heureux !

Ah Michel Sarran !!! Cet accent du sud qui fait chanter les rossignols ! A 59 ans, s’il distille la bonne humeur depuis 2015 dans l’émission Top Chef, à Toulouse, il cuisine soleil et gourmandise depuis des lustres. Blanquette de cuisses de grenouilles, pêche en coque soufflée ou crumble au pur brebis font swinguer la ville rose… et pas que !

Et le Chef n’y va pas avec le dos de la cuillère pour que nos papilles dansent le Gers. Epicure en papillotte, c’est que ça s’concocte ! Issu d’un petit village gersois, c’est dans les bottes de son père agriculteur qu’il enfourche la vie, dans les jupes de sa mère, aubergiste, qu’il croque sa première dose d’amour. Une vie simple et sans chichi. Parce que s’il crève l’écran, ne lui dites pas qu’il est une star, ou il vous plonge au court-bouillon tout cru ! Entre humour et générosité, c’est un homme aussi sensible que brut de pomme, qui se met à table. Au menu, une recette terroir où le bonheur explose, parce qu’“on ne peut pas être heureux, si on n’a pas le plaisir de vivre.

Activmag : Le plaisir, c’est votre ingrédient principal ?
Michel Sarran :
On est des marchands de plaisir et pour pouvoir en donner, il faut savoir en prendre.

Mais vous ne vouliez pas être médecin, à la base ?
J’ai voulu être beaucoup de choses ! Venant d’un milieu rural, j’ai logiquement commencé en école d’agriculture. Tout petit, je voulais être pianiste aussi. Puis médecin. J’ai bien tenté, mais bon ! Je n’étais pas un élève très sérieux, et comme je le dis souvent, je faisais plus du tourisme étudiant qu’autre chose. Et j’ai dû faire un choix. Quand on est jeune, on vous explique que dans la vie, il faut un métier, un foyer et des enfants, c’est la logique de notre société, ça l’était à ce moment-là en tous cas. Et moi, je n’avais pas de métier, ni de passion particulière ! Alors quand ma mère a monté sa ferme auberge, j’ai commencé à y bosser le week-end pour gagner 3 sous. Au moins, en faisant ce métier, je ne mourrais pas de faim. C’était alimentaire et jamais je n’aurais pensé être cuisinier dans ma vie d’ado, ça c’est sûr !

Vous n’étiez pas un enfant gourmand ?
Sans le savoir, si ! Parce que j’ai eu la chance d’avoir une mère qui était très bonne cuisinière. Elle a fait l’école hôtelière, avant de faire le choix de revenir vivre dans le Gers, pour épouser l’homme qui allait devenir mon père. Elle cuisinait simplement, une nourriture essentielle avec tout ce que j’aime dans la générosité des plats maternels, et qu’est-ce que c’était bon ! On mangeait bien, mais dans un contexte rural et on ne connaissait absolument pas le milieu de la haute gastro !

Il paraît que c’est votre mère qui vous a poussé sous l’aile d’Alain Ducasse pourtant ?
Oui c’est vrai ! Une amie très aisée lui avait prêté une maison à Juan les Pins, pour les vacances. Avec mon père, ils sont allés déjeuner au Juana, chez Alain Ducasse. Ma maman a demandé à le rencontrer et elle lui a dit “ce que vous faites est formidable, mais il vous manque une chose. C’est mon fils !” C’était une femme très très culottée ! Ils ont discuté et il a dit pourquoi pas. Alors on est allé le voir à Paris et il m’a embauché. J’ai été formé, il m’a envoyé chez Gaston Lenôtre aussi. Mais oui, ma mère m’a ouvert la porte et j’ai fait des rencontres incroyables.

Ce n’est pas une passion ! C’est un métier.
Je n’aime pas le mot «passion» parce que pour moi, il n’est pas positif, mais irrationnel.

Vous avez travaillé longtemps pour lui ?
Non, car c’est un métier qui réclame du caractère et je ne voulais pas tomber sous l’emprise ou me faire happer pas une forte personnalité qui empêcherait la mienne d’éclore. J’avais besoin d’apprendre, alors j’ai travaillé une saison au Juana et ensuite au Byblos des Neiges à Courchevel. J’étais là au moment de l’accident d’avion, je m’en rappellerai toute ma vie ! Et quelques temps après, je suis parti chez Michel Guérard.

C’est à ce moment-là que la cuisine est devenue une passion ?
Mais ce n’est pas une passion ! C’est un métier. Je n’aime pas le mot «passion» parce que pour moi, il n’est pas positif, mais irrationnel. Dans la littérature française, une histoire passionnelle a souvent une fin triste. Alors que nous, on fait un métier très cartésien, très carré, et il faut être bien dans sa tête. Et je crois que quand on est passionné, on est capable de faire tous les excès du monde. Ce n’est pas du tout comme ça que je définirais ma relation à la cuisine. C’est un métier formidable qui m’apporte énormément de choses et qui me permet de vivre une vie que je n’aurais jamais imaginée, étant fils d’agriculteur à Saint Martin d’Armagnac, un petit village du Gers. Ce n’est pas un métier passion, mais un métier plaisir. Et une fois de plus, le plaisir c’est jouissif et j’ai une vie formidable ! Mais elle est extrêmement organisée et calée. Je travaille avec des équipes, un peu comme on le ferait au rugby, vous voyez ?

Ah oui, le rugby !! Vous êtes fan, paraît-il ! Votre brigade, c’est donc votre équipe à vous ?
Oui, c’est tout à fait ça ! C’est un mécanisme et un travail collectif qui amène au résultat. Sur le terrain, vous avez 15 personnes qui jouent pour la victoire. Et ce n’est pas avec la folie du manager qu’on peut y arriver. On peut avoir toutes les stratégies farfelues du monde, il faut pouvoir les maîtriser. Pour moi c’est pareil. Je peux avoir toutes les folies dans la construction de mes plats, il faut que ce soit réglé comme du papier à musique pour que la symphonie fonctionne. Vous avez un poste au poisson, à la viande, aux sauces, aux desserts et tous ont un rôle précis à jouer. Et si chacun remplit son contrat, on a plus de chance de réussir. Je ne dis pas de gagner, mais de réussir.

A 29 ans, vous pilotez votre première brigade au Mas des Langoustiers à Porquerolles, à 30, vous décrochez la 1re étoile, pour un autodidacte, c’est une sacrée victoire ? Vous aimez les challenges ?
J’adore ! C’est le moteur de ma vie, professionnelle ou autre. Et j’essaie toujours d’en trouver de nouveaux. Ça permet d’avoir une excitation salutaire. C’est de l’adrénaline pure ! Mais pour l’étoile, je ne la cherchais pas. Je sortais d’un échec dans un restaurant tropézien, où j’avais été licencié pour incompatibilité d’humeur. Je n’avais jamais bossé dans une maison avec autant de couverts à envoyer comme au Mas des Langoustiers. C’était énorme ! Je travaillais avec 25 cuisiniers et c’était ça, le challenge ! Et au bout d’un an, cette première étoile a été une vraie surprise. Je me souviens très bien de ce moment. J’étais dans le Gers quand on m’a informé d’un mail en rapport à une promotion au Michelin. Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait être. Alors j’ai appelé Michel Lorain -chef étoilé de la Côte St Jacques- qui m’a dit “Ça veut dire que tu as une étoile, mon grand, bravo !” J’étais tout seul sur mon chemin communal et je faisais des sauts en l’air !

En 1995, vous ouvrez enfin votre maison à vous, à Toulouse, pourquoi lui avoir donné votre nom ?
Je m’étais retrouvé dans des établissements où je faisais ma cuisine, mais pas totalement… Là, c’était l’évidence de faire les choses pour moi et les miens. Que ce soit la vaisselle, la décoration, je voulais que tout me ressemble. Alors j’ai cherché un nom et puis je me suis dit que finalement, Michel Sarran, c’était pas si mal. Mais en toute humilité. Je n’oublie jamais d’où je viens, d’un papa agriculteur et d’une maman aubergiste. C’est ma philosophie de vie !

Une philosophie qui vous a conduit à 2 étoiles, depuis 2003. Mais que fait le Michelin ?
(rire) Ça c’est bien une question de journaliste ! Le Michelin représente l’excellence, et si je n’ai pas de 3e étoile, c’est simplement que je ne les mérite pas. Mais vous savez, ce n’est pas une fin en soi. Ce qui me préoccupe, c’est donner du bonheur aux gens qui viennent manger dans mon restaurant, de faire en sorte qu’ils repartent avec ce qu’ils sont venus chercher. Mon objectif, c’est d’être heureux et de les rendre heureux.

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Vous êtes un grand sensible, d’ailleurs ? Vous avez même un petit côté poetic lover, je trouve..
Oui ! Je suis un grand sensible ! Et l’amour est très important, même si je n’aime pas trop exposer ma vie privée. Mais je peux le dire, j’ai la chance d’avoir des filles formidables qui travaillent aujourd’hui à mes côtés. La chance aussi de vivre une histoire magnifique qui me permet de trouver un équilibre au quotidien. L’amour, il faut en avoir plein, ça aide dans la vie.

Et la télé, vous y êtes arrivés comment ?
C’est France 5 qui est venu me chercher en 2014 pour l’émission Cuisine Sauvage. Un militaire des forces spéciales, qui avait l’habitude de vivre dans des milieux hostiles, avait eu l’idée d’inviter des chefs dans des zones perdues. Avec ce qu’il rapportait de la chasse, de la pêche ou de la cueillette, 3 ingrédients et 3 ustensiles qu’on pouvait apporter au départ, il nous demandait de faire un repas. Ça a été une superbe expérience. Et c’est suite à cela que j’ai été contacté par TF1 pour un projet d’émission. Mais ça a trop traîné, alors j’ai dit stop. Et quand M6 s’y est mis, j’étais pas hyper emballé. La chaîne voulait changer l’équipe du jury de Top Chef, j’ai d’abord dit non, puis ils m’ont convaincu de passer le casting. J’y allais tellement à reculons que je pensais que ça ne marcherait jamais et j’ai été choisi ! J’étais loin d’imaginer ce qui m’attendait !

D’ailleurs, comment s’annonce cette 12e saison, la 7e pour vous ?
A merveille ! On le dit chaque année, mais là, c’est dingue ! Il y a une super ambiance entre nous, ça, c’est un fait. Mais je vous assure que les candidats, cette année, sont incroyables !

Et pour la blague, avec le Chef Etchebest pro rugby à Bordeaux, et vous à Toulouse, ça matche ? C’est comme pain au chocolat et chocolatine ?
On aime tous les deux le rugby, mais on ne porte pas les mêmes couleurs !!! Et on se charrie beaucoup avec ça ! Ça met un peu de piquant et c’est bon enfant, surtout ! Par contre, on est chocolatine tous les deux !! Là, on fait front !! C’est le chef de l’Elysée, Guillaume Gomez qui a lancé ce truc-là ! Ah c’est sûr, à Paris, on est pain au chocolat, y’a pas de doutes !

Petit écran toujours, on vous a vu dans un téléfilm, encore un challenge ?
Le pouvoir de la télé est incroyable. Et comme je vous l’ai dit, je ne me considère pas du tout comme une star de la télé ! Mais ça permet de rencontrer des personnes, dont Jean-Luc Reichman, toulousain à la base. Il a une série policière qui s’appelle Léo Mattei. Il m’a demandé si je voulais participer à un épisode qui tournait autour de la cuisine. J’avais un peu de temps, alors j’ai dit pourquoi pas ! J’ai pris le rôle de Monsieur Germain, proviseur d’un lycée et c’était génial !

On vous voit très souvent de super humeur, mais qu’est-ce qui vous énerve au plus haut point ?
L’injustice ! Je ne supporte pas ça. Comme en ce moment, avec cette crise de la Covid. On ne sait pas qui sont les responsables, mais il y a des injustices. Entre les assurances qui ne sont pas toujours au rendez-vous et les décisions du gouvernement… toutes ces choses qui vous font remettre en question 25 années de votre vie, et je ne suis pas le seul: on ne sait pas du tout où on va, ni même si nos maisons vont pouvoir rouvrir. C’est terriblement injuste et ça, c’est insupportable.

Si je vous dis, «Michel Sarran dans 30 ans», vous me répondez quoi ?
Je ne sais pas si je serai encore en vie ! Ou j’aurai 90 balais ! Vous êtes gentille, vous ! J’espère avoir encore 30 belles années à vivre devant moi, mais je suis incapable de me projeter ! Et je n’en ai pas envie, parce que je me nourris des surprises de la vie. J’espère que je ne serai plus derrière les fourneaux, parce que c’est un métier contraignant. Toujours dans l’attente des guides, des jugements, des internautes, on vit dans le stress en permanence. Sans compter l’angoisse actuelle. Mais espérons que de plus belles choses m’attendent !

© Anne Emmanuelle Thion / © Stephane De Bourgies/M6

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