même pas mâle

même pas mâle

Dans le potage

C’est la saint Valentin et Barry, mon Brésilien, n’a plus un radis. Pour ne pas faire chou blanc et mettre du piment, il a prévu une soirée canap’ et film à l’eau de rose pour entretenir la fane, et quelle carotte !

Il est au petit soin, épluche le moindre détail pour que je sois bien, cebette, mais ça datte ce temps où il était moins haut thym, il est plutôt pète-noisette depuis, mais soyons clément et in, ce n’est pas ce soir que je vais le mettre à l’amande ! Et puis, il a l’air tout excité, il a une de ces bananes ! Ce serait pêcher. Il lance le film, le générique annonce la pleine maturité : Mara des bois et les joyeux compagnons… Popopo question CULture, j’vais ramasser…

Les raisins de la colère

En guest, Mara bien sûr, Toto, Basile, Jeanne, Pomme, William, Anna, Chantal Goyave dans le rôle de la menthe, Kale dans celui du pape… Ail ail ail, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire !!! Et moi qui pensais à une sag’aromatique, à y regarder de très près, il tient plutôt à moi comme à la prunelle de ses œufs. Aaaahhh, s’il pensait mettre la main au panier, il peut se tâter les noix, coco, il va finir à cran, barry. Parce que ça démarre, et ça démarre fort ! J’en ai les jambes qui flageolent et question cru à couper au couteau, ça m’râpe d’avance. J’aurais dû enlever mes lentilles, c’est sûr, j’vais finir au fond du Puy. Du coup, j’vous la coupe courte. 

Big Haro

Mara travaille dans une cave et ça mâche pas fort. Tout le monde lui raconte des salades, dans l’es poires de tâter ses melons, tandis qu’ils goûtent les pinards… Et visiblement, ça n’la branche pas. Quand je vous dis que c’est juteux le truc ! Bref, ça s’agite quand Kale remarque que Toto mate un peu trop, il a l’air chou kale, il joue l’avocat des diables. Et alors que je m’évade sur le bouquet garni, qu’il tient ferme entre ses mains, soudain banda Basile… Hic ! Il s’enfile le verre cul sec et tente d’équeuter Mara avec son lance roquette, qui pâle comme une endive, lui met un coup de boule d’or ! Ça devient hot !

Potat’ose 

William intervient, mais quel fayot, lui aussi est en rut… Ahhhhh bagatelle, qu’est-ce qu’il ne f’rait pas pour la caramboler ! Allô et verra bien, il appelle un pote au feu pour qu’il l’asperge et demande à Pomme de s’taire, un peu trop bruyante à se faire tailler en rondelle. J’ai chaud. Mais je me laisse prendre…

Fruit juice

Et ça continue. Jeanne, kiwi dire que Mara ne fait pas le pois, commence à ramener sa fraise. Et jeune pouce, pleine de fougue, la pucelle rit. Quelle courge ! De son côté, Chantal, un peu blette, n’a pas l’air dans son assiette. Elle se ferait bien trancher comme Mara déboitée, mais elle s’écrase. Purée, la pauvre, elle est complètement fanée et Laure y est déjà. Quant à Anna… naze. C’est à ce moment précis que Barry décida de récolter les fruits de la passion, ses mains de bouddha sur ma peau d’orange ! Alors Barry ? On a les noix de Brésil qui craquent ? Il est à deux doigts… Mais je le laisse mijoter…

C’est la faim 

Je me concentre sur son poireau histoire de regarder ailleurs, c’est quand même pas très beau ce truc avec ses poils hirsutes plantés, ça me botte pas des masses ! Mais j’ai faim ! Et avec les vapeurs que je me tape, quand je passe à la casserole, c’est chaud bouillant. Je pars me rincer à l’eau claire avant de me friser le persil et secouer le prunier, fraîche et dispo pour faire crac crac. Hummmm… je reviens, à point ! Ouhou Barry ? Laitue là ? Oignon… Visiblement la cuisson lente, c’est pas son truc, bien la peine de m’enfiler un navet pour tout ce bric et ce broc… Au lit ! Et oui,  Barry comate !

en station : Aux alpes citoyens

en station : Aux alpes citoyens

Plan B

On ne va pas faire une fixation, mais cette fois, c’est sûr, ce n’est pas en février qu’on affinera notre planté de bâtons. Alors pour remonter la pente et nous consoler, les stations passent aux plans B, rivalisent de créativité et se fartent les idées pour proposer une avalanche d’activités.

Dans le contexte sanitaire actuel, les activités sélectionnées ci-dessous dépendent d’arrêtés préfectoraux. A l’heure où nous écrivons, tous ne sont pas tombés, et les choses peuvent encore changer… N’hésitez donc pas à contacter les O.T pour vérifier !

Ainsi fond, fond, fond… // Haute-Savoie

A défaut de glisser alpin, glissons nordique ! C’est pareil, mais différent : le même plaisir de la neige, les mêmes grands espaces, les mêmes joues rouges… à un autre rythme et sans carres. C’est le discours du Conseil Départemental de Haute-Savoie, qui soutient à fond, à travers Haute-Savoie Nordic (HSN), la pratique du ski… de fond donc. HSN fédère 24 domaines, qu’elle accompagne dans la promotion de l’activité, l’aménagement et la modernisation de leurs installations. C’est le cas notamment du stade Sylvie Becaert, au Grand-Bornand, seul site français homologué pour organiser des compétitions internationales, qui devait accueillir, en décembre, une étape de la Coupe du Monde de biathlon, et dans lequel le département prévoit 250 000€ de travaux. La collectivité locale instille également le goût du fond aux plus jeunes skieurs, en finançant le dispositif « savoir skier », grâce auquel 220 classes de 5e s’initient au skating chaque année.
+ d’infos : http://hautesavoie.fr

Tour particulier // Les Houches

A circonstances exceptionnelles, ouverture exceptionnelle ! Cet hiver, voyez donc grand et visez carrément le Parc de Merlet, aux Houches, pour vous tout seul… ou presque. Accompagné du guide Philippe Gaubert, et en petit comité (6 pers. max.), il est donc possible, 2 fois / semaine, de se promener dans la réserve animalière pour un moment plutôt exclusif : si vous êtes sages, mais surtout discrets, vous pourrez en effet, raquettes aux pieds, approcher mouflons et bouquetins, alpagas, cerfs ou daims… Le tout avec une vue imprenable sur la chaîne du Mont-Blanc… Tentant ! Par contre, ne comptez pas trop sur les marmottes, tout le monde croit qu’elles hibernent à cette époque-là, mais pas du tout : elles sont en train de faire briller l’alu pour emballer le chocolat.
+ d’infos : http://parcdemerlet.com

©Yann Allegre / Val d’Isère

(Petite) Reine des Neiges // Val d’Isère

A vue de non-initiés, des roues de vélo sur le verglas, c’est pas gagné… Et pourtant, que les adeptes de la petite reine soient rassurés, ils peuvent à présent vivre leur passion même quand il a neigé, avec moufles et cache-nez. Et à Val d’Isère, même les moins sportifs peuvent s’y essayer, car il s’agit de bécanes électriquement assistées (VAE): des VTT ou des Fat Bikes -ces vélos aux pneus 2 fois plus gros, deux fois moins gonflés et dont l’adhérence sur la neige va vous bluffer- pour aller s’enfoncer dans la vallée. Pour éviter tout problème de cohabitation avec d’autres types de glisse, des secteurs spécifiques ont effectivement été aménagés, en direction de la cascade de glace ou du vieux village.
+ d’infos : http://valdisere.com / bicycles-concept.jimdosite.com

©Nunayak

Et au milieu coule une rivière… gelée // Samoëns

Mais navigable ! Alors pourquoi faudrait-il attendre absolument qu’il fasse beau et chaud pour se jeter à l’eau ? Bien couverts, avec une première couche de vêtements techniques, deux épaisseurs de néoprène, des moufles et des bottillons, on peut affronter n’importe quel torrent de montagne ! Allons-y donc pour le Giffre, au départ de la base Nunayak à Sixt-Fer-à-Cheval et direction Samoëns. Le parcours peut varier en fonction de la hauteur d’eau, qui déterminera aussi votre type d’embarcation : canoë, kayak ou paddle sur petit débit, raft sur flux plus profus. Il n’y a pas que sur la neige qu’on peut glisser…
+ d’infos : http://haute-savoie-rafting.com

Do you snooc ? // Morillon

Vous croyiez avoir tout vu, tout essayé ? Et bien, avez-vous déjà snooc-qué ? Ah, ah… Mais le snooc, qu’est-ce que c’est? Allez, direction Morillon pour se faire briefer : inventé par un moniteur de voile et de glisse, le snoooc est donc une paire de tout petits skis qu’on équipe de peaux de phoques pour la montée, et qui se superposent pour ne former plus qu’une seule spatule sur laquelle on pose, pour la descente, un siège équipé d’un frein. Un ski-luge, quoi. Au ras du sol, on dérape avec ou sans les mains, en utilisant les bras comme balancier… C’est un peu technique, assez physique, mais on finit addict !
+ d’infos : http://grand-massif.com

Les coulisses de la glisse // La Clusaz

Et si on profitait de cette saison particulière pour aller voir ce qui se passe en coulisses, derrière ? C’est en tous cas ce que propose La Clusaz : découvrez, avec un conducteur de télécabine, les rouages de son installation ; avec un pilote de dameuse, le fonctionnement de ces impressionnantes machines ; avec les pisteurs, les secrets de l’équipement d’urgence à l’occasion d’une formation avalanche ; et avec les experts en fart, la préparation et la réparation de ski, tout un art ! Tous ces professionnels de la montagne sont exceptionnellement disponibles et ravis de partager leur passion pour leurs métiers, ce serait dommage de ne pas en profiter !
+ d’infos : http://laclusaz.com

en station : Tess Ledeux

en station : Tess Ledeux

Big Little Tess

1,58 m d’explositivité, un mélange d’audace et de légèreté. Depuis 5 ans, Tess Ledeux squatte les podiums mondiaux de freestyle en enchaînant les figures les plus haut-dacieuses. Et quand elle s’envole, difficile de ne pas être scotchés…

©Louis Garnier / Red Bull

« Petite, je suivais beaucoup de skieurs, mais le premier qui m’a mis des étoiles dans les yeux, c’est mon cousin, Kevin Rolland ! Toute la famille se réveillait au milieu de la nuit pour suivre ses compétitions.” Forcément, quand on a des gènes communs avec un champion du Monde de half-pipe, on est naturellement plus excitée par l’idée de défier les airs que celle de toucher du piquet. “On nous obligeait à faire deux ans d’alpin avant de passer au freestyle, et ce n’était pas du tout mon truc, je n’étais pas à ma place. C’était quand même un bon terrain de jeu, mais je regardais tous les matin les freestyleurs partir à l’entraînement et je n’attendais que d’intégrer leur groupe.” Une petite tête de Gretel, de la détermination jusqu’au bout des tresses et un sacré carafon, les coaches de La Plagne n’ont pas le choix : à 9 ans, soit deux ans avant l’âge requis, Tess est exaucée, elle rejoint le côté « libre » du ski.
Avec Charlie, sa sœur aînée, elles ne sont que deux filles dans un groupe de garçons plus âgés, qui les tirent vers le haut, sans les ménager. « Je me rappelle très bien mon jour de test. On est parti en freeride, en dehors des pistes, et tout le monde a sauté un rocher. Moi, je ne suis pas allée assez loin, à l’atterrissage, je me suis pris un genou dans le nez ! » Mais il faut plus qu’un nez cassé pour l’effrayer. « Pour commencer, il faut être un peu insouciant. Après, on a besoin d’une part de peur pour canaliser les choses, ne pas faire n’importe quoi. En grandissant, on réalise qu’on n’est pas invincible, qu’on peut se blesser, c’est là que l’adrénaline s’installe. Mais jamais personne ne m’a dit « fais attention, tu vas te faire mal !»”.

Saas-Fee, Suisse, Octobre 2020 ©Louis Garnier / Red Bull

UNE GRANDE PARMI LES GRANDS

Pour être sûre de sa vocation et s’occuper à la fonte des neiges, Tess s’essaie quand même à d’autres sports : danse classique, escalade, tennis… mais elle n’a que le ski en tête. Et dans le sang. Très rapidement, ses résultats confirment qu’elle a trouvé sa voie. Elle a tout juste 15 ans quand elle prend son envol au niveau international. “Je venais d’entrer en équipe de France, tout était nouveau, les sponsors, la pression… Pour ma 1re Coupe du Monde, je pensais que j’étais à la ramasse, je n’attendais rien. Mais finalement les conditions étaient horribles, il neigeait, il y avait du brouillard. C’était à celle qui arriverait à poser son run du haut en bas, et j’ai gagné. J’ai vu que j’avais des qualités, que je pouvais prendre les choses au sérieux, que mes rêves pouvaient devenir réalité.
A peine quelques mois plus tard, elle est la première Française à participer aux XGames, l’événement mythique qui concentre, à Aspen aux Etats-Unis, tout ce que la glisse extrême compte de surdoués. Elle y décroche une médaille d’argent en slopestyle -descente sur une piste aménagée avec des tremplins et des rampes sur lesquels les skieurs ou snowboardeurs peuvent réaliser des figures–, avant de finir la saison 2016-2017 couronnée du titre de championne du Monde. Alors oui, à ce niveau-là, on peut dire que les choses deviennent sérieuses.

©Perly

ENTRE CIEL ET TERRE

Un peu trop peut-être. “Tout se passait super bien, je m’impressionnais de compétition en compétition. Je suis donc arrivée aux J.O. de PyeongChang sur petit nuage, en mode « c’est acquis ». Mais je me suis rendu compte que même avec de bons résultats, tout pouvait basculer…” Tess est en effet éliminée dès les qualifications, après une chute. C’est sa première défaite. Son monde s’écroule. “Après ça, j’ai eu une espèce de dégoût, je n’ai participé à aucune compétition pendant 6 mois.” Elle fait alors un gros travail sur elle-même, avec son coach, pour retrouver sa confiance en elle, réussir à dédramatiser, gérer le surplus de pression et garder les pieds sur terre. Sans réfréner son incroyable élan. Elle se remobilise donc, de la pointe des bâtons jusqu’au bout des spatules, pour devenir, l’année suivante, la toute première championne du Monde de Big Air, ce tremplin sur lequel il faut «plaquer» les plus belles figures et qui sera discipline olympique en 2022. Mais n’en parlons pas trop tôt. Non pas que la Plagnarde soit superstitieuse. En début de carrière, c’est vrai, elle portait les mêmes sous-vêtements à chaque compétition, mais aujourd’hui, le petit cochon en peluche qui l’accompagne partout n’est pas un gri-gri, c’est un doudou qui lui rappelle ses premiers coaches et la rassure. Elle n’est donc plus superstitieuse, mais veut, tout en avouant avoir de « gros objectifs » pour Pékin, rester concentrée sur le moment présent.

©Louis Garnier / Red Bull

FAIM DE LOOP*

Après une blessure au genou qui l’a privée des dernières compétitions de 2019-2020, Tess aborde donc cette nouvelle année à la manière d’une bouteille de champagne qu’on aurait sabrée, prête à pétiller après avoir projeté son bouchon haut et fort. C’est en effet un double «cork» (bouchon en anglais), série de rotations désaxées qu’elle n’avait jamais réussi à poser en slopestyle, qui lui vaut son premier or de la saison en Coupe du Monde en novembre. La belle 2e place qui a suivi début janvier ne l’a pas tout à fait contentée. Issue d’une famille de restaurateurs, Tess est une vraie gourmande, elle adore la pâtisserie, mais cet hiver, si elle est affamée, c’est de victoires qu’il faudra la rassasier.

*Lincoln Loop, rotation à 360° désaxée sur le côté

en station : Ben Cavet

en station : Ben Cavet

Des creux & un boss

Une pente au relief tourmenté, des tremplins dont il faut s’envoler en toute légèreté et 2 fois 20 secondes pour montrer l’étendue de ses capacités: le ski de bosses est rapide, exigeant et impressionnant à regarder. Ça tombe bien, le Haut-savoyard Ben Cavet, N°3 mondial de la discipline, l’est tout autant.

En 1994, quand il fait ses premiers pas à Tunbridge Wells, petite ville du sud-est de Londres, Ben Cavet a plus de chance de devenir champion de cricket ou de foot que de ski de bosses. Sauf que l’un de ses oncles était membre de l’équipe anglaise de ski acrobatique et qu’il a participé aux J.O. d’Albertville. Sauf que son père, accro aux sports outdoor, enseigne le ski sur la piste synthétique du coin. Et sauf que ce paternel a décidé, après plusieurs hivers en tant que moniteur en Haute-Savoie, d’installer toute sa famille dans les Portes du Soleil. Voilà comment Benjamin n’est pas devenu champion de foot ni de cricket.
Il a dix ans quand il débarque dans le Chablais et même si son patronyme sonne tout à fait local, il ne parle pas un mot de français. “C’était très dur. Ça ou du chinois, c’était pareil, on ne distingue pas les mots. Je me souviens d’être super fatigué, parce qu’hyper concentré en cours et hyper concentré à la récré aussi pour comprendre les potes, mais je me suis intégré grâce au ski-club, grâce au sport où la langue est moins une barrière.

EMPORTÉ PAR LE FULL* (*saut avec vrille complète)

Comme tous les petits gars du cru, Ben se met donc au ski, mais il est déjà attiré par les sauts et penche rapidement vers le free-style. A Châtel, on attaque la discipline par les bosses, histoire d’acquérir des bases solides. De backflips en 360, le jeune Franco-britannique godille rapidement vers les podiums. “J’ai toujours aimé la compétition, mais il y a eu comme un gros déclic vers 13 ans, après une très bonne course qui m’a marqué : j’ai vraiment éprouvé les sensations que je recherche encore aujourd’hui, j’étais comme transcendé. La compétition me fait du bien, c’est là que j’ai fait toutes mes meilleures descentes. Après, on n’a jamais vraiment trop à réfléchir, tout suit son cours tranquillement, avec le groupe, les coaches, les équipiers… Moins on rencontre de changement, mieux c’est pour un athlète, parce qu’on arrive en Coupe du Monde comme si c’était un Critérium.
La sérénité qui se dégage de ce grand blond aux joues roses -son 1,80m le place en haut de la courbe moyenne des free-stylers, un désavantage pour les sauts, mais une plus grande capacité à «absorber» les bosses- contraste avec le rythme effréné et l’intensité de sa discipline. Parce qu’un «run» de ski de bosses est en effet noté sur la technique, les sauts, mais aussi la vitesse : “c’est un sport que tu es obligé de faire à fond. Plus tu vas à fond, plus tu es engagé vers l’avant, mieux tu es et moins ça secoue !

PRIS AUX JEUX

Secoué, Ben l’est pourtant, quand il débarque sur le circuit seniors. Jusque-là, il a accumulé les succès, il aborde donc cette nouvelle étape avec beaucoup de potentiel et d’ambition. “Je pensais que, pour un champion, les choses étaient faciles, naturelles, zéro difficulté. Du coup, quand je suis arrivé en Coupe du Monde, que c’est devenu difficile, je me suis remis en cause. Peut-être que je n’en étais pas un, de champion, finalement…” Déstabilisé, le Châtellan d’adoption passe à côté de ses deux premières saisons, envisage même de tout abandonner, mais se qualifie de justesse pour les J.O. de 2014 à Sotchi. Et c’est là, quand les enjeux sont les plus importants, qu’il fait, en se plaçant 8e, le meilleur résultat de son début de carrière. Cet électrochoc le remet dans la course. En 2017, il monte 19 fois sur le podium et finit 5e du classement général. “J’ai dû beaucoup travailler sur moi-même pour continuer à progresser et m’imposer. J’essaie de ne pas éviter les émotions, même négatives et d’apprécier la pression. Si je l’ai, c’est une bonne chose, c’est que j’ai tout mis en place depuis le printemps pour bien faire.

©Agence Zoom

APRÈS-SKI ?

Tout pour bien faire ? En 2021, c’est visiblement le cas : après avoir terminé l’hiver dernier sur la troisième marche du podium mondial, il entame en décembre sa 10e saison en Coupe du Monde avec une victoire à Idre Fjäll, en Suède, pour un doublé français aux côtés de l’Ariégeoise Perrine Laffont. “Toutes les compétitions hommes et femmes se déroulent au même endroit, ça donne une dynamique encore plus sympa. Le groupe est hyper important pour moi, ça fait partie de mes valeurs. Parce qu’une victoire en Coupe du Monde, on a envie de la savourer en équipe.
Pour se donner les moyens de revivre ces émotions, aujourd’hui, Ben est donc entièrement focalisé sur son ski. “C’est comme ça que ça doit être. Mes deux principaux concurrents ne font que ça, si je veux suivre, je dois donc m’aligner et faire des heures d’entraînement. J’ai encore 6 ans de ski à fond, et même si les gens me disent que c’est dur d’arrêter jeune, je vois ça comme une chance, à 32 ans, une autre vie s’offrira à moi. Mais pour le moment, je n’y réfléchis pas trop pour essayer de rester investi à 100%. Après, je prendrai toute la passion que j’ai, toutes les leçons que j’ai apprises, pour les transférer dans autre chose.” Golf ? Cuisine ? Photographie ? Après le champ de bosses, Ben explorera celui des possibles.

©photo : Agence Zoom

chouchou de chef : la forge des montagnes

chouchou de chef : la forge des montagnes

A la forge des bras

Dans son atelier biscornu accroché Aux Chapelles, Stéphane Thomat forge ses couteaux, comme on forge un homme. Le regard perdu dans les reliefs de La Plagne, libre comme l’air, il vit à sa manière, entre inspiration hasardeuse et charbons ardents, chaud devant !

©Céline Bouchayer

« L’artisanat, l’humain et l’art de vivre, Stéphane représente tout ça à la fois. Ses couteaux ont vraiment une âme, quelque chose de différent…”, lance Maxime Meilleur, chef triplement étoilé de La Bouitte à Saint-Martin-de-Belleville en Savoie. De quoi aiguiser notre curiosité… C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit le diction. A 45 ans, les coups d’épée dans l’eau, il a donné. Stéphane sait aujourd’hui ce qu’il veut. Battre le fer, là, en pleine nature, marteler et griffer à l’envi, tailler son métier sur mesure et jouir de la vie. Et c’est depuis sa forge, à quelques lacets de Bourg-Saint-Maurice, qu’il m’accueille, le visage encore griffonné à la suie.

©Julien Gaidet

ETATS DE L’ÂME

Et il entame direct. Il ne peut pas dire d’où lui vient cette passion, elle transpire depuis toujours. “J’ai été très proche de l’univers médiéval fantastique quand j’étais gamin. Conan le Barbare, les dragons, les jeux de rôles… La forge y est au centre, le lieu où on fabrique les armes aussi. C’était emblématique pour moi et ça l’est toujours.” Alors Stéphane bricole très tôt, un peu comme tous les intrépides. Il se confond dans un imaginaire qu’il chérit, mais n’en oublie pas le pragmatique pour autant. Il s’oriente dans la com’ et la trentaine pointant, quitte Toulouse, sa ville natale, pour s’installer en 2009, aux Chapelles, en Savoie. “Ici, c’est la maison de mes grands-parents où je passais tous mes étés. Je ne me suis pas foulé en fait, je suis venu vivre sur mon lieu de vacances ! J’y ai des souvenirs forts, des grands moments de bonheur…” Et si les montagnes réchauffent son quotidien désormais savoyard, quelque chose lui manque. “A mon arrivée, je me suis occupé de la communication digitale de La Plagne, mais je ne m’épanouissais pas. A cette époque, je faisais déjà des couteaux pour la famille, pour des amis, à mes heures perdues, et puis je me suis dit que tout ce temps passé devant l’écran, pourquoi ne pas le passer à forger, dans un atelier.” Son lieu de vie s’y prête, alors feu !

AU CHARBON !

Il prend alors un congé sabbatique de 11 mois pour trancher dans le vif du sujet et tente le tout pour le tout : “J’avais déjà fait une formation diplomante sur la forge médiévale, pour appréhender les bases, sa conduite et l’utilisation du charbon. J’ai appris à faire des pointes courtes -pour les clous-, des pointes longues, torsades, carreaux d’arbalète, pour finir avec un petit couteau celtique (une lame dont l’acier se prolonge pour former le manche). Mais en dehors de ça, j’ai tout appris tout seul, en forgeant…” Comme quoi… les dictons ont du bon. Enclume, forge et coup de marteau et go, go, go.

ESPRIT BIEN FORGÉ

Stéphane achète son matériel petit à petit, se familiarise avec le travail du bois pour ses manches et du cuir pour les lanières. Il forge encore et encore et inonde les marchés artisanaux. “J’ai fait mon stock et je suis allé partout, tester mon produit. J’avais 11 mois pour me décider, et ça a marché ! ”. La communication digitale peut accrocher son tablier, la Forge des Montagnes est née. Il vend alors ses couteaux, dagues et lames en tous genres par bouche à oreille et dans quelques boutiques du coin. Le forgeron trouve ainsi son équilibre entre un imaginaire fantastique qu’il martèle sur l’enclume et la liberté de s’évader en pleine nature dès que ça lui chante. Et c’est en 2018 que la vie lui sert un joli cadeau, quand sa route croise celle du chef Maxime Meilleur : “ j’étais passé livrer une boutique et il était là, un de mes couteaux entre les mains. Il a demandé au commerçant à me rencontrer… Ça tombait plutôt bien ! J’étais là… Il a aimé mon travail et voulait des couteaux de table pour son restaurant. Je ne savais même pas qui il était, et je lui ai répondu que de toute façon, je ne faisais pas de série ! Mais il a tellement insisté qu’il a fini par éveiller mon esprit créatif. Alors on s’est mis à travailler sur le sujet à la condition de me laisser honorer les commandes en cours, j’en avais bien pour deux ans ! Aujourd’hui, sur les 80 pièces commandées, il en reste 30 à livrer… J’ai mis un an à développer le prototype, pas moins de 9 essais avant d’arriver au bon ! Maxime et René Meilleur ont une grande culture de l’objet local traditionnel et on partage cette passion. Leur couteau a beaucoup de détails et porte leur griffe…

©Cécile Bouchayer

LAME D’UN GUERRIER

Et si Stéphane y passe beaucoup de temps et d’énergie, le plaisir se lit sur son visage. Avec son côté brut, nature et un peu écorché vif qu’il cache sous son bonnet de laine, le forgeron s’éclate à prendre le contre-pied des finitions industrielles et très lissées et c’est sûrement ce qui donne autant de consistance à ses lames. Et même si sa patte est indéniable, la différence est là : “au niveau de la forme, de la taille, on voit tout de suite que c’est un travail artisanal et je crois que c’est ce qui a plu à Maxime. Pour moi, le luxe ne se mesure pas à l’argent, mais à cette liberté de vivre comme on veut, face aux montagnes, un luxe nature, une inspiration insatiable. Ce qu’on trouve à la Forge des Montagnes, on ne le trouve pas partout…

Le mot du chef : Maxime Meilleur

Dès notre première rencontre, on a parlé de sur mesure, de pièces uniques. Je voulais un couteau savoyard haute-couture, il n’avait jamais fait ça, alors on a travaillé ensemble. Ces couteaux racontent toute notre vie. Il y a la griffe de la Croix de Savoie, des incisions qui représentent la montagne et ses 3 vallées, le pied, évocateur de la patte de chamois et le bois bien spécifique, issu de charpente de fumoir en chêne vert, symbole de notre métier de cuisinier. Quand vous croisez le chemin de personnes comme ça, qui ont la passion et l’exigence du travail bien fait, c’est vertueux. Et nous, ambassadeurs, on se doit de mettre en valeur ces artisans. Au final, c’est un vrai plaisir d’apporter notre territoire unique sur table !

+ d’infos : http://laforgedesmontagne.com

en station : Argeline Tan-Bouquet

en station : Argeline Tan-Bouquet

La France a un incroyable talon

Argeline Tan-Bouquet a le sens du rythme, elle est gracieuse, fluide et aérienne sur la piste… de danse? Aussi, mais c’est surtout en télémark, entre les portillons, que la skieuse de Morillon chaloupe. Et si elle compte déjà parmi les meilleures mondiales, évidemment, elle en a encore sous le talon…

« L’alpin, c’est facile, on se met sur nos skis et on se laisse glisser, on peut ne pas faire de gros efforts – même si c’est différent en compèt’ ! – En télémark, c’est beaucoup plus fin, on est un peu funambule, sur le fil, et on part plus vite à la faute, du coup, c’est plus physique aussi, on est toujours en train de travailler. Et ce mouvement qui fait qu’on est très proche de la neige, c’est grisant.” On ne peut pas en vouloir à Argeline Tan-Bouquet de prêcher pour sa paroisse : la discipline d’origine nordique a révélé son talon. Ça s’est passé à Samoëns quand elle avait 14 ans.
Car cet alpin qu’elle trouve facile, elle le pratiquait jusqu’alors. Mais à l’adolescence, si elle aime s’entraîner, elle apprécie de moins en moins l’ambiance du club, sait qu’elle ne percera pas. Elle change donc de fixations et finit sa saison avec les télémarkeurs. “Il y avait tous les niveaux, on skiait avec les plus grands et ça m’a trop plu ! Au début, on chute, et quand ça fait plus de 10 ans qu’on fait du ski, on a un petit stade débutant, on se fait avoir et on ne comprend pas trop pourquoi, mais on se prend vite au jeu.

MARK SANS TELE

Dès le premier hiver, son expérience en géant, combiné à son habitude de l’entraînement à un rythme soutenu, lui donne un avantage sur les autres filles, pratiquantes en loisir. Et comme il n’y a pas d’autre circuit, elle débarque rapidement en Coupe de France, vit la compétition comme une « école de la vie » : “dès 16 ans, il a fallu gérer pas mal de choses en même temps : savoir se vendre, se mettre en avant, pour trouver des partenaires.
Pas toujours facile de se faire accompagner financièrement dans ce sport assez peu médiatisé, il est d’ailleurs quasiment impossible de voir des retransmissions télévisées, même de grands événements. “Quand on fait ça depuis des années, c’est bizarre d’avoir à expliquer tout le temps, on doit justifier ce qu’on fait, car ça reste plutôt confidentiel. Ça demande pourtant de gros investissements, en temps et en argent. Mais à l’exception de quelques coureurs, on n’est pas professionnel, on a une double vie.” Argeline, elle, travaille comme kiné et s’organise pour faire des remplacements entre-saison, d’avril à octobre.

Pralognan-la-Vanoise – Janvier 2019 ©Michel Cottin/Agence Zoom

AU TOUR DU GLOBE

Une organisation qui ne l’empêche pas de frayer avec le haut du panier. En tête du classement général à la fin de l’hiver 2018, la skieuse du Grand Massif devient même, à 24 ans, la première Française à décrocher le Globe de Cristal en télémark. Sa victoire en Coupe du Monde à Pralognan quelques mois plus tôt lui avait permis d’acquérir une belle avance : “c’est la course qui m’a le plus marquée. L’année d’avant, j’avais fait trois médailles d’argent, mais je n’étais pas assez régulière, je n’arrivais pas à concrétiser. Et là, je termine 2e en sprint et gagne en classique. C’était un accomplissement d’être arrivée là, en France, devant ma famille et mes proches. Et la Marseillaise, c’est vraiment quelque chose de particulier… J’ai même fait tomber mon trophée, parce que j’avais trop de choses dans les mains !
Ces triomphes, elle les partage avec le reste des Bleus : “on est une sacrée équipe, on a cette chance-là. On se tire la bourre, on regarde, on apprend. Même si en course, je ne veux pas voir quelqu’un devant moi, parfois, heureusement que l’autre fait un résultat, ça sauve notre journée !” Comme ce fut le cas aux Mondiaux de 2019, les derniers de Phil Lau, un des plus grands coureurs français. “On fait une médaille en équipe, mais globalement, ce n’est pas une grande réussite pour nous… et puis je finis 3e en parallèle, Noé Claye aussi, pour son premier podium, et Phil gagne ce jour-là la toute dernière course de sa carrière, sur une manche de folie. J’en ai encore des frissons.

EN PISTE ?

Frustrée par un hiver 2019-20 interrompu par le Covid, Argeline attend avec impatience le début de cette nouvelle saison, dont certaines compétitions ont déjà été annulées. Alors elle ronge son frein, rêve de portillons, d’adrénaline et de podiums. Comme tous les sportifs de haut niveau, elle veut toujours aller plus loin, plus vite, plus fort, repousser ses limites par tous les moyens physiques possibles. “Ça demande de la rigueur et de l’engagement, en sachant que ça ne va pas forcément payer… La compétition apprend à gagner, mais surtout à perdre, à gérer la frustration, à être patient, mais pas inactif. Avec l’expérience, j’ai moins tendance à m’énerver, j’arrive à rester calme et concentrée, mais je peux aussi être explosive, quand je suis trop dans mon truc, hurler parce qu’il s’est passé quelque chose de bien ou mal, il faut que ça sorte ! Il y a des moments où on se bat contre nous-mêmes et puis il y a un déclic. Et quand ça marche, c’est tellement génial, ça paraît tellement facile, qu’on oublie le reste et qu’on se dit qu’on veut faire ça toute sa vie !

Pin It on Pinterest