Annecy vs Lausanne perso

AFTER WORK

POUR RAFLER LA MISE AUX BASQUES OU AUX SCANDINAVES, IL NE SUFFIT PAS D’ÊTRE BIEN ROULÉE ET D’AVOIR UN CV LONG COMME LE BRAS. SI NOS DEUX FÉLI-CITÉ(E)S ONT AUTANT LA COTE, C’EST AUSSI PARCE QU’ELLES SONT BIEN DANS LEUR TÊTE ET DANS LEURS BASKETS.

Sport et culture sont les deux piliers de la ville !” résume Michael Kinzer, chef de la culture à Lausanne. Dans les années 80, Lausanne bouge… beaucoup. Secouée par ses jeunes, elle devient rock, libertaire et alternative. Il en reste aujourd’hui une vingtaine de clubs et discothèques -héritiers de la mythique, mais défunte, «Dolce Vita», figure de proue de la scène lausannoise de l’époque- qui accueillent chaque week-end, plus de 30 000 noctambules venus de toute la Suisse. Elle reste surtout d’une grande vitalité artistique, car, à la fin du millénaire, pendant qu’elle s’encanaille, elle donne aussi un élan décisif à sa politique culturelle, fondée sur quatre institutions : le Théâtre de Vidy, l’Orchestre de Chambre, le Ballet Béjart et l’Opéra. Quatre moteurs, quatre vitrines, qui assurent toujours le rayonnement international de la capitale vaudoise, en terme d’excellence et de créativité. “Mais elle est devenue forte dans l’ensemble du spectre artistique, à différents niveaux”, ajoute Michael Kinzer, “comme le soutien à la création, à des esthétiques plus indépendantes et à l’émergence, mais aussi à des événements un peu particuliers, constitutifs de l’identité décalée de la ville, comme le Lausanne Underground Film Festival, celui de la Cité, les Urbaines ou encore la Fête du Slip !
Une richesse et une diversité qui s’invitent dans les 17 maisons de quartiers. Elles descendent même dans la rue, avec plusieurs centaines d’œuvres d’art -propriétés de la ville, du canton ou privées- visibles par le promeneur curieux. Mais LE projet de la décennie, c’est «Plateforme 10», un tout nouveau quartier d’arts et de vie, en plein centre-ville. Inaugurés en octobre 2019, en lieu et place de l’ancienne halle des locomotives de la CFF, ses 25 000 m2 abritent déjà le Musée des Beaux-Arts et accueilleront d’ici 2021 le MUDAC (Musée de Design et Arts Appliqués Contemporains) et le musée photographique de l’Elysée.

JO de la jeunesse 2020 – Lausanne ©Romain Keller

ENTRÉE DANS LES JEUX

Quant au sport, il est inscrit dans l’ADN de la paisible Vaudoise depuis 1915, date à laquelle le Baron de Coubertin, soucieux de mettre le Comité International Olympique à l’abri des hostilités de la Première Guerre Mondiale, l’a fait déménager de Paris vers les rives du Léman. “Même si pendant plusieurs décennies, il est surtout ressenti comme un club de gentlemen”, précise Patrice Iseli, chef du service des sports à la ville de Lausanne, “en tous cas, jusqu’à l’arrivée du Président Samaranch.” C’est en effet Juan Antonio qui fait vraiment de Lausanne la capitale olympique, où il inaugure la Maison et le Musée du même nom. C’est également sous son mandat que le public s’approprie réellement les J.O. “Aujourd’hui, le sport est dans la culture de la population lausannoise. L’actuel Président du CIO, Thomas Bach, dit toujours qu’il a rarement connu une ville aussi sportive. Quand il sort le week-end ou le soir, il voit des gens courir partout, sur les quais, dans les parcs.” Surtout qu’avec 350 ha de parcs et domaines, les Lausannois ont de quoi se mettre au vert ! “Depuis 20 ans, la Municipalité a pris conscience de l’importance du sport et du fait qu’on ne peut pas avoir QUE des sièges de fédérations sportives internationales. Elle a donc fait de gros efforts au niveau des infrastructures, avec notamment la construction récente du Stade de la Tuilière et ses 9 terrains de foot, ou celle de la Vaudoise Arena, dédiée au sports de glace. Ce qui permet aujourd’hui d’organiser de grands événements, type Championnat du Monde de Hockey”, qui devait se tenir en mai 2020, mais a été annulé en raison du Covid-19. Cerise sur le gâteau, en janvier dernier, Lausanne a accueilli les Jeux Olympiques de la Jeunesse, devenant ainsi légitimement une ville olympique. Enfin !

VIRGINIE FAIVRE
TRIPLE CHAMPIONNE DU MONDE DE SKI FREE-STYLE
& PRÉSIDENTE DU COMITÉ D’ORGANISATION DES JEUX OLYMPIQUES DE LA JEUNESSE

Avant les JOJ, Lausanne était une capitale olympique, mais pas une ville olympique. C’est le cas maintenant depuis janvier dernier et c’est extrêmement important pour la population qui se rendait bien compte, avec la présence du CIO et des différentes fédérations, qu’on était le centre administratif du sport international. Aujourd’hui, les Lausannois vibrent et ils sont fiers. On espère avoir créé une génération 20-20, qui grandira avec ces souvenirs et aura envie de vivre en lien avec le sport, en tant que spectateurs ou pratiquants, en étant peut-être un peu moins sédentaire.

Glagla race – Annecy © Blue 1310

PRODUITS EXTÉRIEURS BRUTS

Malgré ses différentes tentatives et candidatures, aux doigts d’Annecy pas encore d’anneaux, ce qui ne l’empêche pas de savoir mouiller le maillot. N’est pas «capitale européenne des Sports Outdoor» qui veut… Du paddle à la via ferrata, en passant par le roller ou le twirling bâton, une centaine de disciplines, encadrées par plus de 400 associations, sont proposées aux Annéciens toutes générations confondues. “La Municipalité cultive cette diversité”, constate Stéphane Loison, Président du FC Annecy, “ce qui n’est pas toujours avantageux pour nous : quand il y a moins de propositions, les efforts se concentrent sur le foot ! Mais c’est une des forces de la ville, d’avoir des associations très impliquées, qui prennent parfois le relais des collectivités sur des actions qu’elles ne peuvent pas assumer, faute de temps, de moyens ou de bons-hommes. Par contre, le principal point faible à mes yeux tient au manque de vision à moyen terme, au niveau des infrastructures notamment : les assos mettent en place des actions, arrivent à mobiliser des gens et de l’argent, mais n’ont souvent pas les moyens de payer ces infrastructures pour se développer et comptent légitimement sur les collectivités pour les financer.” Si les projets de rénovation de la piscine des Marquisats et de la modernisation du Parc des Sports sont un début, le stade de foot, lui, qui date des années 70, est encore dans son jus. “Il n’y a pas non plus de maison des arts martiaux ou des sports de combat. Au parc, dans la tribune ouest, on trouve une salle de boxe, un club de judo, aussi, mais pas de dojo, et dans une ville de la taille d’Annecy, c’est surprenant…

Palais de l’Ile – Annecy

D’UN LAC À L’AUTRE…

… Les passerelles sont culturelles. Et naturelles. En effet, les festivals «Annecy Paysages» et «Lausanne Jardins» se répondent, depuis 2 ans, par le biais de «Naturopolis» un ensemble de 24 projets «miroirs», implantés sur des sites naturels de chaque ville avec des caractéristiques similaires ; 8 projets jumelés, réalisés de chaque côté par les mêmes équipes ; et 4 projets échangés, projets phare d’une ville reproduits dans l’autre. Depuis 2019, les scènes de Bonlieu et Vidy, en partenariat également avec Malraux à Chambéry, Saint-Gervais à Genève sont aussi engagées dans un plateforme transfrontalière de production, diffusion et promotion de 13 spectacles pendant 4 saisons.

Festival international du film d’animation – Annecy © D.Bouchet – CITIA

LIBÉRATION ET ANIMATION

Là où la Savoyarde surprend également, mais positivement, c’est par son effervescence culturelle : musiques actuelles au Brise-Glace, créations contemporaines à l’Auditorium de Seynod, connaissance et évasion à la Turbine… Et ça ne date pas d’hier ! Dès la Libération, l’équipe de résistants du réseau d’éducation populaire “Peuple et Culture” s’engage dans la démocratisation culturelle. Aux Marquisats, centre vital de ses actions, se concentrent les initiatives de la MJC, du Groupe Action Théâtre ou encore du Ciné-Club, l’un des plus gros de France à l’époque. C’est ce dernier qui œuvre, à la fin des années 50, pour implanter le cinéma d’animation, alors en bourgeon à Cannes, sur les bords du Lac. L’emménagement est officiel en 1960, le lancement International du Marché du Film d’Animation (MIFA) se fait, lui, 15 ans plus tard. Avec plus de 12 000 accrédités, 120 000 entrées et 400 films projetés en une semaine (chiffres de 2019), Annecy est aujourd’hui devenue LA référence mondiale en la matière. Elle aura d’ailleurs bientôt sa Cité du cinéma d’animation, au sein du projet de restauration du Haras, future vitrine gastronomique et culturelle de la ville.
Dans les années 70, naît également Annecy Action Culturelle (AAC), qui fédère une quinzaine d’associations et réclame une vie culturelle plus affirmée. Son implication aboutira notamment à l’ouverture de Bonlieu Scène Nationale, en 1981, un des plus gros équipements de France à l’époque, resté une référence aujourd’hui. “Annecy est l’une des trois principales scènes françaises en terme de création et de participation du public”, se félicite Dominique Puthod, maire-adjoint délégué à la Culture. “Festen, par exemple, a été créé ici, et la plupart des spectacles montés ailleurs en France passeront par Annecy. Il y a aussi un tissu associatif riche, avec des compagnies soutenues par la ville, historiques comme Brozzoni, les Compagnies Franck Berthier et Moteurs multiples, ou plus récentes, avec de nouvelles générations d’Annéciens qui se sont formés ailleurs et sont revenus s’installer ici, à l’image du Seynodien Hugo Roux, avec sa compagnie Demain dès l’aube, ou du chorégraphe Edouard Hue et Beaver Dam”.
Elégantes et dynamiques, super fit et érudites, Annecy et Lausanne sont décidément très agréables à vivre… et ça commence à se savoir. En 10 ans, la préfecture haut-savoyarde a attiré plus de 10000 nouveaux habitants, et la capitale vaudoise 12000. Elles en attendent chacune le double d’ici 2030, de quoi poser quelques jalons.

Centre culturel Bonlieu – Annecy ©Teo Jaffre

SALVADOR GARCIA – DIRECTEUR DE BONLIEU SCÈNE NATIONALE

La spécificité d’Annecy, c’est la continuité de sa politique culturelle depuis des décennies, ça fait partie de sa qualité de vie. Avec les problèmes d’argent ou les ruptures politiques, peu de villes peuvent afficher une telle stabilité. Dans un contexte toujours plus difficile pour la culture, elle fait donc figure d’exemple. Et son développement démographique est une richesse ! Les gens pensent que ceux qui s’occupent de la culture ne parlent que de poésie, mais la poésie existe parce que les fondations de la politique culturelle sont solides et que la ville croît.

VINCENT BAUDRILLER – DIRECTEUR DU THÉÂTRE DE VIDY

Une des singularités de Lausanne, c’est sa structure politique. Avec l’état fédéral, il y a un pouvoir très autonome des Cantons, la notion d’être une capitale, un centre. Ça donne une grande liberté d’initiative, on se sent autorisé à être un endroit d’invention, on ne dépend pas d’une ville plus grande ou de la Confédération, car les aides sont principalement cantonales ou municipales. Et Vidy est l’un des rares théâtres au Monde qui donnent sur une plage. Dès qu’il fait beau, sur cette plage, on entend des musiques qui viennent des 4 coins du monde, cette multi-culturalité, cette ouverture sur le monde, c’est très important.

Les Garages, quartier du Flon – Lausanne © Valdemar Verissimo

CHRISTOPHE RODUIT RESTAURATEUR, BRASSERIE DE MONTBENON

La vie nocturne lausannoise est extrêmement riche, mais depuis quelques années, les pouvoirs publics ont essayé de l’assagir, avec pas mal de contraintes dans les clubs, liées à sécurité, à l’alcool dehors… Lausanne s’est longtemps cherchée au niveau de l’offre de bars et restos, c’était compliqué de savoir s’il fallait du traditionnel, du régional et/ou de l’international, du pas trop conceptuel… Mais depuis une quinzaine d’années, cette offre s’est adaptée et dans le même temps, les Lausannois ont appréhendé le resto d’une manière différente. Mes parents y mangeaient deux fois par an, j’y vais trois fois par semaine ou plus ! Et ce qui est propre à Lausanne, c’est le travail fait entre la ville et les organisations faîtières, Gastro-Vaud ou Gastro-Lausanne, pour sensibiliser les restaurateurs au développement durable, au niveau de l’origine des produits, à l’eau, l’électricité ou les déchets.

BRUNO COLLOMB RESTAURATEUR, LE CLOCHER

Depuis 5 ans environ, l’offre de restaurants à Annecy, une des plus grosses en France, est en pleine mutation, elle se réinvente. Il y a beaucoup de choses qui ouvrent, de nouveaux concepts, végane, californien, bistronomique… tout ça avec l’émulation des chefs étoilés, les consommateurs étant au rendez-vous. Du coup, les jeunes restaurateurs reviennent, les chefs d’autres régions s’installent ici, attirés par le cadre de vie, les habitants et les touristes. Là où on est mauvais, c’est pour la vie nocturne. Pour un établissement comme le nôtre, c’est un vrai problème de mettre les gens dehors à 1h du matin, car ils ne savent pas où aller pour boire un verre, sans aller en boîte de nuit. On est très pauvre sur un créneau où les gens auraient de quoi dépenser, il y a donc de la place.

 

 

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Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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