ça m’énerve

ça m’énerve

Restons positifs !

Excitée comme une gosse de 12 ans devant Justin Bieber, je suis à J-3 du bikini pompelup et des churros à l’huile, quand WhatsApp s’emballe : « maman, mamaaaann !!!!! Papa a le covid !»

Justin Bieber a soudain pris les traits de Demis Roussos, bye bye le string paillettes et bonjour l’angoisse ! Quand mon ado prend ce ton solennel, ça craint. Je devais le récupérer avec son frère, vendredi chez leur père, mais là, je fonce. «On est tous cas contacts…», aaaahhh, sauvez Willy, je me badigeonne de gel, masquée jusqu’au front, je les sors de ce guêpier, 3 PCR et on part se dorer la pilule au soleil. Oui, mais non. Au téléphone, Monsieur Stop Covid n’est pas d’accord. «Madame, vous récupérez vos enfants, vous faites les tests et vous vous isolez 7 jours. A l’issue, vous refaites les tests et si tout est négatif, vous pouvez partir.» Quoiiii ???? Mais ce n’est pas possible, et mes vacances ??? J’ai bossé comme une malade, 3 ans que je ne les ai emmenés nulle part et là on me coupe l’herbe sous le pied ? J’ai comme des envies de meurtre !! Depuis le temps que je lui dis de faire gaffe !!! Il sort, il bringue, il oublie, il flirte, il tripote des lèvres pas propres et voilà le résultat !!! Il n’aurait pas pu choper l’herpès à la place !!!! Mais à quoi bon, ça ne changera pas l’problème. J’appelle l’hôtel, j’ai pris une assurance Covid, je crois que j’ai eu du nez, si je peux au moins éviter de me soulager de 1500 balles… Josiane du Palace de la Belle Bleue décroche, j’explique, elle déballe : «Oh mais comme je suis navrée pour vous, madame. Mais qui est malade exactement ?» Je répète. «Ah oui, mais non. Il faut que ce soit vous, sinon ça ne fonctionne pas.» Quoi ???? Mais vous comprenez bien que si je suis cas contact, je ne peux pas venir ? «Oui, évidemment. On ne vous laissera pas entrer, manquerait plus que ça.» Vous vous moquez de moi, Josiane ? A quoi sert de payer une assurance si elle ne marche pas ? Hein ???? Il faut que j’aille lécher la pomme de mon ex et espérer une contamination subite pour me faire rembourser ? Plutôt mourir !!! Vous êtes sérieuse pour de vrai ou vous êtes stupide tout court ? «Inutile de vous en prendre à moi, vous n’aviez qu’à lire le contrat correctement. Je suis désolée Madame, cas contact, ce n’est pas dans les clauses. Soit, vous avez l’Covid et c’est bon, sinon, je ne peux rien faire pour vous. Et vu la liste d’attente, autant vous dire que ça va faire des heureux.» La peste ! La mort dans l’âme, j’annule et je file récupérer mes enfants. La porte s’ouvre, ils sont heureux, le labo s’est trompé, c’était un faux positif, papa est soulagé. Pas pour longtemps…

ça m’énerve

ça m’énerve

c’est pas du gâteau !

« Mamaaaaaan j’ai faim !!! C’est 4 heures !!!! » C’est fou comme ils arrivent toujours pile, comme si 15 minutes plus tard, l’hypoglycémie allait les attaquer! Aujourd’hui, Galaad est là pour le goûter, alors, c’est double ration.

Non, nous ne faisons pas de jeux de rôle pour apprendre le Moyen Age. Vous m’avez bien regardée ? Je suis plutôt «tuto vite fait» que légende d’Excalibur pour réviser !! Galaaaad (avec 15 A), c’est le fils de ma voisine. Charlotte qu’elle s’appelle, je l’aime pas. C’est le genre de bonne femme qui donne un nom de chevalier de la table ronde à sa progéniture, parce que déjà, même pas accouché, ça fait bien. Il sort, il est intelligent, vaillant et courageux. Il est obéissant, fidèle à la légende, pas un mot plus haut que l’autre, sinon, popopo, au bûcher, il a même la raie sur le côté, c’est pour dire ! Alors pauvre gosse, il écoute, tu parles !!!
Ce jour-là, mes fils ouvrent le graal. Dans le tiroir, que des cochonneries !!! Chocolat, biscuits, bonbons, gaufrettes, madeleines et j’en passe, tout y est pour plaire à mes petits écoliers. Quand soudain, un coup de tonnerre s’abat sur l’orgie : “Moi je ne mange que les gâteaux faits maison !” Nianiania !!!! Ça va l’enfant roi, ouais ???? C’est fou comme même un gamin de 8 ans peut réussir en moins de deux à me foutre les boules, sur le sapin, il va sans dire ! (Ouais, ben moi, j’suis pas ta mère, je bosse, figure-toi !!! J’ai pas que ça à faire que de me prendre pour une pâtissière !!!) Mais je me tais. Je pense à Florence Foresti et je serre les dents avec le sourire, en imaginant mes doigts enfoncés dans les yeux de biche de Charlotte. Aaaahhh… ces mères parfaites, toujours prêtes à tout ! Et on en parle du matin quand t’arrives, le survet par-dessus les bottes, le chignon de biais et l’œil qui pleure et qu’elles sont fraîches comme des tanches et IM-PECC-ABLES ??!!! Brush, manucure, talons, taille de guêpe et rimmel au poil, même leur langage est assorti… Tandis que «Barnabééééé, mets ton anorak, j’te dis !!!» m’échappe pour la 6e fois en hurlant, elles récitent Dolto à la lettre et hop, le tour est joué ! Du coup, j’ai voulu tenter le diable et être une bonne mère moi aussi. Des fois que, sur un malentendu, j’arrête le prozac. Le lendemain, je me suis levée à 6 heures, Bree Vandekamp power. Farine, œufs, lait, petite pincée de cannelle et poêle huilée, j’ai fait sauter des crêpes, histoire, de m’la péter, d’avoir des enfants bien élevés et de mettre Charlotte aux fraises… Quand je les ai entendus arriver en criant, l’odeur plein le nez et les yeux en appétit : «Mamaaaaan t’as fait des crêpes??? Ah mais t’es vraiment la meilleure des meilleures mamans du monde tu sais!!!! Mais attends… T’es sérieuse??? T’as plus de Nutella???? Ben du coup…. Ça va être compliqué, là…»
Ci-git Louis XVI réincarné.

un mythe, De Gaulle

un mythe, De Gaulle

DE GAULLE, LOVER-DOSE

130E ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE, 80E DE L’APPEL DU 18 JUIN, ET 50E DE SA MORT. A MOINS DE RESTER CONFINÉ AU FOND DE VOTRE CAVE, DIFFICILE D’ÉCHAPPER À LA TRIPLE COMMÉMORATION GAULLIENNE DE L’ANNÉE 2020 ET AU DÉFILÉ DES GROUPIES DU GRAND CHARLES.

PAR EMMANUEL ALLAIT

Inutile de faire l’Appel en effet, ce serait trop long. Car tous, de la gauche à la droite, se réclament du mythe, dans une surenchère pathétique. De Mélenchon à Le Pen, en passant par Macron, Philippot ou Morano, du plus haut dirigeant jusqu’au plus obscur élu local, le virus de la gaullomania se propage dans la classe politique plus vite que le Covid dans un Ehpad.

UN MYTHE ERRANT

Squattant les médias, et ne craignant pas d’enfiler des habits trop grands pour eux, ils répètent à l’envi “De Gaulle ! De Gaulle !”, en sautant sur leur chaise comme des cabris, espérant faire rejaillir sur eux-mêmes un peu de la gloire du personnage. Entre ceux qui, tels des robots, taxent De Gaulle d’oracle, et chantent sa gloire, “il traverse tout l’univers, aussi vite que la lumière”, et ceux qui vont ramper sur sa tombe à Colombey comme les jeunes femmes vont se frotter sur celle de Victor Noir au Père-Lachaise, c’est à celui qui prétendra être le véritable détenteur des morceaux de la sainte croix de Lorraine. Toutes les ficelles sont bonnes pour espérer appartenir au Gaulle Gotha, même les plus grosses cordes, comme celles qu’utilise Marine Le Pen, alors que le Rassemblement National est, idéologiquement et historiquement, anti gaulliste. Tu parles, Charles, on entre dans le Panthéon gaulliste comme dans un (Jean) Moulin ! Au grand dam de l’historien anglais Julian Jackson, auteur en 2019 d’une magistrale biographie du général, « De Gaulle. Une certaine idée de la France ». “Ça ne veut plus rien dire, tout le monde se revendique de De Gaulle, tout le monde veut le tirer à lui… Ça me désole !”.

HOMO MICRO

Si tout un chacun invoque les mânes du grand Charles, et se dispute sa dépouille, c’est parce qu’il est le phare glorieux de l’histoire de France, sur lequel on a le plus écrit, après Napoléon. Pour les jeunes générations, qui ont raté trois mois de cours d’histoire pour cause de confinement et qui ont débarqué en juin, rappelons que De Gaulle n’est pas seulement un aéroport ou un porte-avions. Mais qu’il est le grand ohm de la résistance, pendant que d’autres soignaient leur foi(e) en l’Allemagne à Vichy. Ah Pétain, il ne l’a pas fait « marrer Charles » ! Un mythe, né au micro de la BBC un 18 juin 1940, à 50 ans. « Résiste, prouve que tu existes ! », a alors lancé depuis Londres le général de Gall, tel un Berger à son troupeau. Sacrés Charles mânes !
Mais être un mythe n’empêche pas le regard distancié. Il serait temps, en 2020, de sortir enfin de l’hagiographie. Car notre héros national, qui a sauvé l’honneur du pays, fondé une république, et redonné une certaine place à la France dans le monde, est aussi un homme, mêlant failles et génie politique. Un décolonisateur, mais qui a lâché l’Algérie (et les Harkis) en continuant la guerre pendant 4 ans. Un défenseur du Tiers-Monde, mais qui a organisé la « Françafrique», ce lien incestueux entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique noire. Un visionnaire, mais qui n’a rien compris à mai 68. Un caractère brutal, très dur avec les autres et avec lui-même. Il ne s’agit pas de déboulonner la statue du commandeur, même si l’opération semble à la mode en ce moment. Mais d’en brosser un portrait plus nuancé.

ET SI LE GAULLISME NE VALÉRIEN ?

Dans ces conditions, pourquoi continuer à prendre pour idole et modèle politique un type qui est né au XIXe siècle, en 1890, un an après l’inauguration de la Tour Eiffel ? Pour ses idées ? Un proche du général, cité par Julian Jackson, aurait évoqué la “vacuité idéologique du gaullisme, une posture, non une doctrine, une attitude, non un ensemble cohérent de dogmes, un style sans beaucoup de substance”. Un brin provocateur, certes. Mais il est vrai que De Gaulle, d’après l’historien britannique, ne s’est jamais affirmé comme gaulliste. Il n’aimait pas ce mot. Pour la raison très simple qu’il n’était pas un idéologue, mais un pragmatique. Bien sûr, quelques grandes idées structurent la pensée, comme l’indépendance de la France ou le rôle de l’Etat. Mais rien n’était figé. Tout pouvait évoluer en fonction des circonstances. Cela n’a donc guère de sens de se revendiquer « gaulliste » en 2020. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une banale nostalgie, celle des Trente Glorieuses, quand la France pesait quelque chose dans le monde, entre Est et Ouest, entre Nord et Sud. Nos politiques devraient donc faire preuve d’un peu plus d’imagination pour jazzer avec leurs électeurs, au lieu de nous sortir Charlie par cœur.

le monde d’après

le monde d’après

ON PROFESSE EN L’AIR !

APRÈS AVOIR EFFECTUÉ LE DÉCOMPTE MACABRE DES MORTS DU CORONAVIRUS PENDANT DES SEMAINES, LES MÉDIAS POST CONFINEMENT SE FOCALISENT DÉSORMAIS SUR CE QUE SERA LE « MONDE D’APRÈS » EN SE PLONGEANT AVEC ANGOISSE DANS LEUR BOULE DE CRISTAL. UN NOUVEAU VIRUS SE RÉPAND : CELUI DE LA DIVINATION.

Raymond Devos, dans son fameux sketch «Parler pour ne rien dire», nous avait pourtant prévenus ! “Moi quand je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache ! Je veux en faire profiter les autres ! (…) Et si vous n’avez rien à dire, eh bien on en parle, on en discute !

PAROLES, PAROLES

Ainsi, depuis plusieurs semaines, politiques, scientifiques, économistes, mais aussi artistes, sportifs, people, en fidèles disciples de l’humoriste belge, se sentent obligés de débiter à des médias impatients leurs scenarii sur ce que sera le monde post covid-19. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à livrer leurs «auspices» pour «Ehpad-er» la galerie. Début mai, ce sont ainsi 200 personnalités qui ont lancé, dans le journal Le Monde, un appel pour «le monde d’après». On en vient à se demander si ces «Madame Irma» et autres songe-creux qui squattent les plateaux des chaînes d’infos et se répandent en tribunes dans la presse, ne deviendraient pas plus nombreux que les victimes de la pandémie ! Sur quoi appuient-ils leur réflexion ? Nul ne le sait vraiment. Ces prédictions doctement assénées sont toutes contradictoires. Et elles ne semblent guère plus fiables qu’à l’époque antique, lorsque les haruspices examinaient le foie d’un animal sacrifié ou lorsqu’on tentait d’interpréter les borborygmes de la Pythie de Delphes.

RÊVE-OLUTION

En fait, nos oracles actuels se divisent en deux grandes tendances. Chronologiquement, les premiers à se manifester, dès le début du confinement, ont été les optimistes béats, biberonnés au Cyril Dion et Christophe André. A leurs yeux, cette crise sanitaire illustre les dysfonctionnements de la mondialisation actuelle, et constituerait une rupture dans l’histoire de l’humanité. Ils y voient une occasion unique de bâtir un monde meilleur, plus écologique, et plus solidaire. Un diagnostic pas complètement erroné, même si les grandes pandémies historiques n’ont pas attendu notre ère néo-libérale pour semer la mort. Durant une bonne partie du mois de mars, ces ravis de la crèche ont occupé le terrain médiatique et se sont saoulés de bonnes paroles. “Stoppons la course effrénée à la productivité ! Inventons un monde slow-cost !” Hélas, le confinement devenant au fil du temps de plus en plus pesant sur le moral des troupes, comme sur l’économie, l’heure du dégrisement a sonné. Finie l’exaltation des débuts ! Finis les apéros Skype ! Finis les «jours heureux» promis par Emmanuel Macron ! Et retour à la réalité.

GUEULE DE BOIS

L’urgence du redémarrage économique prime désormais sur toute autre considération. Le monde plus juste, plus lent, plus respirable est repoussé aux calendes grecques. Priorité à l’emploi et à la production. Les pessimistes sont dans la place ! Ils promettent du sang, de la sueur et des larmes ! Les Anglais ont eu Churchill, nous avons Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF, qui demande aux Français de travailler plus à la sortie du confinement pour relancer l’économie du pays. Le ministre Jean-Yves Le Drian, lui, déprime les foules en prophétisant que «le monde de demain sera pire». Et Houellebecq, l’amer Michel aussi désabusé que s’il avait perdu son chat, estime, avec un réalisme froid, qu’il n’y a rien à attendre du monde d’après, qui sera, au mieux, comme celui d’avant. La ruée dans certains magasins dès le 12 mai ne semble pas lui donner tort. Bref, la crise sanitaire que nous traversons risque de ne rien changer, ni au monde actuel, ni à nos comportements. Ou alors d’accentuer des tendances qui étaient déjà à l’œuvre depuis plusieurs années, comme la digitalisation. Quel sera le scénario ? Liberté, ou autoritarisme ? Mondialisation ou relocalisation ? Solidarité internationale ou fragmentation du monde ? Vélo ou voiture ? Vacances à l’Ile Maurice ou à Lille avec Maurice ? Impossible de le prévoir ! Cessons donc de prendre ces prophéties pour des lanternes !

©Aarrttuurr

 

la roue tourne !humeur d’hybridée

la roue tourne !humeur d’hybridée

AMBIANCE ELECTRIQUE

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE OBLIGE, CONSTRUCTEURS ET POLITIQUES SEMBLENT AVOIR EU, DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNÉES, UN VÉRITABLE COUP DE FOUDRE POUR LES VÉHICULES ÉLECTRIQUES. PRÉSENTÉES COMME LA PANACÉE, CES VOITURES « PROPRES » S’APPARENTERAIENT-ELLES PAS PLUTÔT À UNE NOUVELLE ARNAQUE ÉCOLO ?

74 % de croissance dans le monde l’an dernier. Même Carlos Tavarès, l’emblématique boss de PSA, a mis en garde contre cet emballement. “Le monde est fou… Je ne voudrais pas que dans 30 ans on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que ça en a l’air”. L’absence d’une réflexion globale sur la question pourrait d’après lui déboucher sur un désastre écologique, sociétal et économique.

WATT IS THE PROBLEM ?

Côté pile en effet, la mariée semble bien jolie. A l’instar de Jésus qui voulait changer l’eau en vin, ou des alchimistes qui prétendaient transformer le plomb en or, les thuriféraires de l’électromobilité promettent de faire de nos agglomérations polluées un « ohm sweet ohm », sans rien changer de nos habitudes de vie.
Un véritable miracle : moins de bruit, zéro émission de CO2, coût d’utilisation plus faible, conducteurs moins stressés, notre bonheur tiendrait à un fil (électrique). Et même à une rallonge financière, puisque les pouvoirs publics multiplient les incitations fiscales pour que les consommateurs succombent à la tentation.
Côté face hélas, les dessous sont moins (verts) reluisants. Au cœur du problème, la batterie notamment. Pour la fabriquer ? Du lithium et des métaux rares, extraits en Amérique latine, en Afrique, dans des conditions parfois dramatiques, dénoncées par de nombreuses ONG. Des ressources fossiles qui finiront par ailleurs, elles aussi, par s’épuiser. Pour la recharger? De l’électricité, produite par des centrales nucléaires ou à charbon. Pas super écolo. Pour la recycler en fin de vie ? Très compliqué ! En fait, comme l’explique le journaliste Guillaume Pitron dans son livre « La guerre des métaux rares », le véhicule électrique, loin de réduire la pollution, se contente de la déplacer à l’autre bout du monde.
Et donc, sur l’ensemble du cycle de vie, un véhicule électrique ne serait pas forcément plus écologique qu’un véhicule thermique. D’autant plus qu’il ne règle nullement la question des émissions de particules fines provoquées par l’abrasion des pneus, du revêtement routier ou des freins. Voiture sans émission de CO2, oui, mais voiture propre, non.

 

… le véhicule électrique, loin de réduire la pollution, se contente de la déplacer à l’autre bout du monde.

L’ÉLECTRIQUE MANQUE DE JUS

Ces critiques n’empêchent pourtant pas les constructeurs automobiles, Tesla en tête, de lancer l’offensive, contraints par les récentes normes antipollution draconiennes de l’UE. Mènera-t-elle dans une impasse ? “Croire que les innovations technologiques vont rendre les déplacements moins polluants est une illusion” estime l’expert Laurent Castaignède.
La voiture électrique peut être une solution d’avenir, à condition qu’elle s’accompagne d’une révolution dans nos modes de déplacements. Car, ajoute-t-il, “ on ne pourra pas tous rouler en voiture électrique. Tout simplement parce que sur la planète, nous n’avons pas les quantités de métaux nécessaires pour que la voiture électrique se substitue au 1 milliard de véhicules qui circule actuellement dans le monde ”. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, avec moins de 2 % de véhicules électriques en circulation, une telle perspective reste lointaine.
Je ne voudrais pas plomber l’atmosphère, qui l’est déjà suffisamment lors des pics de pollution, mais la voiture qui fait vroom vroom a encore pas mal de route devant elle avant d’être définitivement envoyée à la casse par l’électrique. Coût trop élevé des modèles, bonus écologique pas suffisamment incitatif, crainte de tomber en rade faute d’autonomie suffisante de la batterie, l’électrique ne turbine pas vraiment. Partir en vacances et devoir s’arrêter 45 minutes pour recharger sa batterie au bout de 400 km n’est guère électrisant en effet. A la différence des Chinois ou des Norvégiens, les consommateurs français continuent à plébisciter le thermique, et ce n’est pas demain la veille qu’ils feront « volt »-face.

 

ski-blues en station

ski-blues en station

the snow must go on

QU’ELLE SEMBLE LOIN LA GLORIEUSE ÉPOQUE DES «BRONZÉS FONT DU SKI»! UN SKI INDUSTRIEL, UN ENNEIGEMENT ABONDANT, DES STUDIOS « CAGES À LAPINS » REMPLIS CHAQUE SEMAINE PAR DES COHORTES DE TOURISTES DÉSIREUX DE SE GOINFRER EXCLUSIVEMENT DE SKI. DEPUIS DIX ANS, UN VENT MAUVAIS SOUFFLE SUR NOS STATIONS. BLIZZARD-MENT, ALORS QU’ELLES ÉTAIENT LES REINES DES NEIGES, ELLES ONT ÉTÉ DÉTRÔNÉES PAR LES ETATS-UNIS ET L’AUTRICHE. IMPOSSIBLE DE FAIRE L’AUTRUCHE ! POUR RETROUVER L’IVRESSE DU FLOCON, IL VA FALLOIR CHANGER DE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT. UNE VRAIE RÉVOLUTION !

Pas simple, car, comme l’a dit autrefois Jean-Pierre Raffari, la route est droite, mais la pente est forte, avec une avalanche d’obstacles : changement climatique, nouveaux modes de consommation, concurrence étrangère croissante.

« LA NEIGE, ELLE EST TROP MOLLE »

La glissade est lente, irrégulière, mais inexorable. De 58,9 millions de journées-skieurs en 2008-2009, on est passé à 53,4 millions en 2018-2019. Sur cette dernière saison, tous massifs confondus, la baisse est de 1%. Pour Laurent Reynaud, délégué général des Domaines skiables de France (DSF), “l’explication est multifactorielle”. Et impossible, cette fois, de se réfugier derrière le manque d’enneigement qui était correct. Ou d’invoquer les défauts du calendrier scolaire. Faut-il incriminer la gêne des gilets jaunes, dont la fixation sur les ronds-points aurait fait patiner l’accès aux stations ? La triche de l’Autriche, qui «ress-kille» nos skieurs ? Un coup de Trafalgar des Anglais, qui, avec le Brexit, nous font «mariner» et hésitent à venir godiller? Autre hypothèse, souvent ressassée dans les médias, le prix des forfaits serait dissuasif pour les jeunes et les familles modestes, qui, du coup, déclarent forfait. Le ski alpin, un loisir de riches, réservé aux gros bonnets ? Vieille complainte, mais “il faut briser ce mythe”, affirme Armelle Solelhac, PDG de l’agence Switch, et auteure en 2019, d’une étude fouillée sur «Le management et le marketing des stations de montagne». “Avec un prix moyen de 26,60 euros/jour, la France a un des forfaits les moins chers du monde. Comparons-le au coût d’une place de cinéma à 12 euros ! Et, même pour les grands domaines, si on ramène son coût au kilomètre de pistes offerts, il est moins cher que dans les stations suisses ou autrichiennes”. Du reste, les Etats-Unis n’ont-ils pas réussi à faire progresser leur fréquentation de + 11% l’an dernier alors que leurs forfaits tournent autour de 80 dollars la journée ?

« VOUS SAVEZ CE QUI NE VA PAS MONSIEUR DUSSE ? »

En fait, il faut gratter jusqu’à la sous-couche pour découvrir les lacunes structurelles de nos stations, inhérentes à leurs spécificités culturelles, géographiques, économiques et historiques. Une gouvernance complexe, répartie entre les pouvoirs publics et une multitude d’acteurs privés. Plus facile, en effet, d’élaborer une stratégie et de commercialiser une station aux Etats-Unis ou en Scandinavie, quand le domaine est aux mains d’un seul groupe privé ! Un positionnement, trop généraliste, inadapté désormais aux nouvelles attentes d’une clientèle zappeuse et exigeante. Un sous-investissement chronique. Qualité des services, activités après-ski, facilité d’accès, enneigement artificiel… Nos stations sont loin des standards des concurrents suisses ou autrichiens. Des domaines skiables immenses, mais pas toujours lisibles pour les skieurs. Des charges jugées élevées, un parc immobilier vétuste et un endettement préoccupant complètent ce tableau peu reluisant. Comment préparer l’avenir dans de telles conditions ? Comment anticiper sérieusement le réchauffement climatique, sachant qu’en 2080, 85 % de nos stations auront disparu, et que la fonte du permafrost en altitude rendra impossible les ancrages de grosses remontées mécaniques ? Comment dépoussiérer l’image has-been de certaines stations et renouveler la clientèle vieillissante des baby-boomers ?

« QUAND TE REVERRAIS-JE, PAYS MERVEILLEUX ? »

Pour l’heure, face à l’urgence des enjeux, les stations saupoudrent les mesures. Une pincée de festival électro E-Wax ou de «Folie douce» par-ci pour attirer les jeunes, un soupçon de greenwashing par-là, pour se donner une image écolo à peu de frais, avec une dose de digital pour faire «connecté», et une pointe de nouvelles remontées mécaniques à haut débit. Mais, à plus long terme, la réflexion prospective reste encore balbutiante. Les profession- nels du secteur semblent chercher leur salut dans des concepts marketing ronflants, venus du monde anglo-saxon, et promus par Starbucks, Ikea, ou Airbnb.
Ainsi, il ne faut plus «vendre du ski», c’est trop ringard, mais proposer aux touristes de vivre une «expérience» émotionnelle autour de la montagne, personnalisée, unique, en insistant sur la qualité de l’accueil, du service client, et la fluidité des parcours dans la station. Des évidences basiques en somme, mais présentées comme une stratégie révolutionnaire. Elle était même au cœur des échanges, en octobre dernier, lors du congrès des Domaines skiables de France à Besançon. Quand vous avalez votre fondue, après une journée sur les pistes, vous ne mangez pas seulement du fromage, vous vivez en réalité une expérience culinaire. Défense de rire ! Alors, à quoi ressemblera une station de ski dans 50 ans ? Nul ne le sait encore vraiment. Elle reste à construire. Finalement, sur ce point non plus, on n’est pas près de conclure, pas vrai Jean-Claude Dusse ?

© Yevheniia

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