un mythe, De Gaulle

DE GAULLE, LOVER-DOSE

130E ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE, 80E DE L’APPEL DU 18 JUIN, ET 50E DE SA MORT. A MOINS DE RESTER CONFINÉ AU FOND DE VOTRE CAVE, DIFFICILE D’ÉCHAPPER À LA TRIPLE COMMÉMORATION GAULLIENNE DE L’ANNÉE 2020 ET AU DÉFILÉ DES GROUPIES DU GRAND CHARLES.

PAR EMMANUEL ALLAIT

Inutile de faire l’Appel en effet, ce serait trop long. Car tous, de la gauche à la droite, se réclament du mythe, dans une surenchère pathétique. De Mélenchon à Le Pen, en passant par Macron, Philippot ou Morano, du plus haut dirigeant jusqu’au plus obscur élu local, le virus de la gaullomania se propage dans la classe politique plus vite que le Covid dans un Ehpad.

UN MYTHE ERRANT

Squattant les médias, et ne craignant pas d’enfiler des habits trop grands pour eux, ils répètent à l’envi “De Gaulle ! De Gaulle !”, en sautant sur leur chaise comme des cabris, espérant faire rejaillir sur eux-mêmes un peu de la gloire du personnage. Entre ceux qui, tels des robots, taxent De Gaulle d’oracle, et chantent sa gloire, “il traverse tout l’univers, aussi vite que la lumière”, et ceux qui vont ramper sur sa tombe à Colombey comme les jeunes femmes vont se frotter sur celle de Victor Noir au Père-Lachaise, c’est à celui qui prétendra être le véritable détenteur des morceaux de la sainte croix de Lorraine. Toutes les ficelles sont bonnes pour espérer appartenir au Gaulle Gotha, même les plus grosses cordes, comme celles qu’utilise Marine Le Pen, alors que le Rassemblement National est, idéologiquement et historiquement, anti gaulliste. Tu parles, Charles, on entre dans le Panthéon gaulliste comme dans un (Jean) Moulin ! Au grand dam de l’historien anglais Julian Jackson, auteur en 2019 d’une magistrale biographie du général, « De Gaulle. Une certaine idée de la France ». “Ça ne veut plus rien dire, tout le monde se revendique de De Gaulle, tout le monde veut le tirer à lui… Ça me désole !”.

HOMO MICRO

Si tout un chacun invoque les mânes du grand Charles, et se dispute sa dépouille, c’est parce qu’il est le phare glorieux de l’histoire de France, sur lequel on a le plus écrit, après Napoléon. Pour les jeunes générations, qui ont raté trois mois de cours d’histoire pour cause de confinement et qui ont débarqué en juin, rappelons que De Gaulle n’est pas seulement un aéroport ou un porte-avions. Mais qu’il est le grand ohm de la résistance, pendant que d’autres soignaient leur foi(e) en l’Allemagne à Vichy. Ah Pétain, il ne l’a pas fait « marrer Charles » ! Un mythe, né au micro de la BBC un 18 juin 1940, à 50 ans. « Résiste, prouve que tu existes ! », a alors lancé depuis Londres le général de Gall, tel un Berger à son troupeau. Sacrés Charles mânes !
Mais être un mythe n’empêche pas le regard distancié. Il serait temps, en 2020, de sortir enfin de l’hagiographie. Car notre héros national, qui a sauvé l’honneur du pays, fondé une république, et redonné une certaine place à la France dans le monde, est aussi un homme, mêlant failles et génie politique. Un décolonisateur, mais qui a lâché l’Algérie (et les Harkis) en continuant la guerre pendant 4 ans. Un défenseur du Tiers-Monde, mais qui a organisé la « Françafrique», ce lien incestueux entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique noire. Un visionnaire, mais qui n’a rien compris à mai 68. Un caractère brutal, très dur avec les autres et avec lui-même. Il ne s’agit pas de déboulonner la statue du commandeur, même si l’opération semble à la mode en ce moment. Mais d’en brosser un portrait plus nuancé.

ET SI LE GAULLISME NE VALÉRIEN ?

Dans ces conditions, pourquoi continuer à prendre pour idole et modèle politique un type qui est né au XIXe siècle, en 1890, un an après l’inauguration de la Tour Eiffel ? Pour ses idées ? Un proche du général, cité par Julian Jackson, aurait évoqué la “vacuité idéologique du gaullisme, une posture, non une doctrine, une attitude, non un ensemble cohérent de dogmes, un style sans beaucoup de substance”. Un brin provocateur, certes. Mais il est vrai que De Gaulle, d’après l’historien britannique, ne s’est jamais affirmé comme gaulliste. Il n’aimait pas ce mot. Pour la raison très simple qu’il n’était pas un idéologue, mais un pragmatique. Bien sûr, quelques grandes idées structurent la pensée, comme l’indépendance de la France ou le rôle de l’Etat. Mais rien n’était figé. Tout pouvait évoluer en fonction des circonstances. Cela n’a donc guère de sens de se revendiquer « gaulliste » en 2020. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une banale nostalgie, celle des Trente Glorieuses, quand la France pesait quelque chose dans le monde, entre Est et Ouest, entre Nord et Sud. Nos politiques devraient donc faire preuve d’un peu plus d’imagination pour jazzer avec leurs électeurs, au lieu de nous sortir Charlie par cœur.

Emmanuel Allait

Emmanuel Allait

Chroniqueur SURNOM : Manu. Mais je préfère qu'on m'appelle Emmanuel. Un peu long, mais plus c'est long, plus c'est bon, non? PERSONNAGE DE FICTION : bob l'éponge. J'ai passé 40 ans à faire la vaisselle et ce n'est pas fini ! Je suis un spécialiste. OBJET FETICHE : un stylo plume. Beaucoup plus classe qu'un ordinateur. Ou une montre, automatique bien sûr. Regarder le temps qui passe pour en profiter au maximum. ADAGE : mon cerveau est mon second organe préféré (woody allen). JE GARDE : joker. JE JETTE : mes pieds. DANS 20 ANS ? je serai sur une scène, guitare à la main, pour jouer Europa de Carlos Santana. presse@activmag.fr

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