femmes made in ukraine

18 Mai 2018

je vous trouve très beau…

Amusez-vous à taper sur Google «condition de la femme en Ukraine» et tout ce que vous récolterez ce sont des pages et des pages d’agences matrimoniales spécialisées dans les contacts entre jeunes ukrainiennes et ressortissants étrangers.

«Belles, intelligentes, chaleureuses, accueillantes, familiales, féminines, romantiques, tout simplement superbes», c’est ainsi qu’y sont décrites les Ukrainiennes. Se marier avec un Occidental, fonder une famille, c’est la sortie de secours si convoitée pour fuir un pays dévasté par la misère, l’alcool et les conflits. Un pays où elles ne trouvent plus leur place…

La raison démographique en est évidente : 115 femmes pour 100 hommes. Et sur ces 100 hommes, seule la moitié est vraiment capable de s’adapter aux nouvelles conditions de vie et d’offrir à leur famille le minimum de confort, dans cette société qui a perdu ses repères et ses valeurs aux lendemains de l’explosion de l’Union Soviétique. Et qui se déchire aujourd’hui encore. L’autre moitié, désabusée, a bien souvent trouvé refuge dans l’alcool et n’a que peu de considération pour les femmes.

Olga ne déroge pas à la description des femmes de son pays. Des yeux verts en amande, une force de caractère à peine masquée par un délicieux accent slave, la jolie brune a grandi à Donetsk, première ville industrielle et économique de l’Ukraine, région tristement connue aujourd’hui pour ses émeutes à l’encontre du gouvernement central de Kiev en 2014 et la guerre qui y sévit depuis.

Olga Afanasieva

Si elle a quitté l’Ukraine à 24 ans, la quarantenaire en garde aujourd’hui encore une amertume mêlée de nostalgie. Divorcée depuis 4 ans, elle dirige un centre de remise en forme à Annecy et a retrouvé l’amour. Mais pas ses rêves de gosse… “Les premières années de ma vie étaient paradisiaques, toutes les portes étaient ouvertes, il suffisait de se donner à fond, de bien travailler. Tout était accessible. Il y avait une vraie égalité des chances, de l’accès à l’éducation, sans discrimination.” La majorité des femmes à l’époque avaient un emploi. Une époque bénie aux yeux d’Olga qui s’est achevée avec la perestroïka. “J’avais 14 ans à l’époque, et là, tout a basculé. On est passé brutalement d’une ère communiste où tout était gratuit, la médecine, l’éducation, le logement… à une privatisation de tout. Ça a été pour nous un crash économique sans précédent, et c’est là que la condition de la femme a basculé… Ou plutôt, c’est la condition de tout le monde qui a été réévaluée. On a appliqué la théorie de Darwin, la sélection naturelle. Seuls les plus forts survivaient. Tout est devenu corrompu, toutes les valeurs auxquelles on croyait, sur lesquelles on avait été éduqué, ont été réduites à néant. C’était un tel chaos et on n’avait pas de nouvelles règles du jeu.”

Ce fut une période de déstabilisation extrême pour tout le bloc soviétique. Il n’était plus question que de survie. “L’immense majorité des hommes en Ukraine crevait à la tache.” Jusque-là, elle avait grandi avec la certitude qu’une femme pouvait réussir facilement par ses aptitudes et son travail. Et puis la donne a changé, dans un pays dévasté économiquement, les femmes n’ont plus d’autre choix que de compter sur les hommes pour survivre.

POUR S’EN SORTIR, LES HOMMES BASCULAIENT DANS L’ALCOOL ET LE BANDITISME, LES FEMMES FAISAIENT LES PUTAINS.

Activmag : Quelle désillusion !?

Olga : Oui, le choc a été d’une violence inouïe. Tu es obligée de revoir tous tes projets de vie. Tu rêvais de devenir médecin, du jour au lendemain, les études pour y accéder sont devenues payantes, pires, dans cette période transitoire où tout n’était pas encore régulé, institué, les institutions de l’Etat sont devenues corrompues. Sans pots-de-vin, ou petits «services personnels» (comprenez des faveurs sexuelles pour les femmes), tu ne pouvais accéder à rien. L’inflation était telle que des coupons ont remplacé la monnaie. L’argent ne valait plus rien. L’Etat nous a donné des actions d’électricité, de gaz… On ne savait même pas ce que ça voulait dire, des actions… Et des bureaux ont germé un peu partout pour nous proposer de les racheter pour des bouchées de pain. Les gens étaient tellement affamés qu’ils s’en sont séparés sans réfléchir… pour rien ! Et c’est comme ça que des oligarques opportunistes se sont retrouvés à la tête de grosses fortunes, et que le transfert de pouvoir et de richesses s’est opéré.

Et comment tu t’en es sortie, à cette époque ?

Mieux que d’autres… Scolairement, j’étais bonne. Je suis rentrée dans la seule filière qui n’était pas payante, encore soutenue financièrement par l’Etat, des études en physique nucléaire. J’étais sortie majeur de promotion, j’avais donc les aptitudes pour intégrer ce cursus. Et rares sont ceux qui voulaient s’aventurer dans ce secteur… Surtout après l’explosion de Tchernobyl, j’avais 13 ans à l’époque. Mais lors de la 3ème année, quand il a fallu passer aux travaux pratiques, j’ai réalisé que je n’avais aucune envie de finir dans les laboratoires ou sur les sites qui fuyaient de partout. J’ai bifurqué sur des études nouvelles dites «libres » en économie où il n’y avait pas de fiches de présence, juste l’obligation de passer des partiels chaque trimestre pour valider les acquis, ce qui me permettait parallèlement de travailler et de subvenir à mes besoins. La situation du pays était tellement dingue, que tout était affaire d’opportunités. Je gagnais dans la restauration, juste en tenant la caisse, en une journée ce qu’un ingénieur était payé en un mois !

Et du côté de la vie amoureuse, pour une jeune femme de l’Est, c’était difficile ?

Les rencontres n’étaient pas compliquées, pas de pression parentale particulière, mais par contre, on avait une réputation, un honneur à protéger. Ça comptait, on n’essayait de ne pas faire de faux pas. Comme on n’avait pas accès à la contraception, certaines filles tombaient enceintes très jeunes. Les avortements étaient courants, mais toujours dans le secret familial. Une ado qui tombait enceinte était durement jugée par la société. De la même façon, si le garçon l’abandonnait à ce moment-là, il était mis à l’index aussi. Comme un lâche. C’était aussi honteux que d’élever un gosse seule. Avec le passage à la perestroïka, là aussi, les choses ont changé. La prostitution et la traite des femmes sont devenues un fléau national. C’était une question de survie pour beaucoup. Cette stigmatisation de la femme slave vient de là. Pour s’en sortir, les hommes basculaient dans l’alcool et le banditisme, les femmes faisaient les putains. C’était une déchéance de la société la plus totale. Beaucoup de mes amies sont passées par là. J’ai eu plus de chance que d’autres. Je suis tombée sur les bonnes personnes aux bons moments, pour passer entre les mailles du filet. Et puis à 22 ans, j’ai eu un bébé avec l’homme que j’aimais. 22 ans… c’était tard pour l’Ukraine !

Tu n’étais pas mariée avec lui à l’époque. Ça a posé un problème pour ta famille ou ta réputation ?

Avec le choc de cette période violente qu’ils ont subie, mes parents ont été comme sidérés, ils ne réagissaient plus à rien. La jeunesse, elle, elle s’adapte. La génération au-dessus ne comprenait rien à ce qui lui arrivait, résignée, perdue, sonnée. Alors avoir un enfant sans être mariée, à côté de ce chaos, c’était de la banalité! Je ne faisais pas le trottoir, je finissais des études, et j’avais un job, c’était alléluia! Mais quelques mois plus tard, la vie est ainsi faite en Ukraine, risquée, il s’est fait assassiner. C’était une tête brûlée, il voyait grand et ses ambitions n’ont pas plu à certains businessmen. Je me suis retrouvée seule avec mon fils de 3 mois. Il fallait continuer…

A 14 ans, j’étais l’égale de l’homme, et 10 ans plus tard, on m’explique que, malgré tout le bagage de connaissances accumulées, je ne suis plus rien. A peine un objet sexuel !

Et comment es-tu arrivée en France ?

Par hasard, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, un Français, au détour d’un bureau. Il y a eu un coup de foudre, réciproque. Contrairement à bon nombre de pratiques, il n’était pas venu en Ukraine pour chercher ou s’acheter une femme de l’Est. Mais pour le boulot. C’était inattendu. On a vécu à distance plus d’un an en se voyant régulièrement, puis il m’a proposé de le rejoindre, ici, à Annecy. On s’est alors marié et on a eu une petite fille. J’ai tout quitté, mes parents, ma sœur, mes amis… Ma famille est devenue mon homme.

En russe, être «mariée» se traduit par être «derrière son mari»…

Pour les Russes, ou les femmes slaves, la priorité de vie, par la force des choses, a changé. Avant, c’était de se réaliser par elles-mêmes et elles en avaient les moyens, désormais, situation économique oblige, leur priorité, c’est leur homme. Le soigner, l’épauler, le pousser vers la réussite. Elles participent à cette ascension. Ce sont elles qui font de leur mari ce qu’ils sont. Du coup, trouver un mari occidental, c’est le rêve absolu pour beaucoup de femmes. Ce n’était pas le mien. Je m’en étais sortie. Grâce aux sites de rencontres spécialisés sur les femmes de l’Est, elles pensent pouvoir échapper à la tristesse de la société ukrainienne. Mais j’ai le sentiment qu’elles se sous-estiment. Elles doivent se souvenir qu’elles sont des meneuses de par leurs racines.

Aucune femme au gouvernement, aucun espoir de changement ?

L’Ukraine est devenue une société patriarcale et machiste. Mais avec les conflits armés qu’elle connaît aujourd’hui, elle est tellement instable que tout espoir est encore permis. Même, et surtout, pour les femmes. Cette instabilité ouvre les portes à ce qui aurait pu être plus figé avant. Pour celles qui voudront sortir du stéréotype du foyer et des enfants à élever, il y a une carte à jouer. Les femmes ukrainiennes sont plus fortes et brillantes qu’on ne leur fait croire.

Fortes comme ces femmes ukrainiennes qui sont à l’origine du mouvement Femen en 2008 ?

Le terrain était propice. Avec l’époque qu’on a traversée… A 14 ans, j’étais l’égale de l’homme, et 10 ans plus tard, on m’explique que, malgré tout le bagage de connaissances accumulées, je ne suis plus rien. A peine un objet sexuel ! Quand tu voulais postuler à un job, et si par malheur tu avais 2 bras et 2 jambes qui ressemblaient à quelque chose – pour rester dans une description soft -, l’embauche passait par des faveurs… C’est normal que les femmes se soient rebellées contre ce harcèlement, la prostitution et le tourisme sexuel qui en a découlé, en faveur de la démocratie et des droits humains. Même après 20 ans passés en France, je vis toujours avec ces stigmates. Quand un homme réalise que je suis ukrainienne, le regard devient rapidement libidineux. On ne peut rien faire face aux esprits étriqués, juste passer son chemin.

EN CHIFFRES

Avec la crise économique de 2008, le PIB chutant de 15,1 % a connu un des déclins du niveau de vie parmi les plus élevés au monde.

La population a culminé à son chiffre maximal de 52,2 millions d’habitants avant de chuter jusqu’à 44 millions d’habitants (2016).

En 2005, est mise en place une prime à la naissance : 12 500 hryvnia (1168 €) pour la 1ère naissance, 25 000 hryvnia (2337 €) pour la 2ème et 50 000 hryvnia (4674 €) pour la 3ème et les suivantes. La natalité remonte légèrement à partir de cette date. Mais le solde naturel reste négatif : 100 décès pour 70 naissances.

Photos : Guillaume Desmurs

Lara Ketterer

Lara Ketterer

Lara Ketterer meneuse de revue SURNOM: enfant, c’était Tatouille, en rapport avec mon prénom... PERSONNAGE DE FICTION: depuis toujours : la femme piège, d’Enki Bilal, une reporter mystérieuse et un peu paumée en 2025... OBJET FETICHE: mon téléphone portable, un vrai doudou que je traîne partout ! ADAGE: vivre sans folie, ce n’est pas raisonnable du tout ! JE GARDE: mes yeux et mon esprit rock, toujours provoc ! JE JETTE: mes coups de blues, ça abime les yeux ! DANS 20 ANS ? Adulte ? presse@activmag.fr

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