Graffmatt

Quand on n’a que le mur

Mur : cloison, enfermement, séparation, lamentations… Mais pour qui manie les feutres et la bombe, c’est avant tout un support d’expression. C’est le cas de GraffMatt, street-artiste savoyard, accro à l’acrylique et expert ès-spray.

Un matin de printemps, en plein centre de Chambéry. Matthieu Lainé, AKA GraffMatt, inspecte sa dernière œuvre : le visage d’une femme de profil, point de départ d’une figure géométrique qui pourrait être une longue vue ou un porte-voix, sur une fresque à laquelle vont venir se greffer les créations d’autres artistes, graffeurs ou non. L’idée ? Que ces panneaux éphémères, devant l’entrée de l’Espace Malraux occupé par les intermittents du spectacle, clament que la culture est toujours bien vivante, malgré la crise sanitaire. L’éphémère, c’est un caractère intrinsèque du street-art, mais Graffmatt, lui, joue -et c’est le cas de le dire- sur plusieurs tableaux. Depuis toujours, il veut vivre de son art, alors il le décline aussi sur toile, carton, palette….
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de cet article, il n’a pas QUE le mur, mais il a AUSSI le mur, évidemment. Même s’il n’a jamais été du genre à tagger en 5 minutes, la peur au ventre et l’adrénaline en bombes. Quand il habille une cloison abandonnée sur le site d’Alpina à Chambéry, il ne demande pas la permission, mais informe de sa venue. L’échange reste courtois. “Il a fallu qu’on leur montre, mais les gens commencent à comprendre. Par contre, quand j’ai un projet à soutenir, je dis encore peinture ou décoration urbaine, j’évite de parler hip-hop et graffiti.” Comme en 2019, lorsqu’il honore sa première commande officielle à Metz, pour illustrer l’héritage culturel de la ville. Puis tout s’enchaîne, transformateurs, murs d’école, festivals, réseau de galeries d’art contemporain… Matt graffe encore et encore.

Maise en commun

Vivre du fruit de son imagination, il en rêve depuis qu’il a taillé ses premiers crayons. Mais les grandes écoles d’art sont très compétitives : il a peur de n’y trouver ni sa place ni un débouché, aussi talentueux qu’il soit. Alors cap sur le graphisme, la communication visuelle, puis les boulots dans de petites agences à taille humaine. En parallèle, il expose de plus en plus, dans des bars avec des copains, ou s’exprime au sein du collectif savoyard de la Maise. “Quand on fait un projet commun, c’est plutôt des retrouvailles entre potes, avec un mélange de challenge et de surprises. On ne se parle pas de nos expos, on fait un barbecue et on met du son !” Du scratch et des samples, des rythmes simples et des paroles qui bousculent, bref, du « Boom-Bap », rap new-yorkais du début des années 90, dont GraffMatt est nostalgique. Il n’avait pourtant que 5 ou 6 ans à l’époque, et tournait déjà autour des pots.

Vesoul

Plein la rue !

Les effluves de peinture sont en effet pour lui ce que les madeleines sont à Proust : elles le ramènent à son enfance, à l’atelier de sa mère, dans lequel il était toujours fourré. “Elle était mère au foyer, mais aussi artiste peintre. Elle a souvent été exposée en Suisse. Quand je rentrais de l’école, je faisais mes devoirs à côté d’elle et j’adorais les odeurs, même celle de l’essence de térébenthine quand elle nettoyait ses pinceaux.” Mais la culture urbaine, le foisonnement de la rue, c’est évidemment hors de sa maison et hors de Savoie qu’il les découvre. “J’allais souvent en vacances chez ma grand-mère à Taverny, dans le Val d’Oise, et je lui réclamais de prendre le RER pour aller à Paris. J’aimais voir les trains, les gares, les aiguillages… Ce qui n’est pas forcément beau, mais moi, j’étais fasciné par le monde souterrain, le métro, les labyrinthes, je ne dessinais que ça ! Et quand j’ai été en âge de bouger seul, je lui faisais croire que j’allais au musée, alors que je me rendais sous les ponts et là, je voyais des graffs.”
Aujourd’hui encore, s’imprégner de grosses villes, observer le contraste entre le fourmillement de leurs artères et la nonchalance des ruelles du coin avec la chaîne des Belledonne pour arrière plan, reste pour lui essentiel : “j’ai besoin de masses urbaines pour me sentir vivant, la profusion m’inspire.”

Bleu au cŒur

Paris, Los Angeles, New York… Son univers est donc peuplé de façades, peintes d’après ses photos -un talent qu’il tient de son paternel-, réalistes, mais toujours ré-interprétées. Elles y côtoient des visions de la ville plus fantasmées, proches de la science-fiction, et de nombreux visages croisés dans la rue. Une base sombre, choquée par des éclairs de couleur vive, souvent du bleu. Alors forcément, on pense à Enki Bilal et la référence n’est pas fortuite. “A l’école, on nous incitait à nous inspirer d’un artiste, à réutiliser ses techniques et je l’avais choisi. Je m’en suis vraiment imprégné et ça a été difficile d’en sortir, compliqué de se détacher d’une technique qu’on aime, je recherchais la force qui se dégage de ses dessins. D’ailleurs, je suis toujours en recherche, si un artiste veut être complet et durer, pas sûr qu’il doive s’enfermer dans un style… et puis, j’ai peur de l’ennui, du cercle vicieux.”
Entre remise en question et traces de markers, c’est au pied du mur qu’on voit le graffeur. 

+d’infos : http://graffmatt.com

Matt, ton endroit pour…

… en prendre plein la vue ?
La Dent du Chat. Il faut prévoir la demi-journée, mais après l’effort, le réconfort ! Si tu prends par le col, tu montes en forêt, tu ne vois rien pendant 4 heures, mais quand tu arrives là-haut, sur le bout de rocher, après quelques mètres un peu aériens, tu as tout le panorama à 360° sur le côté lac du Bourget, le Mont-Blanc, les Belledonne, l’aéroport de Chambéry et l’avant-pays savoyard.
… buller ?
Le Cap des Séselets sur le lac du Bourget. Il y a environ 10 ans, ils ont tout refait, on peut se balader à pied, en poussette ou à vélo, un peu comme sur une voie californienne en bord de plage. Il y a des petits pontons, les bords du lac sont vraiment remis en valeur, tout en préservant la faune et la flore. Le Cap est hyper dégagé, tu peux te poser là, tranquille et regarder les kite-surfeurs qui font le show quand il y a du vent.
… faire la fête ?
Je ne suis pas très clubbeur, je préfère les endroits plus authentiques… Lorsqu’il y a des concerts, j’aime bien le B’Rock Art Café à Chambéry, dans le carré Curial. Ils font souvent venir des artistes ou des DJ en vogue. C’est voûté, pas très grand, le son propulse bien et ils servent de bons burgers maison. Je vais aussi au Fût d’Chouette à Drumettaz, pour les bières du monde entier, pour les concerts hip-hop et électros sur la petite scène au fond et pour l’énorme terrasse.
… manger ?
Le Belvédère de la Chambotte pour les produits frais, de saison. Tu peux y monter par des sentiers très sympas. C’est bien d’arriver là-haut en fin de journée, pour avoir le coucher de soleil droit devant… sinon, on mange très bien chez mes darons !
… se nourrir l’esprit ?
La Maise évidemment ! Le collectif s’aggrandit, et il a pris un nouveau virage pour recevoir, devient progressivement une galerie avec pignon sur rue dans le centre de Chambéry. C’est bien pour voir ce qui se passe ou se faire connaître : il suffit que tu traînes un peu dans le coin et que tu saches dessiner pour pouvoir t’inscrire.
Ton endroit doudou, celui où tu vas pour te ressourcer ?
Je n’ai pas d’endroit doudou. J’aime à la fois me ressourcer en milieu urbain et en forêts… Mais ce serait peut-être chez mes parents, à la Motte-Servolex quand même… Ils partagent un grand terrain avec un parc, un étang et tout, il y a un petit côté préservé, nature, tu te sens coupé du monde… et en même temps, il y a souvent du passage, parce qu’ils aiment bien recevoir, c’est toujours vivant !

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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