Design: Katerina Kamprani

Virée en absurde

Un arrosoir au cou tordu, des bottes en caoutchouc qui prennent la pluie, une fourchette au manche mou… La fonction d’un objet ? Katerina Kamprani, qui sera exposée en décembre à la Cité du Design de Saint-Etienne, la questionne, la détourne, la maltraite et… s’amuse beaucoup !

Katerina est une architecte athénienne de 38 ans. Il y a une dizaine d’années, sa grande passion pour l’objet l’entraîne dans un master de design industriel qu’elle ne terminera jamais. De cette voie qui paraît sans issue, elle sort pourtant une série d’objets loufoques, totalement inédits et délibérément inconfortables, qui occuperont une place de choix au sein de l’exposition stéphanoise « Flops, quand le design s’emmêle ». Mais, ne vous y trompez pas, si elle aborde tout ça avec beaucoup d’humour et d’espièglerie, pour Katerina, “l’absurde est une affaire très sérieuse”…

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Activmag : D’où vous est venue cette idée de l’inconfortable ?
Katerina Kamprani : C’était à un moment où les choses n’allaient pas très fort, il y avait une crise économique en Grèce, je n’avais pas fini mon master, j’avais l’impression que je ne réaliserais jamais mon rêve de devenir designer…

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Vous étiez en situation d’échec ?
Complètement ! Mais ce n’est jamais facile d’accepter que vous en avez besoin pour progresser ! Pourtant, c’est l’échec qui vous indique la bonne direction, parce qu’il vous montre où ne pas aller, il ferme certains chemins et en ouvre d’autres. Quand vous êtes dans une impasse, c’est là que vous devez tout repenser.

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Et vous, vous avez pensé à des objets improbables…
En fait, ça a commencé par le croquis d’un toilette, trop haut, pour lequel il fallait une échelle. Je ne sais pas pourquoi je l’ai dessiné, mais je l’ai trouvé très drôle ! Du coup, je me suis dit : si, au lieu d’essayer de plaire, d’imaginer la meilleure interaction possible avec un objet, je faisais exactement le contraire ? Si je faisais quelque chose de difficile à utiliser, déplaisant, inconfortable… Mais sortir des idées s’est avéré très dur, et j’ai trouvé ça fascinant ! Pourquoi était-ce si difficile de mal concevoir quelque chose ? Il fallait oublier tous mes préjugés, tout ce qui paraissait évident… J’ai commencé par des petits objets faciles à reconnaître.

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Mais inutilisables ! Et ils ont fait votre succès, c’est assez inhabituel pour un designer…
C’est vrai ! Mais j’ai essayé de penser des objets que tout le monde pourrait comprendre. Même ceux qui utilisent des baguettes savent ce qu’est une fourchette, ils peuvent comprendre la plaisanterie. Et puis, ils ont plutôt l’air sympa ces objets, ils n’ont rien d’agressif. Ils ont surtout des qualités qui pourraient être utiles, alors le cerveau cherche comment, il essaie de les faire fonctionner, c’est comme un casse-tête… C’est pour toutes ces raisons que ce projet a très bien marché, notamment sur les réseaux sociaux.

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Vous dites que vous les avez imaginés pour agacer les gens, les faire rire aussi, mais y-a-t-il un message ?
Au début, c’était vraiment juste pour rire. Mais finalement, quand les gens voient mon travail, ils réalisent tout ce qu’il a fallu que je comprenne moi-même du design, c’est-à-dire que tous les objets que nous utilisons tous les jours ont été très bien pensés : la toute première cuillère ne ressemblait pas à ce qu’elle est aujourd’hui et le moindre détail aurait pu la rendre inutilisable. On ne doit donc pas prendre leur forme pour acquise, ne pas oublier qu’elle a été pensée et repensée à travers les siècles pour aboutir à cet objet qui répond parfaitement à nos besoins.

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Y’a-t-il des objets, réels, que vous trouvez inconfortables ?
Les applis, les sites internet… L’inconfort est une qualité de pas mal de systèmes que nous utilisons aujourd’hui, non ? Parce que tout ce qui porte une innovation, qui a été imaginé pour résoudre un nouveau problème est souvent inconfortable pour commencer. Il faut du temps, de l’évolution, de nombreux essais pour réussir à en faire quelque chose qui soit à la fois esthétique, confortable et puissant.

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+ d’infos : www.theuncomfortable.com
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Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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