maison d’hôtes : tombée du ciel à lovagny

25 Avr 2022

DAME DE FIER

Le jeu de mots est tentant, mais l’allusion trompeuse. À Lovagny, en surplomb des Gorges du Fier, cette petite dame discrète, avec ses volets verts et ses grandes fenêtres, n’offre, loin des regards et du bouillonnement, que douceur et ressourcement.

« Notre maison se situe au-dessus du Bon Refuge, il faut traverser la voie ferrée, passer devant l’auberge et prendre le chemin qui monte à droite”. Les indications sont pourtant claires, mais en ce mois de février, les Gorges du Fier, qui fourmillent de visiteurs à la saison touristique, sont plutôt désertées, et j’hésite à m’engager dans cette toute petite impasse au fond d’une vallée où je n’avais jamais mis les pieds… Car oui, honte à moi, ce site incontournable de la région, je ne le connaissais pas.
Angèle et Patrice non plus, qui avaient vécu dans le centre-ville d’Annecy pendant des années. C’est d’ailleurs là qu’ils espéraient trouver un appartement. Mais après un an de prospection infructueuse, ils commencent à désespérer. Cette maison un peu isolée –“tellement cachée que même le maire ne savait pas qu’elle existait”– l’agent immobilier, lui, se lasse de la faire visiter pour rien. Trop décatie, trop de travaux, elle décourage les plus audacieux. À peine le seuil franchi, le couple de quadras tombe pourtant sous le charme de son côté champêtre, de ses encadrements cintrés en briques qui lui donnent des airs de petite gare, de sa vue imprenable sur le Château de Montrottier, tout droit sorti d’un conte de fées.

ÈRE DE FAMILLE

Datée de 1894, la bâtisse abrita longtemps une pension de famille. On devine encore, sur la façade, les inscriptions qui en témoignent. Beaucoup trop grande pour deux, lui rendre sa vocation d’accueil s’impose alors comme une évidence pour les nouveaux propriétaires : ils en feront une maison d’hôtes. À partir de là, tout se déroule avec la fluidité du Fier ruisselant dans son canyon : en 6 mois, elle a retrouvé son âme. Il faut dire qu’Angèle est architecte d’intérieur et que Patrice a souvent travaillé avec elle. Ils ont donc su se projeter au-delà des lourds travaux de toiture, d’isolation ou d’assainissement, visualiser le décloisonnement, penser de nouveaux aménagements. Au rez-de-chaussée, ils rassemblent d’abord deux pièces pour faire un vaste espace de vie, cuisine et salon réunis ; ils abattent ensuite toutes les cloisons du premier étage pour créer, sur ce grand plateau vierge, trois belles chambres –dont une familiale–, “on aurait eu la place d’en faire une 4e, mais on a fait le choix de l’espace” ; et se réservent enfin le dernier étage en installant leur nid dans les combles.

CHINE ET PATINE

Côté déco, il s’agit de préserver l’esprit «campagne» de la maison en commençant par réutiliser les éléments d’origine qui peuvent l’être. Certains meubles, armoires ou consoles, sont donc retapés et repeints, tout comme les portes intérieures et les volets. “On voulait garder cette apparence un peu abîmée, pas trop propre.” Idem pour la façade, pas question de la ravaler, de masquer sous une couche de peinture fraîche son aspect patiné.
Une ribambelle d’objets chinés trouvent tout naturellement leur place dans cet environnement, à l’image d’un couple de beaux radiateurs en fonte fleuris, d’une paire de chevets scandinaves ou de cette enfilade, nordique elle aussi, qui a conditionné la dimension de la pièce dans laquelle elle a pris place : “un meuble scandinave de cette hauteur-là, c’est rare, et c’était parfait pour poser une vasque, on a donc construit la salle de bains autour.” Et puis, il y a tous les petits nouveaux « rétro » qui se fondent dans le décor : le parquet vieilli “comme s’il avait toujours été là”, les interrupteurs en porcelaine ou les carreaux de ciment.

MAISON DU MONDE

Si chacune des trois chambres a une identité différente, elle s’exprime sur fond blanc –la «patte» d’Angèle– où viennent se poser des touches de couleurs, pour un ensemble épuré, lumineux et très apaisant. Car la tranquillité, c’est exactement ce qu’on vient chercher ici. Un point de chute éloigné du tumulte, où les journées sont rythmées par le sifflement du train, les visites des chevreuils le matin ou celles des poules –Simone, Suzette et Chewbacca, ça ne s’invente pas– à l’heure du pain. Une maison de famille où les enfants ont de quoi s’amuser, entre les jouets à portée de main dans la chambre-cabane, toutes les histoires à inventer dans le grand jardin et les activités organisées pour eux par Angèle, histoire de laisser aux parents le temps de se reposer ou de profiter d’une belle table en ville. “En s’installant ici, on s’éloignait d’Annecy et on aurait pu s’isoler socialement, mais c’est tout le contraire. On a fait des rencontres magnifiques, des gens avec lesquels on se donne des nouvelles régulièrement, et on a des invitations aux quatre coins du monde !”. États-Unis, Asie, Amérique Latine, si les hôtes des premières années ont fait place, pandémie oblige, à des visiteurs moins exotiques, les échanges restent la très bonne surprise de ce nouveau métier auquel Angèle et Patrice se consacrent aujourd’hui entièrement. “Au début, c’était un peu déroutant, on ne savait pas trop quoi dire, mais ça n’a pas dû se passer trop mal, car c’est avec nos tout premiers hôtes que nous avons fêté, cet automne, nos cinq ans.” De quoi être un peu Fier(s)…

+ d’infos : facebook : Tombée du Ciel

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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