Mec plus-ultra : Gaëtan Roussel

Le cas Roussel

Il y a ceux qui ont grandi avec les Beatles, les Rolling Stones, U2 ou Téléphone. Mais si, à la fin des années 90, vous aviez autour de 20 ans, vous n’avez pas pu échapper à Gaëtan… Qu’il Attaque, nous électro-Louise ou nous dépose sur le Tarmac, Roussel nous cueille partout.

Un live grésillant sur une cassette dans une chambre d’étudiant  :  une guitare    énervée et un violon qui marque les ponctuations, presque masqués par un public qui hurle, comme un seul homme, que « notre amour est éternel et pas… Artificiel ! ». Et une voix un peu nasillarde, écorchée parfois, entêtante. C’est brut, pas toujours précis, mais tellement intense. Une énergie que la FM ne diffuse pas encore, un mélange de frénésie et de mélancolie, de sueur et de poésie… On est en 1997, et je suis emportée par le tourbillon Louise Attaque, « J’t’emmène au vent » devient l’hymne de nos 20 ans. On aurait pu en rester là. Mais la voix s’est faite plus caressante, plus intime. Si Louise s’est tue un moment, Gaëtan a continué à chanter, à partager sa fougue pour nous défouler, sa nostalgie quand nous voulions pleurer.
Bref, vous l’aurez compris, Gaëtan Roussel a écrit une bonne partie de la bande-originale de ma vie. Acoustique ou électro, en solo ou en duo, avec Vanessa Paradis, Rachid Taha, Rachida Brakni ou Hoshi, je crois que j’aime tout, ou presque, de lui. Alors entendre cette fameuse voix, là au bout du fil, ces intonations familières mais étrangères, d’un inconnu qui ne l’est pas, c’est une expérience singulière… Je suis en Haute-Savoie, il est alors à Courbevoie. Il travaille avec Daniel Auteuil sur un spectacle textes et musiques, mis en suspens par le premier confinement. Le deuxième les surprend la veille de la générale de ce même spectacle, pour lequel il a fait la scénographie et les arrangements. C’était une première pour Gaëtan. Elle devra encore attendre. Du coup, il a un peu de temps…


Activmag : L’année de vos 30 ans, en 2002, Louise Attaque connaît une de ses premières pauses et vous montez Tarmac, avec un des membres du groupe. Quels souvenirs gardez-vous de cette trentaine ?
Gaëtan Roussel : Par rapport à Louise Attaque, un souvenir assez fantastique de ce qui nous était arrivé depuis 1998. Je garde autant de journées et de tournées magnifiques que le syndrome du 2e disque, cette impression tout à coup que ça pouvait nous tétaniser, qu’on ne saurait plus quoi raconter… Alors que ce n’était que de la liberté : plus les gens tendent l’oreille vers votre musique, plus ça doit vous faire avancer. Et je regarde Tarmac comme un pas de côté, déjà, pour se dire que le groupe, ça restera mon groupe, c’est là où je suis né, c’est une colonne vertébrale, mais d’autres choses sont possibles. C’est un moment où j’ai commencé à varier les plaisirs, même si, en le montant avec un des membres de Louise Attaque, je ne suis pas allé très loin chercher ma liberté…

C’était une sorte de tournant ?
Je le vois comme ça aujourd’hui, mais à l’époque, je ne savais même pas que je ferais une carrière solo, que je pourrais écrire pour d’autres. Non, à l’époque, c’était le bonheur de faire de la musique, les chamailleries avec mes camarades de Louise Attaque… Des histoires de groupe, quoi ! Mais ça, c’est vieux comme le monde, on n’a rien inventé à ce niveau-là.

Il y avait quelque chose de l’ordre de se serrer les coudes…
il le fallait bien, parce qu’on jouait dans des bars et qu’il n’y avait pas beaucoup de place !

Louise Attaque a connu le succès en concert, bien avant d’être diffusé sur les FM. C’est en écoutant un Live que je vous ai découvert, en 1997, et j’ai été impressionnée par l’adhésion du public, le fait qu’il connaissait par cœur les paroles de ces chansons que je n’avais jamais entendues. A quel moment avez-vous senti que ça prenait, qu’il se passait quelque chose ?
Cette période-là, on l’a traversée les pieds sur la scène. C’était comme rester accrochés à nos chansons, parce que finalement entre 97 et 99, on continuait à chanter les mêmes, celles qu’on avait écrites en 96. Mais tout bêtement et tout simplement, on a vu les salles grandir, les gens venir et commencer à raconter des histoires. Y’a les gens qui vous disent « j’aime ce que vous faites » et c’est extrêmement touchant ; et il y a ceux qui vous racontent ce qu’ils ont fait ou vécu avec telle ou telle chanson, et là, ça veut dire qu’elle n’est plus du tout à vous. Après, et je regarde ça en souriant parce qu’on était minots, il y a eu une période où on ne voulait plus jouer « J’t’emmène au vent », parce qu’on trouvait que les gens nous cataloguaient, nous enfermaient dedans. C’est humain, mais c’est un peu bête… Maintenant, on est heureux de la chanter.


Je me souviens de bars qui prenaient feu quand on passait ce 1er album, et d’amis australiens complètement hallucinés par le phénomène, rentrés chez eux avec le CD de Louise Attaque. On avait l’impression que vous parliez directement aux tripes d’une génération. Est-ce que vous en avez eu conscience ?
On voyait bien les gens, la bienveillance et la ferveur qu’ils avaient à chanter avec nous, à être présents. Ce qu’on voyait aussi, nous, c’est que quand on mène une carrière solo, on peut travailler avec tel musicien sur tel disque, et tel autre sur un autre, on peut aller ici et là, planer ; mais dans un groupe, quand les rôles sont définis, on joue avec les qualités et surtout les défauts de chacun, on est une équipe et on avance. Nous, on avait plein de défauts, et je pense que ce qui nous touchait, c’était de voir que même avec ces défauts, de notre musique, on avait réussi à en faire un disque et à atteindre les gens… Donc il y avait quelque chose de l’ordre de se serrer les coudes. De toute façon, il le fallait bien, parce qu’on jouait dans des bars et qu’il n’y avait pas beaucoup de place ! On était « serrés », c’est ce qu’on dégageait, peut-être que les gens le ressentaient aussi, ressentaient ce qu’on essayait d’être et de vivre. On ne cherchait à expliquer rien du tout, une chanson n’est pas là pour expliquer, elle est là pour créer de la sensibilité, de la suggestion. Mais vous avez bien donné l’exemple avec vos souvenirs : c’est là qu’on s’aperçoit qu’on est rentrés chez les gens et dans leur cœur, qu’on commence à faire partie de leur bande-son… On n’est plus dans le j’aime/j’aime pas, on est dans autre chose, de plus intime.

En parlant d’intimité, dans vos autres projets, en solo, avec Tarmac ou Rachida Brakni… Quel est pour vous ce que vous avez fait de plus intime ?
Quand on parle paysage musical, Tarmac a toujours été quelque chose d’intime, comme le disque que je partage avec Rachida Brakni, au sein de Lady Sir, c’est assez doux, assez intime sur la forme. Mais par rapport à l’écriture, les projets les plus intimes, c’est quand je travaille pour moi, même si je ne travaille jamais avec autant de musiciens que quand je suis en solo ! Là, par exemple, je sors un disque au mois de mars, que j’ai écrit seul, entièrement, et je suis allé encore un peu plus loin, un peu plus profond à l’intérieur de moi. Je crois que je tends de plus en plus vers ça.

Qu’est-ce qui fait que vous vous engagez sur une collaboration, qu’est-ce qui vous emballe, vous séduit ?
Quand j’ai travaillé avec Vanessa Paradis par exemple, je ne connaissais pas du tout et on s’est retrouvés très vite en studio, mais j’étais, comme beaucoup de gens, un amoureux de sa voix. Donc, ce peut être ça. Mais pour la plupart, comme avec Alain Bashung, Daniel Auteuil, c’est passé par une rencontre. Ensuite il y a l’inspiration, et surtout quand je sens que les vases peuvent être communicants, que l’un va apporter à l’autre et inversement, que vous apprenez et que vous avez envie de donner. C’est toujours quelque chose qui permet de grandir, qui fait que vous restez en mouvement, que vous vous sentez vivant.

Parmi ces collaborations, quelles sont celles qui ont joué un rôle important pour vous ? Qui sont les hommes de votre vie ?
Avoir rencontré mes trois camarades de Louise Attaque, avoir fait le choix de monter ce groupe, évidemment, ça a été déterminant pour moi. L’autre personne déterminante dans mon parcours professionnel, c’est Alain Bashung, parce que c’était la première fois que je travaillais pour quelqu’un d’autre, que j’écrivais pour quelqu’un d’autre, que je produisais le disque de quelqu’un d’autre (Bleu Pétrole, 2008). Donc en accumulant toutes ces premières fois, ce ne pouvait être que charnière pour moi, on ne peut pas tricher. Ça reste un pivot, un moment clé. Après, celle qui a vraiment changé ma vie, ce n’est pas un homme, c’est une femme, c’est la personne avec qui je travaille depuis longtemps et qui s’appelle Clarisse Fieurgant… C’est elle qui m’a donné tout le souffle pour faire une carrière solo, pour oser, pour avancer. Donc l’homme de ma vie est une femme !

Y’a-t-il aujourd’hui un univers qui vous tente, dans lequel vous n’avez pas encore mis les pieds ?
Je suis attiré par le fait de tourner, de faire du cinéma, de l’image. Je l’ai fait une fois, il y a très longtemps, dans un court-métrage. J’ai l’impression qu’on peut raconter autre chose, on n’est pas du tout au même endroit, dans la même posture que quand on est chanteur, compositeur, auteur. Là, on se met au service d’une histoire. J’ai toujours été l’interprète de mes chansons, être l’interprète de quelque chose que je n’ai pas écrit, ça m’intéresse aussi. Il y a sans doute des choses à vivre, à ressentir, dont on peut s’imprégner. Je crois beaucoup au côté éponge, perméable des choses. Ça ne me déplairait donc pas de tenter l’expérience. Je pense que ça crée chez vous des choses différentes, intéressantes, que ça vous met au défi.

© Roch Armando / © Richard Schroeder / © Rama, Wikimedia Commons

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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