Olivier Föllmi

A hauteur d’âmes

Il a atteint des sommets, parcouru le monde et apprivoisé son toit. Mais son truc à lui, ce ne sont ni les défis, ni les exploits : les hommes tracent sa voie. Regard vert, sourire doux et tutoiement immédiat, rencontre avec Olivier Föllmi, le photographe voyageur originaire de St-Julien-en-Genevois.

Le Jura, le bassin genevois, le Salève et une rangée de sommets alpins encore enneigés, c’est sur cette vue panoramique que donne le bureau d’Olivier Föllmi. Un bureau nomade et autonome, un camping-car qu’il pose au Mont-Sion. Pour gérer l’administratif, c’est à la maison. Pour écrire, il s’enferme dans l’une des tours de la Chartreuse de Pomier, à une poignée de kilomètres de là. Et quand il a besoin de calme et d’inspiration, c’est au milieu des champs, sur ce bout du chemin de St Jacques de Compostelle, qu’il gare son camion.
Mais qui aurait cru que celui qui a capturé visages et paysages aux quatre coins du globe finirait par poser plume et trépied là où il est né ? Il en est le premier étonné. L’amour pour une fille du pays et la vie de famille l’ont récemment amarré en Haute-Savoie. A 63 ans, le photographe-voyageur multi-primé goûte donc avec ravissement à la tranquillité.

Grande marche pour tenter de quitter le fleuve et échapper au piège du canyon, Zanskar, Inde.

Cordées et clichés

Car depuis l’adolescence, il est surtout habitué à l’itinérance, au mouvement et à la frénésie. Ça commence avec sa passion pour la montagne. Ou plutôt pour les fonds marins, mais un problème de tympan l’empêchant de plonger, il décide de grimper. Il se rêve alors guide et finit par passer plus de temps en cordée qu’au lycée. Quand, à 17 ans, des copains alpinistes, plus âgés, lui proposent l’Afghanistan, il fonce. Il potasse tout ce qu’il y a à potasser sur ce pays et décroche, auprès du Rotary, de quoi financer son voyage. Et parce qu’il doit évidemment documenter ce périple, il le fait en photos : la pellicule est enclenchée.
Débarqué à Kaboul quelques semaines avant ses acolytes, il parcourt le pays à pied. “C’était inouï de beauté et c’était tout ce que j’aimais : l’effort, arriver dans des villages hors du temps… Ça m’a mis le pied à l’étrier du voyage. Mais ce n’est pas le sommet qui me plaisait le plus, c’était la marche d’approche et le retour au camp de base, avec les caravaniers. Là, j’ai compris que la montagne ne m’intéressait que s’il y avait des hommes.” L’année d’après, il reprend la route des Indes dans un bus postal rempli de hippies et d’un nuage de hash, vise le tour du monde et reste scotché au Népal.

Le pèlerinage de Bodh-Gaya
Paldmo 10 ans, habillée pour le nouvel an tibétain, dans la région du Kham (Chine).

Chang et Bang

A partir de ce moment-là, sa connaissance de la région himalayenne lui permet de gagner sa vie en encadrant des treks pour une agence de voyages genevoise. Un pied en Europe, l’autre en Asie, Olivier s’imprègne petit à petit de la culture bouddhiste, de son application dans tous les gestes du quotidien. Jusqu’au jour où se réveille une envie plus profonde de spiritualité… au volant d’une golf GTI. “Quand on met ce genre d’engin entre les mains d’un gamin de 20 ans, on sait comment ça finit…” Dans l’Arve en crue, après un saut de 8 mètres et la rencontre avec une ligne à haute tension. Chute, électrocution, noyade ? Rien de tout ça : « Il échappe trois fois à la mort ! », lit-on en gros titres dans la presse locale.
Il en ressort exalté, ayant goûté à une sorte de plénitude qu’il aimerait retrouver. Auprès de moines peut-être ? Il part donc un hiver entier pour une retraite au Zanskar, la plus haute vallée peuplée de l’Himalaya : un monastère suspendu à une paroi, en face d’une rivière gelée, à 4000 m d’altitude, dans une cellule à -30°C, avec une ration quotidienne de farine d’orge. “J’ai adoré. C’est un monde plutôt gai en fait, mais trop intérieur. J’aimais trop les vices de la nature humaine pour devenir moine, j’avais besoin de vie. Un jour où je n’avais pas le moral, le chef spirituel m’a emmené dans les maisons de l’autre côté de la rivière. Il a demandé aux habitants de faire la fête, on a commandé du chang (sorte de bière traditionnelle), il m’a saoulé et je suis remonté complètement requinqué !”

Ici et là-bas ?

A cette époque, s’il rentre régulièrement en France, pour lui, la vérité est dans l’Himalaya. “Quand je revenais, c’était pour gagner de l’argent. A St Ju, j’étais habillé en Tibétain, ça a dû faire rire pas mal de gens, mais pour moi, le monde occidental, c’était de la merde. J’avais 20 ans, j’étais entier…” Jusqu’au jour où la jeune épouse d’un de ses amis tibétains meurt en couches. “Là, j’ai réalisé que la technologie a du bon. J’ai aussi compris je ne pouvais pas être entièrement tibétain, j’étais les deux. J’aimais aussi revenir ici, retrouver ma famille, mes amis, ma culture, la nourriture, une partie de moi-même… Quand j’ai compris ça, j’ai appris à être bien partout, j’étais vraiment un voyageur.”
Peu à peu, sa passion pour la haute montagne s’effrite aussi. Il en supporte de moins en moins l’âpreté. “Au-delà de 7000, ça ne va jamais bien ; à 8000, tu n’as plus que 20% de tes capacités mentales, tu n’as pas la force de parler, tu as mal à la tête, envie de vomir, tu passes ton temps à regarder ton réchaud pour faire de l’eau, tu tournes en rond – c’est le grand bleu, quoi !” Une dernière expédition particulièrement éprouvante, au Népal, marque l’arrêt de ces courses. “Quand je suis redescendu, j’ai vu un premier brin d’herbe, puis une fumée de cheminée, j’ai entendu le braiement d’un âne, une voix de femme, et je me suis mis à pleurer : je n’en pouvais plus de toute cette minéralité”. Dès lors, il se concentre sur l’humain.

Mage et images

Et la photo est un miroir de ces échanges. Des échanges qu’il provoque, non pas avec son boîtier, mais avec des tours de magie ou même une simple boîte à meuh. Au fond d’une vallée du Ladakh, dans un village du Burkina, ou en Amérique du Sud, quel que soit l’endroit, ça marche toujours. “Tu dis : « j’ai amené ma vache », et avec un truc aussi con que ça, tu fais rire tout le monde, toutes les portes s’ouvrent. Ça m’oblige aussi à transcender mes états d’être : je suis obligé de donner le meilleur de moi-même. Comme un troubadour avec son public.”
Et c’est souvent là qu’il réalise ce qu’il considère comme ses plus beaux clichés. “Tu en as toujours, dans l’assemblée, qui ne s’intéressent pas, qui ont perdu leur joie de vivre. Quand je repère une personne comme ça, je demande à la photographier, mais souvent elle ne veut pas, elle a perdu sa confiance en elle, sa dignité. Alors, je la prends par la main et je l’installe sur un muret ou une pierre, pour qu’elle soit à l’aise, je la bichonne et on déplie les réflecteurs, le trépied, la totale… Je prends mon temps, j’attends que tout le monde ait fini de se moquer, que le silence s’installe. Et petit à petit, la personne relève d’abord les épaules, la tête, puis elle est capable de regarder l’objectif. Quand j’ai la chance de vivre ça, j’en ai les larmes aux yeux, et la personne que je photographie aussi. Valoriser l’autre, c’est ce que j’adore. Ne faire que de la photo pure et dure, ça ne m’intéresse pas, ce que je veux, c’est me relier à l’âme de l’autre.”


Olivier, ton endroit pour…

… en prendre plein la vue ?
Sur les crêtes du Jura face à Genève et au Mont Blanc, sur les crêtes du Salève pour admirer le bassin genevois, sur les crêtes du Mont Veyrier pour m’émerveiller du lac d’Annecy, ou celles du Semnoz pour m’enivrer de beauté et d’espace !

… buller ?
Pour moi buller, c’est aller dans n’importe quel champ de chez nous au début de l’été pour m’étendre dans l’herbe, écouter les chants d’oiseaux et me relier à l’univers.

… faire la fête ?
Au festival de Guitare en Scène à Saint-Julien-en-Genevois. Un petit festival très convivial et chaleureux qui a le pouvoir d’attirer les plus grands noms de la musique et de la guitare.

… manger ?
La Perle du Lac à Genève ou les Terrasses du lac à Annecy. Des emplacements de rêves face au lac et aux montagnes, tout en se régalant le palais ! A Evian, le Royal est inouï de finesse et de beauté et le peu de fois où j’ai eu la chance d’y être invité (la carte dépasse mon budget…), cela me marque encore.

… se nourrir l’esprit ?
J’aime m’inspirer au musée éthnographique ou au jardin botanique de Genève, au Musée de l’Elysée (qui va déménager à la plateforme 10) à Lausanne et à la fondation Gianada à Martigny. J’ai toujours du plaisir à revoir le Musée Alpin à Chamonix pour honorer le courage des pionniers de l’alpinisme.

Ton endroit pour te ressourcer ?
La Chartreuse de Pomier, réputée pour l’organisation d’évènements sur les flancs du Salève dans le bassin genevois. J’y ai un bureau d’inspiration au sommet de l’une des tours emplies des bonnes ondes des Chartreux. C’est là que j’écris.

+d’infos : olivier-follmi.net

Mélanie Marullaz

Mélanie Marullaz

Journaliste SURNOM: Poulette. PERSONNAGE DE FICTION: Elastigirl. OBJET FETICHE: mon oreiller. ADAGE: à chaque Barba-problème, il y a une Barba-solution. (philosophie Barbapapienne) JE GARDE: mes épaules. JE JETTE: mes grosses cuisses de skieuse. DANS 20 ANS? la tête de mon père sur le corps de ma mère. presse@activmag.fr

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