stéphane victor au groenland

au nom du père

La ressemblance physique est frappante. Stéphane Victor ne 
peut cacher sa filiation… Son père, Paul-Emile Victor (surnommé Pev), est un mythe. Le célèbre pionnier de l’exploration polaire. Mais aussi l’ethnologue, le scientifique, l’écologiste. “L’héritage n’a pas été facile à assumer”, confesse le fils. Et pourtant…

Aujourd’hui, à 64 ans, apaisé, Stéphane Victor se définit lui-même comme un «hédoniste épicurien». Rencontre avec un sage-philosophe, qui présentait, le mois dernier, le documentaire tourné en 2007 au Groenland, «Sur les pas de Paul-Emile Victor», dans le cadre de la semaine du développement durable d’Annecy. L’occasion de revenir sur une aventure majeure dans son parcours.

Parisien de naissance, étudiant à l’école Boulle, Stéphane Victor quitte rapidement la capitale. Le filleul de Maurice Herzog, ministre du général de Gaulle et légende de l’alpinisme, s’attache très vite à la Haute-Savoie : service militaire au 27ème BCA d’Annecy, Ecole Militaire de Haute Montagne de Chamonix. Sa carrière sportive démarre alors. Moniteur de ski, mais aussi de voile, de stand up paddle, éducateur sportif, consultant et conférencier, Stéphane est un personnage multifacettes. Ce voyageur actif et curieux partage son temps entre le sud de la France où réside son fils, Madagascar et le Groenland, où il collabore à plusieurs futurs projets : été 2017, une épreuve de «run and bike» (trophée Paul-Emile Victor), et hiver 2018, un «ski-trip», avec des skieurs de haut niveau. Installé à Annecy-le-Vieux, on peut l’apercevoir régulièrement sur son paddle, tôt le matin, au milieu du lac, où il aime se ressourcer.

Activmag : Stéphane, tu n’es pas un explorateur. Pourtant, en 2007, tu décides de partir sur les traces de ton père Paul-Emile au Groenland. Suivre ses pas, 70 ans après, c’était un vieux rêve ?
Stéphane Victor : J’avais déjà essayé departir au Groenland deux fois avant. En vain, faute de bouclage financier. En 2006, j’ai à nouveau cette opportunité, quand Stéphane Dugast, réalisateur de documentaires, me propose de l’accompagner. C’était 70 ans après le séjour de mon père, 60 ans après la création des expéditions polaires françaises, et le 100ème anniversaire de sa naissance ! Un beau symbole. L’intérêt était de comparer le Groenland entre 1936/37 et 2007.

A partir de 1934, en effet, ton père séjourne plusieurs fois au Groenland. En 1936, il en effectue la traversée d’Est en ouest et s’immerge ensuite 14 mois dans une famille Inuit. C’était «j’irai dormir chez vous» avant l’heure en fait ?
Oui ! (rires) Sauf que mon père est resté plus longtemps ! Il était jeune et, pour sa première, en 1934, il a, au culot, réussi à embarquer avec le marin star de l’époque, le commandant Charcot. En 1936/1937, pendant ces 14 mois sur place, il a vécu vraiment comme un Inuit. Chasser et manger du phoque, parler leur langue. Et il a entretenu une relation amoureuse avec une jeune Inuit. Rien de comparable avec mon voyage, qui n’a duré que 5 semaines.

Et en 2007, tu retrouves là-bas des personnes qui ont connu ton père…
Mon père était surnommé «Wittou» par les Inuits du village. J’ai pu rencontrer une femme, âgée évidemment, mais qui se souvenait de lui. Enfant à l’époque, elle jouait parfois avec lui en compagnie des autres gamins du village. C’était un moment très fort.

Le Groenland de 2007 est bien différent de celui de PEV. Dans le documentaire, les images comparées des deux époques sont éloquentes.
Tout a changé ! Le modernisme est arrivé, avec ses bons et ses mauvais côtés. Les modes de vie se modifient au contact de la civilisation. Et puis l’impact du réchauffement climatique est énorme. Des reculs de glaciers parfois de 25 km! Mon père avait fait son périple avec des traîneaux et des chiens. Nous, nous étions en canoé ! La banquise a rétréci comme peau de chagrin. D’ailleurs, dès les années 70, avec Cousteau, Herzog, Tazieff, PEV avait alerté les gouvernements sur le changement climatique et le manque d’eau. Il était écologiste précurseur, visionnaire et avant-gardiste, mais à cette époque, pas vraiment écouté. De ce point de vue, le documentaire de 2007 reste d’une grande actualité.

Kangerlussuaq Fjord

Ce voyage dans les pas de PEV, c’était pour toi : une aventure intérieure ? Un voyage initiatique ? Une manière de se réconcilier avec un nom et un passé ?
Je ne suis pas tout à fait dans ses traces, car je ne suis ni scientifique ni ethnologue. Mais ayant baigné dans ce milieu pendant toute mon enfance, j’en suis évidemment fortement imprégné. Sa vie, sa réputation, son image restent très présentes. En fait, je me suis toujours demandé pourquoi mon père était si peu présent, pourquoi il était toujours plongé dans ce monde qu’il disait féerique, mais qui m’était étranger. J’avais besoin de trouver des réponses. Et arrivé là-bas, en voyant ces paysages, ces populations, je les ai eues. J’ai compris qu’on pouvait préférer vivre là, au milieu des autochtones, plutôt qu’au milieu de la civilisation, voire même de sa famille. J’ai pu comprendre cela. J’ai perçu des odeurs, des paysages, ressenti des impressions, nouvelles pour moi. Les mêmes que mon père 70 ans plus tôt. Depuis, j’y retourne de temps en temps. Le Groenland fait partie de moi désormais.

Un apaisement finalement…
Il n’a pas été simple de se faire un prénom entre un père explorateur, une mère journaliste, productrice de télévision (Eliane Victor). Mais je ne me plains pas. J’ai eu une enfance privilégiée. Quel émerveillement quand, enfant, j’avais devant moi PEV, Cousteau ou Tazieff ! Quand mon père était là, il était très présent, quand il était absent, il était… très absent. Et la situation a été accentuée par le divorce de mes parents. Mais il m’a légué des valeurs positives. Le respect de la nature, savoir apprécier les choses simples, l’écoute d’autrui, l’écologie. “Enrichis-toi de la différence au lieu de la craindre” disait-il. Un beau message, plus que jamais actuel, non ?

Stéphane Victor

Brisons la glace !

Ta principale activité ?
Aimer, méditer en pleine nature, contempler, me rendre utile.

Ta plus grande réussite ?
La première, être né à Paris et être pour autant devenu moniteur de ski dans la vallée de Chamonix. Sinon, ne pas avoir trop failli dans mes objectifs.

Ton principal défaut ?
Entier.

Ta principale qualité ?
Respect, écoute, empathie, tolérance…

Le bonheur pour toi ?
Un barbecue avec des potes, être en stand up paddle le matin au milieu du lac, en haut d’une montagne… Des choses simples.

Ta plus grande joie ?
La naissance de mon fils.

Qu’aimerais-tu que Dieu te dise en t’accueillant le jour de ta mort ?
Tu ne t’en es pas trop mal sorti, malgré les cailloux dans le sac à dos !

Ta devise ?
N’abandonne jamais. Never give up !

Photos : Stéphane Victor

Emmanuel Allait

Emmanuel Allait

Chroniqueur SURNOM : Manu. Mais je préfère qu'on m'appelle Emmanuel. Un peu long, mais plus c'est long, plus c'est bon, non? PERSONNAGE DE FICTION : bob l'éponge. J'ai passé 40 ans à faire la vaisselle et ce n'est pas fini ! Je suis un spécialiste. OBJET FETICHE : un stylo plume. Beaucoup plus classe qu'un ordinateur. Ou une montre, automatique bien sûr. Regarder le temps qui passe pour en profiter au maximum. ADAGE : mon cerveau est mon second organe préféré (woody allen). JE GARDE : joker. JE JETTE : mes pieds. DANS 20 ANS ? je serai sur une scène, guitare à la main, pour jouer Europa de Carlos Santana. presse@activmag.fr

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