Yann Chave, vigneron

L’amour en Hermitage

A Mercurol, le domaine Chave et fils, c’est avant tout l’histoire de Nicole et Bernard, qui donnent en 1969 le coup d’envoi d’un vignoble discret. En 1996, leur fils Yann en fait son terrain de jeu préféré, galets, argile et petits pieds, à vos marques, prêts ? Cep party !

Par Magali Buy – photos : Clément Sirieys

Et pour ce fan de rugby, challenge et stratégie sont au programme. Mission : transformer l’essai. Yann est né dans un monde fait d’arboriculture, de vendanges et… d’économie ! Et oui ! Si dans ces régions, la transmission coule de source, pour lui l’évidence n’a pas été directe. “J’ai passé une maîtrise en sciences économiques, puis un DESS. Et je suis parti à Paris travailler dans l’audit bancaire. J’aimais le métier, mais moins la vie parisienne. Alors en 1994, je suis rentré avec l’objectif de trouver un poste à Lyon ou Grenoble.” Il doit chercher du boulot, mais gratouille les vignes en attendant, aux côtés de son père, il y prend goût et se dit pourquoi pas…

Des chiffres ou des ceps ?

“Ça m’a pris assez vite, je suis resté et je me suis installé. Je me suis fait la main pendant 2 ans, avant de passer une Capacité pour pousser mes connaissances sur le vin. Ça m’a permis de voir ce qui se faisait ailleurs, c’était essentiel.” Et si Yann porte déjà l’amour du vin, en faire sa passion est une bénédiction. D’expériences en curiosité, il met méthode et érudition au service des terres et des vinifications : et action ! “C’est beaucoup de travail, du palais notamment. Et ça s’apprend aussi par des échecs. Il faut être ouvert d’esprit, déguster son terroir et voir comment tout se comporte en fonction. C’est une passion qui anime et qui donne la cadence, mais les premières années, on tâtonne, c’est certain.”

Premiers pieds

Alors en 1996, à 26 ans, il met tranquille son grain de sel et acquiert une première parcelle qui double sa superficie. Son père pense à la retraite et le domaine, fruitier en majorité, est en ballotage. Le vin entre dans ses belles années et ça tombe bien, la salade de fruits, ce n’est pas trop son truc, à Yann. “Cette culture-là, c’était la tasse de thé de mon père, moi je n’y connaissais rien et j’avais pas spécialement envie d’approfondir le sujet. J’ai pu arracher les abricotiers et les pêchers pour planter de la vigne sur de très bons terroirs. J’ai rajouté un terrain supplémentaire et j’ai aujourd’hui 20 hectares !” Ah oui, on est passé du grain au paquet de sel !
Acepsie
Et ce n’est pas fini… Parce que si Bernard vend environ 5000 bouteilles au négoce, Yann compte bien faire exploser tout ça ! Il met toutes les billes de son côté et attaque un gros chantier, dans l’ordre bien sûr, parce qu’il faut rester cadré, ne pas s’éparpiller, mais même pour un cartésien comme lui, quand faut y aller, faut y aller ! “Au début, j’ai fait feu de tout bois ! On a tapé aux portes des restaurateurs et des cavistes, travaillé la production et surtout, de façon propre.” En 2000, il arrête les herbicides par respect pour l’homme et l’environnement, convaincu que si chacun mettait du sien, le monde irait bien mieux. Fidèle à son éthique, il convertit son vignoble en agriculture biologique en 2007, chez les ceps, c’est la fête : “A l’époque, le bio n’était encore pas au devant de la scène. C’est grâce à l’export, surtout en Europe du nord que ma sensibilité s’est décuplée”. Mais restons dans le concret, Yann suit le cahier des charges du bio, sans trop s’en écarter, et quand on parle biodynamie, s’agite l’érudit ! “Je suis matheux, plutôt logique et pour moi, tout ne rentre pas dans les cases. Du coup, si je ne suis pas convaincu, je ne peux pas le faire. Je crois à l’influence de la lune ; la physique quantique existe et on se rend compte que certaines préparations ont un intérêt certain sur le bien-être de la plante. Je peux m’en servir par petits points. Mais c’est tout.”

Les pieds dans le plat

Et chez Yann, tout s’explique et se justifie comme dans un cours d’amphi. Appellations, vins étrangers, toastage de tonneau ou canicule & météo, il disserte et rien ne l’arrête. Et quand il parle de ses Crozes-hermitage super fruit, on en boirait jusqu’à la lie : “On ne doit pas oublier que le vin, au départ, c’est du raisin. Et il ne faut pas le standardiser, comme avec le bois, où c’est un peu risqué. Sur les rouges, on est sur un cépage 100% Syrah et certaines de mes cuvées ont la particularité d’être en cuve inox et rien d’autre. Ça permet d’avoir un fruit assez éclatant et des vins moins épais, plus passe-partout, des flacons à Brasserie, sans sommelier conseil obligé. Alors que d’autres, comme les Rouvres – vignes de 60 ans –, plus boisés et plus puissants, sont à consommer avec de la viande rouge, du gibier, ou un plat ciblé à la carte d’un restaurant étoilé par temps d’hiver…” Il faut en avoir pour tous les goûts en somme…

In vine

“Comme disait Charles de Gaulle, on ne peut pas faire de politique en dehors des réalités ; et on ne peut pas faire de vin en dehors des réalités du goût du consommateur non plus. Faire un vin qui ne plaît qu’à soi, c’est un peu risqué, surtout si on a mauvais goût ! Aujourd’hui, le goût du vin change, il est moins sucré, moins boisé, et moins mastoc. Il faut faire avec son terroir et son cépage. C’est dur, mais c’est stimulant d’avoir quelques contraintes, ça fait partie du challenge intellectuel. Mais on ne peut pas faire que des vins à la mode non plus ! Il faut juste doser…” Le vigneron, président de l’appellation Crozes-hermitage, travaille alors son vignoble pour plaire au plus grand nombre et il le lui rend bien. Aujourd’hui, toute sa production finit dans les caves et les restaurants, même plus de vente au caveau, c’est dire ! De ses rouges version Crozes ou Hermitage, au Crozes-hermitage blanc, Yann Chave ne perd jamais le nord et garde au nez et à l’esprit, l’essence d’un terroir riche de galets roulés et d’argile rouge dont il parlerait sans fin… De quoi en faire un essai… transformé !

Le Mot de Bruno Bozzer de la Java des Flacons

Yann réalise des vins qui allient concentration et délicatesse avec un travail en respect total de la nature.
Le Rouvre est la cuvée qui me marque le plus dans sa définition de l’appellation Crozes alliant finesse et structure…. Mais quand on les trouve, ne ratez pas le Blanc et le rare Hermitage !

Magali Buy

Magali Buy

SURNOM : Mag... (d'ailleurs activ'mag c'est pour moi, non ?) PERSONNAGE DE FICTION : Xéna la guerrière OBJET FETICHE : mon piano, il m’écoute, me répond et me comprend mieux que personne. ADAGE : « si tout le monde sait où tu vas, tu n’arriveras jamais à ta destination. Laisse-les croire que tu dors.» JE GARDE : mon mauvais caractère, ma langue bien pendue, mon cœur ouvert et mes yeux verts JE JETTE : mon insécurité, ma cellulite et ma paranoïa... DANS 20 ANS : la même en pire, si c'est possible !

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